19 septembre 2017

Nulle part sur la terre - Michaël FARRIS SMITH



Editions Sonatine
Parution : 24 août 2017
Titre original : Desperation Road
Traduction : Pierre Demarty
400 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Une femme marche seule avec une petite fille sur une route de Louisiane. Elle n’a nulle part où aller. Partie sans rien quelques années plus tôt de la ville où elle a grandi, elle revient tout aussi démunie. Elle pense avoir connu le pire. Elle se trompe.
Russel a lui aussi quitté sa ville natale, onze ans plus tôt. Pour une peine de prison qui vient tout juste d’arriver à son terme. Il retourne chez lui en pensant avoir réglé sa dette. C’est sans compter sur le désir de vengeance de ceux qui l’attendent.
Dans les paysages désolés de la campagne américaine, un meurtre va réunir ces âmes perdues, dont les vies vont bientôt ne plus tenir qu’à un fil. 

Né dans le Mississippi (USA), Michael Farris Smith est nouvelliste et romancier.  Nulle part sur la terre est son deuxième roman, après Une pluie sans fin. 

Ce que j'en ai pensé :

Maben et sa gamine, Annalee, paumées, sur la route, pour fuir un sale destin.
Russel qui sort de prison et qui compte refaire sa vie, avec ou sans Sarah, sa fiancée avant qu'il ne soit incarcéré.
Larry et Walt, deux frères, tendus de haine et de douleur.
Boyd le flic qui doit enquêter sur la mort d'un collègue. 
 
Et, presque comme un chemin d'espoir, la route qui mène à la rédemption...surtout pour ceux qui n'ont rien à perdre, et imaginent n'avoir (presque) plus rien à prouver.

C'est un roman qui déroule les classiques du noir américain, les bons et les méchants face à face, une pincée de foi et de sexe. Mais c'est réussi !
L'intrigue se tisse peu à peu, entremêlant des personnages auxquels on s'attache, pour leurs blessures mais aussi pour ce qu'il porte en eux d'une certaine candeur (quand tout va mal, est-ce que ça ne pourrait pas aller mieux ?).

De belles personnes face à deux brutes rancunières, c'est parfois un peu brutal, et c'est donc franchement bon !


Merci à Babelio et aux Editions Sonatine pour leur confiance ! Je me suis régalée avec ce très bon roman qui fait partie de la sélection du Prix des Lectrices Elle et qui a été choisi par le jury d'octobre (bravo !)


18 septembre 2017

Tout est brisé - William BOYLE

Editions Gallmeister
Parution : 7 septembre 2017
Titre original : Everythig is broken
Traduction : Simon Baril
208 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Tout semble brisé dans la vie d’Erica. Seule avec son vieux père tyrannique tout juste sorti de l'hôpital, elle n'a plus de nouvelles de son fils Jimmy, un jeune homme fragile parti errer à travers le pays sans avoir terminé ses études. Mais voilà qu'après un long silence, Jimmy revient à l'improviste, en piteux état. Erica fera tout pour l'aider, décidée à mieux le comprendre et à rattraper le temps perdu. Mais Jimmy se sent trop mal à l'aise face à sa mère, dans ce quartier de Brooklyn hanté par ses souvenirs ; un profond mal de vivre que ni l'alcool ni les rencontres nocturnes ne parviennent à soulager. Erica, elle, ne veut pas baisser les bras...

William Boyle a grandi dans le quartier de Gravesend au sud de Brooklyn. Il travaille à temps partiel dans un magasin de disques, The End of All Music, à Oxford, Mississippi.

Ce que j'en ai pensé :

Tristesse, solitude, tristesse, solitude, ad lib...

Y a-t-il un brin d'espoir à Brooklyn ? 

Erica supporte quasi seule la convalescence de son père, grabataire et irascible, tandis que sa soeur, Jeannie la hippie s'occupe de son mari malade et, que Jimmy, le fils qu'Erica a eu avec Eddy (homophobe, décédé dune tumeur au cerveau), homosexuel, traîne de partenaire en bar. Elle est seule, irrémédiablement seule, à tout assumer, à tout regretter, à tout rater, notamment ses rapports avec la seule famille qui lui reste.
Jimmy, son fils, est seul, désespérément seul, dans son homosexualité (son père n'a jamais fait que le brimer), dans ses relations avec autrui en mode squatteur, dans son rapport avec sa mère...

Et c'est parfois pesant. 

Toute cette solitude.

Toute cette tristesse.

Toute cette nostalgie de ce qu'on croit avoir été le bonheur (Erica est-elle à ce point aveugle pour prétendre qu'Eddie a aimé son fils homo alors qu'elle a eu sous les yeux toutes les preuves du contraire ?) , de ce qu'on imagine devenir le bonheur (vivre en SDF aux crochets de vieux potes).

Etrange roman, fort bien écrit au demeurant (et sans doute très bien traduit) qui distille tellement de gris qu'on ne sait plus au final si ça agace ou pas, si on a envie de secouer la mère et le fils pour les forcer à se regarder enfin.

17 septembre 2017

Gabriële - Anne & Claire BEREST

Editions Stock - Collection La bleue
Parution : 23 août 2017
450 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Septembre 1908. Gabriële Buffet, femme de 27 ans, indépendante, musicienne, féministe avant l’heure, rencontre Francis Picabia, jeune peintre à succès et à la réputation sulfureuse. Il avait besoin d’un renouveau dans son œuvre, elle est prête à briser les carcans : insuffler, faire réfléchir, théoriser. Elle devient « la femme au cerveau érotique » qui met tous les hommes à genoux, dont Marcel Duchamp et Guillaume Apollinaire. Entre Paris, New York, Berlin, Zürich, Barcelone, Étival et Saint-Tropez, Gabriële guide les précurseurs de l’art abstrait, des futuristes, des Dada, toujours à la pointe des avancées artistiques. Ce livre nous transporte au début d’un XXème siècle qui réinvente les codes de la beauté et de la société.
Claire (à gauche) et Anne Berest sont les arrière-petites-filles de Gabriële Buffet-Picabia.

 Ce que j'en ai pensé :

Une biographie écrite à quatre mains ? En voila une idée intéressante ! D'autant que le sujet a de quoi passionner !

Anne et Claire Berest retracent la vie peu ordinaire de leur bisaïeule, Gabriële Buffet- Picabia, femme libre et femme folle d'amour tout à la fois, qui dédiera sa vie à ses hommes et à l'art. Une mère imparfaite, une grand-mère indigne, mais une muse pour Picabia, une maîtresse pour Duchamp ou encore une amie fidèle pour Apollinaire.


 Francis Picabia, Gabriële et Apollinaire en 1917

On traverse la France des années folles, de Paris au Jura, en passant par la Côte d'Azur, on s'invente avec Gabriële une nouvelle vie entre Espagne et Amérique, et c'est tout le monde de l'art qui se précipite dans ces pages, qui se réinvente, libre de contraintes et des canons jusque là imposés.


Francis et Gabriële à Séville en 1909

Une plongée fascinante dans une époque trépidante et Gabriële comme un fanal qui éclaire le chemin, inspire, donne à réfléchir la création artistique, force à repousser les limites.
De ce portrait, on retient l’ambivalence de cette femme en avance sur son temps, entre liberté (s'affranchissant des codes sociaux qui la voudrait Pénélope en son foyer) et renoncements (à ses propres aspirations artistiques, à la fidélité de son mari, à sa famille...).


Gabriële, comme un fantôme dans l'histoire de l'art et dans la vie d'Anne et Claire Berest qui ont réussi à ressusciter cette arrière-grand-mère, à "effacer l'effacement" avec ce qu'il faut de pudeur et d'admiration pour donner à cette biographie tout son charme.

Merci à Valentine et aux Editions Stock pour cette formidable découverte !

A noter, ce document fait partie de la sélection du Grand Prix des Lectrices Elle pour le jury d'octobre.

16 septembre 2017

De beaux jours à venir - Megan KRUSE

Editions DENOEL
Parution : 25 août 2016
Titre original : Call me home
Traduction : Héloïse Esquié
384 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Depuis des années, Amy subit la violence de Gary. Jusqu’au jour où elle reçoit le coup de trop et décide de s’enfuir avec ses deux enfants, Jackson, dix-huit ans, et Lydia, treize ans. Premier arrêt au Starlight, motel crasseux qui va leur servir de refuge. Tous les trois s'endorment sereins et soulagés, mais au petit matin Jackson a disparu. Croyant gagner l’amour d’un père qui le rejette, il est retourné chez eux et a trahi sa mère et sa sœur en révélant à Gary l’adresse du motel. Amy se rend alors à l’évidence : si elle veut assurer sa sécurité et celle de Lydia, elle va devoir abandonner son fils. Cette séparation brise le cœur de la petite fille, très attachée à ce frère doux et différent. Jackson, de son côté, doit désormais se débrouiller seul, tiraillé entre la recherche désespérée de l’amour paternel, sa culpabilité et sa difficulté à gérer son homosexualité naissante.

De beaux jours à venir est un roman terriblement juste, touchant et sans complaisance, sur la famille, les sacrifices que l’on peut faire en son nom, et leurs conséquences. Un chef-d’œuvre où l'émotion prend à la gorge à chaque page. 

Ce que j'en ai pensé :

J'ai lu ce roman il y a quelques semaines. Qu'en dire à présent ? 

J'ai aimé beaucoup de choses, les regards d'Amy et Lydia sur la situation catastrophique, beaucoup moins les apartés concernant Jackson.
Sans doute parce que, mal dans sa peau, il n'a peut-être pas été à la hauteur, parce qu'il a trahi sa mère battue, parce que je l'ai trouvé faible de se réfugier auprès du père maltraitant.  

Pourtant dans la seconde moitié du roman, quand il apprend  à ne compter que sur lui-même, j'ai failli le trouver touchant : ça tourne presque au roman d'apprentissage, il grandit loin de ses repères et sans nouvelles de sa mère et de sa soeur...

mais...

Sans être prude, ça m'a agacée de lire tant de scènes avec ce pauvre garçon, la bite à la main, et ses remords, et ses regrets...
J'aurais pu trouver l'histoire intéressante mais j'ai considéré que la rupture entre "trop de violence conjugale" dans la première moitié (qui finalement, a suscité mon intérêt), et "on oublie tout, on ne parle plus que de l'homosexualité" de la suite du roman, manquait un peu de lien.

Voila ce qui m'en reste. Je me trompe peut-être, et j'aimerais, si vous l'avez lu, que vous me disiez ce que vous en avez pensé.

15 septembre 2017

Inavouable - Zygmunt MILOSZEWSKI

Editions Fleuve Noir
Parution : 14 septembre 2017
Titre original : Bezcenny
Traduction : Kamil Barbarski
608 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Zakopane, chaîne des Tatras, 26 décembre 1944.
Un résistant serre contre lui un étui métallique. À ses oreilles résonnent encore les dernières instructions de l'officier nazi qui lui a confié " le plus grand secret de cette guerre "... Alors qu'il est pris dans une tempête de neige, sa formation d'alpiniste pourrait se révéler cruciale. Non loin de là, dans une auberge, un homme contemple par l'une des fenêtres la même bourrasque déchaînée. Après une ultime hésitation, il croque sa capsule de cyanure.

Une matinée d'automne, de nos jours, à Varsovie.
Chef du département de recouvrement de biens culturels rattaché au ministère des Affaires étrangères, le docteur Zofia Lorentz est convoquée par le Premier ministre : le Portrait de jeune homme du peintre Raphaël, tableau le plus précieux jamais perdu et recherché depuis la Seconde Guerre mondiale, vient d'être localisé. Accompagnée d'un marchand d'art cynique, d'un officier des services secrets à la retraite et d'une voleuse légendaire, Zofia s'envole pour New York, étape d'une quête contrariée qui pourrait inverser la lecture de l'Histoire et la politique internationale moderne...

Né à Varsovie en 1976, Zygmunt Miloszewski est écrivain et scénariste. Ses romans sont traduits en dix-sept langues. En France, grâce à sa trilogie de romans policiers mettant en scène le procureur Teodore Szacki, il a été finaliste du Grand Prix des lectrices de ELLE, du prix du polar à Cognac et du prix du Polar européen du Point. Dès sa sortie, La Rage (Fleuve Éditions, 2016 ; Pocket, 2017) a reçu le prix Transfuge du meilleur polar étranger.
Ce que j'en ai pensé :

Il me faisait un peu peur ce pavé, non pas pour son épaisseur mais pour le souvenir que j'avais de ma découverte de l'auteur quand j'étais jurée pour le Prix des Lectrices Elle en 2014 : les noms polonais m'avaient un peu perdue alors que j'avais beaucoup aimé l'intrigue !

Plongeant dans ce nouvel opus qui laisse de côté le Procureur Szacki, on suit un quatuor à la recherche d'un tableau perdu de Raphaël. Rien n'est laissé au hasard, ni les premiers chapitres relatifs à l'histoire de ce coin de Pologne pendant la Seconde Guerre Mondiale, ni l'ambiance du roman d'espionnage couplée à quelques passages érudits sur les oeuvres d'art spoliées par les SS.

Je ne suis pas fan de roman d'espionnage mais j'aime les polars historiques "bondissants" et malins, et ce roman a très vite pris l'allure d'un page turner

Le point positif : éviter l'écueil de ressembler à Dan Brown ! Il est même le contraire : pas de fausse érudition, pas de traficotage ésotérique à la limite du crédible, pas de grands effets "meilleure vente du mois" !

Ouf ! me voila soulagée ! 

L'intrigue ne s'encombre pas de digressions sur l'art ou l'histoire (mais les références indispensables sont bel et bien présentes notamment en ce qui concerne le personnage assez sulfureux de Hans Franck, ou à la toute fin, celui de Himmler), digressions qui auraient pu casser un rythme trépidant et addictif ! 

 Zygmunt Miloszewski est bien plus fin, reposant son intrigue sur les interactions de ces personnages presque "assemblés" au hasard, qu'il réussit à rendre attachants, réellement complices, les transformant en "Indiana Jones" des temps modernes, intelligents, intuitifs et l'auteur réussit surtout le tour de force -particulièrement dans un polar- d'instiller une note d'humour très appréciable : regard caustique parfois sur les USA, références cinématographiques en clins d’œil...

La fin ouverte peut laisser présager une autre quête de ce quatuor amateur d'art, et je m'en réjouis !

14 septembre 2017

Glaise - Franck BOUYSSE

Editions La Manufacture de Livres
Parution : 7 septembre 2017
 425 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Au cœur du Cantal, dans la chaleur d'août 1914, les hommes se résignent à partir se battre, là-bas, loin. Joseph, tout juste quinze ans, doit prendre soin de la ferme familiale avec sa mère, sa grand-mère et Léonard, vieux voisin devenu son ami. Dans la propriété d'à côté, Valette, tenu éloigné de la guerre en raison d'une main atrophiée, ressasse ses rancœurs et sa rage. Et voilà qu'il doit recueillir la femme de son frère, Hélène, et sa fille Anna, venues se réfugier à la ferme. L'arrivée des deux femmes va bouleverser l'ordre immuable de la vie dans ces montagnes. 

Roman d'amour et de fureur, Glaise confirme l'immense talent de son auteur à mettre en scène des hommes et des femmes aux prises avec leurs démons et avec les fantômes du passé.

 photo Cleostan

Ce que j'en ai pensé :

Elle colle partout cette glaise : aux sabots de ces paysans, trop jeunes, trop vieux ou déjà abîmés, qui n'ont pas pu aller à la guerre, et aux corps de ces soldats qui se battent dans les tranchées. Elle enrobe les os de ces vieux au cimetière, soulagés de leurs maux sur terre, les os de ces gars qui seront bientôt bouffés par la mitraille boche ou par les rats. 

Elle est matière entre les mains de Joseph qui apprend à la sculpter, à lui donner vie. Joseph dont le père est parti lui-aussi sur le front des Ardennes et qui devient un homme, plus vite que prévu quand Anna débarque dans ce coin des puys déchiré par les orages d'été. 

Il n'y a pas que la terre qui parle dans ce roman, il y a les foins coupés, la neige qui étale sa robe de silence, la pluie qui ne noie aucun chagrin et la montagne, intangible dans ce monde qui fout le camp et sème, encore et encore le malheur.

Prose puissante, évocatrice, destin impitoyable qui s'acharne, voila ce que l'auteur manie à merveille. Ça secoue, évidemment, c'est très très noir, d'une sourde violence, celle des éléments et celle des hommes. Mais il y a dans le soleil qui flirte avec mes blés, dans la brise qui fait voleter la robe d'Anna, un tout petit peu d'espoir, comme celui qui fait croire que la guerre finira un jour... 

13 septembre 2017

Docteur Voltaire et Mister Hyde - Frédéric LENORMAND

Editions du Masque
Parution : 31 mai 2017
352 pages

Ce qu'en dit l'éditeur : 

Panique à Paris, la peste est de retour ! Voltaire aussi ! 
Une maladie mystérieuse affole la capitale, et voilà notre philosophe assailli de toutes parts. Policiers et médecins sont à ses trousses, mais plus étrange encore, Voltaire est poursuivi par un Anglais nommé Hyde et par son frère Armand, religieux intransigeant avec qui on le confond sans cesse. Tandis qu'il s'efforce de répandre ses lumières sur les populations effrayées, la police continue hélas de penser que c'est encore la faute à Voltaire. 

Nous voici à nouveau embarqués dans une réjouissante aventure du philosophe le plus pétulant de l'histoire de France, plein d'esprit et de férocité pour ses contemporains, enquêteur égocentrique, jamais à court d'idées, mais toujours là pour faire éclater la vérité.  

Ce que j'en ai pensé :

J'aime ce rendez-vous avec Voltaire, et surtout son évidente mauvaise foi ! Le personnage toujours haut en couleurs ne faiblit pas, le verbe est truculent, le trait d'humour sous-jacent (Voltaire hybridé avec les Tontons flingueurs ?), c'est à chaque fois la régalade !

Cet opus-là m'a pour autant un peu moins plu que les précédents, je n'ai pas aimé cette histoire de peste et, en plus, à part le clin d'oeil, je n'ai pas compris l'allusion à Sir Hyde qui aurait bien voulu kidnapper le philosophe pour l'intégrer à son musée des bizarreries....Cela n'ajoute rien à l'intrigue (sauf la situation cocasse et les jeux de mots).

Un bon cru, pas le meilleur, mais deux heures de plaisir, c'est déjà ça !

12 septembre 2017

Les huit montagnes - Paolo COGNETTI

Editions Stock - Collection La cosmopolite
Parution : 23 août 2017
Titre original : Le otto montagne
Traduction : Anita Rochedy
304 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

« Quel que soit notre destin, il habite les montagnes au-dessus  de nos têtes. »

Pietro est un garçon de la ville, Bruno un enfant des montagnes.  Ils ont 11 ans et tout les sépare. Dès leur rencontre à Grana,  au coeur du val d’Aoste, Bruno initie Pietro aux secrets de la  montagne. Ensemble, ils parcourent alpages, forêts et glaciers,  puisant dans cette nature sauvage les prémices de leur amitié.
Vingt ans plus tard, c’est dans ces mêmes montagnes et auprès  de ce même ami que Pietro tentera de se réconcilier avec son  passé – et son avenir.
Dans une langue pure et poétique, Paolo Cognetti mêle  l’intime à l’universel et signe un grand roman d’apprentissage  et de filiation.

Paolo Cognetti, né à Milan en 1978, est l’auteur de plusieurs recueils de nouvelles, d’un guide littéraire de New York, et d’un carnet de montagne. Les Huit Montagnes, son premier roman, en cours de traduction dans 31 pays,a obtenu le prix Strega (équivalent italien du Goncourt).

Ce que j'en ai pensé : 

(...) Nous disons qu'au centre du monde,il y en a un autre, beaucoup plus haut : le Sumeru. Et autour du Sumeru, il y a huit montagnes et huit mers. C'est le monde pour nous. (...) et nous disons : lequel des deux aura le plus appris ? Celui qui aura fait le tour des huit montagnes, ou celui qui sera arrivé au sommet du mont Sumeru ? (..)

Qui aime le plus la montagne ? celui qui court les sommets du Népal ou celui qui choisit de consacrer sa vie à ce pan du Mont Rose, situé à la frontière entre la Suisse et l'Italie, deuxième plus haut massif des Alpes, devenant fermier d'alpage ?

Y a-t-il seulement besoin de comparer tant cette amitié entre les deux hommes, si semblables et si différents pourtant, dessine des instantanés de bonheur ? 

Les huit montagnes est tout à la fois roman d'apprentissage (se détacher du père, fou de montagne, pour le retrouver "virtuellement" au détour d'un sommet gravi), roman d'amitié et roman 'nature writing" dans le silence des alpages. 

C'est fort et c'est beau, c'est une histoire qui emporte, qui transporte. La narration "lente" sert ce petit bijou de littérature,  lui donne de l'épaisseur. Les personnages sont parfaitement brossés : Bruno amoureux de sa montagne natale, presque sauvageon, et le citadin, Pietro toujours en fuite, taiseux ...

J'avais presque peur de m'ennuyer un peu, et c'est tout le contraire qui est advenu : j'ai été happée, j'ai rêvé d'une cabane dans les alpages et d'un copain d'enfance avec qui partager souvenirs et vin rouge, et de bouquiner à la lueur d'une bougie quand le soir baisse.

J'ai adoré !
Merci à Valentine et aux Editions Stock ;o)

11 septembre 2017

Tribune en colère

Cher "Anonyme",

Ce très modeste blog approche de son cinquième anniversaire, il n'est pas très populaire, certainement pas très "influent", mais j'ai plaisir à y publier mes billets de lecture dans le but d'en garder une trace et de partager mon point de vue sur les livres lus puis, éventuellement, d'en discuter avec d'autres lecteurs. J'essaie d'en faire un endroit qui garde son identité, à savoir que ce sont mes propres opinions qui s'y reflètent et que, par ce qu'on pourrait appeler "déontologie", je ne suis pas soumise aux influences.

Je trouve utile de préciser d'ailleurs que ça vaut pour tous les bouquins lus, qu'il s'agisse de Service Presse (livre offert par les éditeurs), de concours (livres gagnés sur Babelio ou ailleurs). 
Je ne suis pas journaliste, je ne fais pas de billet pour vendre un livre, ça n'est pas mon métier, et je compte bien garder toute mon indépendance toujours (ce que moi j'appelle justement de l'honnêteté intellectuelle !). Je crois, en toute modestie, que ceux qui se baladent ici, le font en partie parce qu'ils connaissent ma sincérité et ma liberté de ton.

Je lis votre petit mot en commentaire sur mon article à propos de Sangliers, d'AdrienDELSAUX que je reproduis ci-dessous :

"Lequel a vraiment écrit la critique de Virginie musarde sur Babelio ou l'auteur de cette page ? Un peu de persévérance dans la lecture aurait permis de constater que Mathias n'est que l'un des habitants du hameau et pas le nœud de l'intrigue. Chacun des personnages a son importance et la vie dans un village n'est pas une intrigue mais une succession d'évènements, de rencontres...le vécu !Donner un avis aussi péremptoire en ayant lu seulement un peu plus du tiers du texte n'est pas de la plus haute honnêteté intellectuelle !"

Permettez-moi de vous répondre, cher "Anonyme"...

Tout d'abord, je vous conseille d'ouvrir un dico pour y vérifier le terme  péremptoire : cela définit ce à quoi on ne peut rien répliquer, objecter, indiscutable.
La preuve que non, puisque vous répliquez, objectez, discutez !...Je donne donc un avis "sévère", certes, mais qui n'a que la valeur qu'on lui accorde, je n'ai aucunement la prétention de dire à ceux qui passent ici que ce bouquin est nul.

Notez bien, cher "Anonyme" que je prends la peine d'argumenter mes billets ! Mes propos ne consistent pas à dire "beurk", mais "je n'ai pas aimé, parce que..." et à développer un minimum d'arguments, ce qui est selon moi "honnête intellectuellement" ! Vous conviendrez que je n'attaque pas l'auteur, j'examine les raisons qui m'ont amenée à abandonner "Sangliers".
Je n'ai pas eu envie de finir ce roman dont j'attendais beaucoup plus, c'est comme ça ! (et le comble, vous indiquez que Mathias n'est pas le "noeud de l'intrigue", c'est fort dommage selon moi, c'est le seul personnage auquel j'avais pu m'attacher !).

On ne peut pas faire l'unanimité en tant qu'auteur, mais on ne la fait pas non plus en qualité de blogueur.  Il se pourrait qu'il trouve son public et que quelques journalistes puissent en faire une critique suffisamment plaisante (oh ! j'ai failli dire "complaisante", mais c'est parce que je suis très en colère !) pour qu'on oublie la mienne. Rassurez-vous, mon billet n'a été vu que par 44 personnes à ce jour (dont vous !), ce qui ne devrait pas peser bien lourd dans les intentions d'achats des lecteurs francophones !

Pourtant, ce qui nous enrichit les uns les autres, de ne pas se contenter d'être des moutons qui aiment ce que les critiques leur conseillent d'aimer ...Il y a presque 600 bouquins parus depuis août et c'est mon droit le plus strict de ne pas m'acharner à lire un ouvrage qui ne m'inspire pas et dont la lecture m'ennuie. J'ai passé l'âge de perdre mon temps :o)

Par ailleurs, vous indiquez "Lequel a vraiment écrit la critique de Virginie-musarde sur Babelio ou l'auteur de cette page ?". Vous excuserez mes limites intellectuelles mais votre question est incompréhensible ! Mes critiques Babelio sont issues de ce blog, souvent identiques, parfois un peu allégées, mais j'en suis l'auteur, toujours. Que sous-entendez-vous ?

Et enfin, vous me reprochez de ne pas être "honnête intellectuellement", mais je le suis "tout court", pas comme vous qui vous cachez derrière un pseudo bien commode pour venir m'attaquer sur mon blog. 
Vous avez le droit de ne pas être d'accord avec moi, mais vous avez aussi le droit d'enlever cette cagoule qui cache votre identité ! 
Vous critiquez mon opinion mais vous n'assumez pas la vôtre !
Je découvre que sur Babelio, où vous avez diffusé le même commentaire, vous répondez au pseudo "nicoleblachon", vous seriez donc une dame ? Mais je m'amuse de voir que vous n'avez publié aucune critique...Etrange, z'avez dit bizarre ? Venir s'insurger contre les billets d'autres lecteurs quand on n'en publie aucun, c'est amusant ?

Comme, pour finir, je reste ouverte à la discussion
si le ton s'accorde à un bavardage intelligent entre gens de bonne compagnie  ;o)

9 septembre 2017

Colorado blues - Kent HARUF

Editions Robert Laffont - collection Pavillons Poche
Parution : 24 mai 2017
Titre original : Where you once belonged
Traduction : Anouk Neuhoff
288 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

La ville de Holt a confié à Jack Burdette la gestion de la plus importante de ses entreprises : la coopérative agricole, dont il s'empresse de détourner l'argent. Puis ce grand charmeur disparaît subitement, abandonnant sa femme, Jessie, enceinte, et ses deux enfants. La vengeance des habitants s'abat alors sur Jessie, qui a tout pour déplaire. Chaque samedi soir, après avoir enfilé une robe rouge qui moule ses formes parfaites, elle s'installe au pub et danse avec les hommes de Holt. Huit ans plus tard, l'enfant terrible a tout perdu et revient, décidé à regagner le cœur de sa femme...
Kent Haruf explore avec sobriété et pudeur les passions humaines ; son écriture, tout en délicatesse, est la marque d'un rare talent d'écrivain.


Kent Haruf, né le 24 février 1943 à Pueblo au Colorado et mort le 30 novembre 2014, est un écrivain américain. C'est seulement à l'âge de 56 ans qu'il commence à rencontrer un succès de librairie, avec la parution du roman Le Chant des Plaines, premier volume d'une trilogie.
 
 Ce que j'en ai pensé :

Il ne se passe rien à Holt, Colorado, USA. Une petite ville tranquille pas loin de Denver où à part les matches de foot et les virées du samedi soir à la taverne, rien absolument rien, ne vient perturber la lente succession des saisons.

Sauf la présence de Jack Burdette, phénomène local, réfractaire à l'école mais si costaud qu'il devient une légende et qu'on lui a confié, yeux fermés, la gestion de la coop agricole. Sympa, le gars ! Jusqu'au jour où il se barre avec le pognon qu'il a réussi à détourner de la compta, plantant là femme enceinte et deux gamins.

Le narrateur, journaliste local, ancien camarade de Jack, devenu amant de sa femme, raconte. L'absence du type haï et surtout, son retour !

C'est le roman de l'américain moyen, dans une bourgade ordinaire : une église, une école, des copains qui se retrouvent le samedi soir autour d'un bière, qui lorgne (ou pas du tout !) sur la femme du voisin, qui attendent l'ouverture de la chasse et observent.

L'écriture est simple, pourtant elle touche au cœur, chemine doucement par mille chemins, explore ce microcosme, dessine des portraits réussis de ces gens ni bouseux ni citadins, leurs combats ordinaires et leurs pauvres rêves..

J'en avais beaucoup entendu parler, j'hésitais..et finalement j'ai aimé, pour l'ambiance, pour cette narration sobre mais évocatrice. 

Quand je pense qu'à la librairie du Bleuet à Banon, j'ai préféré remettre les deux autres romans de l'auteur en rayon (au cas où je n'aime pas)... J'aurais dû tous les prendre !

8 septembre 2017

Un jour, tu raconteras cette histoire - Joyce MAYNARD

Editions Philippe Rey
Parution : 7 septembre 2017
Titre original : The best of us
Traduction : Florence Levy-Paoloni
432 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Après un mariage raté, un douloureux divorce et quelques brèves histoires, à cinquante-cinq ans, Joyce Maynard n’attend plus grand-chose des relations sentimentales. Et pourtant. Sa rencontre avec Jim vient tout bouleverser: l’amour comme elle ne l’imagine plus, celui qui va même lui faire accepter de se remarier.
En 2014, après trois ans d’une romance tourbillonnante, on diagnostique chez Jim un cancer du pancréas. Au cours des dixneuf mois qui suivent, alors qu’ils luttent ensemble contre la maladie, Joyce découvre ce que signifie être un véritable partenaire, en dépit de la souffrance, de l’angoisse, du désespoir qui menace à chaque instant.
«Un jour, tu raconteras cette histoire», lui avait dit Jim avec tendresse. C’est chose faite. Joyce Maynard retrace ces années heureuses faites de voyages, de petites et grandes folies, de bonheurs du quotidien – dîners sur leur terrasse près de San Francisco, escapades à moto, concerts de rock, baignades dans les lacs du New Hampshire ou du Guatemala. Puis, elle confie leur combat, leurs espoirs de guérison, les opérations et les médicaments, sa colère contre le sort, sa fatigue parfois, mais surtout la force de l’amour qui les unit.
Avec sensibilité et finesse, Joyce Maynard se met à nu dans un texte empli de joies et de larmes, un récit bouleversant sur l’amour et la perte, une histoire unique qui a permis à chacun d’offrir à l’autre le meilleur de lui-même.

Ce que j'en ai pensé :

J'avais beaucoup aimé Les règles d'usage, dernier roman de l'auteur paru en France malgré sa fin un peu convenue et très américaine et je me réjouissais d'entamer ce livre que j'ai d'abord pris pour un roman.
Il s'agit en fait d'une autobiographie qui commence par retracer certains moments de la vie amoureuse de l'auteur jusqu'à sa rencontre avec Jim qui la réconcilie avec l'amour. 
 
Je me suis vite lassée de ces épisodes intimes, des dîners aux chandelles, des virées en France, des concerts et je n'ai pas réussi à entrer vraiment dans ce livre, même après l'annonce de la maladie de Jim et le combat du couple contre le cancer.
Je lui reconnais pourtant une qualité d'écriture indéniable, une narration fluide mais j'ai été agacée par cette sorte d' américanisme triomphant (avec la foi et l'amour, tout est possible), le coté parfois trop romantique et franchement nunuche de ces « aventures » amoureuses via internet qui occupent une bonne part du roman, et j'ai regretté de ne pas être émue, de me sentir éloignée de cette histoire trop intime.
Sans doute aurais-je préféré ne pas connaître l'intimité de Joyce Maynard, je ne suis pas très fan des rubriques people et cette lecture m'amenait juste à la limite du voyeurisme...


7 septembre 2017

Les sables de l'Armagosa - Claire VAYE WATKINS

Editions Albin Michel - Collection Terres d'Amérique
Parution : 23 août 2017
Titre original : Gold fame citrus
Traduction : Sarah Gurcel
416 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Une terrible sécheresse a fait de la Californie un paysage d’apocalypse. Fuyant Central Valley devenue stérile, les habitants ont déserté les lieux. Seuls quelques résistants marginaux sont restés, prisonniers de frontières désormais fermées, menacés par l’avancée d’une immense dune de sable mouvante qui broie tout sur son passage.
Parmi eux, Luz, ancien mannequin, et Ray, déserteur « d’une guerre de toujours », ont trouvé refuge dans la maison abandonnée d’une starlette de Los Angeles. Jusqu’à cette étincelle : le regard gris-bleu d’une fillette qui réveille en eux le désir d’un avenir meilleur. Emmenant l’enfant, ils prennent la direction de l’Est où, selon une rumeur persistante, un sourcier visionnaire aurait fondé avec ses disciples une intrigante colonie…
 
 Claire Vaye Watkins est l’auteur d’un recueil de nouvelles (Nevada, Calmann-Lévy, 2012) qui lui a valu de nombreuses récompenses littéraires. Les sables de l'Amargosa a fait sensation sur la scène littéraire américaine.


Ce que j'en ai pensé :


Plus d'eau. Une chaleur intenable. Plus de végétation. Une apocalypse qui pourrait déferler sur le monde aussi sûrement que la dune qui avance, son sable recouvrant tout, érodant les paysages. Un destin sinistre, une ambiance de désolation dans laquelle se dessine un espoir : rejoindre une colonie près de la frontière. Vivre auprès de ce type qui trouve l'eau et qui règne sur ce petit monde en sursis.

Drôle de roman ! Je me suis laissée tenter parce qui s'apparentait à une dystopie et qui finit par mélanger un peu les genres, se faisant aussi roman d'apprentissage, roman d'amour, mais creuse plus loin en abordant d'autres thèmes (écologie, manipulation mentale, addiction, désinformation, instinct maternel, guerre).

C'est souvent très bizarre, comme si la narration partait dans tous les sens (quelques épisodes un peu fouillis ont failli me décourager de poursuivre la lecture), mais c'est aussi très addictif dans la mesure où l'on devine que le gourou n'est pas si "inspiré" qu'il le prétend.

L'histoire prend des tours désespérants, dans une ambiance de fin du monde, puis s'éclaircit dans un sursaut d'espoir...jusqu'à ce que la pluie se décide à tomber !

Voila un roman qui m'a troublée, je ne saurais dire si j'ai aimé ou pas...
A vous de voir !