24 juin 2017

Le coeur sauvage Robin Mc ARTHUR

Editions Albin Michel - Collection Terres d'Amérique
Parution : 3 mai 2017
Titre original :
Traduction : France Camus-Pichon
224 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Bûcherons, fermiers, vieux hippies, jeunes artistes ou adolescentes rebelles, les personnages de ces nouvelles vivent à la frontière de la civilisation et du monde sauvage, dans des endroits reculés du Vermont.
 Tous cherchent à donner un sens à leur solitude et à leurs rêves, au cœur d’une nature à laquelle ils sont, souvent malgré eux, viscéralement liés. L’eau noire et glacée des lacs, l’odeur des champs en juin, la senteur de la résine,  les forêts à perte de vue… 
Robin MacArthur évoque avec puissance et grâce cet univers à la fois âpre et beau, où se reflète l’âme de ses habitants.

Robin MacArthur est originaire du Vermont, où elle vit toujours aujourd’hui. Elle a créé avec son mari un groupe de musique folk baptisé Red Heart the Ticker, et ses nouvelles ont été publiées dans de nombreuses revues littéraires au cours des dernières années.

Ce que j'en ai pensé :

En exergue, cet avis de Rick Bass : 

 « Sauvages, élégantes, lumineuses  : autant d’adjectifs pour décrire les nouvelles de Robin MacArthur, et le profond sentiment d’émerveillement qu’elles provoquent.  » 

 Autant dire que je me suis jetée sur ce livre, surtout après avoir lu le billet très tentateur d'Electra !
Et je n'ai pas été déçue ! Pas forcément fan de nouvelles, je me suis laissée emporter !

Vermont, nord-est des USA, un endroit où se côtoient anciens hippies en mobil-homes et citadins richissimes venus chercher un coin calme pas trop perdu loin des villes.

Des histoires de femmes, pour la plupart, narratrices d'un morceau de leur vie , souvent à la recherche d'apaisement ou de souvenirs heureux, Des deuils, des maladies, des regrets, des vies ratées (selon le critères du monde occidental ultra-connecté et hyper-marchand), des émois d'adolescents, des addictions à la drogue ou à l'alcool, Joan Baez ou de la country en fond sonore, la forêt et un hypothétique puma qui rôde…

Une collection d'instantanés de personnages attachants, tous liés à cette terre, qui en partent et y reviennent, qui ne l'ont jamais quittée, tous marqués par la solitude mais qui, chacun à leur manière, portent un espoir !

20 juin 2017

L'homme des bois - Pierric BAILLY

Editions P.O.L
Parution : février
160 pages
Prix Blù / Jean-Marc Roberts 2017


Ce qu'en dit l'éditeur :

L’Homme des bois n’est pas seulement le récit par son fils de la mort brutale et mystérieuse d’un père. C’est aussi une évocation de la vie dans les campagnes françaises à notre époque, ce qui change, ce qui se transforme. C’est l’histoire d’une émancipation, d’un destin modeste, intègre et singulier. C’est enfin le portrait, en creux, d’une génération, celle des parents du narrateur, travailleurs sociaux, militants politiques et associatifs en milieu rural.

Né le 14 août 1982 à Champagnole dans le Jura, Pierric Bailly est l'auteur de Polichinelle (2008), Mickaël Jackson (2011) et L'étoile du Hautacam (2016).


Ce que j'en ai pensé :

C'est la lecture d'un beau billet de blog qui m'a rappelé que j'avais noté ce roman sur la liste de mes envies ; je ne pouvais de toute façon pas passer à côté de cette histoire qui se passe là où j'ai passé toutes mes vacances d'enfant. Chaque nom de village fait revivre des souvenirs et j'ai beaucoup aimé les pérégrinations de l'auteur dans ces lieux qui me sont aussi familiers. 

Il s'agit presque d'un pèlerinage pour ce fils dont le père est mort dans les bois, la tête fracassée au pied d'une falaise alors qu'il était en balade à la recherche de champignons. Pour le narrateur, c'est plus compliqué : il ne parvient pas à se contenter des conclusions du médecin légiste et du policier chargé de l'enquête.

C'est avec beaucoup de pudeur et de tendresse qu'il nous emmène sur les traces de ce père, militant discret, amoureux de la nature, curieux (il s'intéresse à tant de choses que l'inventaire donnerait le tournis : yoga, langues étrangères, littérature, théâtre et poésie) et archiviste (l'appartement est rempli de paperasses) et en dresse un portrait réinventé grâce aux témoignages des gens qui l'ont connu : un type ordinaire et pourtant extraordinaire, hors du commun !

C'est donc un beau roman sur le deuil, un beau "double-portrait" (celui de l'auteur, en creux, derrière celui du père). Une agréable surprise !

19 juin 2017

La tresse - Laetitia COLOMBANI

Editions Grasset
Parution : 10 mai 2017
224 pages
Ce qu'en dit l'éditeur :

Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté.
 
Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école.
 
Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée.
 
Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête de son cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade.
 
Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est destiné et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.

Laetitia Colombani est scénariste, réalisatrice et comédienne. Elle a écrit et réalisé deux longs-métrages, À la folie… pas du tout et Mes stars et moi. Elle écrit aussi pour le théâtre. La Tresse est son premier roman.

Ce que j'en ai pensé :

C'est drôle ! Au lieu de "Ce que j'en ai pensé" j'avais commencé à écrire ; "Ce que j'ai aimé"...! 

Et j'ai aimé tant de choses ! D'abord la narration, simple mais efficace, sans fioritures, sans circonvolutions inutiles, sans pour autant être trop sèche : elle va droit à l'essentiel mais touche au cœur.

Ensuite ces trois histoires. Trois histoires, trois brins de la tresse, trois femmes.
Trois femmes que tout sépare : une intouchable qui ramasse les excréments des autres castes et n'a nul avenir (sauf celui qu'elle rêve pour sa petite fille de six ans), une italienne qui reprend l'entreprise de son père quand celui-ci, après un accident de Vespa, se retrouve dans le coma et découvre la faillite proche,  une avocate canadienne aux dents longues et à la réussite toute tracée jusqu'à ce qu'on lui détecte un cancer.

Ça pourrait vite tourner à la bluette, mais c'est tout sauf ça ! et pour un premier roman, chapeau bas ! 

J'ai été happée par ces destins, par ces conditions féminines si différentes en apparence (n'y-a-t-il pas finalement beaucoup de points communs entre une jeune femme sicilienne soumise au joug de la famille et des traditions, une indienne intouchable supposée ne jamais quitter sa caste, une femme du monde capitaliste occidental vouée toute entière à sa carrière au détriment de sa famille et de sa santé ? ). 
J'ai aimé cette façon de croiser les chemins : des femmes singulières, courageuses dans leur combat,  dignes, luttant contre les préjugés et les présupposés de classe (ah ! le déterminisme social...), des femmes fortes qui luttent, s'émancipent, chacune à sa manière, sans gloriole et sans féminisme revanchard.
  
Une belle lecture que je recommande -et je sais bien que je ne suis pas la première à le faire !

18 juin 2017

La table du roi Salomon - Luis MONTERO MANGLANO


Editions Actes Sud
Parution : juin 2017
Titre original : La mesa del rey Salomon
Traduction : Claude Bleton
528 pages 

Ce qu'en dit l'éditeur :

Canterbury : des ruelles pavées à l’ombre d’une cathédrale mythique, un honorable archevêque, des étudiants, des pubs et des bicyclettes. Tirso Alfaro, doctorant espagnol en art médiéval, s’ennuie à mourir au musée de la ville, où il officie comme guide ; jusqu’au jour où, sous ses yeux, un moine dérobe la précieuse patène ancienne, fleuron de la céramique vitrifiée des maîtres cordouans, qu’il était venu étudier. Échouant à convaincre les autorités que l’œuvre qui continue de briller de tous ses feux derrière la vitrine blindée est une réplique, Tirso est renvoyé à Madrid, où l’attend une offre d’emploi énigmatique, assortie d’un extravagant test d’aptitude… qu’il réussit. Il intègre alors le Corps royal des quêteurs : une organisation secrète, établie dans les sous-sols du Musée archéologique de Madrid, et dont la mission consiste à localiser et à rapatrier par tous les moyens les œuvres du patrimoine historique national que les rapines des guerres des XIXe et XXe siècles ont éparpillées à travers le monde. Les objets ainsi “volés aux voleurs” sont remplacés par de parfaites copies (le procédé mis en œuvre à Canterbury).

La première mission de Tirso, qui porte sur l’un des secrets les plus insondables de l’histoire des civilisations, le lance sur la trace du roi Salomon et de Lilith, l’incomparable reine de Saba.

L’amour et l’action le disputent à l’intrigue et à l’aventure, dans ce roman érudit et trépidant qui nous plonge au cœur des histoires de l’art.

Luis Montero Manglano est né à Madrid en 1981. Il est professeur d'histoire de l'art et d'histoire médiévale.

Ce que j'en ai pensé :

Je suis de plus en plus difficile lorsqu'il s'agit de polar ésotérique, et souvent de plus en plus circonspecte. Il ne s'agit pas de convoquer les Templiers ni seulement d'évoquer des mystères plurimillénaires pour susciter mon intérêt : à force d'avoir tellement lu ce genre, il me faut aussi une érudition certaine (et pas seulement plaquée artificiellement sur l'intrigue), sans qu'elle soit pesante (du genre à donner envie de sauter des paragraphes), que le rythme soit vif et que les personnages, évidemment, soit au moins empathiques sinon crédibles.

Ce roman-là réunit des critères positifs : Tirso le héros, sorte d'universitaire raté qui végète dans l'ombre d'une mère reconnue comme célèbre archéologie et d'un père un peu mystérieux trop tôt disparu, est un bon personnage : un peu trop vif, pas toujours très fin mais intelligent et débrouillard, remplit le rôle à merveille !

L'histoire change un peu (et ironise, en clin d’œil, sur l’absence ces Templiers) et tient la route : une brigade semi-secrète de chercheurs de trésors qui veulent avant tout que l'héritage espagnol retrouve sa place dans les musées.

C'est vivant, enlevé, sans temps mort et les 528 pages défilent à toute vitesse ! Une sorte d'Indiana Jones érudit, mais pas trop, et qui, une fois n'est pas coutume se passe en Espagne et concerne la Table d'Emeraude (clic pour en savoir plus), sujet assez peu abordé dans la littérature ésotérique.

Seul bémol : l'utilisation du passé simple et les tournures de phrases en "on", un peu bizarres mais l'ensemble se tient, se lit avec plaisir !

Ça tombe bien, on dirait que c'est le début d'une série ;o)


15 juin 2017

Portrait d'un homme heureux - Erik ORSENNA

Editions Folio   (n° 3656)
Parution : 13 mars 2002
176 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

«À Versailles, souvent je tends l'oreille, rêvant de retrouver une amitié, une conversation quotidienne et qui dura trente-cinq ans. Entre Louis XIV et André Le Nôtre. Le monarque le plus puissant à qui tout doit céder, même le temps. Et l'homme de la terre, le saisonnier, celui qui reste du côté de la nature, même s'il la force comme personne avant lui.
Ensemble ils ont écrit le plus grand livre du monde - mille hectares -, le roman du Soleil incarné. La seule histoire occidentale qui impressionnait Quianlong, l'empereur de Chine, le créateur du Jardin de la Transparence parfaite.»


Ce que j'en ai pensé :

Flânant dans la librairie-boutique du Grand Palais, après avoir visité l'expo Jardins, je suis tombée sur ce petit opuscule qui évoque la vie d'André Le Nôtre, le célèbre jardinier de la Cour de France, des Tuileries aux jardins de Versailles ! Je n'ai pas su résister !

Pas tout à fait une biographie (les éléments historiques sont tour à tour appuyés par des documents ou semblent plus imaginés, rêvés, que réels), pas tout à fait un roman non plus, mais plutôt une déambulation, comme dans un jardin.

Comme on comprend que Le Nôtre ait pu être heureux, malgré les  pressions du pouvoir (ou grâce à elles ?), en exerçant ce métier qui faisait déjà la renommée de son père et de son grand-père ! Des jardins, des fleurs, certes...mais aussi un brin de mathématiques et de philosophie, de l'art avant tout puisque le génial jardinier a presque failli être peintre !

 
Un voyage dans le temps érudit mais agréable à lire, une petite merveille à garder pas loin de soi, d'autant si l'on envisage de visiter Vaux-le-Vicomte, Versailles, Fontainebleau ou Chantilly ! 
Des buis et des ifs taillés, mais pas seulement ! Une incursion dans l'histoire, dans le tracé de bêche d'un homme qui a pensé les jardins autrement, courtisan sans l'être, mathématicien et artiste pour finir par reprendre la profession de son père et grand-père (on a du mal à sortir de sa "caste" professionnelle au XVIIème siècle !), un récit qui a le mérite de n'être aucunement pontifiant, de divertir en racontant le Grand Siècle !

J'ai aimé le style, l'apparente légèreté du ton mais la profondeur des références citées, j'ai eu l'impression de me promener dans les allées de Versailles ou de Chantilly et je crois que je vais être assez impatiente de lire le prochain ouvrage qu'Erik Orsenna va publier chez Stock à la rentrée et qui concernera Jean de La Fontaine, contemporain d'André Le Nôtre !

11 juin 2017

Poupée volée - Elena FERRANTE

Editions France Loisirs
Parution : 2010
Titre original : La figlia oscura
Traduction : Elsa Damien
284 pages

Ce qu'en dit l'éditeur : 

Pourquoi Leda interrompt-elle brusquement ses vacances ? Enseignante à l'université de Florence, seule depuis que ses deux filles sont parties rejoindre leur père au Canada, elle passe quelques semaines au bord de la mer et, parmi les estivants qu'elle observe chaque jour sur la plage, s'intéresse surtout à une famille, une véritable tribu. Elle se lie plus particulièrement d'amitié avec Nina, jeune femme mariée à un homme plus âgé, et à sa fille Elena, qui semblent très complices et comme étrangères à une famille un peu rustre. Cette rencontre constitue pour Leda l'occasion de réfléchir à ses rapports avec ses propres filles, qu'elle a abandonnées pendant trois ans alors qu'elles étaient encore enfants, et à une maternité qu'elle n'a jamais pleinement assumée. Saura-t-elle se montrer à la hauteur cette fois ? Magnifique portrait de femme, Poupée volée est une réflexion lucide sur la difficulté d'être mère, à laquelle l'écriture puissante et viscérale d'Elena Ferrante confère toute son universalité. 

Editions Folio 
à paraître en septembre 2017


Ce que j'en ai pensé :

J'ai trouvé cette version du roman dans une brocante et je regrette presque de ne pas avoir su avant que Folio programmait une parution en septembre, la couverture avec les parasols me plait infiniment. Elle restitue l'ambiance des plages italiennes où se déroule l'intrigue.
La narratrice a décidé de passer ses vacances seules dans un appartement de bord de mer où elle pense mettre le temps à profit pour préparer les cours qu'elle donne à l'université.

On la sent fragile, dès les premières pages, et son personnage n'est pas sans rappeler celui de L'amie prodigieuse (surtout dans le tome 3) : une femme séparée, qui s'est plus ou moins volontairement éloignée de ses enfants et qui se compare toujours aux autres femmes, s'estime peu à sa place dans sa catégorie sociale, renie ses origines populaires et s'agace toujours de la figure maternelle.

C'est d'ailleurs sur le thème de la maternité que l'auteur place ce roman : maternité en échec (sa mère fait honte à la narratrice qui, elle-même, a "abandonné" ses filles), maternité rêvée (elle admire la mère de la petite fille à qui "on" a volé la poupée), maternité exacerbée (Rosaria enceinte jusqu'aux yeux sur la plage). Et cette poupée qui en est le symbole, celui du bébé dont il faut s'occuper et qui fait tout à coup délirer la narratrice...

Etrange roman : j'ai beaucoup aimé les parallèles établis tout en étant souvent agacée par cette narratrice (le même ressenti que pour le tome 3 de L'amie prodigieuse).

8 juin 2017

Sinon j'oublie - Clémentine MÉLOIS

Editions Grasset
Parution : 5 avril 2017
240 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Depuis plusieurs années, Clémentine Mélois collectionne les listes de commissions trouvées dans la rue. Chaque trouvaille est pour elle prétexte à se raconter une histoire. Qui est l’auteur ? Quels sont ses rêves, ses envies ? À partir d’une sélection de 99 listes (reproduites en image et en couleur), voici un portrait drôle et tendre d’hommes et de femmes qui se confient à la première personne, parlent de leurs vies, de nos vies. Grâce à la fiction, la réalité la plus prosaïque donne lieu à l’imagination la plus poétique.

Clémentine Mélois, née le 15 juin 1980, est une artiste plasticienne et écrivaine française.Auteur d’un recueil de pastiches de classiques de la littérature (Cent titres, Grasset 2014) et d’un traité de nihilisme pour la jeunesse (Jean-Loup fait des trucs, Les Fourmis rouges 2015). Elle est aussi l’une des « Papous » de France Culture.

Ce que j'en ai pensé :

Un grand merci aux Editions Grasset et à Babelio Masse Critique qui m'ont donné l'occasion de lire ce drôle de recueil qui me faisait très envie !

Pensez donc ! Un inventaire à la Prévert avec des listes (la plupart de ravitaillement alimentaire) trouvées dans la rue, photographiées sur la page de gauche, auxquelles l'auteur associe des histoires, parfois lapidaires (2 lignes bien senties et tellement justes !).

Voila une idée intéressante ! Pire, carrément poétique ! parce qu'il y a de ça dans ces traces du quotidien, dans ces mémorabilias collectés, ces écritures parfois hésitantes, à l'orthographe parfois fantaisiste (il y a quelques perles dont je me suis régalée).

Un inventaire de tout ce qu'on oublie, un air de nostalgie, un côté décalé à la Pérec, et ces textes qui m'ont touchée, ces inventions d'autres vies (qui peut bien être la personne qui note quelques bricoles à acheter chez l'épicier ?).

Un petit bonheur que ce recueil, une lecture en suspens, arrêtée sur des portraits de gens ordinaires, et même, des accents sociologiques (j'ai souri de cette future adepte du régime hyper-protéiné, une de ces 99 histoires), beaucoup de tendresse aussi ...



4 juin 2017

Conspiration - Eric GIACOMETTI et Jacques RAVENNE

Ed JC Lattès
Parution : 24 mai 2017
530 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

De la France aux États-Unis, Marcas, mis sur la touche par sa hiérarchie, va devoir retrouver un secret qui hante l'histoire de France et dont la possession peut détruire les démocraties occidentales. Deux siècles plus tôt, en pleine Révolution française, l'inspecteur Ferragus présent dans les Illuminati est entraîné dans une implacable course contre la montre pour démasquer le groupe occulte qui veut s'emparer du même secret. Au coeur de ce secret, le pouvoir absolu.

Ce que j'en ai pensé :

Le retour du "duo infernal" ! Une qualité ici ! J'aime depuis très longtemps les aventures de Marcas, ses énigmes ésotériques, et ces deux auteurs, français de surcroît, excellent dans le genre ! Pas de rebondissements faciles, pas de résolutions criminelles capillotractées, on est sur du sérieux, du documenté, de plausible (le gars Ravenne est un vrai franc-maçon, sous pseudo, ça aide !).

Dès les premières pages, on retrouve un rythme, une ambiance et ce bon vieux Marcas qui s'émeut d'une femme battue par son connard de trafiquant de tableaux de mari ! Quand tous les habitants d'un immeuble se jettent depuis leurs fenêtres, complétement hilares, sur une terrasse de resto à Paris, il reprend officieusement du service...En parallèle, Ferragus, qu'on avait déjà rencontré dans l'opus précédent, en 1793, est contraint par Danton de résoudre une énigme liée au "secret des rois".

Pas moyen d'en dire plus sans trop en dire ! Un bon opus de nouveau qui confirme que je suis fan de ces deux auteurs !

A noter page 123, le renvoi en bas de page qui mentionne un roman (Le moine rouge de la rue Saint Benoît) paru aux Editions du Masque, et qui n'existe pas au catalogue de l'éditeur...Clin d’œil des auteurs ? 

30 mai 2017

Bilan de mai 2017

Un bilan en demi-teinte ce mois-ci...
Moins de lectures...
Pas de coup de cœur...
Et même des déceptions !


Seulement 10 romans (3172 pages) avec une majorité de polars :

Giacometti & Ravenne, Conspiration, éd JC Lattès (billet à venir)

Marin Ledun, Au fer rouge, éd J'ai Lu 

Agustin Martinez, Monteperdido, éd Actes Sud

Théo Hakola, Idaho Babylone, éd Actes Sud

Mark Winckler, Je m'appelle Nathan Lucius, éd Métailié

Benoît Minville, Rural Noir, éd Folio policiers

Tanguy Viel, La disparition de Jim Sullivan, éd de Minuit

Philippe Besson, Les passants de Lisbonne, éd 10/18

Olivier Frébourg, Souviens-toi de Lisbonne, éd de la Table Ronde

Darcy O'Brien, Une vie comme une autre, éd 10/18


Et pour vous ? Ce mois de mai a-t-il été prolifique ? 
En lectures et/ou en coups de cœur ?  

29 mai 2017

La disparition de Jim Sullivan - Tanguy VIEL

Editions de Minuit 
Parution : 2013
160 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Du jour où j'ai décidé d'écrire un roman américain, il fut très vite clair que beaucoup de choses se passeraient à Detroit, Michigan, au volant d'une vieille Dodge, sur les rives des grands lacs. Il fut clair aussi que le personnage principal s'appellerait Dwayne Koster, qu'il enseignerait à l'université, qu'il aurait cinquante ans, qu'il serait divorcé et que Susan, son ex-femme, aurait pour amant un type qu'il détestait.


Ce que j'en ai pensé :

On dirait qu'on écrirait un roman américain...

" C'est la première scène de mon livre, un type arrêté dans une voiture blanche, moteur coupé dans le froid de l'hiver, où se dessinent doucement les attributs de sa vie : une bouteille de whisky sur le siège passager, des cigarettes en pagaille dans le cendrier plein, différents magazines sur la banquette arrière (une revue de pêche bien sûr, une de base-ball bien sûr), dans le coffre un exemplaire de Walden et puis une crosse de hockey."

Humour et parodie, pastiche, variation sur le livre dans le livre, voila la patte (la plume) de Tanguy Viel. 

Un type, dans le Michigan, planque dans sa voiture devant le domicile de son ex-femme, Susan (aux yeux noirs !! je ne savais pas Tanguy Viel porté sur la botanique !), en écoutant les ballades forcément tristes de Jim Sullivan, disparu en plein désert, peut-être enlevé par des OVNI..

L'auteur revisite les "clichés" du roman américain : le prof de fac, spécialisé en littérature (Moby Dick), qui joue au poker avec ses voisins, a une jolie femme qui le trompe (avec un autre prof), rencontre une serveuse qui tourne des films X (et est accessoirement son étudiante)...

Et je me suis un peu ennuyée ! 

j'ai beaucoup aimé le regard distancié que pose l'auteur sur les romans américains, mais j'ai eu l'impression que Tanguy Viel, malgré tout l'humour et le second degré dont il est capable, s'écoutait écrire...

Un peu comme quand on était enfant et qu'on disait " On ferait comme si..." avec nos poupées. 
Ça ne m'a pas déplu mais ça n'a pas fonctionné non plus ! Dommage !

28 mai 2017

Une vie comme une autre - Darcy O'BRIEN

Editions 10/18
Parution : 16 juin 2016
Titre original : A Way of Life, Like Any Other
Traduction : Lazare Bitoun
216 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Acteurs stars, les O’Brien mènent une vie faste dans le Hollywood des années 1940. Mais la gloire, tout comme le cinéma muet, ne dure pas. Le couple se sépare. Entre ces deux êtres déchus – une mère alcoolique et instable, un père rongé par la nostalgie – et le fantasme d’un monde enfui, le fils cherche sa place : les filles, l’université, la promesse d’une vie comme une autre. D’une écriture acérée et aérienne, Darcy O’Brien revisite les dessous de ce Hollywood vintage et signe un roman d’initiation drôle et décalé sur l’apprentissage de la désillusion. Un bijou.

Darcy O’Brien (1939-1998) est né à Los Angeles de George O’Brien et Marguerite Churchill, deux acteurs star de films muets qui ont tourné avec John Wayne. Il a étudié à l’université de Princeton, à Cambridge, puis à Berkeley et a lui-même enseigné à Tulsa. Son premier roman, Une vie comme une autre, a remporté le prix Pen/Hemingway en 1978.

Ce que j'en ai pensé :

Hollywood et ses stars, du glamour à revendre mais aussi des envers moins reluisants quand les anciennes vedettes du cinéma muet sombrent dans la dépression et l'alcool, quand les vieux cowboys sont encore plus solitaires...

Au milieu de ce "paradis" qui fout le camp, un gamin, Darcy, fait son apprentissage de la vie et de l'amour, porte un regard toujours un peu ironique sur le monde qui l'entoure.
Darcy dont les parents (acteurs) divorcés ne comprennent pas qu'une page se tourne et qui continuent à rêver au retour de leur gloire perdue. 

 George O'Brien et Marguerite Churchill, les parents du narrateur

Le personnage de la mère est haut en couleurs : de ses cheveux roux flamboyants à la mise en scène de ses amours, elle est fantasque et excessive, se prenant de passion pour un sculpteur russe, Anatol dont les œuvres mêlent antiquité à lubricité (l'incroyable statue de la nymphe Syrinx faisant une fellation au Dieu Pan !!..), puis menant la grande vie à Rome...avant de mourir ivre au milieu des épluchures de crevettes en Espagne !
Quant au père, il se réfugie dans la religion  et se perd dans ses souvenirs de héros des Marine, oublie de se laver, planque des trucs dans son garage...

Ce roman est partiellement autobiographique (sa mère meurt en réalité quinze ans après son père ; il n'évoque ni son frère ni sa sœur, contrebassiste célèbre), mais il est surtout un savoureux mélange de tendresse et de presque cruauté  qui se lit d'une traite !

Il offre un regard d'enfant sur l'Amérique des années 1950, évoque avec nostalgie tout ce qui a construit l'auteur, ce qui l'a mené à la littérature dans cette vie qui ressemble à un roman.

27 mai 2017

Idaho Babylone - Theo HAKOLA

Éditions Actes Sud - Collection Actes Noirs
Parution : Septembre 2016
Traduction : Yoann GENTRIC
368 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Metteur en scène originaire de Spokane, dans l’État de Washington, Peter Fellenberg réside en France depuis plus de trente ans. Alors qu’il est sur le point de monter une nouvelle pièce de théâtre dont le rôle principal sera tenu par une célèbre actrice de cinéma, sa soeur Marnie l’appelle des États-Unis, affolée : sa fille aînée, Macie, vient de disparaître lors d’un camp de vacances organisé par l’Église, dont l’adolescente a récemment embrassé un peu trop ardemment les principes… À moins qu’elle ne se soit enfuie avec un certain Brandon, neveu d’un suprémaciste blanc notoire de l’Idaho voisin ?
Si Marnie fait appel à ce frère qu’un sombre chapitre du roman familial a définitivement éloigné de ses origines, c’est que Peter a été le grand ami d’enfance de Tom Palm, pasteur, précisément, de l’église évangéliste dont la jeune fille est une prosélyte.
Secrètement taraudé par un désir confus de renouer avec son pays, Peter saisit cette occasion de retrouver Spokane et va tenter d’arracher Macie aux griffes d’un destin qui menace les enfants d’une Amérique victime de tous ses aveuglements.
Avec ce roman cinématographique mené tambour battant et peuplé de personnages aussi singuliers qu’affirmés, Theo Hakola offre, entre gravité et humour, un éclairage troublant sur la capacité des racines originelles à venir percuter les aspirations à la création et à la quête d’altérité.
Né à Spokane, dans l’État de Washington, Theo Hakola  a étudié à la London School of Economics and Political Science ( 1975/76) et est titulaire d’une licence d'Histoire politique, délivrée par The Antioch University, Yellow Springs, Ohio – 1977.
Il est l'auteur de quatre romans publiés en France :
La Route du sang (2001) et La Valse des affluents (2003) au Serpent à plumes, puis, chez Intervalles, Le Sang des âmes (2008) et Rakia (2011). Musicien, réalisateur artistique, homme de radio et de théâtre, c'est l'une des grandes voix de la scène alternative internationale.

Ce que j'en ai pensé :

Chrétiens ? Oui mais...d'abord suprémacistes blancs, de ceux qui s'affublent d'une cagoule et se promènent avec une corde à nœud coulant, brûlent des croix, détestent les pédés, les juifs et les noirs (dans l'importe quel ordre !), s'arment comme pour la guerre et se font tatouer des croix gammées, et ....se revendiquent de Dieu !
Il n'y a pas que les intégristes musulmans qui ont la vue basse et les idées courtes ! 
Il y a aussi Kevin, et "Longue-Barbe" et leurs acolytes dans ces mobil-homes, protégés par des oies (comme au temps de Rome), par César et Brutus, les chiens pas sympas.
Et Macie au milieu, qui se croit amoureuse, qui n'en est plus très sûre (est-ce encore un pêché de plus ? déjà que ses parents, anciens adeptes renonçants, sont du côté de Satan !), Macie qu'il faut sauver de ses adeptes du KKK, un peu "bas-duf" (bas-du-front)...

C'est parfois un peu long, mais c'est bon ! 

Un roman qui explore l'Amérique de Sarah Palin, ces américains sûrs de la suprématie de la race blanche, persuadés du conspirationnisme sioniste, opposés à Obama (un noir à la Maison Blanche WTF ?!!!), luttant contre l'avortement et la pilule et dont le cerveau est lessivé-conditionné-préformé par les chrétiens évangélistes, une secte qui abrite des fous dangereux dont le jugement est altéré : une Amérique terrifiante finalement, bien plus que cette intrigue pas très "sautillante", parfois plus marquée par la réflexion que par l'action.

Un polar intéressant et captivant, quand même !

26 mai 2017

Je m'appelle Nathan Lucius - Mark WINCKLER

Editions Métailié
Parution : 26 janvier 2017
Titre original : Wasted
Traduction : Céline Schwaller
240 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Nathan Lucius est un jeune homme ordinaire. Il dort avec la lumière allumée. Il collectionne les vieilles photos anonymes. Il vend des encarts publicitaires dans un journal. Il s’entend plutôt bien avec sa chef. Parfois ils vont boire des bières. Il a une amie plus âgée, Madge, une antiquaire un peu fantasque. Il aime que chaque jour ressemble exactement à la veille. Il déteste les souvenirs. Un type banal. Parfois, il ne se souvient plus de rien. Il est un peu confus.
Un jour, Madge le supplie de l’aider à en finir. Elle a un cancer, elle n’en a plus pour longtemps, elle souffre trop.
Mais peut-on demander ce genre de choses à Nathan ?

Mark WINKLER a grandi dans la province du Mpumalanga, à l’est de Johannesburg. Il travaille actuellement comme directeur artistique dans une agence de publicité, au Cap, où il vit avec sa femme et ses deux filles. Je m'appelle Nathan Lucius est son deuxième roman.

Ce que j'en ai pensé :

Un type a priori normal, ce Nathan ! Une vie presque ordinaire (à la limite de la sociabilité parfois), des manies  étonnantes et presque cocasses (dormir avec la lumière allumée, écouter sa voisine de palier se masturber, constituer un arbre généalogique avec des photos d'inconnus...) qui construisent un personnage sympathique et attendrissant dont on devine pourtant une blessure grave. 

Jusqu'à ce que le roman bascule, avec un meurtre-suicide d'une brocanteuse en phase terminale d'un cancer puis la disparition de la fameuse voisine. On retrouve alors Nathan, complètement mutique, en train de jouer aux échecs dans un hôpital psy. Petit à petit,  sa personnalité et son enfance traumatique se dévoilent...

C'est un roman qui réussit le tour de force d'être tour à tour drôle et grave, qui fait entrer le lecteur dans la psyché de ce garçon étrange et fragile dont on ne parvient finalement pas à savoir s'il est simplement toqué ou extrêmement intelligent et retors. 
C'est très fin, déroutant, à la limite du polar, et servi par une narration aux phrases courtes et percutantes ! 

J'ai adoré cette histoire qui ne manque pas de traits d'humour (bien grinçant parfois !), j'ai aimé être surprise par ce gaillard et ses élucubrations, ne pas être sûre de ce que son esprit cache.