13 octobre 2018

Le mauvais chemin - Mikel SANTIAGO

Editions Actes Sud - Collection Actes noirs
Parution : 6  juin 2018
Titre original : El mal camino
Traduction : Aline Valesco
336 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Sur une petite route de Saint-Rémy-de-Provence surgit, de nuit, un homme hagard, le crâne transpercé d'étranges trous. Il déclenche une série d'événements étranges qui vont transformer en véritable cauchemar la vie de l'écrivain Bert Amandale et celle de son vieil ami Chucks Basil, star du rock vieillissante. Un Dr Mengele des temps modernes, une clinique mystérieuse où on se livre à d'étranges expérimentations, une petite communauté huppée qui sait cacher ses terribles secrets : un mauvais trip en Provence, avec les Rolling Stones en bande son pour ce thriller parfaitement glaçant.

Ce que j'en ai pensé :

En "panne" d'envies de lecture (oui, je sais, c'est pas le choix qui manque...), un polar et ça repart !
Et celui-ci a tenu ses promesses : pas d'hémoglobine dispersée trop généreusement, des personnages sympas, une intrigue qui tient la route sur fond d'histoires de secte, plutôt psychologique bien que criminelle, et une ambiance bien posée. 

Quoique de facture assez classique, sans rebondissements exagérés, sans rythme trépidant, je me suis laissée gagner par le plaisir de lire une plume bien tournée et à suivre les aventures de cet écrivain british un peu paumé par l'immense succès qui le laisse tout à coup devant la page blanche et de son pote, compositeur-interprète qui vire à la parano.

Sur fond musical très rock, parfois un peu blues, ça m'a laissé une très bonne impression et j'espère que ça sera un héros récurrent et que j'aurais le plaisir de suivre encore Bert Amandale !

En attendant, je vais très certainement me jeter sur La dernière nuit à Tremore Beach, paru en 2016 !

11 octobre 2018

La toile du monde - Antonin VARENNE

Editions Albin Michel 
Parution : 22 août 2018
352 pages
Ce qu'en dit l'éditeur :

La toile du monde possède le souffle sensuel et l’énergie des grands romans qui plient la réalité aux dimensions du rêve. Rêve de liberté d’une femme venue d’un autre monde, rêve de métamorphose du Paris de 1900, décor de l’Exposition universelle. Après Trois mille chevaux-vapeur et Équateur, Antonin Varenne signe une œuvre saisissante et confirme la singularité de son talent.
Aileen Bowman, trente-cinq ans, journaliste, célibataire, est venue couvrir l’événement pour le New York Tribune. Née d’un baroudeur anglais et d’une française utopiste, élevée dans le décor sauvage des plaines du Nevada, Aileen est un être affranchi de tout lien et de toute morale, mue par sa passion et ses idéaux humanistes. Au fil d’un récit qui nous immerge au cœur de la ville en chantier, du métropolitain naissant aux quartiers des bordels chers aux peintres, la personnalité singulière d’Aileen se confond avec la ville lumière. Un portrait en miroir qui dessine la toile du monde, de l’Europe à l’Amérique, du XIXe et au XXe siècle, du passé d’Aileen à un destin qu’elle n’imagine pas.

Ce que j'en ai pensé  :

La suite des aventures de Bowman ! J'avais tant aimé le précédent opus d'Antonin Varenne, Equateur !!

Et sans doute ai-je trop attendu de cette suite...

J'ai aimé que l'intrigue se décale dans le Paris du début du XXème siècle, histoire de changer la perspective.
J'ai commencé par beaucoup aimé Aileen Bowman, non-consensuelle, femme libre, en pantalons, dans une France encore franchement réactionnaire, très coincée.

Et puis, malgré ses rencontres avec des artistes, malgré sa liberté, Aileen a fini par me saouler, en mode féministe, et Antonin Varenne m'a perdue entre la couverture journalistique d'un événement planétaire (l'expo universelle qui donne de la matière à des passages superbes) et les atermoiements d'une cow-girl affranchie qui part à la recherche de ses "origines".

C'est sympa...mais.. J'ai zappé.

Tant pis.

Pis, pour être franche, il m'a manqué un peu de souffle, un peu d'aventure, un peu plus de peps !

9 octobre 2018

La belle de Casa - In Kolijean BOFANE

Editions Actes Sud
Parution : 22 août 2018
208 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

La belle Ichrak est retrouvée un matin assassinée dans une rue de Casablanca. Tous les hommes la craignaient autant qu’ils la convoitaient… L’enquête, racontée par un jeune Congolais récemment arrivé au Maroc, est prétexte au portrait de groupe d’un quartier populaire. Avec sa vision acérée d’une réalité amère et son humour mordant, In Koli Jean Bofane dénonce la corruption des puissants, les magouilles immobilières, la précarité des migrants et la concupiscence masculine.


Ce que j'en ai pensé :

La Belle de Casa(blanca) a été retrouvée assassinée dans une ruelle. Tout le monde se souvient d'elle, de son déhanché sensuel, (in)volontairment érotique, de sa probité, de sa mère folle, de Sese avec qui elle s'était acoquinée pour soutirer de l'argent aux blancs bien naïfs.
C'est Ichrak qui lit "A l'origine, notre père obscur"(et ça, c'était mon roman coup de coeur absolu de 2014 !!) et qui succombe sans que le criminel ne soit identifié, et ça secoue tout le quartier et au-delà parce qu'elle était à la fois la fille inatteignable ou la fille facile (selon que vous soyez son ami ou un potentiel amant repoussé).

Un roman dense (que de personnages - et parmi lesquels je me suis un peu perdue...) qui évoque la condition des femmes, la corruption au Maroc, la complaisance des hommes, la médisance et pourtant..

Pourtant, je n'ai pas dû lire ce roman au bon moment, je me suis vite "ennuyée" (ça n'est pas tout à fait cette sensation), et j'ai lâché, bien que le style me plaise, que l'histoire m'intéresse, que les personnages soient bons...

Il m'a manqué sans doute un je-ne-sais-quoi..Un roman vers lequel je reviendrai, plus tard.

5 octobre 2018

Nous, les vivants - Olivier BLEYS

Editions Albin Michel 
Parution : 22 août 2018
192 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Perché dans les Andes à 4 200 mètres d’altitude, le refuge de Maravilla défie la raison. C’est là, au ras du vide, que Jonas, un pilote d’hélicoptère venu ravitailler le gardien, se trouve bloqué par une tempête.

Dans la petite maison cernée par les neiges, il fait la connaissance d’un personnage étrange prénommé Jésus que l’on a chargé de surveiller l’improbable frontière entre l’Argentine et le Chili. Commence alors, dans l’immense solitude des montagnes, une longue randonnée dont le lecteur – et peut-être le narrateur – ne sait plus très bien s’il s’agit de la réalité ou d’un rêve.

Un roman envoûtant par l’auteur de Concerto pour la main morte et de Discours d’un arbre sur la fragilité des hommes.

Ce que j'en ai pensé :

Fan d'Olivier Bleys ? Présente !!
J'attendais ce nouveau roman avec impatience mais je reste un peu mitigée, pourtant.

J'ai beaucoup aimé la psychologie des personnages, quoique "Jésus" paraisse un peu mystérieux, j'ai aimé le huis-clos dans le refuge entre ces trois hommes que presque tout sépare sauf les chutes de neige et les verres d'alcool local partagés.

J'y ai vu l'ombre de la parabole de Jonas dans la baleine (Jonas est le nom du héros), et sans qu'on sache le prénom du gardien du gîte, j'ai imaginé qu'il aurait pu s'appeler Job.
J'ai compris la solitude, la confiance, l'amitié.

Mais je ne suis pas sûre que ça soit l'unique sens de ce roman, et ça m'a frustrée !

A noter, cependant, que la plume d'Olivier Bleys est toujours aussi belle et imaginée, que j'ai appris au passage quelques nouveaux mots et que j'attendrai son prochain roman avec la même impatience : il reste un conteur hors pair, délicat et intelligent, et c'est déjà pas mal !

3 octobre 2018

Comme au cinéma : petite fable judiciaire - Hannelore CAYRE

Editions Métailié
Parution : 4 octobre 2012
220 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Le flamboyant Étienne Marsant a été une immense star avant son infarctus. Aujourd’hui il ne boit plus, ne fume plus, ne tourne plus, est au régime et s’ennuie sous le regard sévère de sa femme et agent. Pour la fuir il accepte de présider “Résistances”, un festival de cinéma de seconde zone se tenant à Colombey-les-Deux-Églises.

À quelques kilomètres de là, à Chaumont, s’ouvre le procès d’Abdelkader Fournier, un petit voyou qui a cambriolé une douzaine de succursales bancaires armé d’un faux revolver et de beaucoup de fair-play. Le terrible Président de la cour d’assises surnommé le boucher de la Haute-Marne est bien décidé à le faire enfermer à perpétuité dans les geôles de la République. Son avocat, ténor du barreau que l’âge a rendu dépressif, rêve de raccrocher la robe afin d’ouvrir une crêperie dans sa Bretagne bien-aimée, au grand dam de son épouse et associée qui ne se voit absolument pas dans ce rôle de femme de crêpier.

Les deux évènements vont soudain se télescoper, lorsque devant l’injustice manifeste du Président et son habileté à manipuler témoins et jurés, l’avocat va décider de se retirer. Tout va alors prendre un tour absurde et tourner au spectacle.

Ce que j'en ai pensé :

Petite fable judiciaire, tel est le sous-titre de ce roman (policier ?) et ça lui va comme un gant ! Ça tournerait presque à la farce tant les situations, d'abord très "classiques" prennent un tour ironique, s'amuse de la situation et multiplie les traits d'humour !

Je n'avais pas encore lu Hannelore Cayre qui, avec La daronne, a confirmé un beau talent (Prix du Polar européen 2017 et Grand Prix de Littérature policière 2017). Ça valait le coup de troquer la robe d'avocate pénaliste contre un stylo !

Ce roman m'a conquise, j'ai aimé les personnages (on croit pouvoir reconnaître Belmondo dans la peau d'Etienne Marsant) dont l'auteur dresse à grands traits une sorte de caricature, dans le bon sens du terme, où les animaux ont la part belle ! 
J'ai beaucoup aimé aussi le regard qu'elle porte sur les réseaux, sur les vedettes d'internet (Augusteen Granger qui fait diablement penser à Justin Bieber !!).

C'est caustique souvent, c'est jouissif surtout ! Et ça m'a bien plu de m'amuser dans cette cour pénale qui ressemble tout à coup à un grand cirque, une pièce de théâtre où chacun joue son rôle !

1 octobre 2018

Juste de l'autre côté de la mer - Ingrid THOBOIS

Editions BAYARD
Parution : 19 septembre 2018
352 pages

Ce qu'en dit l'éditeur : 

Chaque printemps, depuis plus de dix ans, Eric, le parisien, passe une semaine au Maroc dans la vallée idyllique du Dadès, au sein de sa famille de cœur. Il partage des moments chaleureux avec Kenza et ses jumeaux de 14 ans, Mehdi et Lilia. Eric est un peu le père que ces derniers, qui ont grandi sous le signe de l’amour, du rire et de la liberté, n’ont jamais eu. Mais cette année, Eric trouve l’atmosphère pesante. Un nouvel imam est arrivé, et tous les prétextes sont bons pour réduire les libertés individuelles, et diffuser des messages religieux. Quant à Mehdi, il semble plus distant, plus taciturne. Il aimerait quitter le Maroc pour découvrir d’autres horizons. Il rêve d’Europe. Lilia, joyeuse et rebelle, est devenue une belle adolescente. Quand Eric repart, il comprend, impuissant, que la vallée du Dadès est en train de changer…

Ce que j'en ai pensé :

Vous l'aviez peut-être remarqué mais je ne lis ni ne chronique aucun roman jeunesse ici. Une fois n'est pas  coutume, quand Babelio m'a proposé cette lecture en avant-première, je n'ai pas hésité ! Parce que j'aime profondément la culture marocaine et parce que ce roman évoque des thèmes qui me touchent comme le sort des "réfugiés" ou la place des femmes dans ces sociétés où l'islam imposent de nouvelles règles...

On s'attache très vite à ces gamins, Medhi qui porte en lui tous les espoirs et toutes les défaites de son adolescence "loin du monde", dans un pays qui ne lui apporte que peu d'avenir, et Lilia, qui du bout de son crayon et de ses pinceaux, se dessine d'autres perspectives, s'invente des échappées belles et ne renonce pas.
Deux ados sensibles, deux gamins embarqués dans une aventure pas réjouissante, deux gamins aux destins qui se séparent.

J'ai beaucoup aimé la plume de l'auteur, fine et intelligente, qui cisèle son histoire autour des rêves et des renoncements, esquisse des questions importantes (Quel est le pouvoir des imams radicaux dans les villages reculés ? Quelle est la place de la tradition dans la destinée des familles ?) sans que ce soit trop lourd, trop politique.

Une belle lecture qui m'a ramenée de l'autre côté de la Méditerranée et qui m'a charmée par ses personnages ! Et s'il y avait une suite, ça serait chouette ! 

Merci aux Editions BAYARD et à BABELIO Masse Critique !

30 septembre 2018

Les voyages de sable - Jean-Paul DELFINO

Editions du Passage
Parution : 23 août 2018
270 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Par une nuit de neige qui finit par immobiliser Paris, monsieur Jaume se rend dans un café de la rue Saint-André-des-Arts. En veine de confidences, il raconte à Virgile, un bistrotier désabusé, la malédiction qui le frappe. Monsieur Jaume est immortel.

Toute la nuit durant, et avec la promesse de lui révéler son secret, il va confier à Virgile ses multiples existences passées. Né à Marseille en 1702, il fuit la grande peste, part à l'aventure en Afrique, cultive le café en Guyane, meurt à cent reprises et revient à la vie autant de fois. Peintre d'ex-voto au Brésil, guetteur de cadavres sur le Rhône, négrier à l'occasion, clerc de notaire à Paris, ermite au Portugal ou spectateur de la révolution de 1848, Jaume connaîtra l'amour, l'amitié et la trahison. 
 
Tout d'abord sceptique, Virgile l'écoute. Puis, peu à peu, sa curiosité s'éveille et il se laisse prendre au jeu. Être immortel semble bien tentant. Mais n'est-ce pas le pire cadeau que le sort puisse offrir à un homme ?

Avec Les Voyages de sable, Jean-Paul Delfino nous invite à une longue traversée poétique et fantastique, où une nuit dure trois siècles et l'arrière-salle d'un café ouvre sur les cinq continents.

Ce que j'en ai pensé :

Ça vous dit de partir en voyage autour du monde et à travers l'histoire sans sortir de chez vous ?

Faites comme Virgile, le cafetier : asseyez-vous auprès de Monsieur Jaume, sortez une bonne bouteille de vieux rhum (ou prévoyez quelques cafés) et partez à l'aventure !

De Marseille attaquée par la Peste à l'aube du XVIIIème siècle, en passant par l'Afrique ou la Guyane, on suit ce vieux monsieur, supposé immortel, dans un tas de péripéties fantastiques et franchement addictives !
J'ai imaginé Shéhérazade et les Mille et Une Nuits, emportée par les belles lignes de ce roman de voyages et d'aventure, j'ai même fini par avoir des images très précises de ce petit café où les deux hommes échangent amitié et cigarettes.
Les deux personnages sont fabuleux et l'histoire, remarquablement contée, nous interroge sur l'immortalité (bénédiction ou malédiction?) mais surtout sur les bégaiements de l'Histoire, sur la fâcheuse tendance des hommes à ne pas retenir les leçons du passé !

Un beau roman, vivant et rythmé, un « voyage » dépaysant depuis une banquette de moleskine !

Merci aux Editions du Passage et à Babelio Masse Critique pour cette enthousiasmante et poétique lecture !!

28 septembre 2018

Le malheur du bas - Inès BAYARD


Editions Albin Michel
Parution : 22 août 2018
272 pages
(en lice pour le Goncourt 2018)

Ce qu'en dit l'éditeur :

« Au coeur de la nuit, face au mur qu'elle regardait autrefois, bousculée par le plaisir, le malheur du bas lui apparaît telle la revanche du destin sur les vies jugées trop simples. » 
 
Dans ce premier roman suffoquant, Inès Bayard dissèque la vie conjugale d'une jeune femme à travers le prisme du viol. Un récit remarquablement dérangeant.


Ce que j'en ai pensé :

Premier chapitre choc, à la manière de Chanson douce de Leïla Slimani…
(c'est drôle, je l'avais lu dans le cadre des #MRL 2016 !)

Drame familial dont l'origine nous est révélée, page après page.

Le viol. 
 
Le corps d'une femme comme un objet de plaisir à la merci d'un type concupiscent, imbus de son pouvoir et de sa force et qui impose le silence à sa victime.

Et la chute inexorable de celle qui s'étourdit dans le secret, dans les non-dits, à en devenir folle de vouloir se protéger.

Les mots sont parfois crus, la violence souvent exacerbée, l'âme et le corps blessés. Inès Bayard flirte avec une narration vive, qui tape au coeur, qui prend aux tripes, elle plonge dans la psyché d'une femme brisée, incapable de se relever, elle met des mots sur les maux, nous interpelle.

Pas besoin, pas envie de faire un billet plus long, le mieux étant de se plonger dans les pages de ce roman, de ressentir son vibrato !De ressentir tous les sentiments de Marie, ce qui l'étrangle : la douleur du corps, la haine, la colère, la peur, la culpabilité, le ressentiment, la perte de contrôle...

C'est très fort, et c'est un premier roman, déjà remarqué puisqu'il figure sur la liste du Goncourt…

Lu dans le cadre des "Matchs de la Rentrée Littéraire Rakuten 2018" avec Jeannot se livre comme marraine ! Merci !

26 septembre 2018

Trois fois la fin du monde - Sophie DIVRY

Editions Noir sur Blanc / Notabilia
Parution : 23 août 2018
240 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

 Après un braquage avec son frère qui se termine mal, Joseph Kamal est jeté en prison. Gardes et détenus rivalisent de brutalité, le jeune homme doit courber la tête et s’adapter. Il voudrait que ce cauchemar s’arrête. Une explosion nucléaire lui permet d’échapper à cet enfer. Joseph se cache dans la zone interdite. Poussé par un désir de solitude absolue, il s’installe dans une ferme désertée. Là, le temps s’arrête, il se construit une nouvelle vie avec un mouton et un chat, au cœur d’une nature qui le fascine.

 Trois fois la fin du monde est une expérience de pensée, une ode envoûtante à la nature, l’histoire revisitée d’un Robinson Crusoé plongé jusqu’à la folie dans son îlot mental. Une force poétique remarquable, une tension permanente et une justesse psychologique saisissante rendent ce roman crépusculaire impressionnant de maîtrise.
  
« Au bout d’un temps infini, le greffier dit que c’est bon, tout est en règle, que la fouille est terminée. Il ôte ses gants et les jette avec répugnance dans une corbeille. Je peux enfin cacher ma nudité. Mais je ne rhabille plus le même homme qu’une heure auparavant. »

Ce que j'en ai pensé :

 Etonnante narration qui passe du "je" au "il" et qui déroule un morceau de vie d'un homme confronté à la solitude.
Solitude familiale (sa mère est morte et son frère s'est fait descendre lors du braquage d'une bijouterie), solitude sociale entre les murs d'une prison qui le dévorent tout entier, solitude dans un monde apocalyptique après la catastrophe nucléaire, solitude psychologique de l'ermite ou du misanthrope...
Solitude et besoin de contacts, capter une station de radio, domestiquer un bélier errant, retrouver le plaisir du contact avec Fine, la chatte rousse, et ses bébés.

Et la descente aux enfers dans un paradis de solitude, loin des hommes, une liberté comme une prison qui enrobe tout d'une poix grise, qui part un jour en fumée.
Trois fois la tragédie, trois fois la fin du monde, trois fois la renaissance aussi...

Malgré les étrangetés de la narration (et le bémol que j'émets sur l'utilisation du langage de banlieue pour transcrire les pensées ou les paroles de Joseph, et qui m'a semblé un peu artificiel et non indispensable), et du contexte (cette apocalypse nucléaire qui marque une frontière de contamination entre Nantes et Besançon et qui parait arriver un peu comme un cheveu sur la soupe et ne parait pas très crédible -un gêne immuniserait certains des radiations), j'ai beaucoup aimé la plume poétique de l'auteur (et ses descriptions de tous les verts de la nature, des oiseaux...) et le destin particulier de ce "Robinson" des temps modernes.

Un roman étonnant, à plus d'un titre !


24 septembre 2018

Bazaar - Julien CABOCEL

Editions de l'Iconoclaste
Parution : 29 août 2018
198 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Ce matin-là, il a roulé. Roulé jusqu’à la panne sèche. Roulé jusqu’à se retrouver au beau milieu  d’un désert. Mais au loin clignote l’enseigne d’un vieux motel. C’est là qu’il pose ses valises. Peu à peu, il y rencontre Stella, une ancienne amante, Ilda, une vieille dame aux allures d’actrice hollywoodienne, Théo un berger et ses animaux mécaniques…

Le motel est une poupée russe dans laquelle s’emboîtent des vies. Mais plus encore, toutes les  vies qui auraient pu être la sienne.

Julien Cabocel érige un monde de papier fulgurant. Un univers onirique où se logent les désirs  enfouis, les amours perdues, les occasions manquées. Et où tout redevient enfin possible.


Ce que j'en ai pensé :

Drôle d'endroit et drôles de rencontres...

Autour du patio d'un motel décati, Dom arrivé là par hasard et par lassitude, va découvrir une étrange communauté dont les vies s'enchevêtrent (chaque rencontre en provoque une nouvelle) : Dan et son Rubik's Cube, Stella et Vic la gamine, Théo et ses animaux énigmatiques faits de tubes, Gene et son treuil d'aérodrome, Millie la tatoueuse pas tatouée, etc...
Une galerie fantaisiste de personnages un peu foutraques, en décalage, attachants et sensibles...des fantômes ? d'une vie passée ou d'une vie rêvée ?

"Le Bazaar existait bel et bien. peu importe où. Il s'élevait quelque part pour abriter les possibles, héberger toutes les vies que j'aurais pu avoir, tous ceux que j'aurais pu être.
Et je savais m'y rendre."

21 septembre 2018

Tenir jusqu'à l'aube - Carole FIVES


Editions Gallimard - Collection L'arbalète
Parution : 16 aôut 2018
192 pages

Finaliste du Prix Landerneau des Lecteurs 2018


Ce qu'en dit l'éditeur :

«Et l'enfant ?

Il dort, il dort.

Que peut-il faire d'autre ?»

Une jeune mère célibataire s'occupe de son fils de deux ans. Du matin au soir, sans crèche, sans famille à proximité, sans budget pour une baby-sitter, ils vivent une relation fusionnelle. Pour échapper à l'étouffement, la mère s'autorise à fuguer certaines nuits. À quelques mètres de l'appartement d'abord, puis toujours un peu plus loin, toujours un peu plus tard, à la poursuite d'un semblant de légèreté.
Comme la chèvre de Monsieur Seguin, elle tire sur la corde, mais pour combien de temps encore?
On retrouve, dans ce nouveau livre, l'écriture vive et le regard aiguisé de Carole Fives, fine portraitiste de la famille contemporaine. 


Ce que j'en ai pensé : 

Voila un roman vers lequel je ne serai pas allée spontanément ! Dans le quatuor final du Prix Landerneau des Lecteurs 2018, il tombe pile au moment où se profile une petite panne de lecture, et son format léger me plait bien.

Sauf que ça n'est, au final, pas si léger que ça !

C'est d'abord une critique nuancée et intelligente d'une société nombriliste où chacun vit pour soi, où chacun JUGE...

Mauvaise mère que celle qui voudrait seulement respirer un peu,  ne plus subir H24 son vampire-enfant, qui voudrait retrouver une vie normale sans les contraintes de l'otite de bébé-chéri qui empêche toute vie sociale ou professionnelle, qui galère financièrement et s'endette pour satisfaire son enfant, qui subit le regard désapprobateur des autres, les voisins de palier ou l'hôtesse de caisse...
Mère indigne sur laquelle repose toutes les problématiques de l'éducation de l'enfant quand le père se fait la malle ! 
Vous savez ? Ce vieux schéma familial avec "bobonne" à la maison ? Quand le père défaillant n'est jamais fautif de quoi que ce soit, et que c'est déjà un exploit qu'il s'intéresse à la vie de ses rejetons ? Et que c'est celle qui porte tout sur ses épaules, qui n'a pas le droit de flancher, que la société "bien-pensante" se permet de juger !

C'est un roman sur  le poids de la culpabilité : est-ce que je suis une bonne mère telle qu'elle est dessinée dans l'esprit de chacun ? Est-ce que j'ai le droit d'être juste une femme agacée par un mioche pénible quand tant d'autres n'arrivent pas à enfanter ? Est-ce que j'ai le droit de faire une pause, de respirer 5 minutes non synchronisées sur celles de mon enfant ?

S'il y a beaucoup de douceur dans l'écriture de l'auteur, il y a surtout une sorte de fatalisme teinté d'aquoibonisme.. C'est un roman empreint de tendresse, envers cette mère qui se laisse déborder, envers cet enfant en détresse sentimentale...

C'est un livre qui ouvre le débat ! 
D'aucuns trouveront la mère égoïste de vouloir s'échapper "jusqu'à l'aube" pour redonner un souffle à sa vie de femme, certains trouveront aussi qu'on ne fait pas un bébé sans en assumer les conséquences, et d'autres encore pourront considérer que l'égoïsme en ce cas est salutaire et éviterait certains drames infanticides...

J'ai aimé le parallèle établi avec "La chèvre de M. Seguin", et Blanquette qui voudrait plus de lest à sa corde même si c'est au prix d'une mauvaise rencontre avec le Grand Méchant Loup !

Enfin,  quand je lis les commentaires sur Babelio, je me dis que certaines réactions ressemblent à celles que cette mère lit sur son forum, ça manque de solidarité, d'empathie et  certaines femmes sont affreusement cruelles pour leurs congénères dans une situation complexe...
Il y a des progrès à faire !
C'est si facile de juger les autres au nom des "bonnes mœurs", ça laisse songeur ! Qui sommes-nous pour juger, qui êtes-vous pour juger ?

Un beau roman, actuel, qui met l'accent sur le beau combat d'une femme !

(lu dans le cadre du Prix Landerneau des Lecteurs 2018) 

 

18 septembre 2018

Le paradoxe d'Anderson - Pascal MANOUKIAN


Editions du Seuil - Collection Cadre rouge
Parution :16 août 2018
304 pages 
Finaliste du Prix Landerneau des Lecteurs 2018


Ce qu'en dit l'éditeur :

Plus rien n’est acquis. Plus rien ne protège. Pas même les diplômes.

À 17 ans, Léa ne s’en doute pas encore. À 42 ans, ses parents vont le découvrir. La famille habite dans le nord de l’Oise, où la crise malmène le monde ouvrier. Aline, la mère, travaille dans une fabrique de textile, Christophe, le père, dans une manufacture de bouteilles. Cette année-là, en septembre, coup de tonnerre, les deux usines qui les emploient délocalisent. Ironie du sort, leur fille se prépare à passer le bac, section « économique et social ». Pour protéger Léa et son petit frère, Aline et Christophe vont redoubler d’imagination et faire semblant de vivre comme avant, tout en révisant avec Léa ce qui a fait la grandeur du monde ouvrier et ce qui aujourd’hui le détruit. Comme le paradoxe d’Anderson, par exemple. « C’est quoi, le paradoxe d’Anderson ? » demande Aline. Léa hésite. « Quelque chose qui ne va pas te plaire », prévient-elle. Léon, dit Staline, le grand-père communiste, les avait pourtant alertés : « Les usines ne poussent qu’une fois et n’engraissent que ceux qui les possèdent.»


Ce que j'en ai pensé :

Paradoxe d'Anderson :  paradoxe empirique selon lequel l'acquisition par un étudiant d'un diplôme supérieur à celui de son père ne lui assure pas, nécessairement, une position sociale plus élevée...

Ça c'est pour la théorie économique et sociale.

Parce qu'à peine plongée dans les pages de ce roman, c'est de paradoxe universel dont je pourrais parler, celui qui assujettit et asservit les pauvres pour que les riches le soient encore plus. Ce "nouveau monde" qui laisse de côté les plus fragiles, ceux qui s'esquintent sur des machines pour payer leur loyer, faire rêver leurs gosses, et se retrouvent endettés, parfois à la rue, parce que le patron qui les emploie veut produire moins cher ailleurs.

Loin de moi l'idée de mêler la politique à l'affaire, je laisse ça aux autres, mais ce roman donne envie de se réveiller, de faire "bouger les lignes"...

D'autant que l'auteur nous plonge dans une réalité qui nous épargne le pathos, donne corps  à des personnages qui pourraient être vous et moi (ouvrier ou non), et remue quelques principes de bon sens que tout le monde semble oublier aujourd'hui !

J'ai criblé ce roman de "post-it" (je les ai choisis de couleur rose, ils auraient pu être gris orage...voir ci-dessous..) , j'ai trouvé ici une résonance à mes inquiétudes face à un monde qui fout le camp, j'ai ressenti la tristesse (et aussi l'espoir malgré cette fin que je n'attendais pas)?
J'ai trouvé que ce roman était âpre, presque cruel, plus fort que Les échoués, j'ai eu quelques larmes, j'ai été touchée...

Si vous voulez du "feel good" (yerk !), passez votre chemin ! Là, c'est du brut de vie, c'est ce que vivent certains de nos contemporains, c'est salutaire parce que "Bonnie et Tide" ne renoncent pas, parce que, sans tomber dans le "bleu-blanc-rouge" ultra-nationaliste, il reste des gens qui croient encore en l'humain et ne cherche pas du côté de Marine Hitler des solutions à leur désarroi !!

Une belle lecture, une leçon de vie, une autre manière de voir notre monde...indispensable pour créer le futur de nos enfants !

(lu dans le cadre du Prix Landerneau des Lecteurs 2018)



Extraits :


"Les permanences du parti sont autant de salles de shoot, où à l'abri des murs et des slogans on autorise ce qui est interdit : la haine de l'autre, le racisme, le négationnisme. Le plus noir de l'homme est repeint en bleu marine, un camouflage grossier. On n'est plus facho mais patriote, plus raciste mais pour la préférence nationale, plus antisémite mais contre les forces de l'argent." 

"Depuis la grève et le licenciement d'Aline, Christophe n'y croit plus , ni à lui ni aux autres, et à leurs promesses d'un monde meilleur. Dieu, Karl Marx, Mark Zuckenberg se moquent bien d'eux. (...)  ils accumulent plus d’argent que les gouvernements, plus d'informations que les services de renseignements réunis, se moquent des frontières et des impôts, surpassent le pouvoir des États et multiplient les réseaux comme Jésus multipliait les pains, prêchant la même parole : "Likez-vous les uns les autres", mais en réalité ils émiettent les droits les plus élémentaires, dévalisent les vies privées et préparent une société à leur main où tout le monde sera transparent."

16 septembre 2018

Manuel de survie à l'usage des jeunes filles - Mick KITSON

Editions Métailié - Bibliothèque écossaise
Parution : 30 août 2018
Titre original : Sal
Traduction : Céline Schwaller
240 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Que font deux gamines en plein hiver dans une des plus sauvages forêts des Highlands, à des kilomètres de la première ville ?

Sal a préparé leur fuite pendant plus d’un an, acheté une boussole, un couteau de chasse et une trousse de premiers secours sur Amazon, étudié le Guide de survie des forces spéciales et fait des recherches sur YouTube. Elle sait construire un abri et allumer un feu, chasser à la carabine. Elle est capable de tout pour protéger Peppa, sa petite sœur.

Dans le silence et la beauté absolue des Highlands, Sal raconte, elle parle de leur mère désarmée devant la vie, de Robert le salaud, de la tendresse de la sorcière attirée par l’odeur du feu de bois, mais surtout de son amour extraordinaire pour cette sœur rigolote qui aime les gros mots et faire la course avec les lapins.

Un premier roman passionnant et tendre, qui parle de survie, de rédemption, et des vertus régénérantes de la nature. Une vraie réussite.

Ce que j'en ai pensé :

Salt'n Peppa sont dans une galère, Sal tue son beau-père lubrique et embarque Peppa dans la forêt en mode survie ! 
Un abri, un feu, quelques provisions et quelques angoisses. Jusqu'à la rencontre avec Ingrid, ex-toubib, exfiltrée de RDA, soixante-quinze ans et qui a sa hutte pas très loin de celle des deux sœurs et va leur apporter son soutien et les aider à "extraire" leur mère, Claire, du centre de désintox où elle est internée.

C'est un roman tout en âpreté mais aussi tout en douceur, où les filles (les 2 ados en mode survie et Ingrid qui a fait un choix de vie) ont la part belle (les mecs sont des alcoolos, pervers, des assholes dans toute leur médiocrité), où résilience et pardon mènent la danse.

C'est un roman lumineux et plein d'espoir, qui donne à croire qu'un futur est possible quand tout se ligue contre vous (la société dans ses pires états, la nature hostile, le froid et la peur), avec deux gamines soudées, solidaires, empathiques. 

C'est un roman dont le rythme emporte, au fil des émotions et des expériences de Sal, l’aînée. Treize ans et une maturité admirable, un sens de l'à-propos, un sang-froid incroyable ! Une de ces héroïnes qui restent en mémoire ! 

C'est un roman tout en sensibilité et en délicatesse malgré le postulat de départ (et que Sal déroule au compte-gouttes), un roman nature-writing avec suffisamment de tension et des personnages attachants ! Ici, pas de post-apocalypse comme dans le roman de Jean HEGLAND mais une situation borderline où la nature répare les bobos du corps et les âmes.