20 février 2019

La bibliothèque enchantée - Mohammad RABIE

Editions Actes Sud - Collection Sindbad
Parution : janvier 2019
Titre original : Kawkab'Anbar
Traduction : Stéphanie Dujols
176 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Chaher, jeune fonctionnaire du ministère des “Biens de mainmorte”, se voit confier une mission inhabituelle : rédiger pour la forme un rapport sur une bibliothèque oubliée du Caire que l’État veut raser pour faire passer une nouvelle ligne de métro. Il se décide pourtant à mener sérieusement son enquête et, peu à peu, tout un monde mystérieux et labyrinthique s’ouvre à lui dans cette bâtisse délabrée et poussiéreuse où les ouvrages sont entassés sans cotation ni indexation et où l’on trouve des traductions dans toutes les langues imaginables. 

Fasciné par l’étrange bibliothèque, il ne l’est pas moins par la poignée d’originaux qui la fréquentent, comme Ali, célèbre traducteur ayant perdu toute foi en son métier, ou “Jean le copiste”, homme mutique ayant passé sa vie à photographier des livres page après page et, surtout, Sayyid, vieil intellectuel nihiliste, cynique et truculent, qui connaît la bibliothèque comme sa poche mais n’est pas prompt à divulguer ses secrets.

Dans ce roman surprenant, Mohammad Rabie tisse d’une main de maître une double trame narrative. Entre la voix de Chaher et celle de Sayyid, son récit dévoile des franges de marginalité, loin de l’étau suffocant de la bureaucratie, et des strates de rêves et de légendes sous l’épiderme racorni de la ville.


Ce que j'en ai pensé :

A-t-on déjà vu plus étrange bibliothèque que celle-ci ? Oubliée au fond d'une rue, dérobée aux regards, et dont le système de rangement dépasse l'entendement ? Des milliers de livres, dans toutes les langues que parlent les hommes, posés là suite à des dons, et sur la première page desquels ont trouve le titre du livre qui le précède sur l'étagère, et sur la dernière page, le titre du livre rangé juste après.

De quoi dérouter les esprits les plus cartésiens et intriguer Chaher qui doit, par son rapport au ministère, influer sur le devenir du lieu.

On croise un vieil érudit, un copiste frénétique et un traducteur. Chacun à sa manière partage le charme du lieu et invite le jeune Chaheb à la réflexion sur la littérature.

C'est une belle balade à laquelle nous invite Mohammad RABIE, dans une Egypte sclérosée par l'administration et avide de "progrès" où subsiste encore cette petite bulle dédiée aux livres, hors du temps et loin de toute modernité, une faille spatio-temporelle qui échappe au classement et aux index.

La narration est délicieuse, comme souvent avec les auteurs égyptiens, elle s'enrubanne de poésie sans se départir d'un certain humour, d'une critique sous-jacente de la société cairote.

17 février 2019

Les porteurs d'eau - Atiq RAHIMI

Editions P.O.L
Parution : janvier 2019
288 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

L'action de ce nouveau roman d'Atiq Rahimi se concentre en une seule journée : le 11 mars 2001. Ce jour-là, les Talibans détruisent les deux Bouddhas de Bâmiyan, en Afghanistan... 
 
Un couple à Paris au petit matin. 
 
Tom se lève et s'apprête à partir pour Amsterdam. Il a décidé de quitter sa femme, Rina, qui dort près de lui. Tom est afghan, commis-voyageur, exilé en France. Il souffre de paramnésie, la sensation obsédante de déjà-vu ou déjà-vécu. À Amsterdam, il a rendez-vous avec sa maîtresse, une mystérieuse Nuria. Mais elle a disparu. Lui croit que sa vie bascule quand une vieille femme, Rospinoza, lui révélera une toute autre histoire... 
 
Un couple à Kaboul au petit matin. 
 
Yûsef se lève pour remplir sa tâche quotidienne de porteur d'eau. Il risque sinon la colère des Talibans et 97 coups de fouet sur le dos. Il doit s'arracher à la contemplation de Shirine, la femme de son frère, parti en exil. Candide et solitaire, il éprouve la naissance d'un sentiment étrange, que lui révèle son ami, un marchand sikh afghan, converti au bouddhisme. Et c'est lui, le petit porteur d'eau, qui alors fera basculer la vie des siens... 

Ce que j'en ai pensé :

11 mars 2011, l'Occident est scandalisé par la destruction des bouddhas géants d'Afghanistan. Un détail aux yeux de Tom l'exilé qui ne pense qu'à rejoindre sa maîtresse et de Yusef le porteur d'eau qui se découvre amoureux de sa belle-sœur.

Je n'avais jamais lu Atiq RAHIMI (Goncourt 2008 pour Synghé Sabour, pierre de patience) et je ne sais finalement pas quoi penser de cette lecture qui m'a tout à la fois charmée mais aussi déçue.

J'ai aimé les parties du roman qui évoque les atermoiements sentimentaux de Yusef mais pas du tout le périple de Tom jusqu'à Amsterdam.

Pourtant, ces deux personnages parlent d'exil, d'héritage culturel, du poids des traditions et de la famille, sans pour autant, à mon sens, avoir la même sensibilité.

Je suis donc un peu mitigée.

13 février 2019

Le mangeur de livres - Stéphane MALANDRIN

Editions du Seuil
Parution : 3 janvier 2019
192 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Adar Cardoso et Faustino da Silva, deux petits garnements de Lisbonne, rois de la bêtise, spécialistes ès rapines de pâtés, tripailles et saucisses, sont attrapés par un curé qui les enferme dans la crypte de son église et se promet de les éduquer à coups de claques. 

Nous sommes en 1488, juste avant la diffusion de l’imprimerie dans la péninsule Ibérique. Adar trouve un vieux codex écrit sur le plus fin vélin et, se voyant mourir de faim, le mange en entier. 

Le livre était empoisonné : voilà l’enfant condamné à hanter les bibliothèques de la ville à la recherche d’autres précieux codex. Il n’aura de cesse de les mettre en charpie et de les dévorer, devenant ainsi le Mangeur de livres, celui dont tout le monde veut la mort.


Ce que j'en ai pensé :


Rabelais et Jérôme Bosch n'ont qu'à bien se tenir ! 

Stéphane Malandrin réussit, dans ce petit bijou de premier roman, à raconter une histoire étonnante, à la frontière du conte, et à donner du pep's à un texte gouailleur, riche en vocabulaire.

C'est truculent, drôle et terrifiant tout à la fois,  inattendu et plein d'allégresse et la langue française est à la fête dans une narration enlevée et brillante !

Il y a dans ce roman tout ce que j'aime, de la fantaisie en littérature et de quoi ouvrir son dictionnaire pour découvrir de nouveaux mots, bref, c'est une sacrée pépite que je recommande !

Pour une fois que le bandeau de l'éditeur reflète parfaitement la réalité, il ne faut absolument pas passer à côté de cette folie médiévale qui se dévore véritablement !
D'autant que la postface, riche en références (historiques, littéraires),  savoureuse et pleine d'humour, m'ont rendu l'auteur très sympathique :o)


10 février 2019

Les héros de la frontière - Dave EGGERS

Editions Gallimard - collection du Monde Entier
Parution : 8 novembre 2018
Titre original : Heroes of the frontier
Traduction : Juliette Bourdin
400 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Josie a quarante ans, elle est dentiste et mère de deux jeunes enfants. Et Josie n’en peut plus. Un ex-mari d’une lamentable lâcheté, des procès de patients rancuniers, des voisins tyranniques, un remords qui la tourmente, c’en est trop. Alors Josie quitte son travail et la civilisation, loue un camping-car et embarque ses enfants pour un périple en Alaska. Au fil de cette quête désespérée de soi, elle fera des rencontres étonnantes : de précieuses alliées, de séduisants solitaires et d’extravagants amateurs d’armes à feu. 

Cet équipage hors du commun entreprend un voyage sans espoir de retour dans l’inconnu du Grand Nord. Mais la terre de montagnes et de lumière qu’ils fantasmaient ne leur apportera pas le réconfort espéré. Ils feront au contraire l’épreuve de la nature hostile au cœur d’un État ravagé par les flammes, apprendront à vivre dans la solitude des parkings déserts, et tenteront, à tout prix, de trouver enfin leur place dans le monde. 

Ce que j'en ai pensé :

Un camping-car, une mère à bout de souffle (épuisée par un ex-mari aux intestins fragiles et un procès presque perdu d'avance contre une patiente), un gamin trop sérieux et une gamine brise-fer.
Une fuite improbable vers l'Alaska ravagé par les incendies à la recherche d'un équilibre, d'un retour sur soi, avec comme prétexte l'envie d'une vie meilleure, libre et enchantée.

Dave EGGERS livre le portrait d'une famille un peu loufoque (entre le fracas causé par la benjamine et les passages aux toilettes de l'ex-époux diarrhéique !!) où les personnages dessinent en creux le malaise d'une classe moyenne américaine en quête de sens.

Si l'ensemble du roman m'a plu, au moment d'écrire ce billet je n'ai pas grand chose à en dire, et je n'en garderai sans doute pas longtemps le souvenir. Je suis finalement un peu restée à distance de ces personnages qui ne m'ont pas touchée.

7 février 2019

Empire des chimères - Antoine CHAINAS

Editions Gallimard - Série Noire
Parution : 6 septembre 2018
672 pages



Ce qu'en dit l'éditeur :


1983. La disparition d’une fillette dans un petit village. L’implantation dans la région d’un parc à thèmes inspiré d’un jeu de rôles sombre et addictif, au succès phénoménal. L’immersion de trois adolescents dans cet Empire des chimères qui semble brouiller dans leurs esprits la frontière entre fiction et «vraie vie»… 

Tragédie locale, bouleversement global et mondes alternatifs, Empire des chimères nous entraîne dans un labyrinthe vertigineux dont les ramifications finissent par se rejoindre… au cœur de tous les possibles.  


Ce que j'en ai pensé :


Habitués des polars et des romans noirs, oubliez tous les codes !
Empire des chimères oblige à une gymnastique déroutante, mais si, comme moi, vous êtes emportés par l'intrigue dès les premières pages, vous allez faire un drôle de voyage !


Avec une narration impeccable et ciselée, Antoine Chainas réalise un tour de passe-passe avec ce roman original et brillant qui superpose deux mondes, imbrique les niveaux de narration, nous faisant passer d'un village perdu de la lointaine région parisienne aux arcanes d'une maison de production de dessins animés (Je n'ai pas pu m'empêcher de faire le parallèle avec l'installation de Disney en Seine-et-Marne, à la place des champs de betteraves).


On frôle souvent l'étrange dans ce roman bien sombre (l'invasion de champignons instaure le malaise), on rencontre des sales types et des gosses pas si innocents, on trouve une vieille dame trop curieuse et un garde-champêtre assailli par son passé, et ce jeu de rôles qui cristallise les passions.


C'est donc un roman foisonnant, complexe, qui flirte entre réel et virtuel, à la fin étonnante, un roman au verbe riche et plein d'ambition, un roman qui sort des sentiers battus et qui donne à réfléchir !

Bref, c'est du lourd, et j'ai été conquise !

5 février 2019

Des vies possibles - Charif MAJDALANI

Editions du Seuil - Collection Cadre rouge
Parution : 3 janvier 2019
292 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Début du XVIIe siècle. 
Un jeune homme originaire de la Montagne libanaise est envoyé à Rome pour étudier et entrer au service de la papauté. Avide d’atlas et des découvertes scientifiques d’un temps dominé par Galilée, Raphaël Arbensis ne tarde pas à se détourner de la carrière qui s’imposait à lui, rêvant d’autres vies possibles. 
De Rome à la république de Venise, puis à Istanbul et Ispahan, de Vicence à Paris et Amsterdam, le voici tour à tour aventurier, diplomate, marchand, côtoyant la famille Barberini et ses papes, Fabri de Peiresc, Borromini, Corneille ou Rembrandt. 
Ami des peintres, il se mêlera aussi d’astronomie, tâtera de la politique auprès de Mazarin à l’heure de la Fronde, connaîtra la disgrâce et les déceptions amoureuses…
En une succession de brefs chapitres qui sont autant de miniatures d’une époque tumultueuse et foisonnante, Charif Majdalani conte le roman d’un homme né ailleurs mais fasciné par l’humanisme européen, en quête d’une place dans le monde et d’un bonheur pour lesquels il devra s’affranchir des lois et des savoirs anciens.


Ce que j'en ai pensé :

"Je ne suis maître de ma vie que de manière très limitée, mais dans cette infime limite ma liberté est infinie."

Dans ce qui s'apparente à un conte, Roufeyil Harbini, alias Raphaël Arbensis,  jeune érudit libanais, part à la découverte du monde. Rome, Venise, Istanbul, Paris..sa route croise les grands esprits de son époque.

C'est un roman plein de poésie qui nous promène d'Orient en Occident dans une quête d'amour et d'expériences inédites qui amèneront le jeune homme à s'interroger sur ses aspirations et sur son identité, sur ses désirs réels, à la croisée des cultures.

J'avais beaucoup aimé Villa des femmes (coup de cœur en 2015) et L'empereur à pieds, mais ce nouveau roman m'a laissée sur ma faim. Je ne lui ai pas trouvé la grâce des précédents et je suis restée à distance. La narration m'a paru trop "factuelle" , posant les évènements les uns après les autres sans leur apporter un liant romanesque.

"Nos vies [...] ne sont que la somme, totalisable et dotée de sens après coup, des petits incidents, des hasards minuscules, des accidents insignifiants, des divers tournants qui font dévier une trajectoire vers une autre, qui font aller une vie tout à fait ailleurs [...]"

3 février 2019

Oublier nos promesses - Elsa ROCH

Editions Le livre de poche
Parution : 16 janvier 2019
336 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Dans Paris, la nuit, un flic et des vies brisées.

Emma Loury aimait les causes perdues et dangereuses. Elle vient d'être découverte, sauvagement assassinée, dans son appartement du IVe arrondissement. Son amant, un officier français revenu d'Afghanistan, s'est enfui.

Le coupable idéal.

Le commissaire Marsac se plonge dans cette enquête avec rage : de l'avis de tous, Emma était une personnalité solaire et une excellente journaliste indépendante, qui se battait pour les femmes et contre la traite des êtres humains. Marsac se demande si la vraie raison de sa mort ne serait pas là. Mais alors pourquoi son compagnon a-t-il fui ?

Jérôme a fui parce qu'Emma était toute sa vie, son dernier lien avec ce monde qu'il ne comprend plus. Il a fui parce qu'il est malade, plongé dans un syndrome post-traumatique, flirtant avec la folie. Il veut massacrer l'assassin comme Emma a été massacrée. S'engage alors une double chasse à l'homme dans un Paris insoupçonné, en proie aux trafiquants. Jérôme combat le mal par le mal et Marsac par la loi. Qui retrouvera le meurtrier d'Emma ?


Ce que j'en ai pensé :

Deuxième polar d'Elsa Roch et encore une réussite !

Cette fois, pas de « rural noir » mais de l'urbain bien sombre qui navigue entre nuits interlopes et guerre en Afghanistan.
La scène d'ouverture, rude et cruelle, pose l'ambiance : ces gamines des pays de l'Est arrachées à leur famille, « dressées » par leurs bourreaux, ne vont bientôt connaître de Paris que les trottoirs des quartiers chauds.
La journaliste Emma Loury a fourré son nez dans un milieu glauque, sa mort est atroce, et son petit ami, atteint de stress post-traumatique à son retour d'Afghanistan, pourrait être le coupable idéal.

Elsa Roch dresse un portrait très réussi de ses personnages (son expérience de psy n'y est sûrement pas étrangère) : de Marsac, le flic abîmé, à son adjoint Raimbauld, faux gros dur que le stress couvre de psoriasis, de Jérôme le soldat traumatisé par les horreurs de la guerre à Tahir Zykë le mac.

Avec cette plongée abyssale dans les bas-fonds parisiens, Elsa Roch tient ses promesses : ce polar est rude, noir bien serré (même s'il laisse transparaître un brin de poésie), l'intrigue se tient et la plume est vive.

Vivement le prochain !

31 janvier 2019

Après la mer - Alexandre FERAGA

Editions Flammarion
Parution : 9 janvier 2019
304 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

«J’avais dix ans lorsque je suis sorti de l’enfance.»

Devant la voiture chargée jusqu’à la gueule, Alexandre comprend qu’il part en vacances, seul avec son père. Il n’a aucune idée de leur destination : qu’importe, il espère se rapprocher de cet homme taiseux qui l’impressionne et glaner enfin quelques signes d’affection.

Le temps d’un été, Alexandre va devenir Habib – son vrai premier prénom qu’il n’a jamais utilisé en France –, traverser la mer, découvrir d’où vient son père et prouver à ses grands-parents que leur aîné n’a pas renié ses origines. Même si pour cela il doit engloutir tout ce que l’Algérie fait de pâtisseries et subir les corrections d’un grand-père soucieux d’honneur.

Mais le but de ce voyage se révèle, au fur et à mesure, étrangement plus inquiétant.


Ce que j'en ai pensé :

Après la mer, roman autobiographique et récit initiatique tout à la fois, raconte le difficile passage de l'enfance vers l'âge adulte d'Alexandre, fils d'une française et d'un algérien (Mohamed devenu Maurice pour s'intégrer), qui perd ses illusions et son innocence en embarquant vers l'Algérie où son père va le confier à ses grands-parents le temps d'un été.

Un été, à la fois tendre et infiniment cruel, pendant lequel Alexandre (devenu Habib pour plaire à la famille paternelle) expérimente un retour aux origines qui s'achèvera dans la douleur.

«J’avais traversé la mer pour effacer tous les péchés de mon père. Son occidentalisation à marche forcée, la dilution de son identité, le reniement de sa culture.»

Après la mer, au-delà des souvenirs autobiographiques, évoque aussi la question de la double-identité et de l'intégration : Alexandre le français et son double, Habib l'algérien, qui jonglent avec cette dualité, ce fragile équilibre.

J'ai beaucoup aimé la plume d'Alexandre Feraga, sobre mais tendre, et la façon dont les personnages de ce roman très personnel prennent corps et dévoilent leurs failles. 
 
Un beau roman qui m'a beaucoup touchée par sa sensibilité.

28 janvier 2019

Comme à la guerre - Julien BLANC-GRAS

Editions Stock
Parution : 2 janvier 2019
288 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

« Le jour de la naissance de mon fils, j’ai décidé d’aller bien, pour lui, pour nous, pour ne pas encombrer le monde avec un pessimisme de plus. Quelques mois plus tard, des attentats ont endeuillé notre pays. J’en étais à la moitié de ma vie, je venais d’en créer une et la mort rôdait. L’Enfant articulait ses premières syllabes avec le mot guerre en fond sonore. Je n’allais pas laisser l’air du temps polluer mon bonheur. »

Roman d’une vie qui commence, manuel pour parents dépassés, réflexion sur la transmission, cette chronique de la paternité dans le Paris inquiet et résilient des années 2015-2018 réussit le tour de force de nous faire rire sur fond de
tragédie.

Ce que j'en ai pensé :

Que transmet-on à ses enfants ? Que retient-on de nos parents ? 

Julien Blanc-Gras, dans un roman-récit où l'humour pointe à chaque page, évoque sa toute nouvelle paternité alors que l'attentat de Charlie-Hebdo annonce une époque de "guerre" et qu'il se replonge dans le journal intime que son grand-père a écrit pendant la 2nde guerre mondiale.

C'est une mise en abîme de nos vies minuscules, de nos héritages et de ce qu'on donnera comme souvenirs à nos enfants. 

Ce sont deux guerres en parallèle qui sont racontées, deux points de vue sur le monde qui questionnent sur ce que devient notre monde et ce que nous laissons à nos enfants.

Sur un ton tour à tour grave ou léger (j'ai beaucoup aimé les scènes où l'auteur se "confronte" à ce fils qui grandit), Julien Blanc-Gras parle de transmission (héritage social, historique, mode de vie, idées) et de construction de soi (par les voyages, la découverte de l'autre avec tout ce qu'elle peut impliquer de positif - ouverture d'esprit- ou de négatif -racisme-) sans jamais juger. 


Un propos intelligent, intéressant, parfois inquiet et souvent drôle, et un livre que j'ai beaucoup aimé.

Merci aux Editions Stock et à Valentine pour cette lecture !

26 janvier 2019

L'étincelle - Karine REYSSET

Editions Flammarion
Parution : 9 janvier 2019
224 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :


« Je n’ai plus grand-chose à voir avec la jeune fille que j’étais. Elle m’est devenue presque opaque, comme inaccessible. C’est sans doute pour cette raison que j’ai tant besoin de gratter sous la poussière du temps pour la retrouver intacte. »

Août 1993, Coralie quitte le modeste pavillon de banlieue de sa mère pour la splendide maison de famille de Soline, peuplée d’amis, de parents et d’enfants dont l’aisance et la culture l’émerveillent. Mais derrière les apparences, les amours débutantes virent à la passion, les secrets inavouables des adultes se révèlent, alors qu’au camping voisin une enfant disparaît. Dans cette atmosphère lascive et trouble, ce sera l’été de tous les apprentissages.


Ce que j'en ai pensé :

Il suffit d'une étincelle pour mettre le feu. C'est ce que Coralie va expérimenter, elle la discrète, la complexée. Elle découvre un autre monde que le sien, des adultes qui bousculent l'image qu'elle avait de la respectabilité, des amitiés qui laissent place à l'amour et à la passion, jusqu'à la catastrophe, le grand incendie qui ravage tout.

C'est un roman d'apprentissage qu'offre Karine Reysset, une contre-plongée dans l'univers soit-disant policé de la bourgeoisie qui dévoile des secrets, provoque des dérapages.

La narratrice, Coralie, expérimente, joue et jouit de cet été, de tout ce qu'il apporte de nouveau, et sort de sa chrysalide, se transforme, s'affirme et quitte l'innocence de sa toute jeune vie.

La narration maintient la tension, monte crescendo vers le désastre et en appelle pourtant à la tendresse des souvenirs. 
 
Un bon moment de lecture !

24 janvier 2019

Ces maladies connues des grands lecteurs - TAG


C'est Madame Couette qui m'a donné son virus ! 

A la lecture du livre d’Ella Berthoud et Susan Elderkin, Remèdes littéraires: se soigner par les livres , elle a repris la liste des 12 maladies qui atteignent les grands lecteurs pour établir son auto-diagnostic ! 
 
Elle m'a contaminée, je me lance !


REFUS D’ABANDONNER À LA MOITIÉ
Sûrement pas ! Si ça ne me plaît pas je zappe ! Il y a bien trop de livres à lire pour avoir des remords ! Mais il m'arrive aussi de laisser un roman de côté si je n'accroche pas, en me disant que j'essaierai peut-être d'y revenir...par contre, si le style m'agace, ou si l'intrigue ne tient pas la route, c'est définitif : au suivant !


 ACHETEUSE DE LIVRES COMPULSIVE
Augmentation du rythme cardiaque, persistance rétinienne, c'est sûr, je suis atteinte ! J'ai déjà essayé le sevrage mais si un titre le fait de l’œil, je fais une rechute...et craque régulièrement !


 AMNÉSIE ASSOCIÉE À LA LECTURE
Il m'arrive parfois de ne pas me souvenir clairement de la fin d'un livre, j'oublie aussi le nom de certains personnages mais ma mémoire ne me fait presque jamais défaut pour me souvenir de mes lectures (et associer auteur et titre, édition). Pour la plupart, je peux même les situer précisément dans l'une des 5 bibliothèques de la maison (mon système de rangement n'est pas alphabétique, ça corse l'affaire!).


 TENIR UN JOURNAL DE LECTURE
Je suis atteinte : mon blog d'abord, mes tableaux Pinterest (classement par année), mon fil Instagram. Je décide tous les ans de coucher mes avis sur un vrai carnet, mais ça me prend souvent en février et j'ai la flemme…


 ÊTRE REBUTÉE PAR LE BATTAGE MÉDIATIQUE
Pathologie livresque bien diagnostiquée ! Mais bizarrement, et je ne sais pas selon quel critère, parfois je cède à la tentation en me décidant à lire ce livre dont tout le monde parle. A la clé souvent, une déception (beaucoup de bruit pour pas grand-chose!)…


 CULPABILITÉ ASSOCIÉE AU TEMPS CONSACRÉ À LA LECTURE
Guérie !! Je lis quand je veux, où je veux, le temps qu'il me plaît. Je n'ai qu'une vie et des milliers d'envies !


 PRÊTER DES LIVRES QUE L’ON NE NOUS REND PAS
Vaccinée ! Je ne prête mes livres qu'à des gens dignes de confiance, et ils sont peu nombreux !


 TENDANCE À LIRE PLUTÔT QU’À VIVRE
Posologie à revoir ! Lire n'empêche aucune de mes autres activités, ne conditionne pas mon mode de vie mais le temps passé à lire m'apporte tant que c'est aussi une façon de mieux vivre.


 ÊTRE SÉDUITE PAR LES NOUVEAUX LIVRES
Le médecin est formel : mon cas est grave ! Je ne sais pas résister, je checke les nouveautés de la rentrée littéraire, je surveille les sites des maisons d'édition, je fais des listes, je passe tous les 2 jours à la librairie, et quand il s'agit de mes auteurs préférés, c'est pire : je trépigne dès l'ouverture et il est déjà arrivé aux libraires d'aller ouvrir un colis d'éditeur exprès pour moi !


 SUBMERGÉE PAR LE NOMBRE DE LIVRES CHEZ SOI
Moi ?? Gravement malade !! Il y en a partout (sauf dans ma chambre et dans la salle de bains) mais j'ai décidé de ne pas me soigner. Il faudrait bien que j'allège les étagères pourtant…
 
 INCAPACITÉ À RETROUVER UN LIVRE
De ce côté-là, zéro problème ! Je sais exactement où se trouve le livre que je cherche. Mémoire impeccable, peut-être un problème au cerveau ?


 NE PAS SAVOIR QUELS LIVRES EMPORTER EN VACANCES
Une maladie avec des hauts et des bas : je réfléchis, j'hésite, je fais un choix, je me demande si je ne devrais pas plutôt prendre tel ou tel, je les range dans ma valise, j'en enlève, j'hésite encore...et puis, d'autres fois, je sais ce que je veux parce que j'imagine que tel titre va coller parfaitement avec le lieu et l'ambiance.

Et vous ?? Vous êtes un peu-beaucoup-pas du tout malades ? 

21 janvier 2019

Vigile - Hyam ZAYTOUN

Editions Le Tripode
Parution : 3 janvier 2019
128 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Un bruit étrange, comme un vrombissement, réveille une jeune femme dans la nuit. Elle pense que son compagnon la taquine. La fatigue, l’inquiétude, elle a tellement besoin de dormir... il se moque sans doute de ses ronflements. Mais le silence revenu dans la chambre l’inquiète. Lorsqu’elle allume la lampe, elle découvre que l’homme qu’elle aime est en arrêt cardiaque. 

Avec une intensité rare, Hyam Zaytoun confie son expérience d’une nuit traumatique et des quelques jours consécutifs où son compagnon, placé en coma artificiel, se retrouve dans l’antichambre de la mort.

Comment raconter l’urgence et la peur ? La douleur ? Une vie qui bascule dans le cauchemar d’une perte brutale ? Écrit cinq ans plus tard, Vigile bouleverse par la violence du drame vécu, mais aussi la déclaration d’amour qui irradie tout le texte. Récit bref et précis, ce livre restera à jamais dans la mémoire de ceux qui l'ont lu.

Ce que j'en ai pensé :

Il suffit de presque rien, d'un souffle..ou de son absence...

...pour que tout bascule.

Pour que la mort profile son ombre sur tous les beaux moments vécus, comme une menace.

Un roman d'amour, mais dans le sens le plus noble du terme, tout en finesse et en  sensibilité. 

Cet amour entier que la narratrice ressent pour son compagnon qui s'en va, dans un arrêt cardio-respiratoire, cet amour qui va la porter, l'aider à appréhender le probable vide, à supporter la douleur, à dire la peine et le deuil qui semblent se profiler, mais aussi l'amitié, le soutien, la compassion, la difficulté de dire le malheur, d'imaginer la solitude.

Un premier roman magistral dont les mots pleins de pudeur sont justes, touchent, bouleversent, renversent.
Un peu plus d'une centaine de pages qui se lisent sous tension, comme en apnée, et une narration à l'économie qui montre qu'avec peu de mots on peut faire passer beaucoup.

Une belle déclaration d'amour et d'espoir aussi, une ode à la vie.

19 janvier 2019

Né d'aucune femme - Franck BOUYSSE

Editions La Manufacture de Livres
Parution : 10 janvier 2019
336 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :


" Mon père, on va bientôt vous demander de bénir le corps d’une femme à l’asile.
— Et alors, qu’y-a-t-il d’extraordinaire à cela ? Demandai-je.
— Sous sa robe, c’est là que je les ai cachés.
— De quoi parlez-vous ?
— Les cahiers… Ceux de Rose."

Ainsi sortent de l’ombre les cahiers de Rose, ceux dans lesquels elle a raconté son histoire, cherchant à briser le secret dont on voulait couvrir son destin. 

Franck BOUYSSE, lauréat de plus de dix prix littéraires, nous offre avec Né d’aucune femme la plus vibrante de ses œuvres. Ce roman sensible et poignant confirme son immense talent à conter les failles et les grandeurs de l’âme humaine.

Ce que j'en ai pensé :

Impossible de passer à côté du tout nouvel opus de Franck Bouysse tant chacun de ses livres m'a touchée.

Impossible de résister à l'émotion en découvrant le destin de Rose, vendue par son père à un maître de forge pour sortir le reste de la famille de la misère.

Dans ce coin perdu, il faut lutter pour conserver sa dignité et parfois s'affranchir des sentiments.
Aucun des protagonistes de cette histoire n'est ordinaire, et pourtant ils le sont tous, chacun à leur manière, à commencer par cette petite bonne de 14 ans, sans bonheurs et sans avenir.

Ça fait belle lurette que je n'avais pas autant regretté de tourner la dernière page d'un roman, tant les personnages sont attachants, vivants ! 

S'il est question de maternité, de pauvreté, de destins gâchés, il y a, au-delà de tout cela, l'envie d'arrêter le temps, de suspendre sa marche cruelle et les erreurs commises, de donner une autre chance à Rose, une autre conclusion à cette histoire qui attrape les tripes et fait verser quelques larmes !

Franck Bouysse excelle, une fois encore ! Et j'ai bien l'impression que Rose restera dans ma mémoire !..