17 mars 2019

Suiza - Bénédicte BELPOIS

Editions Gallimard
Parution : 7 février 2019
256 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :
«Elle avait de grands yeux vides de chien un peu con, mais ce qui les sauvait c’est qu’ils étaient bleu azur, les jours d’été. Des lèvres légèrement entrouvertes sous l’effort, humides et d’un rose délicat, comme une nacre. À cause de sa petite taille ou de son excessive blancheur, elle avait l’air fragile. Il y avait en elle quelque chose d’exagérément féminin, de trop doux, de trop pâle, qui me donnait une furieuse envie de l’empoigner, de la secouer, de lui coller des baffes, et finalement, de la posséder. La posséder. De la baiser, quoi. Mais de taper dessus avant.»

La tranquillité d’un village de Galice est perturbée par l’arrivée d’une jeune femme à la sensualité renversante, d’autant plus attirante qu’elle est l’innocence même. Comme tous les hommes qui la croisent, Tomás est immédiatement fou d’elle. Ce qui n’est au départ qu’un simple désir charnel va se transformer peu à peu en véritable amour. 

Ce que j'en ai pensé :

Excellente surprise que ce premier roman où l'amour et la mort se donnent la réplique dans une danse sensuelle !

Entre Tomas, déjà veuf, alcoolique et franchement crasseux, qui découvre son cancer à l'aube de sa quarantaine, et cette inconnue, rebaptisée Suiza dont l'apparente naïveté est désarmante, la chimie fonctionne (aidée quand même par un presque kidnapping et par un viol ! ) : l'ombre et la lumière se disputent cette rencontre.

Deux personnages complexes, travaillés, complémentaires, avec autour d'eux une belle galerie de portraits. 
Une narration riche, des dialogues maîtrisés, un sens du rythme non négligeables (surtout pour un premier roman !), un brin d'humour et une chute pas piquée des hannetons !

13 mars 2019

Les métèques - Denis LACHAUD

Editions Actes Sud
Parution : mars 2019
224 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Par deux fois la famille Herbet est convoquée à la préfecture de Marseille. Dès le premier courrier Célestin, le fils aîné, a pressenti un danger. Mais il ignore alors que sa mère, tout comme son père, a jadis changé de patronyme. Dans une région où l’altérité est dangereuse, dans un pays où cinquante ans plus tôt on encourageait les immigrés à s’assimiler, voici qu’un fonctionnaire leur demande de reprendre leur nom d’origine. Quelques nuits plus tard la famille Herbet est cruellement assassinée à son domicile. Seul Célestin, qui entretient avec le réel une relation particulière, parvient à s’échapper par les toits.

Commence alors un long voyage, une succession de jours durant lesquels il s’agit pour le tout jeune homme de passer inaperçu, une fuite ponctuée de rencontres précieuses dans une contrée quadrillée de contrôles policiers.

Ce que j'en ai pensé :

Et si l'histoire se répétait, dans tout ce qu'elle a eu de sinistre ? S'il y avait de nouveau des chasses à l'homme, qu'on veuille séparer les "bons" de l'ivraie ?
Ça vous rappelle des années noires, honteuses ? 
De celles dont on avait dit "plus jamais ça" ?
Surtout en France, patrie des Lumières, du Liberté-Egalité-Fraternité affiché au fronton des mairies...

Et pourtant, dans ce roman percutant, c'est bien le gouvernement français qui décide d'éliminer "les métèques", ceux qui ne seraient pas nés franco-français !

Seule solution : fuir.
Devenir un migrant.
Rejoindre un pays où l'on sera en sécurité.

Diablement d'actualité, non ? 

Denis Lachaud réussit le tour de force de nous plonger dans les abimes de la fuite, en évoquant le destin tragique de ces "métèques", et amène par une narration juste, sans sensiblerie, sans propos moralisateurs, à se questionner sur la question de l'identité, de la persécution (orchestrée par le gouvernement !) et sur l'espoir de reconstruire ailleurs un lendemain meilleur.

Brillant, intelligent, indispensable à lire !

10 mars 2019

Les suppliciées du Rhône - Coline

Editions Préludes
Parution : 15 septembre 2018
365 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Lyon, 1897. Alors que des corps exsangues de jeunes filles sont retrouvés dans la ville, pour la première fois des scientifiques partent à la recherche du coupable, mettant en pratique sur le terrain toutes les avancées acquises en cette fin de XIXe siècle. 

Autopsies des victimes, profils psychologiques des criminels, voilà ce que le professeur Alexandre Lacassagne veut imposer dans l’enquête avec son équipe, mais sait-il vraiment ce qu’il fait en nommant à sa tête Félicien Perrier, un de ses étudiants aussi brillant qu’intrigant ? Entouré d’Irina, une journaliste pseudo-polonaise, et de Bernard, un carabin cent pour cent janséniste, Félicien va dénouer, un à un, les fils enchevêtrés de cette affaire au coeur d’un Lyon de notables, d’opiomanes et de faiseuses d’anges. 

Jusqu’à ce que le criminel se dévoile, surprenant et inattendu, conduisant le jeune médecin au-delà de ses limites.

Alexandre Lacassagne (1843-1924), médecin légiste, fondateur de l'anthropologie criminelle

Ce que j'en ai pensé :

Ça faisait un petit moment que je n'avais pas lu de polar historique et l'intrigue de celui-ci, située dans le vieux Lyon de la fin du XIXème siècle avait tout pour me plaire.

Pour son décor d'abord : on passe de traboules en bouchons typiques, de la colline de Fourvière à la Croix-Rousse, d'une fumerie d'opium aux ateliers familiaux des canuts, et l'auteur restitue parfaitement l'ambiance urbaine de cette fin de siècle,  avant que les grands travaux d'urbanisme ne tentent d'assainir cette ville à la confluence du Rhône et de la Saône.

Pour ses personnages ensuite : les deux étudiants en médecine, chargés par un professeur d'université d'enquêter sur les crimes avec ce qui préfigure les moyens de la médecine légale moderne, ont des caractères bien dessinés : Bernard garde ses secrets et Félicien joue l'ambiguité. S'ajoute à ce drôle de duo, une jeune femme, Irina, apprentie journaliste, femme "libérée", personnage fantasque et dynamique, à contre-courant des conventions.

Enfin, l'intrigue : l'auteur sème des indices, des fausses pistes, et, une fois n'est pas coutume je n'ai pas trop rapidement deviné qui était le criminel, ni quelles étaient ses motivations ! Bon point !
Les rebondissements et les mystères autour des personnages donnent de la saveur à cette enquête policière et j'ai apprécié l'absence de manichéisme. 

Alors, si le style, bien que ponctué de dialogues bien construits, reste de facture classique, il n'empêche que ce roman policier est intelligent et que sa dimension sociale offre une plongée passionnante dans une époque difficile.

J'ai beaucoup aimé !

Merci à Babelio Masse Critique et aux Editions Préludes pour cette lecture !

8 mars 2019

Remington - Baptiste GOURDEN

Editions Albin Michel
Parution : 30 janvier 2019
256 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Une route plongée dans la brume. Au loin, une jeune femme qui fait du stop : Remington ne sait plus d’où elle vient ni où elle va. Elle a pour seul bagage ses vingt ans, un revolver auquel il manque trois balles, et un violent désir de fuite. Soudain, un vieil homme s’approche et lui propose un marché : un bout de route contre un peu d’affection. En acceptant de monter à bord de la vieille Citroën en direction du Sud,  Remington s’embarque pour un périple improbable dont chaque étape va progressivement lever le voile sur son passé et sur celui du vieil homme. Jusqu’à faire ressurgir les souvenirs cannibales qui l’ont conduite sur la route…

Une écriture au scalpel, un rythme enragé : très loin des sentiers balisés, un premier roman singulier et brutal, l’odyssée insolite de deux êtres en marge que le hasard va lier à jamais. 


Ce que j'en ai pensé :

Vous me connaissez, quand ça coince, je ne mâche pas mes mots...

Dommage pour ce premier roman qui s'annonçait plutôt bon, avec une écriture vive et moderne, un décor très cinématographique et deux personnages principaux des plus intéressants : Remington dont la mémoire s'est envolée et qui prend la route du Sud avec un octogénaire à la libido en suspens, Fédor.

J'aurais pu beaucoup aimer..

Mais j'ai franchement détesté la surenchère de sexe, même si je ne suis pas choquée (et encore moins pudibonde), j'ai trouvé que le propos atteignait vite ses limites ! La narration, à grand renfort de vocabulaire ultra-cru, m'a bien vite agacée : ça suce des bites toutes les 3 pages sans que cela apporte grand chose à une histoire qui aurait gagné à un peu de suggestions plutôt qu'à cet étalage qui devient vite vulgaire.

Dommage...

Je remercie toutefois les Editions Albin Michel et  Babelio Masse critique pour cette découverte.

6 mars 2019

En attendant la neige - Christiane DESROUSSEAUX

Editions Calmann-Levy
Parution : 2 janvier 2019
288 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

«  Hier, quand j’ai poussé la porte du chalet, j’ai eu immédiatement l’impression d’être arrivée dans un lieu qui m’attendait. Un lieu possible en tout cas. Un lieu vivable. La pièce unique tapissée de bois, le colossal poêle central, les fenêtres ouvertes sur le velours des prairies, tout m’a plu.  »
  
Morez, dans le Haut Jura. C’est là que Vera a décidé de s’exiler quelque temps. Le corps et l’esprit encore endoloris après l’accident de voiture dont elle est responsable et qui a coûté la vie à sa mère, elle investit ce chalet pour se sevrer des médicaments, recouvrer la mémoire et fuir la surveillance de son envahissante sœur.La montagne apparaît en effet comme le lieu idéal pour se reconstruire.

Mais Vera n’est pas la seule à y être venue enterrer son passé et, toute à sa renaissance, elle ignore les menaces qui planent.Des habitants hostiles.
Un voisin aussi séduisant que mystérieux. Et la neige qui risque à tout moment de bloquer la vallée…

 carte postale ancienne - Morez (Jura) sous la neige

Ce que j'en ai pensé :

Dire que j'ai tourné autour de ce roman depuis sa parution, hésitant encore et encore jusqu'à me laisser tenter ! Je l'ai refermé, conquise tant par l'histoire que par le style narratif !

Un brin de suspens, une ambiance au cordeau, des personnages travaillés avec précision (on croise un chaman, un médecin légiste taiseux, une vieille villageoise façon harpie) et l'impression que ce roman flirte parfois avec le thriller psychologique, nous embarquant dans un presque huis-clos en montagne qui fait monter la tension et glisse vers un dénouement bien mené.

Il y est question de résilience et de manipulation machiavélique, dans une ambiance parfois pesante (ah ! les villages de montagne !) où la nature a la part belle.

Un roman lu d'une traite, à l'atmosphère envoûtante !

3 mars 2019

Ce que savait la nuit - Arnaldur INDRIDASON

Editions Métailié
Parution : 7 février 2019
Titre original : Myrkriđ Veit
Traduction : Eric Boury
300 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Les touristes affluent en Islande et les glaciers reculent lentement. Le cadavre d’un homme d’affaires disparu depuis trente ans émerge du glacier de Langjökull. Son associé de l’époque est de nouveau arrêté et Konrad, policier à la retraite, doit reprendre bien malgré lui une enquête qui a toujours pesé sur sa conscience, en partie sabotée par la négligence d’un policier toujours en service.
Au moment où il pensait vivre sa douleur dans la solitude – le meurtre de son père n’a jamais été élucidé et sa femme vient de mourir d’un cancer –, Konrad doit reprendre ses recherches, malgré les embûches et la haine. Seul le témoignage d’une femme qui vient lui raconter l’histoire de son frère tué par un chauffard et le supplie de trouver ce qui s’est passé pourrait l’aider à avancer…
Ce nouvel enquêteur, jumeau littéraire d’Erlendur, permet à Indridason de développer le spectre de son talent. Konrad est né en ville, il a eu une enfance difficile, il vient de perdre l’amour de sa vie, il est en train de renoncer à lui-même. 


Ce que j'en ai pensé :

C'est toujours avec le même plaisir que je retrouve la plume d'Arnaldur Indridason, et ce rythme si particulier à ces polars islandais.

Celui-ci n'échappe pas à la règle même si cette fois Erlendur est absent de l'intrigue  : voici Konrad, flic à la retraite, qu'on avait découvert dans Passage des ombres et qui cette fois encore enquête en parallèle..
Un personnage touchant qui traîne sa nostalgie, ses regrets et son deuil et qui rappelle Erlendur par bien des aspects.

Comme toujours, les polars d'Indridason évoquent le climat social et économique de l'Islande, parlent des conséquences désastreuses de la crise et des problèmes d'addiction. Cet opus ne s'y limite pas, il aborde, par le biais d'une vieille enquête non résolue, les erreurs judiciaires mais aussi les problèmes du réchauffement climatique et donc du recul des glaciers islandais. 

Des thèmes a priori sans relation mais qui trouvent une unité dans ce bon polar !

28 février 2019

Le procès du cochon - Oscar COOP-PHANE

Editions Grasset
Parution : 9 janvier 2019
128 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :


Dans un village et un temps reculé, un monstre croque la joue et l’épaule  d’un bébé laissé quelques instants seul par sa mère, puis repart tranquillement vers la forêt. Il est bientôt rattrapé par une horde d’hommes décidés à le tuer, mais dans le monde des hommes, la justice, comme la mort, se rendent au tribunal. Même si le monstre en question est un cochon qui n’a ni conscience ni parole pour se défendre. Peut-on se faire entendre sans mots  ? Les gendarmes l’embarquent donc et le jettent en prison, avant son grand procès.


Ce que j'en ai pensé :

J'ai lu ce très court roman il y a déjà presque trois semaines et je me demande encore quoi en dire...

Si le sujet me tentait beaucoup, parce qu'original, si la narration est plutôt bien menée, déroulant son lot d'images (on ne sait parfois pas très bien si "le cochon" est un animal), je n'ai pas été enthousiasmée.

Il m'a manquée quelque chose, sans doute un peu de rythme : malgré ses 128 pages, ce livre m'a parfois semblé un peu long, pas si divertissant (j'attendais sûrement plus de cocasserie).


Tant pis !

25 février 2019

Dernière journée sur terre - Eric PUCHNER

Editions Albin Michel - Collection Terres d'Amérique
Parution : 10 octobre 2018
Titre original : Last day on earth
Traduction : France Camus-Pichon
288 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Voici neuf histoires courtes, et autant d’angles pour célébrer cette entité complexe et parfois surréaliste qu’est la famille. Ici, un adolescent suspecte sa mère d’être un robot ; là, un jeune homme récemment séparé de sa compagne emmène leur nouveau-né à une fête où la cocaïne coule à flots. On croise aussi un enfant prêt à tout pour empêcher sa mère de faire piquer le chien de son père, et une famille qui s'interroge sur ses nouveaux voisins, dont le fils de douze ans est convaincu qu'il existe un « univers parallèle » à même de résoudre miraculeusement les problèmes de chacun...  

Ces nouvelles, formidablement originales et pleines d'humour, flirtant ici et là avec l'absurde et le surnaturel, nous entraînent tour à tour dans un camp de vacances pour artistes en herbe, sur la route aux côtés d’un vieux groupe punk has-been, dans un futur dystopique où les parents n’existent plus, ou encore dans une librairie férocement indépendante. 

Réunies en un recueil décapant, elles imposent définitivement l’auteur de Famille modèle comme l'un des chroniqueurs les plus justes, les plus émouvants et les plus drôles de la vie sur terre. 

Ce que j'en ai pensé :

Je lis trop peu de nouvelles et j'aurais pu passer à côté de ce formidable recueil qui m'a enchantée !

Neuf histoires de famille un peu décalées, neuf familles un peu bancales pour qui l'amour, l'amitié, la vieillesse ou le passage à l'âge adulte ne sont pas simples et donnent lieu selon les cas à des situations cocasses ou « dramatiques ».

La narration est souvent tendre, un brin ironique parfois, mais elle prend des accents plus amers et frôle la tristesse ou la désillusion.

J'ai beaucoup aimé « Des monstres magnifiques » qui flirte avec la dystopie en évoquant une société où les vieillards sont pourchassés et où on a créé une sorte de jeunesse éternelle, ou encore « Paradis » qui montre ce père totalement immature (et pourtant touchant) et son bébé dans une fête empoudrée par la cocaïne.
Une belle découverte !

20 février 2019

La bibliothèque enchantée - Mohammad RABIE

Editions Actes Sud - Collection Sindbad
Parution : janvier 2019
Titre original : Kawkab'Anbar
Traduction : Stéphanie Dujols
176 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Chaher, jeune fonctionnaire du ministère des “Biens de mainmorte”, se voit confier une mission inhabituelle : rédiger pour la forme un rapport sur une bibliothèque oubliée du Caire que l’État veut raser pour faire passer une nouvelle ligne de métro. Il se décide pourtant à mener sérieusement son enquête et, peu à peu, tout un monde mystérieux et labyrinthique s’ouvre à lui dans cette bâtisse délabrée et poussiéreuse où les ouvrages sont entassés sans cotation ni indexation et où l’on trouve des traductions dans toutes les langues imaginables. 

Fasciné par l’étrange bibliothèque, il ne l’est pas moins par la poignée d’originaux qui la fréquentent, comme Ali, célèbre traducteur ayant perdu toute foi en son métier, ou “Jean le copiste”, homme mutique ayant passé sa vie à photographier des livres page après page et, surtout, Sayyid, vieil intellectuel nihiliste, cynique et truculent, qui connaît la bibliothèque comme sa poche mais n’est pas prompt à divulguer ses secrets.

Dans ce roman surprenant, Mohammad Rabie tisse d’une main de maître une double trame narrative. Entre la voix de Chaher et celle de Sayyid, son récit dévoile des franges de marginalité, loin de l’étau suffocant de la bureaucratie, et des strates de rêves et de légendes sous l’épiderme racorni de la ville.


Ce que j'en ai pensé :

A-t-on déjà vu plus étrange bibliothèque que celle-ci ? Oubliée au fond d'une rue, dérobée aux regards, et dont le système de rangement dépasse l'entendement ? Des milliers de livres, dans toutes les langues que parlent les hommes, posés là suite à des dons, et sur la première page desquels ont trouve le titre du livre qui le précède sur l'étagère, et sur la dernière page, le titre du livre rangé juste après.

De quoi dérouter les esprits les plus cartésiens et intriguer Chaher qui doit, par son rapport au ministère, influer sur le devenir du lieu.

On croise un vieil érudit, un copiste frénétique et un traducteur. Chacun à sa manière partage le charme du lieu et invite le jeune Chaheb à la réflexion sur la littérature.

C'est une belle balade à laquelle nous invite Mohammad RABIE, dans une Egypte sclérosée par l'administration et avide de "progrès" où subsiste encore cette petite bulle dédiée aux livres, hors du temps et loin de toute modernité, une faille spatio-temporelle qui échappe au classement et aux index.

La narration est délicieuse, comme souvent avec les auteurs égyptiens, elle s'enrubanne de poésie sans se départir d'un certain humour, d'une critique sous-jacente de la société cairote.

17 février 2019

Les porteurs d'eau - Atiq RAHIMI

Editions P.O.L
Parution : janvier 2019
288 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

L'action de ce nouveau roman d'Atiq Rahimi se concentre en une seule journée : le 11 mars 2001. Ce jour-là, les Talibans détruisent les deux Bouddhas de Bâmiyan, en Afghanistan... 
 
Un couple à Paris au petit matin. 
 
Tom se lève et s'apprête à partir pour Amsterdam. Il a décidé de quitter sa femme, Rina, qui dort près de lui. Tom est afghan, commis-voyageur, exilé en France. Il souffre de paramnésie, la sensation obsédante de déjà-vu ou déjà-vécu. À Amsterdam, il a rendez-vous avec sa maîtresse, une mystérieuse Nuria. Mais elle a disparu. Lui croit que sa vie bascule quand une vieille femme, Rospinoza, lui révélera une toute autre histoire... 
 
Un couple à Kaboul au petit matin. 
 
Yûsef se lève pour remplir sa tâche quotidienne de porteur d'eau. Il risque sinon la colère des Talibans et 97 coups de fouet sur le dos. Il doit s'arracher à la contemplation de Shirine, la femme de son frère, parti en exil. Candide et solitaire, il éprouve la naissance d'un sentiment étrange, que lui révèle son ami, un marchand sikh afghan, converti au bouddhisme. Et c'est lui, le petit porteur d'eau, qui alors fera basculer la vie des siens... 

Ce que j'en ai pensé :

11 mars 2011, l'Occident est scandalisé par la destruction des bouddhas géants d'Afghanistan. Un détail aux yeux de Tom l'exilé qui ne pense qu'à rejoindre sa maîtresse et de Yusef le porteur d'eau qui se découvre amoureux de sa belle-sœur.

Je n'avais jamais lu Atiq RAHIMI (Goncourt 2008 pour Synghé Sabour, pierre de patience) et je ne sais finalement pas quoi penser de cette lecture qui m'a tout à la fois charmée mais aussi déçue.

J'ai aimé les parties du roman qui évoque les atermoiements sentimentaux de Yusef mais pas du tout le périple de Tom jusqu'à Amsterdam.

Pourtant, ces deux personnages parlent d'exil, d'héritage culturel, du poids des traditions et de la famille, sans pour autant, à mon sens, avoir la même sensibilité.

Je suis donc un peu mitigée.

13 février 2019

Le mangeur de livres - Stéphane MALANDRIN

Editions du Seuil
Parution : 3 janvier 2019
192 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Adar Cardoso et Faustino da Silva, deux petits garnements de Lisbonne, rois de la bêtise, spécialistes ès rapines de pâtés, tripailles et saucisses, sont attrapés par un curé qui les enferme dans la crypte de son église et se promet de les éduquer à coups de claques. 

Nous sommes en 1488, juste avant la diffusion de l’imprimerie dans la péninsule Ibérique. Adar trouve un vieux codex écrit sur le plus fin vélin et, se voyant mourir de faim, le mange en entier. 

Le livre était empoisonné : voilà l’enfant condamné à hanter les bibliothèques de la ville à la recherche d’autres précieux codex. Il n’aura de cesse de les mettre en charpie et de les dévorer, devenant ainsi le Mangeur de livres, celui dont tout le monde veut la mort.


Ce que j'en ai pensé :


Rabelais et Jérôme Bosch n'ont qu'à bien se tenir ! 

Stéphane Malandrin réussit, dans ce petit bijou de premier roman, à raconter une histoire étonnante, à la frontière du conte, et à donner du pep's à un texte gouailleur, riche en vocabulaire.

C'est truculent, drôle et terrifiant tout à la fois,  inattendu et plein d'allégresse et la langue française est à la fête dans une narration enlevée et brillante !

Il y a dans ce roman tout ce que j'aime, de la fantaisie en littérature et de quoi ouvrir son dictionnaire pour découvrir de nouveaux mots, bref, c'est une sacrée pépite que je recommande !

Pour une fois que le bandeau de l'éditeur reflète parfaitement la réalité, il ne faut absolument pas passer à côté de cette folie médiévale qui se dévore véritablement !
D'autant que la postface, riche en références (historiques, littéraires),  savoureuse et pleine d'humour, m'ont rendu l'auteur très sympathique :o)


10 février 2019

Les héros de la frontière - Dave EGGERS

Editions Gallimard - collection du Monde Entier
Parution : 8 novembre 2018
Titre original : Heroes of the frontier
Traduction : Juliette Bourdin
400 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Josie a quarante ans, elle est dentiste et mère de deux jeunes enfants. Et Josie n’en peut plus. Un ex-mari d’une lamentable lâcheté, des procès de patients rancuniers, des voisins tyranniques, un remords qui la tourmente, c’en est trop. Alors Josie quitte son travail et la civilisation, loue un camping-car et embarque ses enfants pour un périple en Alaska. Au fil de cette quête désespérée de soi, elle fera des rencontres étonnantes : de précieuses alliées, de séduisants solitaires et d’extravagants amateurs d’armes à feu. 

Cet équipage hors du commun entreprend un voyage sans espoir de retour dans l’inconnu du Grand Nord. Mais la terre de montagnes et de lumière qu’ils fantasmaient ne leur apportera pas le réconfort espéré. Ils feront au contraire l’épreuve de la nature hostile au cœur d’un État ravagé par les flammes, apprendront à vivre dans la solitude des parkings déserts, et tenteront, à tout prix, de trouver enfin leur place dans le monde. 

Ce que j'en ai pensé :

Un camping-car, une mère à bout de souffle (épuisée par un ex-mari aux intestins fragiles et un procès presque perdu d'avance contre une patiente), un gamin trop sérieux et une gamine brise-fer.
Une fuite improbable vers l'Alaska ravagé par les incendies à la recherche d'un équilibre, d'un retour sur soi, avec comme prétexte l'envie d'une vie meilleure, libre et enchantée.

Dave EGGERS livre le portrait d'une famille un peu loufoque (entre le fracas causé par la benjamine et les passages aux toilettes de l'ex-époux diarrhéique !!) où les personnages dessinent en creux le malaise d'une classe moyenne américaine en quête de sens.

Si l'ensemble du roman m'a plu, au moment d'écrire ce billet je n'ai pas grand chose à en dire, et je n'en garderai sans doute pas longtemps le souvenir. Je suis finalement un peu restée à distance de ces personnages qui ne m'ont pas touchée.

7 février 2019

Empire des chimères - Antoine CHAINAS

Editions Gallimard - Série Noire
Parution : 6 septembre 2018
672 pages



Ce qu'en dit l'éditeur :


1983. La disparition d’une fillette dans un petit village. L’implantation dans la région d’un parc à thèmes inspiré d’un jeu de rôles sombre et addictif, au succès phénoménal. L’immersion de trois adolescents dans cet Empire des chimères qui semble brouiller dans leurs esprits la frontière entre fiction et «vraie vie»… 

Tragédie locale, bouleversement global et mondes alternatifs, Empire des chimères nous entraîne dans un labyrinthe vertigineux dont les ramifications finissent par se rejoindre… au cœur de tous les possibles.  


Ce que j'en ai pensé :


Habitués des polars et des romans noirs, oubliez tous les codes !
Empire des chimères oblige à une gymnastique déroutante, mais si, comme moi, vous êtes emportés par l'intrigue dès les premières pages, vous allez faire un drôle de voyage !


Avec une narration impeccable et ciselée, Antoine Chainas réalise un tour de passe-passe avec ce roman original et brillant qui superpose deux mondes, imbrique les niveaux de narration, nous faisant passer d'un village perdu de la lointaine région parisienne aux arcanes d'une maison de production de dessins animés (Je n'ai pas pu m'empêcher de faire le parallèle avec l'installation de Disney en Seine-et-Marne, à la place des champs de betteraves).


On frôle souvent l'étrange dans ce roman bien sombre (l'invasion de champignons instaure le malaise), on rencontre des sales types et des gosses pas si innocents, on trouve une vieille dame trop curieuse et un garde-champêtre assailli par son passé, et ce jeu de rôles qui cristallise les passions.


C'est donc un roman foisonnant, complexe, qui flirte entre réel et virtuel, à la fin étonnante, un roman au verbe riche et plein d'ambition, un roman qui sort des sentiers battus et qui donne à réfléchir !

Bref, c'est du lourd, et j'ai été conquise !