18 mai 2017

Les passants de Lisbonne - Philippe BESSON

Editions 10/18
Parution : 19 janvier 2017
192 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Hélène a vu en direct à la télévision les images d’un tremblement de terre dévastateur dans une ville lointaine ; son mari séjournait là-bas, à ce moment précis. Mathieu, quant à lui, a trouvé un jour dans un appartement vide une lettre de rupture. Ces deux-là, qui ne se connaissent pas, vont se rencontrer par hasard à Lisbonne. Et se parler. Une seule question les taraude : comment affronter la disparition de l’être aimé ? Et le manque ? Au fil de leurs déambulations dans cette ville mélancolique, dont la fameuse saudade imprègne chacune des ruelles tortueuses, ne cherchent-ils pas à panser leurs blessures et à s’intéresser, de nouveau, aux vivants ?

Ce que j'en ai pensé :

Avant de partir pour Lisbonne, j'ai bien envie de déambuler dans cette ville via la littérature, histoire de m'imprégner de l'ambiance.

Ici, Philippe Besson déroule deux peines, deux solitudes, deux deuils ; celui de l'époux disparu dans une catastrophe naturelle (la faille de San Andrea en Californie) et celui de l'amant du narrateur, évaporé par lassitude d'une histoire d'amour et de désir.

La narration alterne le il/elle du ressenti de ses deux êtres qui se rencontrent presque malgré eux à Lisbonne et déroule les souvenirs et les regrets, les tentatives de s'en détacher. Elle est bercée d'une mélancolie très "saudade".

Mais...

Le roman ne m'a pas touchée. 

Les deux personnages m'ont paru lointains, flous, je n'ai pas ressenti d'empathie (encore que pour la veuve, j'ai apprécié son cheminement dans le deuil), je me suis même un peu ennuyée alors que le rythme est bon, entrainant...

Pour moi, ce n'est donc pas un excellent roman, je ne peux pour autant définir ce qui m'a déplu ou ce que j'aurais aimé y trouver. Je suis restée à distance de ces atermoiements sentimentaux (perte de l'être aimé, douleur, regrets, compensation affective etc...)

J'ai apprécié pourtant la narration nostalgique, parfois un peu lente.

A noter, en exergue, ces quelques vers de Fernando Pessoa, poète portugais :

Lorsque viendra le printemps,
si je suis déjà mort,
les fleurs fleuriront de la même manière
et les arbres ne seront pas moins verts qu'au printemps passé.
La réalité n'a pas besoin de moi. [...]

(in  "Je ne suis personne")

12 mai 2017

Souviens-toi de Lisbonne - Olivier FREBOURG

Editions de la Table Ronde - Collection La petite vermillon
Parution : 24 avril 2008
176 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

«Lisbonne. Je m'y coulerai, j'y reviendrai. Ces allers et retours seront des caresses, des oscillations : les matins du Portugal, le ciel bleu au-dessus des maisons, l'air du Tage et l'incertitude déchirante qui gouverne toute vie portuaire. Longtemps, nous avions gardé ce mot de passe sur nous et entre nous : Lisbonne. Si l'aventure tournait mal, si l'histoire devenait trop noire, la ville blanche serait notre point de chute.
Tu avais cette excentricité des femmes slaves promptes à se consumer pour une cause perdue tant qu'il y a du panache, de l'honneur, une injustice à pourfendre. Tu déshabillais les mensonges, brûlais les masques. Je croyais que nos voyages au Portugal allaient tromper la mort, transformer la roulette du sort en toupie folle. Nous allions remporter la mise, une nuit de bringue, dans un casino non loin de Cabo da Roca, le cap le plus à l'ouest de l'Europe. Ma martingale était un mensonge. J'ai trafiqué mes sentiments à coups de paysages, de paradoxes, de vitesse. Tu m'as poussé dans le fossé. Éclopé, je prétendais encore courir les océans.» 

Olivier Frébourg est un journaliste, écrivain et éditeur français né en 1965 à Dieppe, il est l'auteur d'une douzaine d'ouvrages. 
Navigateur émérite, il est reçu parmi les Ecrivains de Marine en octobre 2004


Ce que j'en ai pensé :

Saudade, nostalgie, mélancolie.
Porto, Lisbonne, l'Argentine. Le souvenir de la femme aimée et disparue (on ne saura jamais ni comment ni pourquoi, ni quand), le souvenir de voyages partagés avec elle ou en solitaire, perdu entre deux ports de l'Atlantique.
 
" L’Atlantique relie le Portugal à l’Argentine. Même inclination vers le soleil couchant. Même grandeur perdue. Villes de sentinelles maritimes, de cavaliers. De ces balcons sur la mer, le crépuscule de l’histoire paraît grandiose. "

Chapitres courts, vifs et délicats à la fois, nostalgiques (c'est sans aucun doute la maître-mot de ce roman) et nerveux tout autant, entre fado portugais et tango argentin, ce livre est tout autant une ode à l'amour qu'au voyage. La narration est enchanteresse, franchement poétique, elle incite à la rêverie, respire une forme de tristesse. 

Lisbonne n'est qu'une étape de ce voyage (qui est aussi littéraire, l'auteur cite Pessoa un certain nombre de fois) à la recherche du souvenir.

8 mai 2017

Au fer rouge - Marin LEDUN

Editions J'ai lu
Parution : 6 janvier 2016
506 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Madrid, 11 mars 2004, dix bombes explosent dans des trains de banlieue. Rescapée, le lieutenant Emma Lefebvre œuvre pour que justice soit faite. Dix ans plus tard, une valise contenant le cadavre d'un trafiquant de drogue est découverte sur une plage landaise : l'heure est venue de régler les comptes. Emma s'attaque alors à une véritable organisation mafieuse, avec à sa tête l'officier de police Javier Cruz, seigneur de l'antiterrorisme.
Des rives du fleuve Nervión aux bas-fonds de Bayonne, des banlieues déshéritées madrilènes aux palaces de la côte basque, la corruption n'a pas de frontières.

Ce que j'en ai pensé :

Quand j'ai commencé ce polar, j'ai cru m'être trompée ! Marin Ledun, c'est l'auteur de En douce, que j'ai lu en novembre 2016 et que j'avais beaucoup aimé, et de Luz, lu juste avant en octobre et beaucoup moins aimé ! 

Les premiers chapitres m'embrouillent l'esprit : trop de noms basques ou hispaniques, un type retrouvé dans une valise sur la plage, des magouilles immobilières, un terrain radioactif, des flics pas bien propres, le terrorisme indépendantiste...

J'ai peur de lâcher l'affaire mais j'aime l'écriture, l'énergie qui se dégage du bouquin et je m'accroche...Et j'ai bien fait ! Parce que subitement, je comprends les intérêts des uns et les remords des autres, et les pages défilent sans que je m'en aperçoive !!

On a donc des flics : Kléber le commissaire-divisionnaire et Boyer le procureur qui aiment bien le pognon (et n'ont pas la conscience tranquille), Simon Garnier qui a couvert des trucs pas nets mais voudrait se racheter une conduite, Emma Lefebvre qui enquête comme si son honneur de flic en dépendait, Meyer qui semble ne pas avoir décidé de quelle côté de la barrière se placer..
On a aussi Sanchez dévoué aux basses besognes de Cruz, celui qui tire les ficelles (immobilier et cocaïne) alors qu'il est le patron de l'antiterrorisme, et puis Gaizka qui aimerait bien venger la mort de son père, tué par les radiations dans une usine un peu louche.

C'est du lourd, ça s'enchevêtre parfois, mais c'est bon, c'est intelligent !
C'est franchement addictif et en même temps, ça questionne sur le fonctionnement de l'Etat, sur le "Pas de vagues !" des administrations, sur les conflits d'intérêt (la lutte des etarras, les trafics de drogue, les petites magouilles des politiciens) et la corruption (tous pourris ? - Diablement d'actualité !!)...

A lire !

Merci à Lecteurs.com grâce auxquels j'ai pu lire ce polar dans le cadre des #explorateursdupolar

2 mai 2017

Rural noir - Benoît MINVILLE

Editions Folio Policiers
Parution :  20 avril 2017
320 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Romain est parti du jour au lendemain de la Nièvre, sans une explication. Dix ans plus tard, il revient sur les terres de son enfance et retrouve la bande de toujours : Chris, son frère, rendu amer par son départ soudain après le décès de leurs parents. Vlad, le meilleur ami à la vie à la mort, aujourd’hui lointain, aujourd’hui accaparé par ses affaires. 
Et Julie, qui attend un enfant avec Chris.
À peine Romain a-t-il posé ses valises que Vlad est retrouvé salement amoché dans un champ. Avec le recul des années passées loin, Romain fouille dans leur histoire commune pour tenter de comprendre. Quels bons souvenirs dissimulaient les disputes, quelles rivalités annonçaient les bastons, quelle crise se préparait pour ceux restés sur ces terres.

 
Benoît Minville, né le 28 septembre 1978 à Paris et vivant à Sartrouville, est un libraire et écrivain de roman jeunesse et de roman policier.

Ce que j'en ai pensé :

Quand j'ouvre un nouveau livre et que défilent les premières pages, j'aime bien avoir quelques certitudes, notamment sur la narration et encore plus sur la maîtrise de la langue française (je sais, je vire psychorigide !!). Là, malencontreusement, je tombe sur une "gare de treillage" (page 14)..Sérieusement ???

Sûrement un truc qui n'existe qu'au fond de la campagne morvandelle ! 
Détail ? Certes..

Pourtant, même si je devine des secrets sous l'histoire, que j'ai très envie de découvrir ce que cache Romain, revenu au bercail, je ne suis pas convaincue.
C'est pas mal mais ça n'est pas ça. Je m'étonne que les chapitres intitulés "Passé" utilisent le présent de l'indicatif et que ceux nommés "Présent" emploient le passé simple (effet de style ?) et je cale, sur le langage employé (mélange de locutions des années 90, de termes ruraux - juste pour le côté exotique - et de modernité), je ne suis pas fan. 

Vraisemblablement, ne fait pas du "polar rural" qui veut...L'accent campagnard ne suffit pas à donner des accents de vérité, à tel point que l'intrigue pourrait se tenir dans n'importe quel endroit que ça n'y changerait rien. Ça n'a pas la force d'un Franck Bouysse, ni la saveur des écrits de Sandrine Collette ! A trop vouloir faire authentique-paysan-rural, ça parait par moments trafiqué ou un peu superficiel.

Non pas que ça soit mal écrit, non...mais c'est un peu haché, ça manque un peu de tournure (on est d'accord que les paysans du Morvan sont supposés ne pas s'exprimer selon les standards de l’Académie Française mais là ça donne l'impression que la caricature est exagérée !), et puis comme je m'attache toujours aussi stupidement aux détails, ça m'agace de trouver un vieux en train de regarder la télé alors qu'elle est supposée être éteinte :

"Assis à la table, près d'une télévision éteinte recouverte de poussière elle-aussi, son frère tenait un ballon de rouge. Dans un fauteuil, le patriarche, le vieux Clément, avec une couverture sur les genoux, regardait un vieux poste de télé (...)"

- Miracle de la littérature, la télé s'allume toute seule, en l'espace de 2 lignes !!- (page 184)

Les personnages sont plutôt bons, souvent franchement empathiques (j'ai beaucoup aimé Chris le potier au physique de bûcheron, revenu traumatisé de la guerre) mais certains frôlent la caricature ( y a-t-il vraiment des "punks à chiens" dans le Morvan ???) .

Avis très mitigé, donc.

Ni conquise ni déçue, parce qu'heureusement l'intrigue sauve le reste ! autant j'ai aimé le traitement du parallèle passé/présent, autant j'ai trouvé que ce polar manquait de profondeur, de substance, et qu'il jouait sans doute trop sur le côté revival/cliché. 

Dommage ! Mais c'est un premier roman ! 

1 mai 2017

Lire de Bayonne à Saint Jean de Luz

Balade sur la Côte basque et découverte de librairies (l'excuse !!) avec une première escale à Bayonne, un endroit magique à parcourir pour les lecteurs !

Librairie Gribouille
87, avenue Capitaine Resplandy
(BD)

J'élude volontairement les librairies spécialisées dans la BD et puisque Marie-Claude aimerait que je lui trouve le magazine America, je me concentre sur les librairies indépendantes !

Trois d'entre elles ont retenu mon attention:

Librairie L'alinéa
20, rue d'Espagne 64100 Bayonne

Mais, surtout, une bonne adresse  dans les rues piétonnes du centre-ville où on trouve un très bon choix de livres en poche :

Librairie Hirigoyen
5, rue Port de Castets
64100 Bayonne
(c'est là que j'ai trouvé la revue America pour Marie-Claude! )


Et, parce qu'elle est connue pour tout un tas de raisons mais surtout pour ça :

ses vitrines thématiques, ses petits mots pas piqués des vers au gré des rayons :

Librairie de la Rue en Pente
29, rue de la poissonerie
64100 Bayonne
 
A Saint-Jean-de-Luz, un endroit très agréable :

Librairie Le 5ème Art
26, rue Martin de Sopite
ST JEAN de LUZ

J'y ai croisé Jules-Edouard Moustic (le présentateur de Groland sur C+), très sympa et qui habite Guétary à quelques kilomètres !

Balade non exhaustive ! Il y a sans doute des librairies partout aux alentours..en connaissez-vous d'autres sur la côte basque ?

30 avril 2017

Bilan d'avril 2017

Beaucoup moins de lectures que les mois précédents ! 
Seulement 11 livres (3 992 pages), on est bien loin des 21 romans de mars ou des 18 de février dernier ! Bon, après tout, j'en ai déjà lu 62 depuis début 2017, j'ai le droit de prendre mon temps, y a pas compét' !!

Encore quelques polars au programme, tous plutôt bons, même si je n'ai pas eu envie de finir Memento Mori de Sebastià ALZAMORA qui sera ma déception du mois..


Trois romans se sont distingués même s'ils n'ont pas été des coups de cœur ; j'attendais avec impatience la parution de celui de Jean-Christophe RUFIN et celui de Jessie BURTON et je n'ai pas été déçue :

 
Un seul coup de cœur parmi mes lectures d'avril, un roman captivant que j'aurais plaisir à relire et dont l'histoire me hante encore :




Et vous ? Qu'avez-vous aimé -ou pas du tout- de vos lectures d'avril ?

29 avril 2017

Memento mori - Sebastià ALZAMORA

Editions Actes Sud - Collection Actes Noirs
Parution : mars 2013
Titre original : Crim de sang
Traduction : Serge Mestre
304 pages
Prix Sant Jordi


Ce qu'en dit l'éditeur :

Barcelone, été 1936. Le Front populaire au pouvoir déchaîne la plus grande persécution religieuse qu’ait con nue l’Espagne. Des éléments anarchistes incontrôlés se proposent d’“exfiltrer” discrètement des confréries religieuses, contre rançon.
Dans la cuisine de la pension où ils se sont réfugiés en attendant de pouvoir quitter le pays, des frères maristes trouvent le corps sans vie d’un des leurs ; dans la ruelle avoisinante gît celui d’un enfant. Ils ont été vidés de leur sang, dans un modus operandi qui ressemble fort à celui des vampires.
Le commissaire chargé de l’enquête ne croit pas aux vampires. Et pour tout dire, il n’accorde pas plus de crédit aux religieux qu’aux anarchistes qui les persécutent. Les deux acolytes (un docteur et un juge) qui l’assistent occasionnellement sont, eux, fascinés par la légende du Golem et s’ingénient à créer du vivant à partir de la matière inerte et plus particulièrement de dépouilles humaines. Pendant que ses amis s’exaltent avec leurs macabres automates, le commissaire se rend au couvent des Capucines où le chef des anarchistes a caché un évêque dont il pense pouvoir négocier la vie auprès des fascistes. L’infâme éminence, qui se pense aussi surnaturel que Dieu, y a jeté son dévolu sur une toute jeune novice. Est-ce l’effet de la pureté de son chant ou de son insoutenable puberté ?
Thriller gothique sépulcral, d’une beauté grave et envoûtante, Memento mori décrit un monde au bord du gouffre avec une effroyable douceur.
 
Sebastià Alzamora i Martín, né en 1972, est un écrivain, critique littéraire et directeur culturel mayorquin. Il est l’auteur de plusieurs recueils de poèmes et de contes, d’essais et de romans, dont certains sont traduits en français comme La Fleur de peau (Métailié, 2007) et Memento mori (Actes noirs, 2013). 
 
Ce que j'en ai pensé :

J'aurais appris une chose en abandonnant ce roman aux 2/3 de ma lecture : les polars gothiques ne sont pas faits pour moi ! 

Impossible d'adhérer à cette drôle d'histoire où sévissent un vampire, un juge qui fabrique un automate de cheval reconstitué à partir de restes humains et un évêque pervers qui aime les toutes jeunes filles, le tout sur fond de bombardements à Barcelone...

Pourtant la narration est remarquable, d'autant qu'elle tranche avec le sujet traité : elle donnerait presque de la douceur et de la poésie à cette farandole macabre mais elle manque sans doute un peu de peps qui m'aurait donné envie de connaître le dénouement.

Un ratage, une lecture très mitigée et j'arrête ma lecture à la page 160 (mais je n'ai peut-être pas trop la tête à lire en ce moment ?).

24 avril 2017

Les filles au lion - Jessie BURTON

Editions Gallimard - Collection du Monde Entier
Parution : 9 mars 2017
Titre original : The muse
Traduction : Jean Esch
496 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

En 1967, cela fait déjà quelques années qu’Odelle, originaire des Caraïbes, vit à Londres. Elle travaille dans un magasin de chaussures mais elle s’y ennuie, et rêve de devenir écrivain. Et voilà que sa candidature à un poste de dactylo dans une galerie d’art est acceptée ; un emploi qui pourrait bien changer sa vie. Dès lors, elle se met au service de Marjorie Quick, un personnage haut en couleur qui la pousse à écrire.
Elle rencontre aussi Lawrie Scott, un jeune homme charmant qui possède un magnifique tableau représentant deux jeunes femmes et un lion. De ce tableau il ne sait rien, si ce n’est qu’il appartenait à sa mère. Marjorie Quick, à qui il soumet la mystérieuse toile, a l’air d’en savoir plus qu’elle ne veut bien le dire, ce qui pique la curiosité d’Odelle.
La jeune femme décide de déchiffrer l'énigme des Filles au lion. Sa quête va révéler une histoire d’amour et d’ambition enfouie au cœur de l’Andalousie des années trente, alors que la guerre d’Espagne s’apprête à faire rage. 

(autres couvertures)

 Ce que j'en ai pensé :

Après Miniaturiste et sa Hollande sombre et glaciale, Jessie Burton pose sa plume entre Andalousie lumineuse et Londres enfiévrée pour Les filles au lion. On pourrait dire "pose son pinceau" puisque le roman parle d'un mystérieux tableau surgi du passé et tant la prose est fine et délicate, restituant avec soin l'Espagne des années 30 et Londres à la fin des années 1960.

« (...) en tendant l'oreille, vous pouviez entendre les articulations d'un scarabée qui cheminait entre les racines des maïs.
Des collines provenaient la musique sourde des cloches des chèvres, qui venaient étouffer ces bruits plus légers en descendant parmi les éboulis, à travers le voile de chaleur. Les abeilles, assoupies par les grosses têtes plates des fleurs, les voix des fermiers qui s'appelaient, les arpèges des oiseaux qui jaillissaient des arbres. Une journée d'été fait tellement de bruit, quand vous demeurez totalement silencieux. »

L'art est d'une certaine façon le point commun de ces deux romans, mais ce sont surtout les femmes, une nouvelle fois, qui sont à l'honneur. Femmes fortes bien que soumises à l'homme ou aux diktats sociaux : l'héroïne londonienne est une jeune exilée caribéenne qui se rêve écrivain (mais doit avant tout lutter contre la précarité et le racisme) et Olive, la jeune fille peintre, réfugiée en Espagne, cache son talent original derrière une imposture.

«  Qui peignait ainsi ? Une fille de dix-neuf ans dans son pyjama d'internat ? Qui connaissait de telles couleurs, qui pouvait s'emparer du paysage dans lequel elle venait d'arriver et en faire quelque chose de plus beau, de plus fort, plus éclatant que le soleil qui envahissait la pièce ? »

Le roman croise donc deux histoires, deux personnalités, deux destins peu ordinaires et Jessie Burton confirme un immense talent. Certes, le fond est parfois romanesque, mais le livre interroge aussi sur la création artistique, sur les difficultés d'être une femme artiste, sur les préjugés et sans être féministe, sur la position de la femme.

«  J'ai vu ce que le succès fait aux gens, comment il les éloigne de leurs impulsions créatrices, comment il les paralyse. Ils ne peuvent plus faire autre chose que d'horribles répliques de ce qu'ils ont déjà fait, car tout le monde a un avis sur ce qu'ils sont et ce qu'ils devraient être. »

NB : Comme me le fait remarquer Electra, j'ai oublié de préciser : j'ai beaucoup beaucoup aimé ce roman ! Parce qu'il est remarquablement bien écrit (un mélange de simplicité et de profondeur peu communs), parce que j'ai eu l'impression que 'auteur livrait un peu d'elle-même (notamment sur les effets pervers de la célébrité et de la "pression" quand il s'agit de faire une "nouvelle" œuvre quand la première a été un succès fou), parce qu'on y parle des femmes sans le militantisme (que je trouve ridicule) des chiennes-de-garde, parce qu'il y a des personnages forts (j'ai profondément aimé Marjorie Quick), parce qu'il y est aussi question de passions (amoureuses, artistiques, révolutionnaires).

A lire pour comprendre peut-être les mots cachés dans ce roman, le blog de l'auteur :
  http://www.jessieburton.co.uk/blog.html
  

21 avril 2017

Le cimetière des chimères - Elena PIACENTINI

Editions Pocket
Parution : 8 septembre 2016
384 pages



Ce qu'en dit l'éditeur :

Lille, cimetière de l’Est. Alors qu’on enterre l’entrepreneur Franck Bracco, trois coups de feu résonnent dans l’air enneigé. Bilan : un mort – le rédacteur en chef des Échos du Nord– et un blessé – un ponte de l’immobilier. Deux notables. Et deux francs-maçons, probablement.
Pour le commandant Leoni et son équipe de la PJ, c’est le début d’un bras-de-fer avec les puissants de cette ville, décidés à se serrer les coudes… ou, à l’heure où fantômes du passé et chimères ressurgissent des caveaux, à s’entredévorer…

 Ce que j'en ai pensé :

Je n'ai pas su résister à l'appel de ce polar en librairie ! Un opus qui raconte une enquête antérieure à celle que j'ai lu le mois dernier et qui confirme qu'on peut lire cette série dans le désordre sans perdre des éléments..
Retour de Leoni le flic corse affecté à Lille, de sa grand-mère avec laquelle il vit et de l'équipe de collègues tus très attachants. 

Pas commun de commencer un polar par un meurtre lors d'un enterrement ! O entre vite dans cette intrigue qui joue l'humour en imaginant un chat comme seul témoin du crime d'un notable !

L'occasion pour l'auteur  d'évoquer les liens entre franc-maçonnerie, politique et économie de dénoncer quelques malversations au passage.

Le rythme est bon, la narration très agréable et j'ai très envie de trouver les autres enquêtes de Leoni !

20 avril 2017

Bénis soient les enfants et les bêtes - Glendon SWARTHOUT

Editions Gallmeister
Parution : 2 février 2017
Titre original : Bless the beasts and children
Traduction : Gisèle Bernier
176 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Ils sont six adolescents à s’être rencontrés dans ce camp de vacances en plein cœur de l’Arizona. Leurs riches parents ne savaient pas quoi faire d’eux cet été-là, et ils ont décidé d’endurcir leurs rejetons en les envoyant au grand air comme de “vrais cow-boys”. Au sein du camp, ces enfants deviennent vite inséparables. Cette nuit-là, alors que tout le monde est endormi, ils ont une mission à accomplir, un acte de bravoure qui prouvera au monde entier leur valeur. Et ils iront jusqu’au bout, quel que soit le prix à payer.

Ce que j'en ai pensé :

Le Box Canyon Boys Camp en Arizona st un camp de vacances pour gosses de riches, du genre qui vous transforme de minables morveux en vrais mecs, aguerris en équitation-camping et enfin aptes à la vie en société. Sauf pour les "Pisseux", l'équipe des loosers, ceux qui perdent tous les challenges, sucent leur pouce, font pipi au lit à 14 ans et sont à la limite de la névrose. Des gosses en manque d'affectation pour la plupart et qui vont être traumatisés par une rencontre insolite.

De quoi leur donner assez de courage et d'nconscience pour s'embarquer à bord d'une voiture volée dans un road trip mi-tragique mi-cocasse qui va surtout repousser leurs limites et les faire grandir d'un coup !

J'ai aimé cette histoire de gosses naîfs, leur périple, les caractères des protagonistes et toutes leurs failles d'enfants blessés, et pourtant, ce n'est pas un coup de coeur.

Difficile d'expliquer pourquoi..Peut-être à cause des intermèdes en italique qui cassent le rythme (et bien qu'ils soient indispensables en flashbacks pour comprendre pourquoi ils sont dans ce camp et comment ils en arrivent à se lier dans leur projet fou). Il m'a sans doute manqué un peu de peps dans la narration, une plume plus nerveuse...
Mais c'est un roman plaisant qui a le mérite de poser en creux le rapport des américains à la nature, voire les méthodes éducatives de ce pays (sympa le camp-commando et sa loi du plus fort !!!).

17 avril 2017

L'abbaye blanche - Laurent MALOT

Editions Bragelonne
Parution : 14 septembre 2016
336 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

À Nantua, dans le Jura, Mathieu Gange élève seul sa fille de six ans. Sa femme a disparu depuis plusieurs mois sans donner d’explication. Flic intègre, il fait ce qu’il peut pour assurer sa mission, quand soudain la violence s’abat sur ce coin du monde où il ne se passe presque jamais rien.
Deux hommes sans lien apparent sont assassinés coup sur coup, puis on retrouve un cadavre mutilé dans la forêt. À mesure qu’il démêle les fils, Gange est entraîné dans une enquête dont les enjeux le dépassent. Notables véreux, secte, affaire d’État : le cocktail est explosif. Mais Gange ne peut pas renoncer. La disparition de sa femme n’est peut-être pas innocente...
 
Laurent Malot a commencé à écrire à 19 ans parce qu’il rêvait de travailler avec Steven Spielberg. Il a gagné ses premiers droits d'auteur grâce à des fictions radio. Son premier roman, De la part d'Hannah (Robert Laffont, 2014) a conquis près de 25 000 lecteurs. Mêlant habilement thriller politique et roman noir, L’Abbaye blanche est son premier polar.

Ce que j'en ai pensé :

Ça commence comme un polar classique : un cadavre (puis un deuxième, puis un troisième !!), une enquête confiée à un flic dont la vie personnelle est bousculée par le départ de sa femme, une journaliste un peu fouineuse... Le cliché parfait de ce genre littéraire !

Pourtant la recette fonctionne et ce roman devient rapidement très addictif grâce à son rythme rapide et à une galerie de personnages réalistes et qui ont le bon goût d'avoir pas mal d'humour (le duo flic-journaliste fonctionne parfaitement, d'abord sur le mode du duel puis sur une réelle complicité).
Pas de temps mort, une succession de meurtres, des tentatives d'intimidation, il n'en faut pas plus pour se retrouver au milieu d'un thriller de très bonne facture !

L'atmosphère poisseuse de ce coin de campagne fait miroir aux manigances des notables impliqués, tous parfaitement taiseux (et terrorisés), aux manipulations devinées en arrière-plan (entre secte, système judiciaire corrompu, magouilles mafieuses) et le roman offre un portrait sans complaisance de la société où les pressions politiques perturbent la supposée neutralité de la justice et de la police.

Petits arrangements entre notables et disparition de preuves à charge au programme, je me suis régalée !
Merci à Lecteurs.com et aux Editions Bragelonne qui m'ont permis de lire ce polar dans le cadre des #explorateursdupolar

16 avril 2017

Profession du père - Sorj CHALANDON

Editions Le Livre de Poche
Parution : 31 août 2016
288 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Mon père disait qu'il avait été chanteur, footballeur, professeur de judo, parachutiste, espion, pasteur d'une Église pentecôtiste américaine et conseiller personnel du général de Gaulle jusqu'en 1958. Un jour, il m'a dit que le Général l'avait trahi. Son meilleur ami était devenu son pire ennemi. Alors mon père m'a annoncé qu'il allait tuer de Gaulle. Et il m'a demandé de l'aider.
Je n'avais pas le choix.
C'était un ordre.
J'étais fier.
Mais j'avais peur aussi…
À 13 ans, c'est drôlement lourd un pistolet.

Ce que j'en ai pensé : 

Profession du père ? Ni chanteur ni espion, mais mythomane et paranoïaque, à tendance violente ! 
Un fou furieux qui fait régner la terreur entre les murs de son appartement à coups de ceinture et de punitions. Un sérieux dingue qui s'invente mille vies, imagine assassiner de Gaulle, écrit des lettres de menaces aux ministres, surveille ses voisins et ne reçoit jamais personne chez lui.

 "Mon père, ma mère et moi. Juste nous trois. Une secte minuscule avec son chef et ses disciples, ses codes, ses règlements, ses lois brutales, ses punitions. Un royaume de trois pièces aux volets clos, poussiéreux, aigre et fermé. Un enfer."

Difficile pour un enfant de grandir dans un tel foyer surtout quand la mère s'efface, accepte le joug et ne protège pas.
"Tu connais ton père" proféré comme une excuse, presque une absolution pour les souffrances qui sont infligées, en continuant d'éplucher les légumes pour la soupe...

Drôle de roman qui raconte les années 1950 du point de vue d'un enfant, mélangeant admiration et amertume, tentatives désespérées de plaire à son bourreau (en reproduisant notamment ses élucubrations complotistes auprès d'un camarade de classe), de protéger sa mère qui s'enferme dans une complaisance aveugle alors que son mari perd de plus en plus la raison (la scène chez le psy pour enfant est hallucinante !).

"J'ai raconté l'angoisse d'un enfant. J'ai raconté l'armoire, la maison de correction. J'ai raconté le pistolet, le béret, Biglioni. J'ai raconté ma mère en épouvante et son fils en effroi."

C'est un livre fort, dérangeant (j'ai ressenti tantôt de la pitié pour ce gosse, tantôt de la colère envers ses parents) qu'il faut lire, absolument ! L'auteur a attendu le décès de son père pour écrire ce roman dont on devine la part autobiographique. Une part d'intime, très touchante, sans ressentiment et sans haine, malgré les souvenirs douloureux.

15 avril 2017

Ressacs - David-James KENNEDY


Editions Pocket
Parution : 13 avril 2017
480 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Par une nuit d'orage, dans l'un des derniers hôpitaux militaires de la côte atlantique, un interne disparaît après qu'un de ses patients a été sauvagement assassiné. Inquiet pour le sort de son confrère, Tom Castille se lance sur ses traces en même temps que les gendarmes et fait rapidement une découverte troublante. Dans cet hôpital, un ancien monastère construit par les Augustins mille ans plus tôt, d'autres disparitions ont eu lieu, dans des circonstances semblables. Dix ans, trente ans, deux cents ans plus tôt. Vague après vague, la tragédie revient se briser sur les hommes... 
 
Né en 1969, pharmacien dans le nord de la France, David-James Kennedy est, comme son nom ne l'indique pas, un auteur français. L'idée de ce premier roman est née lors d'une nuit de garde dans un hôpital militaire aujourd'hui désaffecté.


Ce que j'en ai pensé :

Un hôpital militaire isolé au bord des falaises du pays basque, une tempête incroyable, une légende et des meurtres. Voila pour planter le décor de ce thriller implacable et drôlement futé ! 

L'ambiance est sinistre, glauque, fortement imprégnée par le déluge qui fait écho à la fresque de l'Apocalypse peinte dans le grand hall de l'hôpital et les personnages deviennent vite potentiellement suspects, détournant des preuves, cachant des indices aux gendarmes.

Des personnages travaillés, convaincants avec une mention particulière pour Tom Castille, l'interne, qui enquête de son côté. 

L'intrigue est suffisamment embrouillée pour semer le lecteur sur de fausses pistes mais le dénouement donne tout son sens à cette affaire.
Avec une narration tonique et ciselée, le thriller gagne en intensité et se révèle être un page turner très efficace ! Surtout pour un premier roman !

Un autre polar signé de l'auteur est paru chez Fleuve Noir, Malgré elle, dont j'ai hâte de lire l'histoire.