23 août 2017

Summer - Monica SABOLO

Editions JC Lattès
Parution : 16 août 2017
320 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Lors d’un pique-nique au bord du lac Léman, Summer, dix-neuf ans, disparaît. Elle laisse une dernière image  : celle d’une jeune fille blonde courant dans les fougères, short en jean, longues jambes nues. Disparue dans le vent, dans les arbres, dans l’eau. Ou ailleurs  ?
Vingt-cinq ans ont passé. Son frère cadet Benjamin est submergé par le souvenir. Summer surgit dans ses rêves, spectrale et gracieuse, et réveille les secrets d’une famille figée dans le silence et les apparences.
Comment vit-on avec les fantômes ? Monica Sabolo a écrit un roman puissant, poétique, bouleversant.


Ce que j'en ai pensé :

Je n'avais vraiment pas aimé Crans Montana, j'avais peiné à le lire, à y trouver un quelconque intérêt...L'auteur avait mal pris ma critique, m'incendiant via Instagram (quelle rafraichissante expérience !! ahem...alors que j'argumentais ladite critique...).
Donc, j'appréhendais...

Et les 150 premières pages m'ont laissé présager une nouvelle déconvenue : une gentille et idéale famille avec villa à Genève, amis notables et sort enviable, du fric, un peu de drogue et d'alcool (tout ce qui m’avait profondément agacée dans Crans Montana), une élite autocentrée et dégénérée avec des secrets, des "intrus" sociaux (le bel équilibre perturbé...), et évidemment, des jeunes filles parfaites, qui en plus d'être riches, sont aussi incroyablement belles (longues jambes et chevelure de miel ou de jais) et intelligentes, promises à un beau mariage et à un avenir radieux...

Au secours ! Un lot de clichés qui a bien failli me décourager ! L'impression que l'auteur ne parvient pas à écrire sur autre chose que sur cette classe de privilégiés suisses, qu'elle ressasse le même thème d'un roman à l'autre...D'autant qu'elle le fait avec un indéniable sens artistique qui finalement m'a semblé augmenté la vacuité du propos. Un peu comme si la recherche de la phrase parfaite cassait le rythme...l'eau trouble, les algues, l'eau trouble, les algues...ad lib...

Pourtant, les angoisses du narrateur (le frère de Summer, disparue lors d'un pique-nique), ses délires psychotiques (sa sœur est-elle prisonnière des eaux noires et des algues du Lac de Genève ?), ses découvertes progressives sur le monde qui l'entoure (ses parents sont-ils ce qu'ils prétendent être, sont-ils conformes à l'image sociale qu'ils renvoient ?) ont suscité mon intérêt. 

Voila un personnage fascinant, bien plus que ces mignonnettes créatures alanguies sur le bord du lac ! Un gars à la psyché perturbée, qui refoule ses souvenirs et ses sentiments, qui s'acharne à vivre dans l'absence de cette sœur tant aimée et dans l'ombre de parents d'abord admirés puis scrutés d'un œil critique. Un personnage vraiment intéressant si ses angoisses avaient été moins présentes, moins "nauséeuses" (combien de fois ai-je eu envie de lui crier "mais réveille-toi, connaud, y a pas de mystère !)

25 ans après la disparition de sa sœur Summer, Benjamin cherche des raisons, tente d'oublier, et finit par comprendre ce qui est arrivé. Ce sont sans aucun doute ses errances et les conséquences du drame qui animent ce roman (même si ça tourne en boucle, en mode aveugle, et que finalement, moi, lectrice, j'ai juste l'impression de l'auteur me prend pour une quiche qui ne comprend rien !!), le reste parait presque anodin et sans saveur et aucun des autres personnages ne suscite l'empathie.

L'ensemble manque un peu de chaleur, est souvent un peu longuet (trop de recherche esthétique dans la narration ?) mais la deuxième partie du roman parvient à sauver l'affaire !

Si je n'ai pas été surprise par le dénouement, j'ai apprécié ce faux-polar, cette quête de vérité et c'est déjà pas mal au vu de ma précédente expérience ! avec la certitude qu'il ne marquera pas ma mémoire !

22 août 2017

Mon père, ma mère et Sheila - Eric ROMAND

Editions Stock - Collection La bleue
Parution : 23 août 2017
112 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

C’est l’album d’une famille, issue d’un milieu populaire, avec ses codes, ses tabous, ses complexes, son ignorance, ses contentieux, dans les années 70 et 80. Le narrateur y raconte son enfance solitaire au milieu des turbulences. Pour son entourage, il a des goûts bizarres, des attitudes gênantes, des manières qui provoquent la colère de son père et la désolation de sa mère. Il dessine des robes et coiffe les poupées de sa sœur. Il fait son possible pour ne pas ajouter au malaise. Pour s’échapper, il colle son oreille à son mange-disque. Regarde les émissions de variétés scintillantes… Et admire une célèbre chanteuse  dont il aime les robes à paillettes, les refrains joyeux. Il voudrait être elle. Il voudrait être ailleurs. Un premier roman tout en sensibilité sur fond de nostalgie douce amère et d’humour salutaire. 

Éric Romand est venu à l’écriture par le théâtre. Il est coauteur de Comme à la maison, une pièce créée en 2017 au Théâtre de Paris. Mon père, ma mère et Sheila est son premier roman.
 

Ce que j'en ai pensé :

Revival 1980 pour ce très court roman qui s'apparente à un recueil de souvenirs tendres ou acides d'une enfance un peu malmenée : comment grandir dans un milieu populaire et assez peu tolérant quand se dessine une orientation homosexuelle. 
 
Il y a dans ces pages un peu de tristesse d'avoir été incompris, d'avoir supporté souvent une ambiance familiale tendue, et pourtant il y a surtout des moments de bonheur franc et pur, dont la douceur fait oublier les brimades et le sentiment de n'être pas à sa place.

Un très court roman autobiographique, sensible, qui fait la part belle aux sentiments intimes et à la nostalgie.

Merci à Valentine et aux Editions Stock pour cette lecture en avant-première !

21 août 2017

Sous la neige, nos pas - Laurence BIBERFELD

Editions La Manufacture de Livres
Parution : 16 mars 2017
169 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

 Venues de la région parisienne, une jeune institutrice et sa petite fille passent sur la partie lozérienne du plateau de la Margeride. Elles vont entraîner avec elles, comme une volée de passereaux dépaysés, des gens, des tourments et des questions issus des villes. Sur ces hautes terres, deux mondes, en se croisant sans se toucher, brisent la boîte de Pandore et déversent au ras du ciel des nuées de maux que la neige couvrira bientôt.

Laurence Biberfeld, née en 1960 à Toulouse, ancienne marginale puis institutrice, est un écrivain français, auteur de roman policier et dessinatrice

Ce que j'en ai pensé :

Les hivers sont rudes en Margeride. La neige étouffe tout dans ce coin de Lozère et les femmes fuient. Sauf Esther qui débarque avec sa gamine surexcitée et qui apprend à se fondre dans le paysage, qui côtoie les paysans du coin : Lucien aux yeux bleus et sa génisse, Lionnel le patron du bistrot et sa fille Alice, le Gari et ses coups de folie...

Il y aussi l'amie qui rend visite à Esther, Vanessa, malade du sida, camée, et qui traîne derrière elle des délinquants, vrais dealers, faux durs qu'un coup de pelle bien placé suffit à neutraliser avant qu'ils ne pourrissent dans la tourbe.

Il y a a neige, surtout la neige, comme un rideau opaque, comme un linceul, qui recouvre tout, les hontes et les secrets...

Et la prose de Laurence Biberfeld, précise et pourtant poétique, qui enveloppe, donne de l'épaisseur au roman et à ses personnages, fouille dans les âmes...

20 août 2017

Le Diable en personne - Peter FARRIS

Editions Gallmeister - Collection Néo noire
Parution : 17 août 2017
Titre original : Ghost in the fields
Traduction : Anatole Pons
272 pages


Ce qu'en dit l'éditeur : 

En pleine forêt de Géorgie du Sud, au milieu de nulle part, Maya échappe in extremis à une sauvage tentative d’assassinat. Dix-huit ans à peine, victime d’un vaste trafic de prostituées régi par le redoutable Mexico, elle avait eu le malheur de devenir la favorite du maire et de découvrir ainsi les sombres projets des hauts responsables de la ville. Son destin semblait scellé mais c’était sans compter sur Leonard Moye,  un type solitaire et quelque peu excentrique, qui ne tolère personne sur ses terres et prend la jeune femme sous sa protection. Une troublante amitié naît alors entre ces deux êtres rongés par la colère.


Ce que j'en ai pensé : 

Pas de bol pour Maya, esclave sexuelle mise sous contrôle par le terrible Mexico, elle est la chouchoute du maire et a entendu ce qu'il ne fallait pas...Quand elle atterrit par hasard chez Leonard, elle croit en sa rédemption : protégée par ce vieux un peu bizarre (il trimballe sa femme -un mannequin de couture habillé- un peu partout et a la gâchette facile). Sauf que Leonard, ancien bootlegger, lui aussi cache quelques secrets...

Le décor est planté : une pute à peine sortie de l'adolescence, un vieux fermier pro de la gâchette, quelques pontes politiques franchement véreux, des flics pourris et des petites mains pour les basses œuvres.

Ça pourrait paraître convenu, a priori, mais c'est vif et rythmé, franchement addictif et nerveux ! 

L'auteur nous plonge au cœur de la Géorgie rurale où les fermiers disputent leur moindre bout de terrain aux spéculateurs, et où moustiques et alligators (quand ce ne sont pas les truands locaux, accessoirement ex-stars de base-ball) se disputent le moindre carré de chair humaine.

J'ai aimé cette narration enlevée (et la traduction impeccable !), l'énergie dégagée par ce polar ; j'ai aimé les personnages (la fragilité de Maya et celle aussi de Leonard, "le diable en personne", derrière sa carapace, alors qu'au cours de la lecture, on ne peut s'empêcher de le redouter...).

Une lecture que je recommande, addictive et fort bien écrite (et traduite !).

19 août 2017

Saphia AZZEDDINNE - Sa mère



Editions Stock - Collection La bleue
Parution : 23 août 2017
240 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Marie-Adélaïde, née sous X, a la rage au ventre  ; elle a un destin, mais ne sait pas encore lequel. Pas celui de caissière à La Miche Dorée. Pas non plus celui de ses rares copines, certaines connues en prison, d’autres camarades de galère et d’errance. Serait-ce celui de nounou des enfants impeccables de la Sublime  ? Ou celui de retrouver sa mère coûte que coûte  ? Son destin, elle va le chercher avec les moyens dont elle dispose  : le culot, la parole qui frappe, l’humour cinglant, l’insoumission à son milieu, la révolte contre toutes les conventions. C’est une héroïne de notre temps.


Ce que j'en ai pensé :

Je me réjouissais. J'avais adoré Bilqiss, et même plus que ça ! et sans aucun doute, ce roman plaçait la barre trop haut...
Je suppose que j'ai attendu de l'auteur qu'elle renouvelle cet exploit de m'avoir emportée avec elle loin là-bas, de l'autre côté de la Méditerranée. J'ai dû croire que ce nouveau roman allait parler de femmes et de maternités.

Ça n'est pas tout à fait le cas, parce que l'action se déroule en région parisienne, qu'il n'y est pas question de femmes musulmanes. 

Pourtant c'est bien d'histoires de femmes qu'il s'agit : de celle qui a abandonné son enfant dans le secret et la honte, et de sa fille qui se cherche de galères en boulots pourris, qui n'est à sa place nulle part ( ni dans le petit peuple besogneux qui trime dans les sandwicheries, ni chez la Sublime qui semble avoir cette vie parfaite qui aurait pu être la sienne).

Saphia Azzeddine explore à sa manière la lutte des classes et la "prédestination" sociale, mais je n'ai pas été séduite. Même si ce roman est séduisant, même si le personnage de Marie-Adélaïde interroge,  je n'ai pas aimé le dénouement que j'ai trouvé un peu trop convenu, et il m'a manqué un peu de la puissance évocatrice du précédent.
Dommage !


Merci aux Editions Stock et à Valentine pour cette lecture en avant-première :o)

18 août 2017

La chambre des époux - Eric REINHARDT

Editions Gallimard - Collection La blanche
Parution : 17 août 2017
176 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Nicolas, une quarantaine d’années, est compositeur de musique. Un jour, sa femme Mathilde apprend qu’elle est atteinte d’un grave cancer du sein qui nécessite une intense chimiothérapie. Alors que Nicolas s’apprête à laisser son travail en plan pour s’occuper d’elle, Mathilde l’exhorte à terminer la symphonie qu’il a commencée. Elle lui dit qu’elle a besoin d’inscrire ses forces dans un combat conjoint. Nicolas, transfiguré par cet enjeu vital, joue chaque soir à Mathilde, au piano, dans leur chambre à coucher, la chambre des époux, la symphonie qu’il écrit pour l’aider à guérir.
S’inspirant de ce qu’il a lui-même vécu avec son épouse pendant qu’il écrivait son roman Cendrillon voilà dix ans, Éric Reinhardt livre ici une saisissante méditation sur la puissance de la beauté, de l’art et de l'amour, qui peuvent littéralement sauver des vies. 
 
Ce que j'en ai pensé :

Je me suis torturé les neurones pendant des jours : qu'allais-je bien pouvoir dire de ce "roman" (?) que je n'ai pas aimé ? Comment dire ma déception ?

Je n'ai pas été sensible à la construction narrative (le roman dans le roman, façon poupées russes, qui évoque le récit qu'aurait pu écrire l'auteur en s'inspirant de sa propre vie).

Je n'ai pas été sensible au style non plus, fait de digressions intimes, de constantes répétitions de phrases :

"[...] Qui est juste, injuste (lis-je sur mon papier)?
Qui est bon, méchant (lis-je sur mon papier)?
Qui est de gauche, de droite (lis-je sur mon papier)?
Qui est toxique, inoffensif (lis-je sur mon papier)? [...]"

Par contre, j'ai été sensiblement agacée par ce nombrilisme, par l'impression de perdre du temps à lire le verbiage d'un auteur auto-satisfait qui, en plus, se paye le luxe de critiquer ses congénères écrivains sans la moindre retenue, voulant sans doute donner de l'ironie mordante à sa prose (Joseph O'Connor moqué pour ses choix vestimentaires -jogging acrylique noir et mocassins marrons- ou Geneviève Brisac pour sa tignasse à la Faye Dunaway germano-pratine et "loréalisée" sauront apprécier : même s'ils ne sont pas nommés, une rapide recherche sur internet suffit à les identifier...).
Je n'ai  pas compris l'intérêt de démarrer ce roman par une parenthèse autobiographique (l'auteur écrit Cendrillon alors que sa femme est atteinte d'un cancer du sein ; le livre va les "sauver") au lieu d'entrer directement dans la fiction imaginée (et au final non écrite) que ce moment de leur vie lui a inspiré. 

Quant à l'écriture et la lecture rédemptrices, je n'ai pas eu l'impression que le thème était suffisamment exploité (en tout cas, ça ne m'a pas paru évident !). Si l'auteur avait moins parlé de lui-même (gobant des Xanax et pleurant dans sa salade), j'aurais pu m'attacher à ce texte...

Bref, pour moi, un ratage complet ! Et la sensation que la quatrième de couverture est trompeuse...J'en suis désolée !

Merci toutefois à Babelio et Gallimard pour cette lecture en avant-première.



17 août 2017

Notre vie dans les forêts - Marie DARIEUSSECQ



Editions P.O.L
Parution : 17 août 2017
192 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

« Il faut que je raconte cette histoire. Il faut que j’essaie de comprendre en mettant les choses bout à bout. En rameutant les morceaux. Parce que ça ne va pas. C’est pas bon, là, tout ça. Pas bon du tout. »

[...]

Cette dystopie, qui se situe dans la postérité de Le meilleur des mondes, comme dans celle de 1984 ou de Fahrenheit 451, nous raconte une histoire de trafic d’organes, de gérontocratie, de totalitarisme sanitaire et politique.  Marie Darrieussecq, avec ce personnage très légèrement en retard sur les événements, et à ce titre bouleversant, renoue avec la veine de Truismes.

Ce que j'en ai pensé :

Imaginez un futur pas si lointain où les hommes ont un boîtier de contrôle implanté dans le cerveau, des puces anti-douleur et anti-émotions  sous la peau, où des robots contrôlent des cliniques géantes dans lesquelles des clones d'humains attendent, endormis, le moment où leur double humain aura besoin d'un organe neuf, un monde où les appartements n'ont pas de fenêtres et les "chiens" pas le besoin de courir, où les oiseaux ne chantent plus (à part les mammouths dans les zoos et les baleines en aquarium géant, reste-t-il des animaux ?) et où les forêts ne sont plus qu'organisées et fourragères ?

Imaginez un instant qu'un élément perturbateur, un VRAI humain, vous révèle la vérité ?

Je ne suis pas fan des dystopies. A priori, puisque je le reconnais, je n'en ai lu que très peu ! J'ai donc entamé ce roman avec quelques réticences et a fortiori déroutée par le style de l'auteur (comme je ne suis pas à un aveu près, je n'avais jamais lu Marie Darrieussecq non plus !).

Pourtant...

J'ai aimé ce roman, dévoré d'une traite, happée par l"histoire, à mi-chemin entre l'effroi et la fascination (parce que ces traficotages humains sur fond de clonage et de nihilisme de la pensée individuelle nous pend au nez dans un futur sûrement proche !).

Je me suis laissée emporter par les élucubrations de Viviane, l’héroïne, cette étrange manière de retracer son autobiographie qu'elle griffonne sur un cahier, ses relations avec son clone Marie, avec "le cliqueur" son patient (elle est psy), avec le monde qui l'entoure.

J'ai été surprise par cette fin non attendue, la révélation ultime qui donne à ce court roman toute sa dimension et qui fait froid dans le dos...

16 août 2017

La Fontaine, une école buissonnière - Erik ORSENNA


Editions Stock - Collection La bleue
Parution : 16 août 2017
198 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

« Depuis l’enfance, il est notre ami. Et les animaux de ses  Fables, notre famille. Agneau, corbeau, loup, mouche,  grenouille, écrevisse ne nous ont plus jamais quittés.
Malicieuse et sage compagnie !
Mais que savons-nous de La Fontaine, sans doute le plus  grand poète de notre langue française ?
Voici une promenade au pays vrai d’un certain tout petit  Jean, né le 8 juillet 1621, dans la bonne ville de Château-Thierry, juste à l’entrée de la Champagne. Bientôt voici Paris,  joyeux Quartier latin et bons camarades : Boileau, Molière,  Racine.
Voici un protecteur, un trop brillant surintendant des  Finances, bientôt emprisonné. On ne fait pas sans risque  de l’ombre au Roi Soleil.
Voici un très cohérent mari : vite cocu et tranquille de l’être,  pourvu qu’on le laisse courir à sa guise.
Voici la pauvreté, malgré l’immense succès des Fables.
Et, peut-être pour le meilleur, voici des Contes. L’Éducation  nationale, qui n’aime pas rougir, interdisait de nous les  apprendre. On y rencontre trop de dames « gentilles de  corsage ».
Vous allez voir comme La Fontaine ressemble à la vie :  mi-fable, mi-conte.
Gravement coquine. »

Ce que j'en ai pensé :

De La Fontaine, nous avons tous des souvenirs de fables animalières qu'il nous fallait apprendre, et, en y mettant le ton, réciter en classe. Des histoires de grenouilles prétentieuses, de loups cruels ou de rusés renards que, petite, j'aimais beaucoup.

D'Erik Orsenna, de l'Académie Française, dont je n'ai lu que peu de romans, j'ai apprécié sa manière de retracer la biographie du jardinier de Versailles, André Le Nôtre. Je me suis donc réjouie de découvrir de quelle manière il allait redonner vie à Jean de La Fontaine.

Et quel joli hommage il rend au poète ! Le ton est léger, la narration spontanée et volontiers joyeuse (joueuse même !), l'hommage certain : voila un livre comme un éloge d'ami sincère dont on sent qu'il s'est régalé à se perdre dans les fables et les contes, à savourer la belle langue française, à sourire des friponneries évoquées en vers et à les partager !

C'est ainsi qu'on apprend qu'avant de finir quasi bigot, le poète s'amusait de vagabondages amoureux, dont certains extraits évoqués par Erik Orsenna (comme Les lunettes) sont assez cocasses !
Illustration pour "Les lunettes", conte libertin (British Museum)

Merci aux Editions Stock et à Valentine pour la découverte en avant-première de cette biographie tendre et drôlatique avec laquelle j'ai passé un chouette moment !

11 août 2017

Desert home - James ANDERSON

Editions Belfond
Parution : 2 mars 2017
Titre original : The never-open desert diner
Traduction : Jérôme Schmidt
336 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

La route 117 coupe le désert de l'Utah.
Le long de cette route, il n'y a rien. Ou si peu. De la poussière à perte de vue, un resto fermé depuis des lustres, quelques maisons témoins d'un vague projet immobilier suspendu pour l'éternité. Et là, dans cette immense solitude, des âmes perdues qui ont fui le monde : les frères Lacey, criminels prêts à tout pour sauver leur peau ; Walt, vieux solitaire dévoré par les remords, qui ne veut plus voir personne et se cloître dans son diner ; John, pécheur repenti, qui traîne chaque été une croix grande comme lui pour échapper à la tentation…

La route 117, Ben la connaît par cœur, lui qui la sillonne toute l'année au volant de son camion.

Et puis, un jour, une apparition. Une jeune femme, belle, étrange, qui joue d'un violoncelle sans cordes. Elle s'appelle Claire, elle est en fuite et Ben est irrésistiblement attiré.

Mais sur la route 117 où règne la folie des hommes, quelle place pour la douceur d'une rencontre ? Le désert n'est pas un lieu pour les rêveurs ; Ben et Claire pourraient bien l'apprendre à leurs dépens...

 Ce que j'en ai pensé :

"J'ai frappé à la porte. Le vent a emporté ce bruit-là aussi."

Ben Jones n'a pas atteint la quarantaine, il est célibataire, sans enfant, compte ses "amis" sur les doigts d'une main et passe ses journées à sillonner la route 117 comme coursier free-lance pour livrer tout ce que peuvent lui commander les autres solitaires de ce coin de l'Utah cerné par le désert. Jusqu'à ce que sa route croise celle de Claire, une violoncelliste cachée dans une maison abandonnée, et le perturbe au-delà de ce qu'il avait imaginé.

Ce beau premier roman déroule une épatante galerie de personnages (les amis de Ben), tous hauts en couleur, tous solitaires et vaguement déglingués, mais il nous plonge surtout au cœur du désert qui n'a jamais semblé si dangereux que sous la plume de James Anderson, chaque grain de poussière et chaque arroyo pouvant devenir mortel. 

Ça n'est pas un polar mais un roman noir et parfois brutal d'où jaillissent quelques moments de belle lumière. Le rythme est retenu, tout en finesse et en longues descriptions façon nature writing, mais l'attention est captivée par une narration très réussie et précise qu'agrémente quelques touches d'humour bien senti.

Il est question de vengeance et d'amitié, de coups qui pleuvent et de traquenards, de vieilles motos et de cadavres, de pots de crème glacée au caramel et de clopes imaginaires qu'on fume jusqu'au filtre. 

J'ai particulièrement aimé le personnage de Ben, son regard sur la vie (et la sienne en particulier, mélange d'espoir et de renoncement), ses observations sur les gens qui l’entourent et qui animent ce roman.

8 août 2017

Les filles de Roanoke - Amy ENGEL

Editions Autrement
Parution : 7 juin 2017
Titre original : The Roanoke girls
Traduction : Mireille Vignol
350 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

« Soit nous fuyons, soit nous mourons. »

Tout le monde admire les filles Roanoke. Elles sont belles, jeunes, riches et vivent avec leurs grands-parents au milieu du Kansas, dans un immense domaine noyé de soleil. Leur vie semble si douce... Pourtant Camilla, Penelope, Eleanor, toutes les filles de la lignée ont connu des fins tragiques. Il y a quelque chose de pourri au royaume des Roanoke.

Plongée étouffante au coeur des relations troubles d'une famille d'aujourd'hui, Les Filles de Roanoke est un véritable page turner atmosphérique et haletant. Amy Engel distille avec talent le poison des non-dits, dans la lignée des grands romans de Joyce Carol Oates.

Née au Kansas, Amy Engel a passé son enfance dans divers pays du monde (Iran, Taïwan) et vécu un peu partout aux États-Unis, de la Californie à Washington D.C. Avant de se consacrer à plein temps à l'écriture, elle a exercé le métier d'avocate. 


 Ce que j'en ai pensé :

"Personne n'avait besoin de m'expliquer l'emprise que nos enfances exercent sur nous, même quand nous la combattons corps et âme."

Et l'enfance pour Lane a mal commencé, sa mère se suicide et quand elle pense trouver refuge chez ses grands-parents, elle ne fait que tomber dans un piège. Fuir, c'est la seule solution pour échapper au destin familial,  quand on est à la fois la petite-fille de Yates...et sa fille ! Parce qu'ici c'est la règle, Papi Yates se tape toutes ses filles, leur fait des bébés, et Mamie Lilian ferme les yeux...
Pour Lane, la fuite est salvatrice. Mais la disparition de sa cousine Allegra la force à revenir au domaine de Roanoke, pas seulement pour en dénouer le mystère mais sans doute aussi pour se libérer des non-dits.

Il fait chaud dans le Kansas, mais si l'atmosphère devient vite poisseuse pour le lecteur, c'est à cause de la galerie de portraits qui défile entre ces pages : des jeunes filles, toutes (presque) identiques, toutes un peu rebelles, cruelles, mais toutes amoureuses de celui qui apparait vite comme un gourou familial : une emprise malsaine dont il est difficile de se déprendre... 

Pourtant, même si le sujet est tabou, même si la situation est sordide, la narration entretient le flou, entre amour et haine, entre horreur et "acceptation" de l’innommable ! Et c'est le plus difficile à digérer pour le lecteur :la sensation d'être un témoin révolté et impuissant (comme face à une malédiction) face à un consensus écœurant : papi tripote et mamie se tait...

Avec une ambiance oppressante et dérangeante, ce roman est pourtant addictif et j'ai hâte de connaître l'avis de Hop ! sous la couette qui le lit aussi !
Et le vôtre, si vous l'avez lu !

6 août 2017

Le polar de l'été - Luc CHOMARAT

Editions La Manufacture de Livres
Parution : 8 juin 217
208 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Notre héros est un écrivain de polars. Pas très célèbre, « ses tirages n'atteignent pas les mêmes chiffres que Douglas Kennedy. » En vacances en Corse en famille et un couple d'amis, il discute de lectures et alors lui vient une idée ou plutôt une vision : il va écrire un plagiat de Pas de vacances pour les durs, de Paul Terreneuve, un polar hard-boiled des années soixante complètement oublié qui trônait au milieu des livres aux couvertures suggestives dans l'enfer de la bibliothèque de son défunt père. Ce polar représenta, très tôt dans sa vie, « un idéal impossible à atteindre ». En le modernisant, il ne peut que cartonner, devenir un phénomène de librairie : le polar de l'été. Ne reste plus qu à retrouver ce livre, indisponible et disparu...Aucune trace sur le net, à croire que ce roman n a pas existé...Quittant sa famille et ses amis, il part à sa recherche dans la maison familiale où il va affronter sa mère qui ne sait plus ce qu'elle a fait du livre, enquêter sur les traces de son enfance et de l'histoire familiale pour trouver ce satané polar de l'été qui se dérobe à chaque fois à sa quête. Son enquête ou plutôt sa quête, va l'amener à croiser et à se confronter à tous ceux qui ont pu avoir ce livre en main. 

Luc Chomarat est un écrivain et un traducteur français, auteur de roman policier et de littérature d'enfance et de jeunesse.

Ce que j'en ai pensé :

Attention ! Ceci n'est pas un polar ! Même s'il s'agit, d'une certaine manière d'une enquête, celle qui doit mener le narrateur, écrivain qui rêve que les filles, fesses en l'air dans leur bikini sur la plage, lisent toutes son bouquin et lui assurent la célébrité. 
Sauf que le bouquin qu'il imagine a déjà été écrit et qu'il lui suffirait de remettre la main dessus dans la bibliothèque de son père, pour s'en inspirer (le plagier !)....

Il va lui falloir retourner à Grinchelieu (sic) chez sa mère (qu'il ne supporte pas plus de trois jours) entourée de sa clique du "cercle biblique", y retrouver son frère, mélange de Bouddha et de Demis Roussos, oser affronter son ex-femme, et surtout plonger dans ses souvenirs, se remettre en question (qui suis-je ? dans quelle étagère ?!!) .

D'une enquête sur un roman oublié de tous, le roman de Luc Chomarat se transforme en quête : que deviennent les hommes à la cinquantaine ?

La narration, toute en finesse et en humour, superpose les niveaux de lecture : roman léger qui dévoile une analyse maline, parodie ironique, réflexion sur la lecture et l'écriture, sur la postérité (et la vieillesse qui approche), etc...

Un sacré bon moment de lecture !

4 août 2017

Carrières noires - Eléna PIACENTINI

Editions Pocket - Collection Thriller noir
Parution : 10 mars 2016
384 pages 


Ce qu'en dit l'éditeur :

Depuis les carrières souterraines et glacées de la petite ville de Lezennes, près de Lille, un homme-ombre surveille. C’est son domaine, son royaume. Il fuit ceux d’en-haut mais connaît tous leurs secrets, entrevus depuis leurs caves. Et de secrets, la ville du Nord n’est pas avare : les sales dossiers que la vieille sénatrice Maes cache dans son coffre-fort, les ambitions présidentielles de son neveu, les rêves de villégiature de sa femme de ménage…

Jusqu’au jour où le commandant Pierre-Arsène Leoni, prêt à quitter définitivement Lille pour rejoindre sa Corse natale, tombe sur le corps sans vie de l’ancienne sénatrice et où la ville secrète se transforme en ville assassine…

 Les carrières souterraines de Lezennes

Ce que j'en ai pensé :

J'ai retrouvé avec plaisir ce cher Leoni dans une nouvelle enquête. Pour situer ce polar dans la série : il se situe avant les deux autres titres que j'ai déjà lus (Le cimetière des chimères et Des forêts et des âmes). Quand je vous disais que l'ordre n'avait pas (ou peu) d'importance !  

Une fois encore, l'enquête est prenante ! Elle superpose, sans que ces affaires paraissent avoir le moindre lien entre elles, le meurtre d'une sénatrice âgée, le cambriolage de sa maison, la disparition de deux jeunes enfants, un projet de retraite dorée, un futur présidentiable aux moeurs douteuses et l'ombre étrange de quelqu'un tapi dans les sous-sols de la ville, véritable gruyère de carrières abandonnées.

La tension ne retombe jamais, c'est rondement mené et la narration ajoute une série de répliques humoristiques parfois assez truculentes ! Je crois que je deviens accro à la plume vive et acérée d'Eléna Piacentini et à son sens de l'intrigue !

Vivement le prochain !

2 août 2017

Loin de la violence des hommes - John VIGNA

Editions Albin Michel - Collection Terres d'Amérique
Parution : 8 février 2017
Titre original : Bull head
Traduction : Marguerite Capelle
256 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Avec ce premier recueil de nouvelles, le jeune auteur canadien John Vigna dresse un portrait bouleversant de la condition humaine dans un monde où la brutalité prend le pas sur la raison et où les mauvaises décisions partent toujours d’une bonne intention. Saisis dans leur rôle de mari, d’amant, de père ou de frère, ses personnages poursuivent sans relâche leur quête d’un bonheur incertain.

Doué d’une empathie sans failles pour ces héros du quotidien, John Vigna instille de la beauté et du mystère dans des existences qui pourraient sembler banales ou ordinaires, et il s’impose comme une vraie découverte littéraire.
 
John Vigna est un jeune auteur canadien dont les textes de fiction et de non-fiction ont été publiés dans de nombreuses revues prestigieuses ainsi que dans des anthologies, et lui ont déjà valu plusieurs récompenses.
Il enseigne le creative writing à l'université de Colombie-Britannique. Loin de la violence des hommes est son premier livre.


Ce que j'en ai pensé :

Je l'ai déjà dit, mais j'aime vraiment beaucoup cette collection Terres d'Amérique chez Albin Michel  C'est toujours l'occasion de découvrir de nouveaux auteurs à la plume souvent brillante et de plonger au cœur du continent nord-américain dans ce qu'il a de plus dur, de plus sauvage, qu'il s'agisse de nature ou des hommes.

Ce recueil ne fait pas exception : avec le brame des wapitis ou le bruit des tronçonneuses pour décor sonore, un pack de bières dans la glacière d'un pick-up, ces nouvelles de John Vigna évoquent l'immensité des forêts, la détresse et la solitude des hommes.

D'une pute de motel à un taximan sentimental, d'un frère en prison à une jument qui ne passera pas l'hiver, l'auteur égrène la petite misère de l'être humain, toujours à frôler le désespoir et à s'accrocher, souvent en vain, à des rêves perdus.

Si les deux premières nouvelles m'ont laissée un peu circonspecte (je ne suis pas sûre d'avoir compris leurs chutes...), je me suis ensuite laissée emporter par la narration des histoires suivantes, avec Station service ou Le sud qui m'ont convaincue du talent de l'auteur.