24 avril 2017

Les filles au lion - Jessie BURTON

Editions Gallimard - Collection du Monde Entier
Parution : 9 mars 2017
Titre original : The muse
Traduction : Jean Esch
496 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

En 1967, cela fait déjà quelques années qu’Odelle, originaire des Caraïbes, vit à Londres. Elle travaille dans un magasin de chaussures mais elle s’y ennuie, et rêve de devenir écrivain. Et voilà que sa candidature à un poste de dactylo dans une galerie d’art est acceptée ; un emploi qui pourrait bien changer sa vie. Dès lors, elle se met au service de Marjorie Quick, un personnage haut en couleur qui la pousse à écrire.
Elle rencontre aussi Lawrie Scott, un jeune homme charmant qui possède un magnifique tableau représentant deux jeunes femmes et un lion. De ce tableau il ne sait rien, si ce n’est qu’il appartenait à sa mère. Marjorie Quick, à qui il soumet la mystérieuse toile, a l’air d’en savoir plus qu’elle ne veut bien le dire, ce qui pique la curiosité d’Odelle.
La jeune femme décide de déchiffrer l'énigme des Filles au lion. Sa quête va révéler une histoire d’amour et d’ambition enfouie au cœur de l’Andalousie des années trente, alors que la guerre d’Espagne s’apprête à faire rage. 

(autres couvertures)

 Ce que j'en ai pensé :

Après Miniaturiste et sa Hollande sombre et glaciale, Jessie Burton pose sa plume entre Andalousie lumineuse et Londres enfiévrée pour Les filles au lion. On pourrait dire "pose son pinceau" puisque le roman parle d'un mystérieux tableau surgi du passé et tant la prose est fine et délicate, restituant avec soin l'Espagne des années 30 et Londres à la fin des années 1960.

« (...) en tendant l'oreille, vous pouviez entendre les articulations d'un scarabée qui cheminait entre les racines des maïs.
Des collines provenaient la musique sourde des cloches des chèvres, qui venaient étouffer ces bruits plus légers en descendant parmi les éboulis, à travers le voile de chaleur. Les abeilles, assoupies par les grosses têtes plates des fleurs, les voix des fermiers qui s'appelaient, les arpèges des oiseaux qui jaillissaient des arbres. Une journée d'été fait tellement de bruit, quand vous demeurez totalement silencieux. »

L'art est d'une certaine façon le point commun de ces deux romans, mais ce sont surtout les femmes, une nouvelle fois, qui sont à l'honneur. Femmes fortes bien que soumises à l'homme ou aux diktats sociaux : l'héroïne londonienne est une jeune exilée caribéenne qui se rêve écrivain (mais doit avant tout lutter contre la précarité et le racisme) et Olive, la jeune fille peintre, réfugiée en Espagne, cache son talent original derrière une imposture.

«  Qui peignait ainsi ? Une fille de dix-neuf ans dans son pyjama d'internat ? Qui connaissait de telles couleurs, qui pouvait s'emparer du paysage dans lequel elle venait d'arriver et en faire quelque chose de plus beau, de plus fort, plus éclatant que le soleil qui envahissait la pièce ? »

Le roman croise donc deux histoires, deux personnalités, deux destins peu ordinaires et Jessie Burton confirme un immense talent. Certes, le fond est parfois romanesque, mais le livre interroge aussi sur la création artistique, sur les difficultés d'être une femme artiste, sur les préjugés et sans être féministe, sur la position de la femme.

«  J'ai vu ce que le succès fait aux gens, comment il les éloigne de leurs impulsions créatrices, comment il les paralyse. Ils ne peuvent plus faire autre chose que d'horribles répliques de ce qu'ils ont déjà fait, car tout le monde a un avis sur ce qu'ils sont et ce qu'ils devraient être. »

NB : Comme me le fait remarquer Electra, j'ai oublié de préciser : j'ai beaucoup beaucoup aimé ce roman ! Parce qu'il est remarquablement bien écrit (un mélange de simplicité et de profondeur peu communs), parce que j'ai eu l'impression que 'auteur livrait un peu d'elle-même (notamment sur les effets pervers de la célébrité et de la "pression" quand il s'agit de faire une "nouvelle" œuvre quand la première a été un succès fou), parce qu'on y parle des femmes sans le militantisme (que je trouve ridicule) des chiennes-de-garde, parce qu'il y a des personnages forts (j'ai profondément aimé Marjorie Quick), parce qu'il y est aussi question de passions (amoureuses, artistiques, révolutionnaires).

A lire pour comprendre peut-être les mots cachés dans ce roman, le blog de l'auteur :
  http://www.jessieburton.co.uk/blog.html
  

21 avril 2017

Le cimetière des chimères - Elena PIACENTINI

Editions Pocket
Parution : 8 septembre 2016
384 pages



Ce qu'en dit l'éditeur :

Lille, cimetière de l’Est. Alors qu’on enterre l’entrepreneur Franck Bracco, trois coups de feu résonnent dans l’air enneigé. Bilan : un mort – le rédacteur en chef des Échos du Nord– et un blessé – un ponte de l’immobilier. Deux notables. Et deux francs-maçons, probablement.
Pour le commandant Leoni et son équipe de la PJ, c’est le début d’un bras-de-fer avec les puissants de cette ville, décidés à se serrer les coudes… ou, à l’heure où fantômes du passé et chimères ressurgissent des caveaux, à s’entredévorer…

 Ce que j'en ai pensé :

Je n'ai pas su résister à l'appel de ce polar en librairie ! Un opus qui raconte une enquête antérieure à celle que j'ai lu le mois dernier et qui confirme qu'on peut lire cette série dans le désordre sans perdre des éléments..
Retour de Leoni le flic corse affecté à Lille, de sa grand-mère avec laquelle il vit et de l'équipe de collègues tus très attachants. 

Pas commun de commencer un polar par un meurtre lors d'un enterrement ! O entre vite dans cette intrigue qui joue l'humour en imaginant un chat comme seul témoin du crime d'un notable !

L'occasion pour l'auteur  d'évoquer les liens entre franc-maçonnerie, politique et économie de dénoncer quelques malversations au passage.

Le rythme est bon, la narration très agréable et j'ai très envie de trouver les autres enquêtes de Leoni !

20 avril 2017

Bénis soient les enfants et les bêtes - Glendon SWARTHOUT

Editions Gallmeister
Parution : 2 février 2017
Titre original : Bless the beasts and children
Traduction : Gisèle Bernier
176 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Ils sont six adolescents à s’être rencontrés dans ce camp de vacances en plein cœur de l’Arizona. Leurs riches parents ne savaient pas quoi faire d’eux cet été-là, et ils ont décidé d’endurcir leurs rejetons en les envoyant au grand air comme de “vrais cow-boys”. Au sein du camp, ces enfants deviennent vite inséparables. Cette nuit-là, alors que tout le monde est endormi, ils ont une mission à accomplir, un acte de bravoure qui prouvera au monde entier leur valeur. Et ils iront jusqu’au bout, quel que soit le prix à payer.

Ce que j'en ai pensé :

Le Box Canyon Boys Camp en Arizona st un camp de vacances pour gosses de riches, du genre qui vous transforme de minables morveux en vrais mecs, aguerris en équitation-camping et enfin aptes à la vie en société. Sauf pour les "Pisseux", l'équipe des loosers, ceux qui perdent tous les challenges, sucent leur pouce, font pipi au lit à 14 ans et sont à la limite de la névrose. Des gosses en manque d'affectation pour la plupart et qui vont être traumatisés par une rencontre insolite.

De quoi leur donner assez de courage et d'nconscience pour s'embarquer à bord d'une voiture volée dans un road trip mi-tragique mi-cocasse qui va surtout repousser leurs limites et les faire grandir d'un coup !

J'ai aimé cette histoire de gosses naîfs, leur périple, les caractères des protagonistes et toutes leurs failles d'enfants blessés, et pourtant, ce n'est pas un coup de coeur.

Difficile d'expliquer pourquoi..Peut-être à cause des intermèdes en italique qui cassent le rythme (et bien qu'ils soient indispensables en flashbacks pour comprendre pourquoi ils sont dans ce camp et comment ils en arrivent à se lier dans leur projet fou). Il m'a sans doute manqué un peu de peps dans la narration, une plume plus nerveuse...
Mais c'est un roman plaisant qui a le mérite de poser en creux le rapport des américains à la nature, voire les méthodes éducatives de ce pays (sympa le camp-commando et sa loi du plus fort !!!).

17 avril 2017

L'abbaye blanche - Laurent MALOT

Editions Bragelonne
Parution : 14 septembre 2016
336 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

À Nantua, dans le Jura, Mathieu Gange élève seul sa fille de six ans. Sa femme a disparu depuis plusieurs mois sans donner d’explication. Flic intègre, il fait ce qu’il peut pour assurer sa mission, quand soudain la violence s’abat sur ce coin du monde où il ne se passe presque jamais rien.
Deux hommes sans lien apparent sont assassinés coup sur coup, puis on retrouve un cadavre mutilé dans la forêt. À mesure qu’il démêle les fils, Gange est entraîné dans une enquête dont les enjeux le dépassent. Notables véreux, secte, affaire d’État : le cocktail est explosif. Mais Gange ne peut pas renoncer. La disparition de sa femme n’est peut-être pas innocente...
 
Laurent Malot a commencé à écrire à 19 ans parce qu’il rêvait de travailler avec Steven Spielberg. Il a gagné ses premiers droits d'auteur grâce à des fictions radio. Son premier roman, De la part d'Hannah (Robert Laffont, 2014) a conquis près de 25 000 lecteurs. Mêlant habilement thriller politique et roman noir, L’Abbaye blanche est son premier polar.

Ce que j'en ai pensé :

Ça commence comme un polar classique : un cadavre (puis un deuxième, puis un troisième !!), une enquête confiée à un flic dont la vie personnelle est bousculée par le départ de sa femme, une journaliste un peu fouineuse... Le cliché parfait de ce genre littéraire !

Pourtant la recette fonctionne et ce roman devient rapidement très addictif grâce à son rythme rapide et à une galerie de personnages réalistes et qui ont le bon goût d'avoir pas mal d'humour (le duo flic-journaliste fonctionne parfaitement, d'abord sur le mode du duel puis sur une réelle complicité).
Pas de temps mort, une succession de meurtres, des tentatives d'intimidation, il n'en faut pas plus pour se retrouver au milieu d'un thriller de très bonne facture !

L'atmosphère poisseuse de ce coin de campagne fait miroir aux manigances des notables impliqués, tous parfaitement taiseux (et terrorisés), aux manipulations devinées en arrière-plan (entre secte, système judiciaire corrompu, magouilles mafieuses) et le roman offre un portrait sans complaisance de la société où les pressions politiques perturbent la supposée neutralité de la justice et de la police.

Petits arrangements entre notables et disparition de preuves à charge au programme, je me suis régalée !
Merci à Lecteurs.com et aux Editions Bragelonne qui m'ont permis de lire ce polar dans le cadre des #explorateursdupolar

16 avril 2017

Profession du père - Sorj CHALANDON

Editions Le Livre de Poche
Parution : 31 août 2016
288 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Mon père disait qu'il avait été chanteur, footballeur, professeur de judo, parachutiste, espion, pasteur d'une Église pentecôtiste américaine et conseiller personnel du général de Gaulle jusqu'en 1958. Un jour, il m'a dit que le Général l'avait trahi. Son meilleur ami était devenu son pire ennemi. Alors mon père m'a annoncé qu'il allait tuer de Gaulle. Et il m'a demandé de l'aider.
Je n'avais pas le choix.
C'était un ordre.
J'étais fier.
Mais j'avais peur aussi…
À 13 ans, c'est drôlement lourd un pistolet.

Ce que j'en ai pensé : 

Profession du père ? Ni chanteur ni espion, mais mythomane et paranoïaque, à tendance violente ! 
Un fou furieux qui fait régner la terreur entre les murs de son appartement à coups de ceinture et de punitions. Un sérieux dingue qui s'invente mille vies, imagine assassiner de Gaulle, écrit des lettres de menaces aux ministres, surveille ses voisins et ne reçoit jamais personne chez lui.

 "Mon père, ma mère et moi. Juste nous trois. Une secte minuscule avec son chef et ses disciples, ses codes, ses règlements, ses lois brutales, ses punitions. Un royaume de trois pièces aux volets clos, poussiéreux, aigre et fermé. Un enfer."

Difficile pour un enfant de grandir dans un tel foyer surtout quand la mère s'efface, accepte le joug et ne protège pas.
"Tu connais ton père" proféré comme une excuse, presque une absolution pour les souffrances qui sont infligées, en continuant d'éplucher les légumes pour la soupe...

Drôle de roman qui raconte les années 1950 du point de vue d'un enfant, mélangeant admiration et amertume, tentatives désespérées de plaire à son bourreau (en reproduisant notamment ses élucubrations complotistes auprès d'un camarade de classe), de protéger sa mère qui s'enferme dans une complaisance aveugle alors que son mari perd de plus en plus la raison (la scène chez le psy pour enfant est hallucinante !).

"J'ai raconté l'angoisse d'un enfant. J'ai raconté l'armoire, la maison de correction. J'ai raconté le pistolet, le béret, Biglioni. J'ai raconté ma mère en épouvante et son fils en effroi."

C'est un livre fort, dérangeant (j'ai ressenti tantôt de la pitié pour ce gosse, tantôt de la colère envers ses parents) qu'il faut lire, absolument ! L'auteur a attendu le décès de son père pour écrire ce roman dont on devine la part autobiographique. Une part d'intime, très touchante, sans ressentiment et sans haine, malgré les souvenirs douloureux.

15 avril 2017

Ressacs - David-James KENNEDY


Editions Pocket
Parution : 13 avril 2017
480 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Par une nuit d'orage, dans l'un des derniers hôpitaux militaires de la côte atlantique, un interne disparaît après qu'un de ses patients a été sauvagement assassiné. Inquiet pour le sort de son confrère, Tom Castille se lance sur ses traces en même temps que les gendarmes et fait rapidement une découverte troublante. Dans cet hôpital, un ancien monastère construit par les Augustins mille ans plus tôt, d'autres disparitions ont eu lieu, dans des circonstances semblables. Dix ans, trente ans, deux cents ans plus tôt. Vague après vague, la tragédie revient se briser sur les hommes... 
 
Né en 1969, pharmacien dans le nord de la France, David-James Kennedy est, comme son nom ne l'indique pas, un auteur français. L'idée de ce premier roman est née lors d'une nuit de garde dans un hôpital militaire aujourd'hui désaffecté.


Ce que j'en ai pensé :

Un hôpital militaire isolé au bord des falaises du pays basque, une tempête incroyable, une légende et des meurtres. Voila pour planter le décor de ce thriller implacable et drôlement futé ! 

L'ambiance est sinistre, glauque, fortement imprégnée par le déluge qui fait écho à la fresque de l'Apocalypse peinte dans le grand hall de l'hôpital et les personnages deviennent vite potentiellement suspects, détournant des preuves, cachant des indices aux gendarmes.

Des personnages travaillés, convaincants avec une mention particulière pour Tom Castille, l'interne, qui enquête de son côté. 

L'intrigue est suffisamment embrouillée pour semer le lecteur sur de fausses pistes mais le dénouement donne tout son sens à cette affaire.
Avec une narration tonique et ciselée, le thriller gagne en intensité et se révèle être un page turner très efficace ! Surtout pour un premier roman !

Un autre polar signé de l'auteur est paru chez Fleuve Noir, Malgré elle, dont j'ai hâte de lire l'histoire.
 

12 avril 2017

Le tour du monde du roi Zibeline - Jean-Christophe RUFIN

Editions Gallimard - collection La Blanche
Parution :  6 avril 2017
384 pages 


Ce qu'en dit l'éditeur :

«– Mes amis, s'écria Benjamin Franklin, permettez-moi de dire que, pour le moment, votre affaire est strictement incompréhensible.
– Nous ne demandons qu'à vous l'expliquer, dit Auguste. Et d'ailleurs nous avons traversé l'Atlantique pour cela.
– Eh bien, allez-y.
– C'est que c'est une longue histoire.
– Une très longue histoire, renchérit Aphanasie, sa jeune épouse que Franklin ne quittait plus des yeux.
– Elle traverse de nombreux pays, elle met en scène des drames et des passions violentes, elle se déroule chez des peuples lointains dont les cultures et les langues sont différentes de tout ce que l 'on connaît en Europe...
– Qu'à cela ne tienne! Au contraire, vous mettez mon intérêt à son comble...»

Comment un jeune noble né en Europe centrale, contemporain de Voltaire et de Casanova, va se retrouver en Sibérie puis en Chine, pour devenir finalement roi de Madagascar... Sous la plume de Jean-Christophe Rufin, cette histoire authentique prend l'ampleur et le charme d'un conte oriental, comme le XVIIIe siècle les aimait tant. 

Maurice Auguste Benjowski,
né en 1746 en Hongrie, mort en 1786 à Madagascar


Ce que j'en ai pensé : 

J'attendais avec une certaine impatience ce nouveau livre de Jean-Christophe Rufin, c'est un auteur que j'aime beaucoup et dont l'écriture me ravit.
Il renoue ici avec le roman historique d'aventures et offre une biographie romancée dans la même veine que Rouge Brésil ou L'abyssin et nous entraîne dans un tour du monde où les péripéties ne manquent pas !

Au-delà d'une narration toujours aussi maîtrisée et d'une histoire vraie (les écrits de Maurice Benjowski retraçant son incroyable périples sont encore édités aujourd'hui), l'auteur offre un regard philosophique sur la colonisation et le rapport aux indigènes, à la manière d'un Rousseau ou d'un Diderot.

Du récit fait à Benjamin Franklin, qui vieillit et s'apprête à laisser la place à Jefferson, par le comte hongrois et son épouse Aphanasie laisse entrevoir à la toute jeune Amérique indépendante les possibilités de développement que son aide apporterait à Madagascar alors peuplée de "sauvages". 
Ça n'est pas un réquisitoire pour la colonisation que présentent les deux époux mais une déclaration d'amour pour une île dans laquelle, malgré quelques "arrangements" diplomatiques nécessaires, les "bons sauvages" ne demandent qu'à être éclairés, comme cela s'entendait au Siècle des Lumières. Ardents lecteurs des philosophes du XVIIIème siècle, les Benjowski semblent avoir compris avant tout autre qu'asservir ne sert à rien, qu'éduquer en respectant l'autre (le différent, l'indigène, le colonisé) permet un échange productif.

Au-delà du côté forcément un peu romanesque (Rufin parvient toujours à glisser une amoureuse, ou en tout cas une femme "forte" dans ses récits), il y a encore, dans ce roman, matière à réfléchir sur les conquêtes des hommes, sur les territoires qu'ils convoitent et sur les motivations obscures qui les animent.

C'est, à nouveau, un beau roman, dans la lignée du Grand Coeur, un bijou d'aventure et d'histoire.   

10 avril 2017

Les garçons de l'été - Rebecca LIGHIERI

Editions P.O.L
Parution : 3 janvier 2017
448 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Zachée et Thadée, deux frères, étudiants brillants et surfeurs doués, déploient les charmes de leur jeunesse sous l'été sauvage de la Réunion. Mais l'été et la jeunesse ont une fin, et il arrive qu'elle survienne plus vite et plus tragiquement que prévu. . .

Née en 1966 et agrégée de lettres modernes, Emmanuelle Bayamack-Tam, alias Rebecca Lighieri a publié une douzaine de romans, tous édités chez P.O.L.

Ce que j'en ai pensé :

Ça pourrait commencer comme l'histoire d'une famille parfaite : père pharmacien et mère au foyer, bourgeoisie basque, deux fils exceptionnels (beaux, intelligents, sportifs) et une ado un peu originale. Tout ce beau monde à une jolie vie bien protégée, les gamins font du surf et sont entourés d'amis.

Jusqu'au moment où Thadée, le fils aîné, se fait croquer la jambe par un vilain requin en surfant à La Réunion : l'image idyllique se fissure, chacun révélant ses failles. Du père qui a une maîtresse depuis toujours à la mère un brin névrosée dans sa perfection (coupe au carré, twin-set et grandes certitudes sur la perfection de ses enfants), des deux frères surfeurs en apparence un peu trop "sains" à la gamine qui momifie des lézards...

Un drôle de tableau qui vire subitement au thriller, qui passe d'une atmosphère iodée ensoleillée, jeune et festive au drame. Méfiez-vous des familles trop lisses et des apparences, ce roman est surprenant !

 
L'auteur rejoue l'histoire d'Abel et Caïn, noue son intrigue autour de la haine et de la jalousie, explore les envies de vengeance, analyse finement la mise en abîme de la folie maternelle et des perversions (Thadée l'unijambiste gagne haut la main mais la petite sœur semble elle-aussi très prometteuse !).

Les termes techniques du surf sont nombreux, le langage "djeuns" abondant, mais la narration est impeccable, fluide et addictive ! 

Un coup de cœur ! 


4 avril 2017

Une putain d'histoire - Bernard MINIER

Editions Pocket
Parution : 12 mai 2016
600 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

« Au commencement était la peur… »

Hors des flots déchaînés, une main tendue vers le ciel. Un pont de bateau qui tangue, la pluie qui s’abat, et la nuit… Le début d’une « putain d’histoire ».
Une histoire d’amour et de peur, de bruit et de fureur. L’histoire de Henry, 17 ans, que le meurtre de sa petite amie plonge dans l’enfer du soupçon. Sur son île, Glass Island, battue par les vents, cernée par la brume 360 jours par an et uniquement accessible par ferry, tout le monde connaît tout le monde, jusqu’au plus noir de ses secrets. Ou du moins le croit-on.
 
Quand la peur gagne, la vérité s’y perd…



Ce que j'en ai pensé :

Ne cherchez pas Servaz dans ce thriller, l'histoire qui est tissée sous les yeux du lecteur ne le concerne pas ! 
L'auteur nous emmène cette fois au nord-ouest des USA (entre Seattle et Vancouver) à la suite d'un ado de seize ans (et non 17 comme indiqué dans le résumé de l'éditeur) dont la petite amie a été assassinée.
 
Un gamin bien sous tous rapports, passionné par les films d'horreur et par la musique de Nirvana, bien intégré au lycée au milieu d'une bande de copains.

Sauf qu'il a été adopté (et s'interroge un brin sur ses origines) par deux lesbiennes et qu'il a l'absolue interdiction d'apparaître sur les réseaux sociaux…

Entre caïds sanguinaires, flics sans doute corrompus, secrets et maître-chanteur, et surtout Big Brother qui veille, le thriller de Bernard Minier prend un tour inattendu ! 

Et pour une fois, je n'ai rien vu venir ! (ce qui veut dire aussi que l'opus est sacrément retors!) !!

Narration tendue, ambiance très glauque et violente par moments, intrigue fine, personnages convaincants, BANCO !

(et dire que jusqu'il y a 2  mois je snobais les polars de cet auteur !....)

3 avril 2017

Un fils parfait - Mathieu MENEGAUX

Editions Grasset
Parution : 1er février 2017
240 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Maxime, enfant unique d’Élise, a tout du fils parfait : brillantes études et carrière fulgurante ; c’est un mari aimant comme un père attentionné. Un jour, sa femme Daphné va découvrir la faille dans ce tableau idyllique. Le conflit est inévitable : il sera sans merci.
Jusqu’où une mère doit-elle aller pour protéger ses filles et faire valoir ses droits, alors que personne n’accepte de la croire ?
Inspiré d’une histoire vraie, Mathieu Menegaux nous livre ici le récit du combat d’une mère contre la machine judiciaire.


Mathieu Menegaux est né en 1967. Son premier roman, Je me suis tue, publié chez Grasset en 2015 et Points en 2017, a obtenu le prix du premier roman des 29e Journées du Livre de Sablet.


Ce que j'en ai pensé :


C'est drôle..J'ai fini ce roman il y a 2 jours et c'est un peu comme si je  ne savais pas quoi en dire.

Non pas qu'il me déplaise, c'est même plutôt le contraire : il est très bien écrit, la narration est fluide, les personnages "consistants"...

L'histoire en elle-même  est dérangeante puisqu'elle parle d'inceste : le propos est clair, un père, bien sous tous rapports (socialement) abuse ses deux fillettes quand leur mère est absente pour raisons professionnelles...L'auteur a l'élégance de ne pas trop en dire, même si les évocations sont déjà bien assez choquantes.

Ce n'est pour autant pas ce postulat qui met mal à l'aise mais les atermoiements d'une mère dans sa culpabilité (et si je n'avais pas autant désiré "faire carrière", si j'étais restée à la maison ?), l'aveuglement de l'entourage (mais tu es SURE ?) et les circonvolutions d'une machine judiciaire qui conduit la mère à se conduire en hystérique et à devenir la "coupable", celle à qui on enlève ses enfants alors qu'elle voulait les protéger.

Passif psychiatrique, respectabilité sociale, présomption d'innocence, fragilité des témoignages (l'affaire Outreau a laissé des marques !), rien n'est joué d'avance. 

C'est intelligemment écrit, puisque tous ces éléments contribuent à instiller le doute.

1 avril 2017

Bilan de mars 2017

Encore un mois très intense en termes de lecture (question mobilité, suite à mon opération, ce n'est toujours pas le PIED ! ah ah ! Merci à ceux qui suivent !).

21 livres lus, 6885 pages et si le bilan est globalement réjouissant, je n'ai eu que deux coups de cœur !

Delphine BERTHOLON, Coeur-Naufrage, Editions JC Lattès
Sorj CHALANDON, Le quatrième mur, Editions Grasset


Un mix de romans et de polars, parutions récentes ou non, a occupé mes heures d'immobilité :


Et une immense déception, 

Franz-Olivier GIESBERT, Belle d'amour, Editions Gallimard

Je ne connaissais pas l'auteur pour ses écrits romanesques, mais ça a été la mauvaise surprise...bref, n'écoutez pas les sirènes du marketing ! 

Vos lectures de mars vous ont-elles plu ? Qu'avez-vous prévu pour avril ? 

31 mars 2017

Un futur plus que parfait - François-Henri SOULIÉ

Editions du Masque (poche)
Parution : 15 mars 2017
446 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Une Vénus datant de plus de 15 000 ans vient d’être découverte dans la grotte de Combéjac. Skander Corsaro, jeune journaliste fraîchement engagé au Courrier du Sud-Ouest, se rend au village de Mont-Rouquel, proche de la grotte, afin d’y faire un reportage sur le patrimoine historique du secteur.
Bâti sur un piton rocheux des contreforts du Massif Central, Mont-Rouquel est un de ces villages oubliés par la modernité. Le monde agricole y périclite sans espoir de retour. La plupart des habitants travaillent en ville. Retraités et chômeurs constituent l’essentiel de la population… Bref, au bout d’une journée, Skander Corsaro craint de mourir d’ennui au cours de son reportage.
Mais le lendemain, la disparition inquiétante d’une enfant du village est signalée. Skander, qui n’a jamais su se mêler de ce qui le regarde, décide de mener l’enquête… à sa façon.

Une deuxième enquête brillante de Skander Corsaro sur fond de sectes et de querelles familiales où l’on s’interroge sur la nature de l’homme et son devenir.


Ce que j'en ai pensé :

Il en a de l'humour FH Soulié ! Et ces rompols ont un côté jubilatoire qui me réjouit ! 
J'avais déjà beaucoup aimé Il n'y a pas de passé simple (oui, l'auteur joue avec la conjugaison !) que j'avais trouvé à la fois érudit et drôle, ce nouvel opus confirme tout le bien que j'en pense !

On retrouve évidemment Skander Corsaro, petit reporter affecté à la rubrique culture d'un journal du Sud-Ouest, qui se retrouve (involontairement, ça va de soi) au milieu d'une enquête pour disparition d'enfants alors qu'il venait dans ce bled paumé du Causse pour couvrir la découverte d'une statuette préhistorique.

Drôle de patelin en vérité ! Alcooliques, maire corrompue, anciennes vedettes, aubergistes passionnés de Columbo, et un drôle de personnage adepte de Henry David Thoreau...et évidemment, le pote homo, le poisson "jaune", le libraire, les "pauvre chat" de Milly, affectée aux petites annonces et, bien sûr, la narcolepsie parfois providentielle du héros.

La narration est toujours parfaite, l'érudition à l'affût, les bons mots déroulés sans complexes (combien de fois ai-je souri ?) et l'intrigue tient la route !
Ce n'est certes pas un polar sanguinolent ni un "rural noir" à la mode, mais c'est un vrai moment de plaisir, une lecture réjouissante (et l'écriture travaillée témoigne du talent de l'auteur !).

(Si vous le cherchez sur le site du Masque, ou chez tout autre dealer de littérature, il est indiqué que le livre compte 248 pages....il y en a 200 de plus ! comme le précédent tome, celui-ci est sorti directement en format poche.)