18 juin 2018

Hunter - Roy BRAVERMAN

Editions Hugo Thrillers
Parution : 16 mai 2018
320 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Plus personne ne s’arrête à Pilgrim’s Rest. Une vallée perdue dans les Appalaches. Un patelin isolé depuis des jours par le blizzard. Un motel racheté par le shérif et son frère simplet. Un bowling fermé depuis longtemps. Et l’obsédant souvenir d’une tragédie sans nom : cinq hommes sauvagement exécutés et leurs femmes à jamais disparues. Et voilà que Hunter, le demi-sang indien condamné pour ces crimes, s’évade du couloir de la mort et revient dans la vallée. Pour achever son oeuvre ?

Après douze ans de haine et de chagrin, un homme se réjouit pourtant de revenir à Pilgrim’s Rest. Freeman a compris le petit jeu de Hunter et va lui mettre la main dessus. Et lui faire enfin avouer, par tous les moyens, où il a caché le corps de Louise, sa fille, une des cinq disparues. Pilgrim’s Rest sera peut-être le terminus de sa vengeance, mais ce que Freeman ignore encore, au volant de sa Camaro rouge qui remonte Murder Drive, c’est qu’il n’est pas le seul à vouloir se venger. Et que la vérité va se révéler plus cruelle et plus perverse encore. Car dans la tempête qui se déchaîne et présage du retour de la terreur, un serial killer peut en cacher un autre. Ou deux.

Ce que j'en ai pensé :

Pilgrim's Rest, le repos du pèlerin...un motel perdu dans les Appalaches où de jeunes couples viennent passer leur lune de miel...pour souvent ne plus en repartir ! Non pas que le lieu soit si idyllique qu'ils aient envie d'y rester mais parce que le jeune mari est souvent retrouvé assassiné et que son épousée disparait.

Un bled fantôme, tout juste une vingtaine d'habitants, rednecks pur jus, qui se claquemurent chez eux surtout quand les tempêtes de neige s'abattent sur le bowling désaffecté. 

C'est un excellent polar que signe Roy BRAVERMAN (qui n'est autre qu'un des nombreux alias qu'utilise Patrick Manoukian plus connu sous le pseudo de Ian Manook !), c'est un peu trash mais c'est délicieux !
D'autant qu'on pourrait s'agacer au bout d'une centaine de pages de voir le nom du méchant dévoilé ! sauf que...au concours du plus vilain, il y a foule au portillon ! et que quand on croit la situation bien prise en main par le FBI et consorts, ben ça continue de défourailler au carreau d'arbalète ou à la 22LR !

Bref, je me suis régalée ! J'ai été surprise, charmée par ce polar très américain, par le final qui évidemment n'est pas très rose !

16 juin 2018

Smonk - Tom FRANKLIN

14 juin 2018

Le sang et le pardon - Nadeem ASLAM


Editions du Seuil - Collection Cadre vert
Parution : 4 janvier 2018
Titre original :
Traduction : Claude & Jean Demanuelli
368 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Aux abords de la ville de Zamana, lorsqu’une fusillade éclate entre des tueurs pakistanais et un espion américain, la vie de Nargis bascule. Pris dans les tirs croisés, Massud, son mari, architecte comme elle, épris de beauté et de justice, meurt avant qu’elle ait pu lui avouer son terrible secret.
Menacée par un officier des services du renseignement qui la somme d’accorder son pardon au meurtrier américain, Nargis craint que la vérité sur son passé n’éclate au grand jour. Car depuis quelque temps, du haut des minarets de la ville, un inconnu dévoile l’intimité de certains habitants. Dans un pays où les accusations de blasphème sont monnaie courante, ces dénonciations anonymes sèment la terreur parmi la population.
Nargis prend alors la fuite en compagnie de deux jeunes gens, Helen, la chrétienne, et Imran, le mystérieux Cachemirien, à la recherche d’un îlot de paix et d’amour, loin de la violence et de la folie des hommes.

Par la magie de cette prose lumineuse qui caractérise le style de Nadeem Aslam, le passé et le présent du Pakistan, marqués par la corruption, l’intolérance, mais aussi la résilience et l’espoir, se reflètent dans un même miroir.

Jeunes chrétiennes pakistanaises _ Photo Mohammad Sajjad

Ce que j'en ai pensé :

Que de douleur(s) dans ce magnifique roman ! Mais que de poésie aussi ! 

Je n'ai pu que rêver de la bibliothèque de Nargis et Massud, de leurs maquettes en papier et de leur amour sincère et tranquille. 

Pourtant, l'auteur fait défiler sous nos yeux toute la détresse des pakistanais, ceux qui, chrétiens, sont pourchassés, celles qui, femmes, n'ont droit à rien, et ceux qui, musulmans, vivent sous le joug d'une charia déclarée et subissent, comme les autres, le poids des conventions.

Au-delà d'un portrait saisissant d'un pays méconnu, coincé entre l'Inde et les pays arabes, ce sont d'abord des histoires d'amour que Nadeem Aslam déroule (celle si "idyllique" de Nargis et Massud, malgré le secret que Nargis n'aura pu révéler, celle de Lily le chrétien conducteur de rickshaw pour la fille de l'imam, celle d'Helen et de Imran dans la quiétude l'ïle), ce sont aussi des histoires d'héritage culturel, des histoires de femmes (Nargis qui, chrétienne, se fait passer pour une musulmane, ou Helen qui veut étudier, Aycha enfermée dans son veuvage ou la mère d'Imran tuée parce qu'entrée en résistance).

J'ai été séduite par l'antagonisme constant entre les images poétiques et la cruelle réalité racontée dans ce roman, entre les maisons de papier si aériennes et fantasmagoriques et le sang partout, la cruauté).

Il me restera des images fortes, notamment celles de Nargis, Helen et Imran recousant patiemment les pages d'un livre abîmées par la police, morceau après morceau, au fil d'or.

12 juin 2018

Les coulisses du critique - TAG

C'est parti de chez Le chien critique, et ça se propage tout doucement.

Avis, Critique, Recension et/ou Ressenti ?

 J'essaie toujours d'être la plus sincère possible à la lecture d'un livre, que je l'ai aimé, beaucoup moins ou pas du tout. N'étant pas critique littéraire, c'est toujours mon ressenti pur qui prime, même si parfois je manque de délicatesse quand je n'ai pas aimé, ou d'objectivité quand j'ai adoré ! 

Je trouve un peu "too much" les blogueurs littéraires qui analysent trop leurs lectures ou qui se targuent un peu facilement d'être chroniqueurs ou critiques parce que,  modestement, je sais que ce n'est pas mon métier et que je souhaite seulement partager un ressenti.

Le choix du livre 

 Je lis presque 5 à 6 romans par semaine, je dévore. Et parfois, je n'ai pas envie et je tourne avec peine quelques dizaines de pages. 

Je les choisis d'abord en fonction de mes goûts, ça va de soi ! Je déteste me sentir obligée de lire un livre "parce qu'il le faut". Je navigue beaucoup sur quelques blogs très inspirants, dont je sais qu'ils correspondent à mes goûts (Hop sous la couette, La nuit je mens), je me promène sur Instagram dans les univers qui me plaisent, je lis les 4èmes en librairie, je perds du temps dans les recommandations d'Amazon, je fais des listes dans les catalogues de mes maisons d'édition préférées...Et évidemment, j'ai des auteurs chouchous dont je ne manquerai la dernière parution pour rien au monde !

Cas particulier

Je suis sollicitée via Babelio pour Masse Critique et je ne réponds que si le bouquin m'intéresse ! Assez peu de déceptions puisque c'est finalement assez ciblé et que ça correspond grosso-modo à mes lectures.

J'apprécie aussi de recevoir des SP, que je les demande ou non. C'est d'ailleurs assez rare que j'en formule l'idée, mais j'ai adoré (et j'espère que ça va continuer !) collaborer avec Rivages Noirs (que de pépites !), Stock ou encore Fayard. 

Je mets un point d'honneur à lire les livres envoyés, même si je ne me précipite pas toujours sur les sélections et je reconnais qu'il m'est arrivé de préparer un billet sans le publier...

Mettre ou ne pas mettre la quatrième de couverture ? That is the question

 On trouve tout sur Internet, ok, mais j'aime bien entamer mes billets par un rappel de ce que dit l'éditeur du livre, même si la 4ème dévoile trop, même si elle est parfois "mensongère". 

Ça m'évite de faire un résumé du bouquin (trop lourd souvent dans une critique) et de passer directement à mon avis, parce que j'espère que les gens qui fréquentent mon blog viennent surtout pour ça..

Prise de note

 Jamais ! Je lis le livre, je tourne la dernière page, et je m'installe à mon ordi pour rédiger illico mon billet ! Mais si le "délai" de parution est long, je relis et modifie parfois ma prose. 

Par contre, sans prise de notes, certains bouquins sont hérissés de post-it !

Rédaction

 A l'os ! tout de suite après la lecture ! cf ci-dessus

Serré ou plutôt long ?

 Plutôt serré je crois, quand c'est trop long sur d'autres blogs, je lis en diagonale. Donc chez moi, je préfère aller au fait, ne pas trop développer. Mais je ne suis pas lapidaire pour autant !

Divulgâcher, moi ! Jamais

 Jamais, jamais ! C'est le pire ! mais ça a pu arriver quelquefois quand le bouquin m'agace et que la fin est vraiment capillotractée !

Ils en pensent quoi les autres blogueurs ?

 Je lis pour moi, selon mes goûts, jamais en fonction d'une tendance ! Donc, si je renvoie vers d'autres blogs, ce sont ceux qui sont dans ma blogroll (et je ne le fais pas toujours), qu'ils aient le même ressenti que moi ou un avis très différent. Mais ça ne doit concerner qu'un billet sur 20 !

Citation

 Pas souvent et pour des raisons très différentes : aussi bien pour souligner quelque chose qui m'a agacée qu'un extrait qui m'a touchée !

Taguer ses billets

 Sur chaque billet : le nom de l'auteur, la maison d'édition, le lieu où se situe l'intrigue (uniquement si c'est à l'étranger), le genre. J'espère que ça permet de pouvoir lire tous les billets que j'ai rédigé sur les policiers qui se déroulent au Brésil édités par Untel.

Noter ses lectures

 Uniquement sur Babelio et sur Pinterest et dans le cadre de mes activités de jurée littéraire. Sur mon blog, la seule note qui distingue certaines lectures des autres est ma mention "coup de cœur".

Les affiliations

 Je déteste l'idée d'insérer de la pub sur mon blog, et je pourrais quitter une plate-forme pour cette raison ! 

Par contre, il est essentiel pour moi de remercier les maisons d'éditions, ou Babelio, qui me font parvenir des livres, c'est une question de correction (même si ça n'influe jamais sur mon ressenti). Je suis rétive aux pubs-reconnaissance et billet faussé, ça ne risque pas d'arriver sur mon blog !

La reconnaissance

 J'aime beaucoup l'idée de faire partie d'un cercle de lecteurs/lectrices aux goûts similaires, ça me suffit en termes de notoriété. Un cercle de fidèles blogueurs littéraires (et une blogroll volontairement restreinte) auquel s'ajoutent quelques personnes à qui j'ai donné cette adresse.

Je suppose que ça me suffit, en tout cas assez pour ne pas fermer ce blog même si l'envie m'en vient parfois...surtout quand d'autres "critiques littéraires" auto-proclamés se revendiquent comme des prescripteurs et écrasent les autres au passage.

Ainsi, je ne sais pas si j'ai une légitimité à dire si j'aime ou non certains livres (même avec presque 800 billets publiés depuis fin 2012), je ne crois pas faire vraiment partie des blogueurs littéraires influents et je cherche pas à me faire de la pub.

Lire est d'abord un plaisir que j'aime partager ;o)

Si ça vous dit de participer...

9 juin 2018

Une ombre au tableau - Myriam CHIROUSSE

Editions Buchet-Chastel
Parution : 5 avril 2018
192 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

« Une obscurité nacrée baignait le parc, lui conférant un aspect inquiétant et mystérieux, plus authentique aussi, comme si la nuit avait le pouvoir de révéler le vrai visage des choses. La pelouse avait le bleu foncé des mers australes et tout le reste était noir, les grands pins, les bosquets, les haies. Noir aussi le prunier en fleurs du printemps, dont tous les fruits avaient été mangés par les oiseaux et les vers. Seule la margelle de la piscine traçait dans l’ombre un ovale lactescent, au milieu duquel l’eau étalait son vif-argent. »

La Côte d’Azur. Ses villas de luxe et ses piscines.

Quand Greg Delgado, employé de banque, visite la maison de ses rêves, il décide de ne pas dire à sa femme, Mélissa, qu’un enfant s’est noyé dans la piscine. Le couple emménage. Mélissa est-elle dupe ? N’a-t-elle pas aussi certaines choses à cacher ?

Dans la chaleur caniculaire, chacun cherche son intérêt et son plaisir...

Ce que j'en ai pensé :

La tension monte, page après page. Elle repose sur une ambiance particulière, dans la canicule de cet été cannois qui n'offrira en fin d'été qu'incendies et désolation, et sur les non-dits et les pseudos secrets qui minent les relations, les font basculer du côté du dépit et les rapprochent inexorablement de la rupture.

La narration restitue à merveille cette pesanteur de l'été, quand pas un brin d'air ne passe, quand l'orage couve et que les drames surviennent.
Parce que tout est drame dans ce roman qui parfois flirte avec le polar, instillant son climat crispé, étouffant. Un enfant mort dans une piscine, des idées d'adultère, de transgression, un brin de climat "mafieux" et des amours surgies du passé. 

Tout est signe pour Mélissa, hyper sensible, tout peut devenir le catalyseur d'un malaise ou d'une angoisse : une statuette brisée, un baiser volé ou l'ombre d'une vieille femme puissante.

J'ai beaucoup aimé ce roman, pour son ambiance d'abord, de plus en plus délétère, pour la montée en tension, pour les portraits dessinés (j'y ai reconnu les traits de certaines personnes que j'ai pu côtoyer) et si je n'avais pas été si pressée de le lire, j'aurais sans doute plus apprécier de le lire au bord de la piscine cet été.

Je vais essayer de trouver Sangliers, le roman que Myriam Chirousse a publié en 2016. J'ai aimé l'écriture et le ton de l'auteur, et j'espère que ça me séduira autant !

7 juin 2018

Une famille très française - Maëlle GUILLAUD

Editions Héloïse d'Ormesson
Parution : 12 avril 2018
208 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Charlotte a toujours été fière de ses parents, mais lorsqu’elle rencontre ceux de Jane, leur élégance et leur réussite l’éblouissent. La silhouette élancée et la blondeur vaporeuse de sa meilleure amie tranchent à côté de ses rondeurs généreuses et de ses boucles brunes. Peu à peu, Charlotte se met à avoir honte de l’exubérance de sa mère, de l’humour de son père, de ses origines… Et si le raffinement des Duchesnais n’était qu’un trompe-l’œil, et cette famille moins parfaite qu’elle n’y paraît ?
Avec justesse et subtilité, Maëlle Guillaud soulève l’épineuse question de l’identité à travers les yeux d’une adolescente face à ses contradictions.
Une famille très française est un roman d’apprentissage qui loue la richesse d’être soi, tout simplement, avec son histoire et ses singularités.

Ce que j'en ai pensé :

Elle a une jolie plume, Maëlle Guillaud ! Et elle restitue finement les atermoiements de l'adolescence, quand on se cherche un modèle, et si possible en dehors de sa propre famille ! 

C'est ainsi qu'est Charlotte, dont la grand-mère maternelle est juive séfarade et marocaine, et le père toubib catholique, qui lorgne sur cette famille bourgeoise, très franco-française, "bien comme il faut".

Une famille parfaite en apparence mais qui cache des secrets.

Un roman agréable qui explore les questions d'identité et d'héritage (à quelle famille appartient-on ? Peut-on vraiment s'éloigner de ses racines, les renier ?), de la construction de soi et de sa propre projection dans la société (à quel groupe souhaite-t-on ressembler, s'assimiler ?).

Un roman d'apprentissage en quelque sorte, qui raconte la relation de Charlotte avec les siens et avec le monde qui l'entoure, qui joue aussi des ambiguïtés, des ambivalences.

Mais...un roman qui m'a semblé un peu brouillon, malgré tout ! J'ai pourtant beaucoup aimé la relation de Charlotte avec sa grand-mère, j'ai aimé le style et la façon qu'a eu l'auteur d'explorer les sentiments de cette jeune fille.
Il m'a manqué un je-ne-sais-quoi pour être vraiment conquise ! Dommage.

5 juin 2018

Passage des ombres - Arnaldur INDRISASON


Editions Métailié
Parution : 3 mai 2018
Titre original : Skuggasund
Traduction : Eric Boury
304 pages 


Ce que dit l'éditeur :

Un vieil homme solitaire est retrouvé mort dans son lit. Il semble avoir été étouffé sous son oreiller. Dans ses tiroirs, des coupures de presse sur la découverte du corps d’une jeune couturière dans le passage des Ombres en 1944, pendant l’occupation américaine.
Pourquoi cet ancien crime refait-il surface après tout ce temps ? La police a-t-elle arrêté un innocent ?
Soixante ans plus tard, l’ex-inspecteur Konrad décide de mener une double enquête. Jumeau littéraire d’Erlendur, il a grandi en ville, dans ce quartier des Ombres si mal famé, avec un père escroc, vraie brute et faux spirite. Il découvre que l’Islande de la « situation » n’est pas tendre avec les jeunes filles, trompées, abusées, abandonnées, à qui on souffle parfois, une fois l’affaire consommée, « tu diras que c’était les elfes ».

Un polar prenant qui mêle avec brio deux époques et deux enquêtes dans un vertigineux jeu de miroirs. Où l’on découvre que les elfes n’ont peut-être pas tous les torts et que les fééries islandaises ont bon dos…

Ce que j'en ai pensé :

Dernier tome de la "Trilogie des ombres", cet opus en est sans doute le meilleur, parce que, selon moi, il ressemble le plus à ce qu'écrivait Arnaldur Indridason dans les enquêtes d'Erlendur. On retrouve avec le plus grand plaisir l'ambiance particulière de l'Islande pendant la Seconde Guerre Mondiale (et la "situation", les islandaises séduites par les américains) et cette manière particulière de mener l'enquête, sans soubresauts.

Il y a là le charme du temps qui passe et qui n'efface pas toutes les blessures, un cold-case qui ressurgit et fait remonter à la surface d'étranges souvenirs, des regrets. L'ex-inspecteur Konrad, confronté à son passé, à sa "honte" (son père est un escroc qui s'est joué de la crédulité des autres via la médiumnité), s'implique plus que de raison dans un fait divers qui a eu lieu en 1944 à Reykjavik.

L'intrigue est pourtant "moderne", elle évoque le patriarcat, le poids de la honte, la concupiscence des hommes et souvent leur effroyable lâcheté, elle dessine en creux la condition féminine (Rosamunda qui rêvait de s'affranchir en devenant couturière, les filles séduites par les soldats et souvent honteuses de l'avoir été..) et le rôle des croyances populaires dans la vie quotidienne des islandais.
 

2 juin 2018

Débâcle - Lize SPIT

Editions Actes Sud
Parution : février 2018
Titre original : Het smelt
Traduction : Emmanuelle Tardif
432 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

À Bovenmeer, un petit village flamand, seuls trois bébés sont nés en 1988 : Laurens, Pim et Eva. Enfants, les “trois mous­quetaires” sont inséparables, mais à l’adolescence leurs rap­ports, insidieusement, se fissurent. Un été de canicule, les deux garçons conçoivent un plan : faire se déshabiller devant eux, et plus si possible, les plus jolies filles du village. Pour cela, ils imaginent un stratagème : la candidate devra résoudre une énigme en posant des questions ; à chaque erreur, il lui faudra enlever un vêtement. Eva doit fournir l’énigme et ser­vir d’arbitre si elle veut rester dans la bande. Elle accepte, sans savoir encore que cet “été meurtrier” la marquera à jamais. Treize ans plus tard, devenue adulte, Eva retourne pour la première fois dans son village natal. Cette fois, c’est elle qui a un plan…

Véritable coup de tonnerre dans le paysage littéraire aux Pays-Bas et en Belgique, immense succès de librairie qui a valu à son auteur les plus grands éloges, Débâcle est un roman choc, servi par une écriture hyperréaliste et intransigeante. Une expérience de lecture inoubliable.


Ce que j'en ai pensé :

Het smelt (le titre du livre) signifie "ça fond"...Peut-être que ça aurait été plus approprié au vu de la conclusion de ce drôle de premier roman, un peu noir, mais auquel j'ai trouvé plein de défauts. 

Si le style, assez incisif, m'a plu, je me suis désolée de trouver tant de longueurs à ce livre ! Ça traînasse, ça discutaille, ça se remémore de lointains souvenirs d'enfance qui tous n'interviendront pas dans la conclusion du roman. Il y a sûrement 150 pages en trop !

Pourtant, les personnages sont intéressants : de la narratrice, Eva, à ses amis adolescents, de Tessie, anorexique et bourrée de tics, aux adultes, parents alcooliques, institutrice lesbienne, tous sont intéressants, finement détaillés dans leurs caractères et leurs habitudes.
Leurs interactions distillent peu à peu une ambiance sordide, qui épaissit à mesure que se tournent les pages. On plonge dans le monde tourmenté de l'adolescence, des expériences un peu "limite" voire franchement glauques, juste sur le fil. Il offre également une vision assez saisissante de la vie dans les villages flamands à l'aube de l'an 2000.

Mais, si j'ai lu ce roman jusqu'au bout pour connaître la solution de l'énigme proposée par les "trois mousquetaires" aux filles choisies pour exalter leur libido, si la punition infligée à Eva m'a interloquée, je n'ai pas du tout aimé la fin !

Il m'a clairement manqué quelque chose de plus fort, de plus "cruel" et ça m'a donné (sans rien révéler de la scène finale) un certain goût d'inachevé et d'injustice... 

Marie-Claude l'a plus apprécié que moi !

30 mai 2018

Prendre les loups pour des chiens - Hervé LE CORRE

Editions Rivages Poche
Parution : janvier 2018
450 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Après avoir purgé cinq ans pour un braquage commis avec son frère Fabien, Franck sort de prison. Il est hébergé par les parents de Jessica, la compagne de Fabien. Le père maquille des voitures volées, la mère fait des ménages. Et puis il y a la petite Rachel, la fille de Jessica, qui ne mange presque rien et parle encore moins. Qu’a-t-elle vu ou entendu dans cette famille toxique où règnent la rancœur, le mensonge et le malheur ? Dans une campagne écrasée de chaleur, à la lisière d’une forêt de pins étouffante, les passions vont s’exacerber jusqu’à l’irréparable.

Ce que j'en ai pensé :

Ma précédente expérience avec Hervé Le Corre s'était soldée sur un statu quo, je n'étais pas totalement convaincue...

Mais Valérie (coucou, collègue !) m'a donné envie de lire ce polar dont j'aimais beaucoup le titre mais vers lequel je ne me serais pas précipitée ! 
 
Pourtant, c'est du noir bien noir, comme j'aime !

Une ambiance glauque, à la limite du sordide (les beaux-parents, le Vieux alcoolique et la Vieille rongée par la méchanceté et le tabac, sont à eux-seuls le sel de ce polar!), des personnages hallucinés, sortis d'un reportage d'Envoyé Spécial sur la précarité, la drogue, la schizophrénie (oui, oui, tout ça bien mélangé, à l'image de Jessica, franchement bipolaire, un coup je me jette sur toi en mode très très chaude, un coup je te glisse un glaçon sur tes fantasmes et ta libido...) .

Et puis, Franck, le « héros », qu'on croit endurci aux année de prison mais qui fait pipi dans son pantalon quand le flingue touche sa tempe, le mec même qui attire toutes les scoumounes du monde, un peu longuet à la comprenette pour toutes les magouilles, mais qui révèle un gentil petit « cœur de beurre », attendri puissance vingt mille par la mutique et déjà traumatisée Rachel (fille de Jessica) et par les retrouvailles sous le ciel étoilé avec son père. 

Un polar qui donne à voir un autre aspect de la Gironde, bien loi des clichés "vignes & plages", qui raconte la misère sociale, les galères du RSA, les boulots "au black", les petits trafics avec les gitans ou les bulgares, avec, en fond sonore le grondement des pitbulls...ça sent le rance et l'aigreur, c'est noir-noir, c'est très bon, et je suis bien contente de ne pas m'être contentée d'une première expérience mitigée !
 
S'ajoute une fin assez ouverte qui, c'est sûr, me fera signer pour la suite !

Merci Valérie !

28 mai 2018

Salut à toi, ô mon frère - Marin LEDUN

Editions Gallimard - Collection Série Noire
Parution : 3 mai 2018
288 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

La grouillante et fantasque tribu Mabille-Pons : Charles, clerc de notaire pacifiste, Adélaïde, infirmière anarchiste et excentrique, les enfants libres et grands, trois adoptés. Le quotidien comme la bourrasque d'une fantaisie bien peu militaire. 

Jusqu'à ce 20 mars 2017, premier jour du printemps, où le petit dernier manque à l'appel. Gus, l'incurable gentil, le bouc émissaire professionnel, a disparu et se retrouve accusé du braquage d'un bureau de tabac, mettant Tournon en émoi. Branle-bas de combat de la smala! Il faut faire grappe, retrouver Gus, fourbir les armes des faibles, défaire le racisme ordinaire de la petite ville bien mal pensante, lutter pour le droit au désordre, mobiliser pour l'innocenter, lui ô notre frère. 

Ce que j'en ai pensé :

Ça vous est déjà arrivé de rire en lisant un roman policier ? voire de vous gondoler franchement ? (Qui a déjà vu un flic aux yeux vert-pêche ?)

Parce que si ça n'est pas le cas, adoptez le dernier livre de Marin Ledun ; ça fuse dans tous les sens, ça chahute les neurones en distillant des références littéraires et cinématographiques (de Kill-Bill aux films de Kusturica, en passant par Matrix ou les films avec Bruce Willis), ça valdingue joyeusement dans une famille complétement déjantée, bref, ça vaut de détour !

Les dialogues sont foutraques, les personnages parfois au bord de la caricature (genre grand-n'importe-quoi, mais on pense à la famille Malaussène de Pennac) mais attachants au possible (Rose, la narratrice vaut son pesant de cacahouètes : khâgneuse portée sur le heavy metal !).

Et même si le scénario est un peu (franchement !) léger, il donne à l'auteur l'occasion d'esquisser en creux les problèmes de société : racisme, intolérance, beaufitude franchouillarde, violence, réseaux sociaux, etc... Bref, c'est drôle mais ça n'épargne personne, et rien que pour ça...

J'ai été épatée par la capacité de l'auteur à écrire d'une façon si différente, d'un roman à l'autre, comme un gars qui garde toujours une cartouche de secours !

A lire en écoutant Les Béruriers Noirs, évidemment ! (que de souvenirs, pffff !! M. Ledun, sur ce coup-là, ben, chapeau bas !!! NB comme auparavant !)

25 mai 2018

Dr Knox - Peter SPIEGELMAN

Editions Rivages
Parution : 2 mai 2018
Traduction : Fabienne Duvigneau
440 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Le Dr. Knox a fait profession de soigner les pauvres à Los Angeles. Son dispensaire, situé dans Skid Row - le quartier qui abrite le plus grand nombre de SDF aux Etats-Unis -, ne lui assure pas des revenus suffisants pour boucler ses fins de mois. Raison pour laquelle il ne recule pas devant les "missions", parfaitement illégales, que lui procure son ami Sutter, ex-soldat d'élite : des visites à domicile confidentielles chez des people en situation délicate.
Un jour, le médecin trouve dans sa salle d'attente une jeune étrangère et son enfant malade. Lorsqu'il revient après avoir soigné le petit garçon, la mère a disparu. Knox se met alors à la recherche de la jeune femme. Une enquête en forme de croisade contre les riches et les puissants de la ville... 

 
 Skid Row - Los Angeles - USA

Ce que j'en ai pensé :

Voila un bouquin qui a failli m'arracher un cri de rage dès la première page ("Sa PAUME d'Adam tressautait...", sérieux ??? la paume ou la pomme ?) et qui, passé ce sursaut m'a plu, beaucoup !

Parce que Knox est un anti-héros, le genre de mec sur qui on ne miserait pas un kopeck (et les russes à ses trousses auraient été de mon avis !), le genre un peu faiblard pas terrible pas courageux. En apparence !
Sauf quand Elena, jeune roumaine, débarque dans son cabinet médical (il soigne les paumés de la Skid Row) avec son gamin qui fait un choc anaphylactique.  
Le début des emmerdements ! Et pas des moindres, puisqu'entre le souteneur de ladite Elena et une famille richissime de L.A., il va naviguer en eaux troubles, heureusement assisté de Sutter, l'indéfectible ami et ancien SEAL.

Même si ce polar parait de facture assez classique, il est aussi assez habilement travaillé pour retenir l'attention et son "non-héros" toubib, aux casseroles bien résonnantes, est un excellent personnage !  Sa psyché est bien exploitée, les zones d'ombre suffisamment évoquées pour qu'on éprouve, à la lecture de cette première aventure, une réelle empathie.
S'ajoute le contraste saisissant entre les privilégiés de la côte ouest des USA (côte en Bourse, relations et golf) et les laissés-pour-compte de l'Amérique...

Merci à Virginie des Editions Rivages pour cette lecture surprenante et fort plaisante ! Le Dr Knox est un héros à suivre ;o)

23 mai 2018

Toscane - Vincent OLLIVIER

Editions Flammarion - Hors collection
Parution : 2 mai 2018
336 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Trois coups de feu déchirent le silence estival d’une villégiature équestre en Toscane. Des meurtres au sein de cette petite société policée que seule une passion commune pour l’équitation semblait rassembler? En remontant l’histoire, on découvrira les fils qui relient un couple d’Anglais fortunés et un cynique banquier d’affaires à deux militaires américains en mission en Afghanistan : adultère, détournement d’argent et trafic d’armes. Ce petit monde s’anime et révèle alors un autre visage : celui de riches occupés à s’enrichir davantage, et cachant mal, sous des dehors de grande réussite, l’échec de leur existence.

Toscane est un roman sous haute tension qui met brillamment en scène, le temps d’un été, une petite communauté en plein délitement. Vincent Ollivier, avec mordant et humour, sonde les recoins les plus sombres de ses personnages et, ce faisant, nous livre un roman très contemporain sur l’argent.


Ce que j'en ai pensé :

Un agroturismo en Toscane, des chevaux, quelques tensions exacerbées, du pognon (plutôt beaucoup), des intérêts, des envies sexuelles.
De l'autre côté, l'Afghanistan, des combattants anglais, plus ou moins (certainement beaucoup moins !!) malins.
Entre les deux, des textos.
Et une situation qui bascule, vers l'irrémédiable : 3 corps sans vie, arme à feu.
Qui est coupable de quoi ?

Un roman brillant, c'est assez rare pour être souligné, d'autant plus pour un "premier roman" !! 
Un roman qui tourne assez vite au polar. 
Alors que tout tourne autour de la psyché des personnages, leurs espoirs et leurs névroses, leurs petites manigances ou leurs gros trafics ! Le tout dans une ambiance solaire, qui, l'air de rien, sous le soleil de Toscane, accentue les caractères, dans une tension permanente, obsédante.

Une ambiance bien glauque, à défaut d'être absolument noire, mais qui distille les petites magouilles de chacun comme un poison diffus : la nana qui rêve d'une vie de star, le frenchie qui observe, les bidasses en mission, l'informaticien qui a cru être plus malin mais transpire la peur..Des personnages taillés au cordeau, exploités jusqu'aux tréfonds de leurs âmes, intelligemment, finement.

La narration est travaillée, fluide, plutôt addictive ! Bien que j'ai deviné assez vite les interactions entre les personnages et leur rôle, j'ai trouvé l'ensemble très réussi et je me suis laissée porter ! 

Une parfaite réussite, portée par un style maitrisé, déjà fort pour un premier roman !

20 mai 2018

Goodbye, Loretta - Shawn VESTAL

Editions Albin Michel  - Collection Terres d'Amérique
Parution : 28 mars 2018
Titre original : Daredevils
Traduction : Olivier Colette
352 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Short Creek, Arizona, 1974. Loretta, quinze ans, vit au sein d’une communauté de mormons fondamentalistes et polygames. Le jour, elle se plie à l’austérité des siens, la nuit, elle fait le mur et retrouve son petit ami. Pour mettre un terme à ses escapades nocturnes, ses parents la marient de force à Dean Harder, qui a trente ans de plus qu’elle, une première femme et déjà sept enfants…
Loretta se glisse tant bien que mal dans son rôle d’ « épouse-sœur », mais continue à rêver d’une autre vie, qu’elle ne connaît qu’à travers les magazines. La chance se présente finalement sous les traits de Jason, le neveu de Dean, fan de Led Zeppelin et du
Seigneur des anneaux, qui voue un culte au cascadeur Evel Knievel. C’est le début d’une aventure mémorable aux allures de road trip vers la liberté qui va vite se heurter à la réalité...
Un superbe roman, profond et drôle à la fois, qui nous plonge au cœur de la mythologie de l’Ouest américain, tant sacrée que profane. 
Evel (Robert Craig) Knievel (1938-2007)

Ce que j'en ai pensé :

Elle en a ras-le-bol, Loretta,  de cette vie en Arizona, de ces mormons qui régentent sa vie, l'obligent à se marier avec un vieux (qui a déjà convolé en premières noces !). Elle voudrait juste du gloss qui brille et une voiture rose !

1975, l'Amérique peine à sortir de la guerre de la Vietnam, et Loretta rêve d'une autre vie, de fuir, peu importe avec qui, que ce soit Bradshaw, Jason ou son pote Boyd, ou encore Evel Knievel, ce cinglé qui a fabriqué sa fusée et manque de mourir à chaque fois qu'il la lance !

Son road-trip ne commence qu'aux deux-tiers du roman, quand Loretta elle-même semble y avoir renoncé, et, il manque singulièrement de rythme ! Les jeunes fuyards (Loretta, Jason et Boyd), pourchassés par Bradshaw et par Dean, échouent dans un motel où les tensions entre eux s'exacerbent. Une aventure qui tourne court, une fuite peu rocambolesque et la rencontre avec le fameux Knievel qui cristallise ce qui oppose les mormons au reste des américains (sexe, alcool, exubérance).
Alors que tout au long du roman, on se demande ce que vient faire ce "héros" de la culture US (c'est lui le "Daredevil" qui donne son nom au roman), on comprend mieux au fil des dernières pages comment il a pu être le lien entre les personnages et leur désir de fuite, ce qu'il a pu représenter de la modernité de l'Amérique (et de sa décadence aux yeux des mormons).

Un bon roman, aux personnages complexes, mais qui s'étire un peu en longueur ; une image de l'Amérique dans toutes ses contradictions, un portrait intelligent des minorités mormones mais aussi de l'adolescence et de ses espoirs, de ses ambiguïtés.