17 septembre 2019

Propriété privée - Julia DECK

Editions de Minuit
Parution : 5 septembre 2019
176 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Il était temps de devenir propriétaires. Soucieux de notre empreinte environnementale, nous voulions une construction peu énergivore, bâtie en matériaux durables. Aux confins de la ville se tramaient des écoquartiers. Notre choix s'est porté sur une petite commune en plein essor. Nous étions sûrs de réaliser un bon investissement.

Plusieurs mois avant de déménager, nous avons mesuré nos meubles, découpé des bouts de papier pour les représenter à l'échelle. Sur la table de la cuisine, nous déroulions les plans des architectes, et nous jouions à déplacer la bibliothèque, le canapé, à la recherche des emplacements les plus astucieux. Nous étions impatients de vivre enfin chez nous.

Et peut-être aurions-nous réalisé notre rêve si, une semaine après notre installation, les Lecoq n'avaient emménagé de l'autre côté du mur.

Ce que j'en ai pensé :

Ça parait léger, presque en mode caricature et pourtant, ça grince et ça pique, et ça tourne vite fait au thriller !!

Je ne connaissais pas du tout Julia Deck mais j'aime beaucoup les Editions de Minuit (la faute à Echenoz et Ravey !!) et ce roman file direct dans la bonne case, dans ce petit bout d'étagère que j'aime tant !!

Parce que si le roman commence par le "milieu" de l'histoire (un chat roux à exterminer, et la scie sauteuse fera bien l'affaire après le raticide ! gloups !), il y a ici une galerie de personnages, une photo plein cadre des banlieues écolo-"bobo-isées" avec des couples "super sympas tendance, etc" comme on pourrait en voir dans les magazines !

Avec pourtant, tellement de défauts et de faiblesses, que loin de la caricature on pourrait tous identifier nos voisins (ou nous même !!...). Et quand le réseau collectif de distribution de chaleur saute, que le chat découpé secoue les âmes sensibles, tout éclate, tout part en vrille !

Disparait alors la trop sympathique voisine en micro-short et son labrador pendant que se coule la dalle d'une terrasse (syndrome Dupont de Ligonnès) et les apéros "trop sympas" entre voisins ne sont plus qu'un souvenir !

Excellent ! Subtil et drôle, avec ce côté flou qui entretient le doute (mais qui a tué le chat ? et la voisine ? sûrement pas qui on croit !)..

Je me suis régalée, j'ai trouvé l'intrigue brillante et du coup, j'ai commandé les autres romans de Julia Deck ! (c'est malin !)

12 septembre 2019

Sale gosse - Mathieu PALAIN

Editions de L'Iconoclaste
Parution : 21 août 2019
352 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Wilfried naît du mauvais côté de la vie. Sa mère, trop jeune et trop perdue, l’abandonne. Il est placé dans une famille d’accueil aimante. À quinze ans, son monde, c’est le foot. Il grandit balle au pied dans un centre de formation. Mais une colère gronde en lui. Wilfried ne sait pas d’où il vient, ni qui il est. Un jour sa rage explose; il frappe un joueur. Exclusion définitive. Retour à la case départ. Il retrouve les tours de sa cité, et sombre dans la délinquance. C’est là qu’il rencontre Nina, éducatrice de la Protection judiciaire de la jeunesse. Pour elle, chaque jour est une course contre la montre ; il faut sortir ces ados de l’engrenage. Avec Wilfried, un lien particulier se noue.

Ce que j'en ai pensé :

J'ai aimé. J'ai adoré.
J'ai surtout d'abord été circonspecte quand j'ai lu les premiers dialogues en mode racaille de banlieue....mais la narration, le style et l'histoire de Wilfried ont eu vite raison de mes appréhensions.

Voila un premier roman touchant, sincère, qui émeut. 

L'auteur sait restituer les situations difficiles,  le travail des "agents" de la PJJ (Protection judiciaire de la Jeunesse), leur rapport compliqué à la conjugaison des problématiques familiales et sociétales, les enfances fracassées par les drames...

Wilfried est un "sale gosse", de ceux qu'on rejette, de ceux qui ne rentrent pas dans le moule d'une société modélisée, mais il est aussi de ces gamins qu'on voudrait sortir de la dèche, de la banlieue, de la spirale du pire.
Juste un gamin, un petit bout de l'humanité, à sauver du néant, de l'abandon.

Alors, simplement pour ça, pour l'espoir, pour tous les Wilfried en galère (et en colère ?!), en désamour, en abandon, ce roman (presque un témoignage) vaut la peine, parce qu'il ouvre les yeux sur les gamins de rien, sur ceux qui ne savent pas quelle est leur place dans notre drôle de monde !

Un vrai chouette premier roman, sensible et intelligent ! (et ça fonctionne sauf si vous êtes devenu insensible à la misère humaine).


9 septembre 2019

La chaleur - Victor JESTIN

Editions Flammarion
Parution : 28 août 2019
144 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

« Oscar est mort parce que je l’ai regardé mourir, sans bouger. Il est mort étranglé par les cordes d’une balançoire. » 

Ainsi commence ce court et intense roman qui nous raconte la dernière journée que passe Léonard, 17 ans, dans un camping des Landes écrasé de soleil. Cet acte irréparable, il ne se l’explique pas lui-même. Rester immobile, est-ce pareil que tuer ? Dans la panique, il enterre le corps sur la plage. Et c’est le lendemain, alors qu’il s’attend chaque instant à être découvert, qu’il rencontre une fille.

Ce roman est l’histoire d’un adolescent étranger au monde qui l’entoure, un adolescent qui ne sait pas jouer le jeu, celui de la séduction, de la fête, des vacances, et qui s’oppose, passivement mais de toutes ses forces, à cette injonction au bonheur que déversent les haut-parleurs du camping.


Ce que j'en ai pensé :

Il a la poisse, Léo, du genre bien collante ! Son été au camping ne s'est pas déroulé comme prévu et juste avant le départ, outre ne pas aider un autre ado s'étranglant avec les cordes d'une balançoire, voila qu'il lui prend d'enterrer le corps en douce ! 

Cette fin d'été écrasée de chaleur prend alors un tour inattendu..

Même si j'ai trouvé quelques maladresses (dont celle de rejouer, en moins fort, du Camus alors que je voyais plutôt Sagan...) et quelques longueurs, j'ai trouvé que ce premier roman , dérangeant, un peu bizarre, avait du coffre ! 
C'est un roman captivant qui flirte avec le malaise, qui enroule le lecteur dans cette spirale du déni, du secret. C'est aussi un roman étrange par l'étrangeté de Léo, sa distanciation au monde, son regard posé sur les autres, son rapport à ses congénères.

Un bon premier roman, à l'ambiance malsaine, et un écrivain qu'il faudra suivre !

2 septembre 2019

Le ciel par-dessus le toit - Nathacha APPANAH


Editions Gallimard
Parution : 22 août 2019
128 pages



Ce qu'en dit l'éditeur :


«Sa mère et sa sœur savent que Loup dort en prison, même si le mot juste c’est maison d’arrêt mais qu’est-ce que ça peut faire les mots justes quand il y a des barreaux aux fenêtres, une porte en métal avec œilleton et toutes ces choses qui ne se trouvent qu’entre les murs.

Elles imaginent ce que c’est que de dormir en taule à dix-sept ans mais personne, vraiment, ne peut imaginer les soirs dans ces endroits-là.»

Comme dans le poème de Verlaine auquel le titre fait référence, ce roman griffé de tant d’éclats de noirceur nous transporte pourtant par la grâce de l’écriture de Nathacha Appanah vers une lumière tombée d’un ciel si bleu, si calme, vers cette éternelle douceur qui lie une famille au-delà des drames. 

Ce que j'en ai pensé :

128 pages seulement pour retrouver la plume ô combien poétique de Nathacha APPANAH ! C'est un peu court ! 

et pourtant, ça condense des instantanés de vie, de drames, d'amour et de désamours, de fuites et de renoncements.

Eliette-Phénix, petite fille parfaite modelée à l'image de ce que ses parents souhaitent, jusqu'à ce baiser qui la fait basculer, jusqu'à ses enfants qu'elle aime mais avec lesquels elle marque une distance, comme si l'amour présentait un danger, jusqu'à Paloma sa fille qui prend le large et Loup, l'enfant-bizarre, délinquant, qui fuit le monde en courant comme un forcené. 

Une famille étrange, un peu dysfonctionnelle, des ratés et des incompréhensions, des non-dits qui polluent l'amour, la relation mère-enfant...

Il y aurait de quoi programmer la psychanalyse de ces 3 personnages tant leur psyché est complexe, troublée. 
Mais Nathacha APPANAH nous livre Phénix-Paloma-Loup dans leur côté brut, réussit à instiller de la poésie, de la douceur, et invite à la réflexion : sommes-nous le miroir de nos parents (et de notre enfance) ou son exact contraire ?

Court, étonnant, et BON !

29 août 2019

Une partie de badminton - Olivier ADAM

Editions Flammarion
Parution : 21 août 2019
384 pages

Ce  qu'en dit l'éditeur :

Après une parenthèse parisienne qui n’a pas tenu ses promesses, Paul Lerner, dont les derniers livres se sont peu vendus, revient piteusement en Bretagne où il accepte un poste de journaliste pour l’hebdomadaire local. Mais les ennuis ne tardent pas à le rattraper. Tandis que ce littoral qu’il croyait bien connaître se révèle moins paisible qu’il n’en a l’air, Paul voit sa vie conjugale et familiale brutalement mise à l’épreuve. Il était pourtant prévenu : un jour ou l’autre on doit négocier avec la loi de l’emmerdement maximum. Reste à disputer la partie le plus élégamment possible.

Comme dans Falaises, Des vents contraires ou Les Lisières, Olivier Adam convoque un de ses doubles et brouille savoureusement les pistes entre fiction et réalité dans ce grand livre d’une vitalité romanesque et d’une autodérision très anglo-saxonnes.

Ce que j'en ai pensé :

Bien malin celui qui pourra déterminer le vrai du faux dans ce roman, très main, où l'auteur joue sur le double littéraire !!

On reconnaît des noms, on en devine d'autres (Castro dessine le portrait de Kad Merad et il m'a semble reconnaître Hubert Delattre "Nounours", l'excellent acteur de "Zone blanche", dans le personnage de Luc), on plonge dans le monde de l'édition et du cinéma, dans tout ce qu'ils comptent comme défauts, comme manipulations marketing...

Le personnage principal (Paul Lerner/Olivier Adam) surfe sur un quotidien terne, découvre fortuitement l’infidélité de sa femme, et celle de son père qui ainsi lui offre une sœur...s'interroge, ironise, pose son regard sur la société et ses travers, sur les problématiques actuelles (migrants, groupuscules fascisants, pouvoir des réseaux sociaux). 

C'est parfois un peu "léger", pas assez approfondi sans doute, mais ça évite au roman d'être trop longuet et la pointe d'humour ajoute une plus-value ! 

On ne saura jamais la part du vrai et du faux dans ce roman, mais cela n'a pas d'importance ! On s'amuse d'une lecture plaisante et les pages se tournent toutes seules ! Et puis, Olivier Adam moins "noir" d'humeur que d'habitude, on ne va pas bouder son plaisir !!

27 août 2019

Une bête au Paradis - Cécile COULON

Editions de l'Iconoclaste
Parution : 22 août 2019
352 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :


La vie d’Émilienne, c’est le Paradis. Cette ferme isolée, au bout d’un chemin sinueux. C’est là qu’elle élève seule, avec pour uniques ressources son courage et sa terre, ses deux petits-enfants, Blanche et Gabriel. Les saisons se suivent, ils grandissent. Jusqu’à ce que l’adolescence arrive et, avec elle, le premier amour de Blanche, celui qui dévaste tout sur son passage. Il s’appelle Alexandre. Leur couple se forge. Mais la passion que Blanche voue au Paradis la domine tout entière, quand Alexandre, dévoré par son ambition, veut partir en ville, réussir. Alors leurs mondes se déchirent. Et vient la vengeance.


Ce que j'en ai pensé :

J'avais été très déçue par Trois saisons d'orage en février 2017, et pourtant je guettais la parution de ce nouvel opus avec impatience (j'avoue, pour une fois, ma wish-list de la rentrée littéraire est extrêmement réduite!!).

Je n'irai pas par quatre chemins ! 
J'ai aimé et je n'ai pas aimé !

J'ai été embarquée dans ce drame rural, dans l'histoire de Blanche qui va de malheurs en malheurs, qui semble parfois tellement maîtresse de sa vie et soudain à la merci du destin. J'ai aimé le personnage d'Emilienne, forte et fragile, mais surtout celui de Louis, enfant battu, valet de ferme, amoureux non déclaré.
Cécile Coulon restitue parfaitement l’âpreté de la vie à la ferme, convoque des images fortes (on entendrait presque le cri du cochon qu'on saigne..).
L'auteur fouille les âmes, explore la psyché de ses personnages, avec empathie et sensibilité.

Mais, si ce roman avait tout pour me plaire, une fois de plus la narration m'a laissée de côté. Je n'ai pas aimé le ton, le style. 
Encore trop plat à mon goût, factuel (dans tout ce que ça comporte comme défauts), sans vraie émotion !! Il m'a manqué la verve de Franck Bouysse et sa poésie au travers de la tragédie !

Ça reste une bonne lecture, un très bon bouquin de cette rentrée littéraire d'automne 2019, mais je suis passée à côté d'un coup de cœur potentiel !

25 août 2019

Boy Diola - Yancouba DIÉMÉ

Editions Flammarion
Parution : 28 août 2019
192 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

« Boy Diola », c’est ainsi qu’on appelait le villageois de Casamance venu à Dakar pour trouver du travail. Ce villageois, c’est toi, mon père, Apéraw en diola. À force de côtoyer de trop près la souffrance, tu as décidé de partir. Pendant des mois, tu t’es rendu au port jusqu’à ce que ton tour arrive, un matin de 1969. Tu as laissé derrière toi les histoires racontées autour du feu, les animaux de la brousse, les arachides cultivées toute ta jeunesse. De ce voyage tu ne dis rien. Ensuite, tout s’enchaîne très vite. L’arrivée à Marseille, l’installation à Aulnay-sous-Bois, la vie d’ouvrier chez Citroën, le licenciement, la débrouille.

Odyssée depuis le fin fond de l’Afrique jusqu’aux quartiers populaires de la banlieue parisienne, Boy Diola met en scène, avec une pointe d’humour et beaucoup d’émotion, cet homme partagé entre deux mondes et donne ainsi corps et voix à ceux que l’on n’entend pas.

Ce que j'en ai pensé :

"Boy Diola", c'est l'histoire de l'Afrique. Celle qui souffre, qui meurt de faim, qui rêve d'ailleurs, qui est prête à tous les sacrifices pour sauver sa vie et qui tient sa tête haute parce que l'honneur, c'est important.

C'est l'histoire d'Apéraw, d'un voyage vers un monde imaginé meilleur, et d'une vie, pas tendre, pas drôle, faite de renoncements et pourtant digne, fière. C'est un homme qui construit l'avenir de ses enfants, qui leur apprend la patience et aussi l'humilité, le travail et la tristesse du déracinement, et cette manière unique de mêler traditions ancestrales et adaptation à la vie occidentale...

Ce premier roman rend un hommage au père, à la figure patriarcale dans tout ce qu'elle a de noble et dans toute la force qu'elle peut apporter aux enfants. C'est aussi un instantané social, le récit de l'immigration, de cette résilience dont sont capables ceux qui quittent tout chez eux dans l'espoir de meilleurs lendemains.


Merci à Babelio Masse Critique et aux Editions Flammarion pour cette lecture en avant-première et pour la découverte de ce jeune talent qu'il faudra suivre !

8 août 2019

Papiers - Violaine SCHWARTZ

Editions P.O.L
Parution avril 2019
256 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Violaine Schwartz a recueilli la parole de plusieurs demandeurs d’asile, à l’origine pour une commande du Centre dramatique national de Besançon. Elle a rencontré des hommes et des femmes, jeunes et moins jeunes, tous réunis par le même destin : l’obligation de fuir, de quitter le pays natal, Afghanistan, Mauritanie, Kosovo, Éthiopie, Arménie, Azerbaïdjan ou Irak. Elle avait un dictaphone. Parfois un interprète à ses côtés. On lui a confié des photocopies de récits de vie, des articles de journaux, des photocopies de minutes d’entretien de l’OFFPRA, des lettres administratives, des décisions de rejets, des circulaires du ministère de l’Intérieur... Elle a rencontré une avocate, assisté à des audiences à la Cour Nationale du droit d’Asile (CNDA) et au Tribunal Administratif de Besançon. Elle s’est fixé une contrainte : écrire à partir des mots entendus, et seulement à partir des mots entendus.

Avec toutes ces voix, Violaine Schwartz a composé une fresque, une litanie, comme une variation sur les mêmes thèmes : l’absurdité de la bureaucratie, l’arbitraire de notre justice, les affres de l’attente, le hasard des chemins parcourus, la douleur de tout abandonner derrière soi, le courage de partir, les souvenirs à vif, la culpabilité de survivre, la peur encore, l’espoir aussi, la vie qui s’invente malgré tout, pas à pas, sur la route de l’exil, dans la frange de notre société. Des épopées modernes. Des récits de vies héroïques qu’elle a orchestrés sur la page.

Ce que j'en ai pensé :

Dans mon histoire familiale, le seul "migrant" connu était mon grand-père fuyant le STO pendant l'occupation nazie de l'Alsace. Au plus loin qu'on remonte dans toutes les branches de l'arbre généalogique familial (c'est-à-dire vers 1620), mes ancêtres sont nés dans un coin de France, n'en ont jamais bougé, ont trouvé leur époux/épouse et y ont fait leurs enfants...
Je vis dans un coin de cette France où le seul risque que je cours est celui du manque d'eau et de températures indécemment chaudes l'été.

Je serai peut-être le prochain migrant de ma famille, non parce que mon pays est en guerre ou que je ne pratique pas la religion "recommandée", ni pour mes opinions politiques (encore que, si cette blonde prend le pouvoir, je pourrais faire comme mon grand-père !!), mais parce que les changements climatiques rendront ma vie ici trop difficile. 

Je ne suis donc souvent que compassion pour les gens qui fuient leurs maisons, leur pays, leurs souvenirs,, pour espérer se construire un avenir meilleur, ailleurs...

Les voix retranscrites par Violaine Schwartz racontent ces fuites et ces espoirs, ces êtres humains qui ne sont plus en sécurité là où ils sont nés, et elle a la délicatesse de retranscrire ces témoignages (émouvants !) sans jugement, sans interprétation.

Voila des hommes et des femmes qui cherchent un refuge, c'est tout.

Prêts à tout endurer pour que leurs enfants grandissent loin des bombes, pour qu'ils mangent à leur faim, pour avoir le droit de lire de la poésie, pour ...vivre, tout simplement !

Un bouquin à garder, et qu'il faudrait donner en lecture à tous.


2 août 2019

Court vêtue - Marie GAUTHIER

Editions Gallimard
Parution 1er décembre 2018
112 pages
Goncourt du Premier Roman


Ce qu'en dit l'éditeur :

«Vive, légère, alerte, elle était comme un courant d’air dans la maison. Elle arrivait pour repartir une seconde plus tard. La nuit, elle filait sans prévenir. Puis soudain elle était dans sa chambre, dans son lit. Félix l’entendait respirer dans son sommeil. Il imaginait sa
poitrine en train de se gonfler sous la chemise de nuit. Il faisait jour c’était dimanche.» 

Félix, quatorze ans, en apprentissage dans un bourg poussiéreux et écrasé de chaleur, est hébergé par son patron. Dans la maison du cantonnier habite aussi sa fille de seize ans Gilberte, dite Gil. Gil travaille à la supérette, s’occupe avec une certaine légèreté des repas et du ménage. Dans le temps qui lui reste, elle s’éclipse avec des hommes. Beaucoup d’hommes, souvent plus âgés qu’elle. Fasciné par la jeune fille, Félix vit dans l’attente d’un regard de Gil, d’un signe. 

Marie Gauthier restitue avec une intensité magnétique l’atmosphère moite et oppressante du bourg en plein été, les sensations confuses du jeune garçon devant la sensualité troublante du corps de Gil. 

Ce que j'en ai pensé :

C'est un été torride, étouffant, écrasé de chaleur et sans beaucoup de perspectives pour Félix qui se retrouve placé chez le cantonnier d'un bourg pour apprendre un métier. C'est un garçon encore mal dégrossi, ni trop bête ni trop malin, à qui on donne comme compagnons "le père au mégot" (le cantonnier, un peu paresseux, un peu porté sur l'apéro) et sa fille, Gil (pour Gilberte) qui, de son fard à paupières à ses jupes légères, va tournebouler les sens du gamin.
Gil qui fait l'amour, tout le temps, avec tous ceux qui passent, juste pour voir, pour comparer, et qui bientôt s'émeut de ce garçon dont elle perçoit le trouble et la sincérité des émotions. 

Un peu plus d'une centaine de pages pour un roman qui emprunte tant à Marivaux qu'à Japrisot (L'été meurtrier), qui explose de chaleur et de sensualité, en phrases courtes, en phrases qui suggèrent plus qu'elles ne disent... Il y a là l'émoi des premières amours, les corps qui s'évitent ou s'emmêlent, et une réflexion sur la sexualité (celle tendre et embarrassée de Félix, celle libérée, légère de Gil).

J'aime beaucoup les premiers romans, riches de promesses futures. Souvent le Goncourt du Premier Roman révèle des pépites d'auteurs à suivre absolument.
Ce roman-là ne déroge pas à la règle ! 

4 juillet 2019

ça sent la pause prolongée, ce blog !

Pas un billet depuis le 11 juin, pas trop l'envie d'être active ici non plus..

J'ai eu l'immense chance de voir mon compte IG piraté par un "robot" russe contre lequel je n'ai rien pu faire ! J'ai perdu mon accès à 4 ans 1/2 de photos persos au profit d'une Rachel Powell qui ne doit même pas exister en vrai !

Je crois que ça m'a démotivée...

J'ai aussi été déçue, alors que je ne pouvais me rendre à la présentation de la rentrée littéraire d'une maison d'édition , de me voir répondre, et  alors que je demandais si je pouvais recevoir les formats papier, que ça ne serait pas possible parce que ladite maison rencontrait des problèmes économiques...

Il y a 4 ans, les Editions S...k invitaient des blogueuses pour promouvoir leur maison via les réseaux sociaux, nous étions 7 invitées et je crois me rappeler que ça leur profitait. Il y a deux semaines, elles invitaient des dizaines de blogueuses (mais surtout d'instagram-euses sans blog !) à venir profiter d'une gentille soirée et repartir avec un sac plein de livres.

Vous voulez le fond de ma pensée ? Je suis écœurée ! Ce qui compte c'est la visibilité sur les réseaux, mais pas le fond, le temps que vous et moi passons à essayer de vous dire ce que l'on pense d'un livre..

Est-ce qu'aujourd'hui ça vaut encore le coup d'avoir un blog littéraire quand ce qui semble compter c'est la jolie photo que vous mettrez sur IG ?? est-ce que l'avis des gens qui lisent VRAIMENT les livres qu'on leur offre en SP vaut encore quelque chose quand, en face, il suffit d'accumuler les "likes" sous une photo ?


Je ne crache pas dans "la soupe", mais ça me désole de voir ces dérives.

Je lis toujours, à début juillet 2019 j'ai lu 75 livres, tous genres confondus...mais je me demande à quoi à sert de partager quoi que ce soit ici..

Voila pourquoi ce blog fonctionne au ralenti...
Merci de votre compréhension ;o)


11 juin 2019

Ce qu'il reste - Elena VARVELLO

Editions du Livre de Poche
Parution : 9 janvier 2019
Titre original : La vita felice
Traduction : Marc Lesage
256 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :


« En août 1978, l’été où j’ai rencontré Anna Trabuio, mon père a entraîné une fille dans les bois. Il s’était arrêté avec sa fourgonnette sur le bord de la route, avant le coucher du soleil, il lui avait demandé où elle allait, il lui avait dit de monter.
Elle a accepté qu’il la dépose parce qu’elle le connaissait. »

Ponte, nord de l’Italie. 

Cet été-là, Elia Furenti, seize ans, est en proie aux affres de l’adolescence - ses amitiés fragiles, ses questionnements, ses premiers émois amoureux. Mais, au-dessus de ces profonds tourments, plane l’ombre d’un drame familial infiniment plus grand. 

Trente ans après, Elia raconte cet été où tout a basculé, et ce qu’il en reste.

Ce que j'en ai pensé :

Ce polar avait tout pour me plaire : l'Italie, un été caniculaire, des adolescents à la découverte d'eux-même (et de leurs premiers émois), une sombre histoire de gamin disparu.

Pourtant, je me suis un peu ennuyée alors que j'ai aimé tout ce qui me liait au postulat de départ. J'ai cru m'attacher à Elia et à son pote Stefano, j'ai senti vibrer la chaleur de l'été, me suis laissée emporter par la folie glauque du père (schizophrène à tendance paranoïde ?), compati à la douleur des femmes, et non, au final, j'avais hâte d'en finir. 

La faute à la narration (ou à la traduction ?), l'ensemble m'a paru un peu décousu, presque brouillon et je n'ai finalement pas été touchée par cette histoire...

6 juin 2019

Dernier arrêt avant l'automne - René FRÉGNI


Editions Gallimard - Collection La Blanche
Parution : 16 mai 2019
176 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Le narrateur, écrivain, a trouvé un travail idéal dans un village de Provence : gardien d’un monastère inhabité, niché dans les collines. Il s’y installe avec pour seule compagnie un petit chat nommé Solex. Un soir, en débroussaillant l’ancien cimetière des moines, il déterre une jambe humaine fraîchement inhumée. Mais quand il revient avec les gendarmes, la jambe a disparu… Qui a été tué? Et par qui? 

L’enquête mènera, par des chemins détournés, à des vérités inattendues. Entre-temps, nous aurons traversé les paysages de l’arrière-pays provençal, peints avec sensualité par René Frégni. Sa langue forte et lumineuse communique son émerveillement face à toutes les formes de vie et de plaisir. L’intrigue policière souligne l’âpreté de ces forêts et vallons sauvages et donne tout son rythme au récit, jusqu’au dénouement. 


Ce que j'en ai pensé :

Ce qu'il a de bien avec René Frégni, c'est le plaisir de retrouver sa plume, poétique, intense, et sensuelle.

Cette fois, il ne parlera pas des fesses d'Isabelle mais du fabuleux et lumineux sourire d'Aline, libraire. Mais il est surtout question  des couleurs-odeurs-saveurs de la Provence, d'un printemps à l'autre, et d'une jambe de cadavre déterrée par hasard et par erreur (et sitôt disparue) dans le jardin du monastère où le narrateur vit une retraite forcée mais heureuse.

Il est question d'un couple de libraires (qui existent vraiment !), d'un bébé chat un peu collant, de solitude et de page blanche, et de la Belle Provence dans le chant des cigales.

J'ai beaucoup aimé le style (mais je suis fan depuis longtemps de René Frégni, donc vous n'êtes pas étonnés !), l'humour sous-jacent (les potes libraires ont dû trouvé l'intrigue cocasse!!) et l'habituelle poésie de la narration !

Je me disais même que, si je n'ai pas de roman à écrire (quoi que...), même si je n'ai pas besoin de m'isoler du monde (quoi que...), que je n'aimerais pas trouver la jambe d'un cadavre dans mon jardin (quoi que ...! Ça va pas la tête??!!), je me ferais bien une petite retraite, pas forcément très spirituelle (mais je ne le suis pas !) dans un vieux monastère perdu au milieu de nulle part ! Du moment que je partagerais un ballon de rouge avec René Frégni !!!

30 mai 2019

Les racines du mandarinier - Cécile OUMHANI

Editions Elyzad - Poche
Parution : 24 juin 2016
248 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :


Marie et Ridha se sont connus étudiants à Paris, dans l'effervescence des cafés et des discussions animées. On est à la fin des années soixante. Le pays de Ridha, la Tunisie, se construit avec ferveur : hôpitaux, écoles, universités... Le jeune couple décide de s'y installer. Tandis que son époux renoue dans la joie du retour avec ses amis et son mode de vie d'avant, Marie s efface. Comment trouver sa place, poursuivre ses idéaux et conserver l'amour ? Dans ce monde nouveau qu'elle fait sien, confrontée à de vives turbulences, elle s'applique à tenir son passé à distance et tente de vivre au-delà des séparations. 
Un roman élégant, à l'écriture ciselée, qui nous introduit avec subtilité dans les émotions de personnages aux prises avec la culture de l'autre, l'absence et la recherche de leur propre vérité. 

Ce que j'en ai pensé :

L'amour comme une déchirure. Pour Marie, le choc est brutal : la Tunisie que lui avait vanté Ridha la laisse de côté. Les femmes sont mises de côté, annihilées...et jugées folles si elles ne savent pas s'adapter.

Que reste-t-il des idéaux, du rêve de multi-culturalité dans un pays où il faut souvent renoncer, y compris à son propre fils ?

Cécile Oumhani cisèle son histoire dans une dentelle précieuse, tisse le lien mère-fils (y compris "contre" la tradition), évoque dans une langue poétique le choc des cultures (Occident/Orient) et la relation homme-femme, prolonge le regard sur le Maghreb et ses traditions, dessinant en creux la confrontation entre des êtres différents, façonnés par leur héritage familial.

Une belle lecture, en douceur, où j'ai trouvé des mots justes et des émotions sincères.