19 mai 2014

Les anges meurent de nos blessures - Yasmina KHADRA

Ce qu'en dit l'éditeur :

Il avait pour lui une candeur déconcertante et un direct du gauche foudroyant. Il connut la misère et la gloire, mais seul l'amour des femmes parvint à combler sa soif d'absolu. De l'ascension à la chute, le destin hors du commun d'un jeune prodige adulé par les foules, poussé au crime par un malentendu.
Il se faisait appeler Turambo, du nom de son village qu'un glissement de terrain avait rayé de la carte. Il était né dans l'Algérie coloniale des années 20, et son destin était écrit d'avance : il serait misérable. Mais il était beau, vigoureux, ardent et doté d'un trait de caractère assez rare : la candeur. Cette fraîcheur lui attirait des sympathies immédiates et, grâce à ce don, il put franchir les portes du monde des Français, interdit aux Arabes. Car il possédait de plus une force surprenante dans le poing gauche, capable d'allonger d'un coup ceux qui se trouvaient sur son passage. C'est ainsi qu'il attira l'attention des professionnels de la boxe. Ses succès sur le ring lui apportèrent gloire et argent. Mais comme tous les coeurs purs, il détestait la violence et rêvait d'amour. Dans sa culture, une femme heureuse était une épouse fidèle, féconde et dévouée. Il nourrit d'abord une passion secrète pour sa cousine Nora, la première femme de sa vie. La deuxième, Aïda, une prostituée, l'initia aux plaisirs de la chair. La troisième, Louise, était la fille de l'homme d'affaires qui comptait l'emmener jusqu'au titre de champion de France de sa catégorie. Puis surgit Irène. Femme libre, indépendante et fière. Elle lui apprit que la vraie passion ne pouvait s'épanouir que dans la confiance absolue et le respect mutuel. Mais comme toujours chez Yasmina Khadra, la vie ne rend pas toujours justice à ceux qui s'aiment... Dans une superbe évocation de l'Algérie de l'entre-deux-guerres, Yasmina Khadra met en scène, plus qu'une éducation sentimentale, le parcours obstiné d'un homme qui n'aura jamais cessé de rester fidèle à ses principes, et qui ne souhaitait rien de plus, au fond, que maîtriser son destin.


Mon avis :

Je suis toujours fascinée par la capacité de Yasmina KHADRA à restituer si fidèlement une ambiance, à donner une image à la fois poétique et violente de l'Algérie. Il rend un bel hommage à son pays, écrasé de chaleur, dominé par les colons français, nous faisant respirer les prémisses des « évènements », nous montrant le racisme ordinaire, le poids des castes, les liens familiaux, le rôle des épouses.
Son héros, encore une fois, est un personnage fort, tant dans son courage que dans ses convictions, son goût de la vie. Et les femmes qui défilent autour de lui montrent toutes les ambiguités de la société algérienne, entre force de la tradition et envie de liberté.
L'écriture précise et fine cisèle de beaux moments de lecture et malgré toutes les critiques négatives que j'ai pu lire (écrites par des gens qui ne partagent pas ou ne comprennent pas son engagement en politique ?), j'ai été charmée par ce texte et j'en garde un beau souvenir. Yasmina KHADRA est définitivement un auteur que j'aime, que j'admire, tant ses mots, son sens de la littérature me touchent. Et bien que l'Algérie, à n'importe quel moment de son histoire, me soit complètement étrangère, je suis à chaque fois transportée, dépaysée, et j'ai pourtant l'impression de mettre le doigt sur quelque chose de très intense et de très profond. Je n'ai jamais oublié "Ce que le jour doit à la nuit" et "L'attentat" qui m'avaient, à leur lecture, bouleversée...


Le site officiel de l'auteur qui explique beaucoup sur son goût pour la littérature, son penchant pour la langue française à l'écriture, etc : http://www.yasmina-khadra.com/index.php


Extraits :

« Toutes ces stèles nous parlent de la folie des hommes. En les fleurissant le jour des commémorations, on ne fait en vérité que se voiler la face et se mentir. On n'honore pas les morts, on les dérange. Regarde un peu la statue du général, là-bas. Que raconte-t-elle ? Elle dit simplement qu'on a beau ruer dans les brancards et brûler des villes et des campagnes, massacrer des gens en criant victoire et faire des larmes des veuves de l'eau pour son moulin, les héros finissent sur des socles en marbre pour que les pigeons viennent leur chier dessus... » 
(extrait que mes ados ont trouvé épatant, tellement vrai, blablabla - même s'ils ont "tiqué" que le fait que l'auteur ait un pseudo féminin..)


« - Ma mère disait que quand on a réponse à tout, il ne nous reste plus qu'à mourir.
   - Mon père disait à peu près la même chose, sauf qu'il est mort sans avoir trouvé de réponse à quoi que ce soit. »

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