21 février 2017

Portes ouvertes - Ian RANKIN

Editions du Livre de Poche
Parution : 2 octobre 2013
Titre original : Doors open
Traduction : Stéphane Carn
456 pages

Ce qu'en dit l'éditeur : 

Trois compères décident de voler des tableaux à l’occasion de la journée Portes ouvertes de la National Gallery d’Édimbourg. Mike, 37 ans, a fait fortune en créant des logiciels informatiques et veut mettre un peu de piment dans sa vie. Robert, directeur de l’Institut d’art, va bientôt prendre sa retraite et a envie d’un cadeau de départ plus substantiel qu’une montre en or. Quant au banquier de la bande, Allan, il rêve d’accrocher chez lui deux œuvres qu’il a toujours aimées. Seulement voilà : monter un casse requiert des compétences et des relations. Tout se complique très vite. L’engrenage se révèle infernal, mais le trio a de la ressource.

Né en 1960 dans le comté de Fife, Ian Rankin a étudié la littérature à l’université d’Édimbourg, interprété ses chansons dans un groupe rock et écrit son premier polar à la place de sa thèse. Il a obtenu un nombre impressionnant de récompenses, dont l’Edgar du meilleur roman policier en 2004, le Grand Prix de littérature policière et le prestigieux Diamond Dagger de la CWA en 2005.

La National Gallery d’Édimbourg

Ce que j'en ai pensé :

Un casse dans l'entrepôt d'un musée qui commence sur le ton on d'un pari, d'un "chiche, et si on le faisait ?" et qui dérape un peu, forcément.
Non pas que le trio instigateur du gros coup soit trop gourmand mais parce que leur plan implique trop d"intervenants, et qu'il faut bien qu'un petit truc vienne coincer la belle machine. Sauf que le grain de poussière, évidemment, ne se devine pas à l'oeil nu et n'est pas celui qu'on croit deviner.

La narration, très "english" est très plaisante, elle évolue en douceur donnant à ce policier un côté très calme alors que s'y rencontre des gansgters assez rudes. Pour autant, pas question de s'endormir sur les 456 pages du bouquin, l'intrigue est suffisamment tendue, maline et les personnages plutôt attachants.
Edimbourg sert de décor à l'ensemble, de ses bas-fonds aux nouveaux quartiers d'affaires, des tripots louches aux banques les plus en vue. 

Soyons clairs, ce n'est pas un polar trash à l'américaine, ça n'est pas non plus un rompol whodunit à la Agatha Christie ; l'ensemble est très réussi quand même, attrayant : un bon moment de littérature policière ! 

20 février 2017

Mensonges - Béatrice NICODEME

Editions Timée
Parution : mars 2008
279 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Il pensait avoir oublié. Il prétendait avoir tout dit.
Réduit à la merci d'un inconnu, le célèbre chirurgien Jacques Valette a une nuit pour décider si ses secrets valent plus que sa vie.

Née en 1951, Béatrice Nicodème est l’un des auteurs majeurs du roman policier français. Outre de nombreux ouvrages pour adultes policiers et romans historiques, elle signe, pour les enfants, les enquêtes du petit Wiggins, à qui Sherlock Holmes confie des missions. 

Ce que j'en ai pensé : 

Ce polar a dû passer inaperçu ou presque à sa parution (je ne connaissais d'ailleurs pas cette maison d'édition (elle a fait faillite en 2011) co-créée par Yves Jégo, homme politique et écrivain.

Il n'en est pas moins bon, en tout cas assez intéressant pour donner envie de connaître le dénouement et cette étrange histoire de chantage et de mensonges sur fond de secret familial. Parce que si on identifie assez vite qui on pense être le méchant de l'affaire, une double-personnalité un peu perverse, il devient vite évident que le fond de l'affaire se résoudra ailleurs...
La manipulation n'est sans doute pas là où on l'attend !

J'ai donc plutôt aimé ce polar qui a l'immense avantage de ne pas se perdre en analyses psychologiques des personnages, de ménager quelques surprises, même si l'ensemble peut sembler classique.

Bémol encore sur la relecture par les éditeurs-correcteurs-etc : sur un seul chapitre (le 17ème), deux énormes fautes : 
-page 119 : "Que cet abruti se mette à crié et il..." !!!!! CRIER, par pitié...
- page 121 : "Qu'est-ce qui avait pris à cet abrutit de..." !!!! ABRUTI !!!! (c'est le cas de le dire...)

C'est quand même dingue qu'un bouquin soit imprimé avec des fautes, quand on pense que c'est aussi un outil d'apprentissage de la langue française...

19 février 2017

Echo - Ingrid DESJOURS

Editions Pocket
Parution : 10 juin 2010
352 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Ils étaient beaux, riches et pervers. Leur émission pulvérisait l’audimat ; les invités en sortaient humiliés, insultés, blacklistés. Petite lucarne et jeux du cirque… Aujourd’hui, les Frères Vaillant ne sont plus. Et la scène de crime n’est pas belle à voir.
En arrivant sur les lieux, le commandant Vivier constate l’horreur des mutilations. Les deux pantins semblent figés en un tableau grotesque, d’un effroyable sadisme. Et l’avis de Garance Hermosa, sexo-criminologue au profil incendiaire, confirme ce premier diagnostic. Certes, les jumeaux ne manquaient pas d’ennemis, mais ce degré de violence rituelle laisse deviner un véritable monstre… Pour le démasquer, le flic et l’experte devront se voir en son miroir sans entrer dans son jeu. Car le crime, comme l’écho, se répète…

 Née en 1976, Ingrid Desjours est psychologue spécialisée en sexo-criminologie. Elle est également consultante en psychologie et scénariste pour des séries policières françaises, notamment sur TF1.

Ce que j'en ai pensé :

Le pitch de départ était bon, des jumeaux pervers morts d'avoir trouvé plus tordu qu'eux. Des suspects faciles parmi  les gens qu'ils ont blessés, une consultante sexo-criminologue (tiens, comme l'auteur ?) super sexy mais pas équilibrée non plus, un flic vieillissant mais encore vert. 
Facile, j'ai dit...succession de lieux communs, de personnages peu convaincants, une intrigue rapide à déficeler et un catalogue de perversions sexuelles ou psychologiques à dégoûter Freud de faire son boulot.

Trop facile donc décevant. Pourtant le thème de la perversion narcissique, celui de la gémellité, donnaient envie, mais j'ai eu vite la sensation de m'ennuyer, de ne pas comprendre pourquoi les deux enquêteurs avaient ce profil (la "profileuse" a tout de la caricature -belle, intelligente, tous les mecs à ses pieds, mais tellement fragile la pauvre chérie- et je n'ai pas réussi à la trouver sympathique et vu l'archétype indigeste, les machos vont encore croire que c'est l'image idéale de la femme !!!)...

Ce polar évoque le monde de la télé (télé-réalité) et de la manipulation, des traumatismes de l'enfance, en superposant des extraits de journal intime d'une petite fille traumatisée (ses frères abusent d'elle) et l'intrigue proprement dite. Le principe était intéressant sauf qu’évidemment on se doute vite qu'une femme est la meurtrière...D'autant que quelques passages m'ont semblé bancals.

Désagrément supplémentaire pour moi : le journal est imprimé en caractères italiques, l'intrigue en caractères normaux et les mails reçus par la consultante sexo-machin ou ces rapports d'enquête sont retranscrits en typographie "machine à écrire" de petite taille...ça devient parfois franchement illisible et j'ai gaspillé pas mal d'énergie à accommoder mes yeux aux différentes typos...

Bon, un polar super moyen ! j'ai vu sur le site des Editions Pocket qu'il s'agissait d'un tome 1, je m'épargnerai la lecture du (ou des) opus suivants !

18 février 2017

Sanglants trophées - CJ BOX

Editions du Seuil - Policiers
Parution : 19 octobre 2006
Titre original : Trophy hunt
Traduction : William Olivier Desmond
348 pages

Ce qu'en dit l'éditeur : 

Il fait un temps superbe en cette fin d'été à Saddlespring, Wyoming, lorsque, au retour d'une partie de pêche, le garde-chasse Joe Pickett tombe sur le cadavre d'un élan mutilé. Horrifié, il décide d'enquêter et peu après apprend que c'est maintenant du bétail qui, lui aussi, est mutilé. Tout le monde aimerait que le coupable soit un grizzly - certes ennuyeuse, l'affaire resterait explicable -, mais les coupures sont trop nettes pour qu'il s'agisse de morsures. Le pire est atteint lorsque deux hommes étant retrouvés morts, on s'aperçoit que leurs blessures ont tout des mutilations qui inquiètent les éleveurs du voisinage. Soudain il ne s'agit plus d'enquêter sur des événements macabres, mais d'empêcher quelqu'un ou quelque chose de continuer à semer la terreur.

Né dans le Wyoming où il vit toujours, C.J. Box, a été manœuvre dans un ranch, guide de pêche et rédacteur en chef d’un journal local. Il est l’auteur d’une vingtaine de livres , tous des best-sellers aux États-Unis, dont Meurtres en bleu marine, finaliste du prix des Lectrices de ELLE et couronné par le prestigieux Edgar Award.


 Ce  que j'en ai pensé :

Première rencontre avec Joe Pickett, sa femme Marybeth et leurs eux filles, Lucy 7 ans et Sheridan 12 ans.Et sûrement pas la dernière ! J'ai beaucoup aimé ce personnage, agent de ce qui serait chez nous l'ONF, un type simple, droit dans ses bottes (parfois un brin naïf), et pas démonté face au shérif local ou au FBI. 
Ce n'est pas sa première enquête tordue, mais l'opinion populaire et les intervenants, hésitent entre un grizzli démoniaque et des extra-terrestres, le tout sur fond de spéculation foncière...L'intrigue semble parfois flirter avec un épisode de X-Files et s'amuse d'étrangetés (je n'en dis pas plus, hein ?), fait référence en clins d'œil à cette série. Pourtant...

Un bon polar, pas mal de nature writing, des héros attachants (j'aime beaucoup la famille de Joe et Marybeth et je suis persuadée que les rêves bizarres de Sheridan ont encore beaucoup à révéler) et un bon rythme ! Ma précédente lecture de cet auteur m'avait déjà enthousiasmée mais là, ça confirme que j'aime vraiment beaucoup son style et qu'il se pourrait que je me laisse encore tenter !

15 février 2017

Les ombres du désert - Parker BILAL

Editions Seuil Policiers
Parution : 2 février 2017
Titre original : The ghost runner
Traduction : Gérard de Chergé 
432 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Début 2002, peu après le 11 Septembre. Alors que les Israéliens assiègent Ramallah, une forte tension agite les rues du Caire, où Makana file tant bien que mal la Bentley de Me Ragab, que sa femme pressent d’adultère. En réalité, l’avocat va voir sa protégée, Karima, une jeune fille gravement brûlée dans l’incendie de son domicile. La police croit à un accident, il soupçonne un crime d’honneur commis par le père de la victime, un djihadiste en cavale. Makana se rend à Siwa, oasis à la lisière du désert libyen, pour se renseigner sur la famille de Karima, mais il s’y heurte à l’hostilité des autorités, qui appliquent la loi à leur manière et se méfient des étrangers. Pire, il est accusé de deux meurtres barbares qui l’éclairent sur une donnée majeure de l’équilibre local : la présence de gisements de gaz…

Parker Bilal est le pseudonyme de Jamal Mahjoub, Anglo-Soudanais également auteur de six romans non policiers. Né à Londres et diplômé en géologie de l’université de Sheffield, il a vécu au Caire, au Soudan, au Danemark et à Barcelone avant de s’établir à Amsterdam.
 
 la vieille ville dans l'oasis de Siwa (Ouest de l'Egypte)

Ce que j'en ai pensé :

Troisième enquête de Makana, l'ancien flic soudanais refugié politique en Egypte. Après les bas-fonds du Caire, le voila parti à l'ouest du pays, pas bien loin de la frontière lybienne, dans un coin reculé du désert où Alexandre le Grand fut conforté dans son statut de pharaon par un oracle.

Une vieille ville sur une colline, et à ses pieds, une cité où règnent comme partout en Egypte, la corruption et l'influence grandissante des djihadistes.
La galerie de portraits offerte dans ce roman va du médecin alcoolique au flic un peu pourri et dévoré par l'ambition (des classiques du genre), de pères incestueux au commerçant un peu trop prospère, du simplet au cadi (juge), ces deux derniers ayant un commun d'être sauvagement assassinés…

Mais ce qui se dessine dans ce polar, ce sont surtout des portraits de femmes : veuves misérables, gamines violées et asservies, femmes voilées et soumises, féministes en lutte contre la société ancestrale machiste. Des femmes que l'islam avilit, cache dans les niqabs : aucun jugement pourtant, juste un constat qui donne de la matière à ce polar plutôt réussi !

14 février 2017

Dans l'ombre - Arnaldur INDRIDASON

Editions Métailié
Parution : 2 février 2017
Titre original : Þýska húsið
Traduction : Eric Boury
352 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Un représentant de commerce est retrouvé dans un petit appartement de Reykjavik, tué d’une balle de Colt et le front marqué d’un “SS” en lettres de sang. Rapidement les soupçons portent sur les soldats étrangers qui grouillent dans la ville en cet été 1941.
Deux jeunes gens sont chargés des investigations : Flovent, le seul enquêteur de la police criminelle d’Islande, ex-stagiaire à Scotland Yard, et Thorson, l’Islandais né au Canada, désigné comme enquêteur par les militaires parce qu’il est bilingue.
L’afflux des soldats britanniques et américains bouleverse cette île de pêcheurs et d’agriculteurs qui évolue rapidement vers la modernité. Les femmes s’émancipent. Les nazis, malgré la dissolution de leur parti, n’ont pas renoncé à trouver des traces de leurs mythes et de la pureté aryenne dans l’île. Par ailleurs on attend en secret la visite d’un grand homme.
Les multiples rebondissements de l’enquête dressent un tableau passionnant de l’Islande de la “Situation”, cette occupation de jeunes soldats qui sèment le trouble parmi la population féminine. Ils révèlent aussi des enquêteurs tenaces, méprisés par les autorités militaires mais déterminés à ne pas se laisser imposer des coupables attendus.
Dans ce roman prenant et addictif, le lecteur est aussi fasciné par le monde qu’incarnent les personnages que par l’intrigue, imprévisible.


Ce que j'en ai pensé :

Oh qu'il m'a agacé ce nouveau roman d'Arnaldur Indridason !

- Erlendur ?  absent ! C'est un peu comme si vous aviez rendez-vous avec un très vieil ami et qu'il avait mieux à faire...

- L'éditeur ? a-t-il une demie seconde pensé à ma bibliothèque ? Les romans nordiques Métailié noirs avec leur lézard sur la tranche sont tous rangés ensemble sur un rayonnage (la littérature italienne et surtout sud-américaine de cette maison est sur une autre étagère, dans une autre bibliothèque) et là, je suis bien en peine : où vais-je ranger ce roman noir islandais avec sa tranche blanche ? Je vais prendre RDV chez le psy ;o)

- Quoi ? Une trilogie ? une enquête "à suivre" en octobre 2017 ? mais pense-t-on au pauvre lecteur totalement accro à ce roman qui va trépigner d'impatience ??

Parce qu'il est comme ça, le nouveau roman d'Arnaldur Idridason, totalement addictif ! Avec cette écriture si particulière, cette atmosphère que j'adore,  ce portrait d'une Islande toute en nuances dont il révèle ici une partie de l'histoire quand le pays servait de base arrière aux Alliés pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Quand un meurtre, a priori sans mobile, donne lieu à une photographie sociale et politique et à la découverte de deux personnages dont on devine les failles (pour l'un d'entre eux au moins) : Thorson et Flovent, le premier faisant partie de la police militaire et le second de la police islandaise.
Il est question d'espionnage et de contre-espionnage, de tests in vivo sur la criminalité, du fossé entre les islandais péquenots et les Alliés "plus évolués", de la condition féminine en Islande (et des "filles à soldats" pendant cette période appelée la "situation"), de l'influence du nazisme par son idéologie et ses théories sur la génétique (les islandais sont-ils les survivants de la pure race aryenne ?).

Une enquête passionnante, qui fait finalement un peu oublier ce cher Erlendur, et un bouquin que se lit d'une traite, addictif ! Je me trompe peut-être, mais je n'ai pas été certaine, en refermant le livre, que le mystère soit résolu...A suivre donc !



A noter page 154
 "il avait chargé son avocat de déposer une plainte contre la police pour violence à l'encontre de la police" --> une affaire qui s'annonce compliquée non ? en tout cas un petit problème à la correction des épreuves sans doute...

11 février 2017

Les larmes noires sur la terre - Sandrine COLLETTE

Editions Denoêl
Parution : 2 février 2017
336 pages


Ce qu'en dit l'éditeur : 

Il a suffi d’une fois. Une seule mauvaise décision, partir, suivre un homme à Paris. Moe n’avait que vingt ans. Six ans après, hagarde, épuisée, avec pour unique trésor un nourrisson qui l’accroche à la vie, elle est amenée de force dans un centre d’accueil pour déshérités, surnommé «la Casse».
La Casse, c’est une ville de miséreux logés dans des carcasses de voitures brisées et posées sur cales, des rues entières bordées d’automobiles embouties. Chaque épave est attribuée à une personne. Pour Moe, ce sera une 306 grise. Plus de sièges arrière, deux couvertures, et voilà leur logement, à elle et au petit. Un désespoir.
Et puis, au milieu de l’effondrement de sa vie, un coup de chance, enfin : dans sa ruelle, cinq femmes s’épaulent pour affronter ensemble la noirceur du quartier. Elles vont adopter Moe et son fils. Il y a là Ada, la vieille, puissante parce qu’elle sait les secrets des herbes, Jaja la guerrière, Poule la survivante, Marie-Thé la douce, et Nini, celle qui veut quand même être jolie et danser.
Leur force, c’est leur cohésion, leur entraide, leur lucidité. Si une seule y croit encore, alors il leur reste à toutes une chance de s’en sortir. Mais à quel prix ? 

 Née à Paris en 1970, diplômée en sciences politiques et partageant sa vie entre littérature et élevage de chevaux, Sandrine Collette est l'auteur de Des noeuds d'acier, Un vent de cendres, Six fourmis blanches, Il reste la poussière..


Ce que j'en ai pensé :

Je suis fan de Sandrine Collette, c'est un fait établi : chaque nouveau roman conforte sa place dans mon Panthéon des écrivains contemporains. J'aime ses thrillers, habiles et intelligents. J'aime quand elle essaie un autre style (son roman précédent était différent des précédents mais toujours excellent). Mais là...que dire ? ou plutôt, comment dire tout le bien que je pense de ce roman, à quel point il est bouleversant ?

Quand Moe a quitté Papeete pour suivre Rodolphe en métropole, elle aurait sans doute dû réfléchir à deux fois. 

" Moe n’avait rien à dire, Fallait réfléchir avant, elle le chante presque, certains jours, en passant un doigt hésitant sur sa joue bleuie. Quelques gifles ici et là — pas pire que les insultes au fond, si ça en était resté là."

Quand à traîner les bals pour suivre son conjoint violent et alcoolique qui la traite comme une esclave, elle s'est retrouvée enceinte d'un enfant illégitime, quand elle a atterri aux urgences avant d'être prise en charge par les Services Sociaux, elle aurait dû...
Une suite de mauvais choix, de circonstances, qui la mènent dans un camp de survivants. Parce qu'elle n'est plus que ça, Moe, une survivante. Et une résistante, à sa manière, pour sauver son fils, pour repartir à Papeete, un jour...

Sandrine Collette nous emmène au milieu des carcasses de voitures, dans ce monde cerné de grillages où chaque jour est une lutte, au milieu des trafiquants, des vigiles, de ceux que la misère indiffère ou fait prospérer (certains propos font frémir, ce sont ceux dont certains de nos politiciens contemporains usent en ce moment...).

 "D’une certaine façon, ils admettent que c’est mérité et, même si c’est trop facile, pensent tout bas que les autres, ceux qui vivent là-bas, n’avaient qu’à travailler."

C'est un coup de maître, un presque chef d’œuvre ! De ce genre de bouquin qu'on classe immédiatement dans les indispensables, pas tant pour le style (encore que la dame manie la langue comme personne) mais pour tout ce qu'il remue en nous, lecteurs.


Une histoire universelle, une vie ratée, une cascade de pas-de-bol pour l'héroïne, et puis, en filigrane, l'humanité toute entière en quelques centaines de pages : la rage, le désespoir, la fraternité, la misère, la solidarité, l'amour, le renoncement, l'espoir.
Du brut, une écriture à l'os qui n'épargne personne, qui fait cogiter, qui tire quelques larmes. Un bouquin qui prend violemment aux tripes, qui fait frissonner devant ce que devient notre monde (à ce rythme-là, vers 2030, époque à laquelle se situe l'intrigue, ça risque de faire super mal !).

"(...) ce n’est pas ce monde-là qu’elle veut, tentaculaire et dévorant, où la seule façon de s’en sortir est de se battre bec et ongles pour gagner quoi, pas même un petit morceau de bonheur, juste la hargne pour survivre, boire, manger et mettre de l’essence dans la voiture, un combat stérile et épuisant, trouver une place de misère et la conserver coûte que coûte."


Alors, roman noir ou pas ? Noir de violence, noir de tristesse, mais roman social avant tout, de ceux qu'il faut lire absolument pour ouvrir les yeux, pour ne pas accepter certains discours, pour qu'il reste encore une part d'humanité et de bonté en chacun de nous.
Une sacrée claque !