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Un jardin au désert - Carine FERNANDEZ

Editions Les escales
Parution : 11 avril 2019
336 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Carine Fernandez nous offre une fresque familiale sur quatre générations, gravitant autour de Talal, le patriarche. 
Pour échapper à sa famille parfois trop envahissante, Talal aime à se réfugier dans sa palmeraie du désert.
Jusqu'au jour où il apprend à connaître Rezak, son jardinier venu d'Égypte... 


Ce que j'en ai pensé :

Départ pour l'Arabie Saoudite, pays de tous les extrêmes ! Pétrodollars et islamisme radical au programme !

Dans cette histoire où la romancière nous immerge au cœur d'une famille flotte un parfum de liberté : celle de ce magnat de l'immobilier tenté par l'érémitisme, celle qui a manqué -ou non- à ses épouses successives (il n'en tient plus le compte), celle de Rezak le jardinier d'abord fasciné par les révolutions arabes et l'espoir d'une vraie démocratie en Egypte, et enfin, celle de Dahlia, sa petite-fille anglo-saoudienne qui du haut de son adolescence aspire à une autre vie.


Le désert, la chaleur suffocante, les vents de sable. Le poids des traditions, la stricte non-mixité, les secrets et les petits arrangements avec la charia, la corruption, le fric pour seul but.
Et l'espoir, les petites rebellions, l'amour.


Il y a tout ça dans ce roman et une narration fluide, parfois teintée d'humour, souvent poétique. Une apparente légèreté qui n'empêche pas d'évoquer les sujets graves : place des femmes dans une société régie par un patriarcat autocrate et ultra-religieux, ambiguïté entre traditions et modernité..


Une réussite !

Des vies possibles - Charif MAJDALANI

Editions du Seuil - Collection Cadre rouge
Parution : 3 janvier 2019
292 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Début du XVIIe siècle. 
Un jeune homme originaire de la Montagne libanaise est envoyé à Rome pour étudier et entrer au service de la papauté. Avide d’atlas et des découvertes scientifiques d’un temps dominé par Galilée, Raphaël Arbensis ne tarde pas à se détourner de la carrière qui s’imposait à lui, rêvant d’autres vies possibles. 
De Rome à la république de Venise, puis à Istanbul et Ispahan, de Vicence à Paris et Amsterdam, le voici tour à tour aventurier, diplomate, marchand, côtoyant la famille Barberini et ses papes, Fabri de Peiresc, Borromini, Corneille ou Rembrandt. 
Ami des peintres, il se mêlera aussi d’astronomie, tâtera de la politique auprès de Mazarin à l’heure de la Fronde, connaîtra la disgrâce et les déceptions amoureuses…
En une succession de brefs chapitres qui sont autant de miniatures d’une époque tumultueuse et foisonnante, Charif Majdalani conte le roman d’un homme né ailleurs mais fasciné par l’humanisme européen, en quête d’une place dans le monde et d’un bonheur pour lesquels il devra s’affranchir des lois et des savoirs anciens.


Ce que j'en ai pensé :

"Je ne suis maître de ma vie que de manière très limitée, mais dans cette infime limite ma liberté est infinie."

Dans ce qui s'apparente à un conte, Roufeyil Harbini, alias Raphaël Arbensis,  jeune érudit libanais, part à la découverte du monde. Rome, Venise, Istanbul, Paris..sa route croise les grands esprits de son époque.

C'est un roman plein de poésie qui nous promène d'Orient en Occident dans une quête d'amour et d'expériences inédites qui amèneront le jeune homme à s'interroger sur ses aspirations et sur son identité, sur ses désirs réels, à la croisée des cultures.

J'avais beaucoup aimé Villa des femmes (coup de cœur en 2015) et L'empereur à pieds, mais ce nouveau roman m'a laissée sur ma faim. Je ne lui ai pas trouvé la grâce des précédents et je suis restée à distance. La narration m'a paru trop "factuelle" , posant les évènements les uns après les autres sans leur apporter un liant romanesque.

"Nos vies [...] ne sont que la somme, totalisable et dotée de sens après coup, des petits incidents, des hasards minuscules, des accidents insignifiants, des divers tournants qui font dévier une trajectoire vers une autre, qui font aller une vie tout à fait ailleurs [...]"

Le sang et le pardon - Nadeem ASLAM


Editions du Seuil - Collection Cadre vert
Parution : 4 janvier 2018
Titre original :
Traduction : Claude & Jean Demanuelli
368 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Aux abords de la ville de Zamana, lorsqu’une fusillade éclate entre des tueurs pakistanais et un espion américain, la vie de Nargis bascule. Pris dans les tirs croisés, Massud, son mari, architecte comme elle, épris de beauté et de justice, meurt avant qu’elle ait pu lui avouer son terrible secret.
Menacée par un officier des services du renseignement qui la somme d’accorder son pardon au meurtrier américain, Nargis craint que la vérité sur son passé n’éclate au grand jour. Car depuis quelque temps, du haut des minarets de la ville, un inconnu dévoile l’intimité de certains habitants. Dans un pays où les accusations de blasphème sont monnaie courante, ces dénonciations anonymes sèment la terreur parmi la population.
Nargis prend alors la fuite en compagnie de deux jeunes gens, Helen, la chrétienne, et Imran, le mystérieux Cachemirien, à la recherche d’un îlot de paix et d’amour, loin de la violence et de la folie des hommes.

Par la magie de cette prose lumineuse qui caractérise le style de Nadeem Aslam, le passé et le présent du Pakistan, marqués par la corruption, l’intolérance, mais aussi la résilience et l’espoir, se reflètent dans un même miroir.

Jeunes chrétiennes pakistanaises _ Photo Mohammad Sajjad

Ce que j'en ai pensé :

Que de douleur(s) dans ce magnifique roman ! Mais que de poésie aussi ! 

Je n'ai pu que rêver de la bibliothèque de Nargis et Massud, de leurs maquettes en papier et de leur amour sincère et tranquille. 

Pourtant, l'auteur fait défiler sous nos yeux toute la détresse des pakistanais, ceux qui, chrétiens, sont pourchassés, celles qui, femmes, n'ont droit à rien, et ceux qui, musulmans, vivent sous le joug d'une charia déclarée et subissent, comme les autres, le poids des conventions.

Au-delà d'un portrait saisissant d'un pays méconnu, coincé entre l'Inde et les pays arabes, ce sont d'abord des histoires d'amour que Nadeem Aslam déroule (celle si "idyllique" de Nargis et Massud, malgré le secret que Nargis n'aura pu révéler, celle de Lily le chrétien conducteur de rickshaw pour la fille de l'imam, celle d'Helen et de Imran dans la quiétude l'ïle), ce sont aussi des histoires d'héritage culturel, des histoires de femmes (Nargis qui, chrétienne, se fait passer pour une musulmane, ou Helen qui veut étudier, Aycha enfermée dans son veuvage ou la mère d'Imran tuée parce qu'entrée en résistance).

J'ai été séduite par l'antagonisme constant entre les images poétiques et la cruelle réalité racontée dans ce roman, entre les maisons de papier si aériennes et fantasmagoriques et le sang partout, la cruauté).

Il me restera des images fortes, notamment celles de Nargis, Helen et Imran recousant patiemment les pages d'un livre abîmées par la police, morceau après morceau, au fil d'or.

De l'ardeur - Justine AUGIER

Editions Actes Sud 
Parution : 6 septembre 2017
320 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Avocate, militante des droits de l’homme, fi gure de la dissidence syrienne, Razan Zaitouneh s’appliquait à documenter les crimes commis dans son pays par le régime mais aussi par les groupes intégristes, à recueillir la parole de ceux qui avaient survécu à la torture et à l’enfermement – quand, en décembre 2013, elle fut enlevée avec trois de ses compagnons de lutte. Depuis lors, on est sans nouvelles. De l’ardeur reconstitue son portrait, recompose le puzzle éclaté de la révolution en Syrie, et du crime permanent˛ qu’est devenu ce pays.

En découvrant son combat et son sort, Justine Augier, qui a elle-même mis à distance ses premiers élans humanitaires, est saisie par la résonance que cet engagement aussi total qu’épris de nuances trouve dans ses propres questionnements. Récit d’une enquête et d’une obsession intime, partage d’un vertige, son livre est le lieu de cette rencontre, dans la brûlure de l’absence de Razan. 

Plongée dans l’histoire au présent, De l’ardeur nous donne un accès précieux à cette réalité insaisissable dans son assassine absurdité, et si violemment parallèle à notre confort occidental peu à peu menacé. Et ce, dans un respect absolu de la dignité du langage, dans la lucidité d’une impuissance certaine et néanmoins étrangère à toute reddition.
 

Justine Augier, née en 1978 à Paris, est une femme de lettres française, elle a travaillé dans l'humanitaire et notamment en Afghanistan. Après avoir passé cinq ans à Jérusalem, elle vit aujourd'hui à New York.

Ce que j'en ai pensé : 

Depuis 2013, Razan a disparu. Probablement kidnappée. Peut-être morte...

Parce qu'elle a osé s'ériger contre le totalitarisme de l'état syrien qui opprimait les libertés, parce qu'elle est (je ne me résous pas à utiliser le passé) la femme qui s'oppose, qui prend la place que le régime de Bachar El-Assad ne veut pas lui donner, celle qui éveille les consciences, combat la dictature et l'abus au nom des droits de l'homme, qui se range du côté du faible. Parce que c'est une femme et qu'elle est blonde, non voilée, et qu'elle parle.  


Ô combien les combats féministes m'épuisent souvent, parce qu'ils me laissent l'impression de se tromper de cible !

Mais comme je comprends celui-ci ! et la fascination qu'a pu exercer Razan sur l'auteur, la subjuguer, à lui donner envie de la "maintenir" en vie  au travers de ces pages fortes, parfois dures, qui déroulent les engagements d'une jeune femme hors du commun !

J'ai aimé, j'ai été fascinée. A la fois par ce destin hors du commun, ce combat sans relâche, et par l'écriture de Justine Augier, par ces mots souvent simples mais qui résonnent de tant d'humanité et de sincérité, au travers d'un portrait de ce régime syrien honni, des conflits contre l'obscurantisme, contre la soumission. 

Un portrait tout en nuances d'une volontaire pour le bonheur et la liberté.
Un livre indispensable pour se rappeler qu'il faut parfois de petites révoltes pour faire de grandes révolutions !