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Cataractes - Sonja DELZONFLE

 

Editions FOLIO

Parution : 28 mai 2020

448 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Il y a quarante ans, le petit Jan Kosta, trois ans, a été l’un des rares survivants de la terrible catastrophe de Zavoï. Lors d’un gigantesque glissement de terrain, ce village des Balkans a été englouti sous des torrents de boue. Devenu hydrogéologue, Jan a refait sa vie à Dubaï. Il reçoit un jour un appel au secours d’un ami ingénieur resté au pays. Il se passe des choses étranges autour d’une centrale construite sur les flancs de la région de son enfance : des disparitions inexpliquées et des comportements irrationnels, parfois violents. Que le mal vienne de la centrale, des montagnes ou des hommes, seul un survivant de Zavoï aura une chance de percer ce mystère et, peut-être, d’empêcher un nouveau désastre...

 

 Ce que j'en ai pensé :

Le polar raté..

Une intrigue qui part dans tous les sens et qui, au détriment de la qualité, essaie d'exploiter un maximum de sujets (écolo-terrorisme, guerre des Balkans et syndrome post-traumatique, religion et visions, pathologies psychiatriques, paternité, catastrophisme écologique, nature-writing, etc..sur fond de bluette sentimentale improbable) ... 

Des personnages auxquels on ne s'attache pas et dont les "états d'âmes" alourdissent la narration...

Des rebondissements improbables, des accessoires fort utiles qui sortent fort à propos des sacs à dos, un coupable qui vraisemblablement aurait pu être innocenté, une fin un peu débile peu conforme à l'image donnée du "héros" depuis le début...

J'ai lutté vaillamment pour finir ce rompol qui me laisse un drôle de goût (je vous éviterai le billet sur "Le hameau des purs" dont la fin est à se demander si l'auteur y croit vraiment) et qui me lance un seul signal : éviter dorénavant de me frotter aux écrits de Sonja Delzongle.

Et pour rire (jaune, non NOIR) les fautes d'orthographe !!

 On écrit "cannabis" avec 2 N,

 

On fait le "mariolE " avec un E final,


Dans une église, il y a un AUTEL , pas un hôtel..


Un prisonnier va en TAULE, pas en tôle (plaque de métal, pour rappel) - comment des auteurs de polar peuvent-ils encore faire cette faute, bordel !


Et, il n'y a qu'un seul F à "mafia", aucune raison d'en mettre 2 à "mafieux"..


Les relecteurs/correcteurs des maisons d'édition sont bien paresseux ou alors le roman les a tellement ennuyés (comme ce fut le cas pour moi) qu'ils ont sauté des chapitres ? (oui, je corrige les fautes dans mes livres)

Bref, déception, et quand un bouquin cumule autant de défauts, je n'ai même pas l'envie de le mettre dans une boîte à livres... 

Les vents sauvages - Johann GUILLAUD-BACHET

 

Editions Calmann-Levy

Parution : 7 avril 2021

352 pages

 

Ce qu'en dit l'éditeur :

Dans une France au bord de la guerre civile, où les ressources se font rares, Étienne décide de tout quitter pour se réfugier avec sa fille Manon dans la ferme familiale, au milieu des forêts d’épineux.

Il y retrouve de vieux amis mais son rêve d’autarcie s’écroule rapidement : la vie est rude dans la vallée cernée d’imposantes montagnes où plus personne n’ose s’aventurer. Les pouvoirs publics ont déserté la région, au profit de la mystérieuse Fonderie qui semble tenir le village et les alentours sous son joug.

Ici aussi, peur et violence règnent.

Bientôt, Étienne apprend que plusieurs jeunes filles ont disparu et que des corps d’hommes déchiquetés sont régulièrement retrouvés à la fonte des neiges.
Chaque jour, les vents se déchaînent, chaque jour, les habitants se terrent… Et les peurs ancestrales resurgissent.


Ce que j'en ai pensé :

Une ambiance pré-apocalyptique et l'espoir de recommencer une vie nouvelle, loin des violences urbaines et des pénuries, pour Etienne et sa fille.

Des décors grandioses, la montagne et ses parois vertigineuses, le lieu des souvenirs d'enfance et du bonheur passé.

Il y aurait tout ce qu'il faut pour se reconstruire après le deuil si l'atmosphère ne se faisait de plus en plus inquiétante, si les événements n'étaient autant porteurs d'angoisse. Quelque chose rôde au pied du massif...

A mesure que les vents se déchaînent et que le froid perdure, les hommes révèlent leurs plus vils instincts, leur sauvagerie, et les femmes, face à eux, pourraient être des victimes de choix.

Un roman fort qui fait la part belle à la nature, violente, perturbée, indomptée. Un roman qui flirte avec le polar, joue dans le registre du fantastique (voire de l'horreur), explore les relations hommes/femmes dans la violence, la résistance et la résilience.

Un coup de cœur, tant pour la qualité de la narration et la virtuosité de la plume, que pour la tension qui monte inexorablement vers le dénouement, ce roman est une merveille de poésie et de brutalité mêlées.

Préférer l'hiver - Aurélie JEANNIN

Editions Harper Collins  Collection Traversée
Parution : 8 janvier 2020
240 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

« Maman et moi vivions ici depuis un peu plus de trois ans quand nous avons reçu le coup de fil. Au milieu des pins, des chênes et des bouleaux, au bout de ce chemin sans issue que deux autres propriétés jalonnent. C’est elle qui m’avait proposé de nous installer ici. Et je n’étais pas contre. J’avais grandi dans cette forêt. Le lieu m’était familier, et je savais que nous nous y sentirions en sécurité. Qu’il serait le bon endroit pour vivre à notre mesure. »
 
À distance du monde, une fille et sa mère, recluses dans une cabane en forêt, tentent de se relever des drames qui les ont frappées. Aux yeux de ceux qui peuplent la ville voisine, elles sont les perdues du coin. Pourtant, ces deux silencieuses se tiennent debout, explorent leur douleur et luttent, au coeur d’une Nature à la fois nourricière et cruelle et d’un hiver qui est bien plus qu’une saison : un écrin rugueux où vivre reste, au mépris du superflu, la seule chose qui compte.


Ce que j'en ai pensé :

Quelle belle plume ! 
Tour à tour, brute ou douce, sauvage et poétique. 
Des mots qui tombent juste.
Pour raconter l'isolement, la peur, le deuil, la maternité, la solitude et l'amour.

Une plume sûre, posée sur des émotions, des sentiments. Une plume qui dissèque la moindre parcelle d'air, le plus petit frisson de peau, l'éclat du ciel ou le chuintement de la neige.

Deux femmes dans une cabane au milieu de nulle part, un échange qui se passe de paroles mais qui vibre au milieu du silence, qui raconte la survie, la résilience après les drames.

Un air de "Dans la forêt" de Jean Hegland, un huis-clos majestueux où la Nature impose sa loi, dicte le quotidien, entre désespoir et abandon, entre deuil et renaissance.

Et c'est un premier roman....

Sauvage - Jamey BRADBURY

Editions Gallmeister
Parution : 7 mars 2019
Traduction : Jacques Mailhos
320 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

À dix-sept ans, Tracy Petrikoff possède un don inné pour la chasse et les pièges. Elle vit à l’écart du reste du monde et sillonne avec ses chiens de traîneau les immensités sauvages de l’Alaska. Immuablement, elle respecte les trois règles que sa mère, trop tôt disparue, lui a dictées : «ne jamais perdre la maison de vue», «ne jamais rentrer avec les mains sales» et surtout «ne jamais faire saigner un humain». 
Jusqu’au jour où, attaquée en pleine forêt, Tracy reprend connaissance, couverte de sang, persuadée d’avoir tué son agresseur. Elle s’interdit de l’avouer à son père, et ce lourd secret la hante jour et nuit. Une ambiance de doute et d’angoisse s’installe dans la famille, tandis que Tracy prend peu à peu conscience de ses propres facultés hors du commun.


Ce que j'en ai pensé :

Je ne suis pas près d'oublier Tracy ! 
Une gamine étonnante, différente, attachante par sa singularité et son amour pour ce bout d'Alaska, sa forêt et les chiens de traineau. Sauvage, vraiment !..

La nature a la part belle dans ce très réussi roman d'initiation, elle est un personnage à part entière, elle dessine une atmosphère tantôt pesante, tantôt protectrice. Elle est vie et mort tout à la fois. 
La narration particulièrement riche donne toute sa beauté à cet environnement, en fait un lieu idéalisé qui sied au caractère de Tracy et révèle son caractère.

Roman d'apprentissage donc, mais aussi roman "d'amour" : celui de Tracy pour sa famille, pour les chiens, pour Jess. Un amour un peu fou, hors normes, qui repousse les limites et qui fait grandir.

Une pépite (et c'est un premier roman !!), un de ces romans à garder précieusement !

Une histoire des loups - Emily FRIDLUND

Editions Gallmeister
Parution :  17 août 2017
Titre original : History of wolves
Traduction : Juliane Nivelt
304 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Madeline, adolescente un peu sauvage, observe à travers ses jumelles cette famille qui emménage sur la rive opposée du lac. Un couple et leur enfant dont la vie aisée semble si différente de la sienne. Bientôt, alors que le père travaille au loin, la jeune mère propose à Madeline de s’occuper du garçon, de passer avec lui ses après-midi, puis de partager leurs repas. L’adolescente entre petit à petit dans ce foyer qui la fascine, ne saisissant qu’à moitié ce qui se cache derrière la fragile gaieté de cette mère et la sourde autorité du père. Jusqu’à ce qu'il soit trop tard.


Ce que j'en ai pensé :

Une famille rescapée d'une communauté hippie.
Une gamine qui s'invente des histoires, qui tourne un peu en rond, qui n'a pas d'amies et qui se lie à ses voisins en devenant la baby-sitter de Paul, leur fils.

Des voisins aisés qui mettent d'emblée mal à l'aise : comme Madeline-Linda, la narratrice de 15 ans, on devine que quelque chose ne tourne pas rond et que cette histoire va mal finir.

Etrange roman qui fait la part belle à une ambiance poisseuse, dérangeante, à une gamine à la sensibilité exacerbée et à la personnalité peu ordinaire.

Etrange roman qui interroge sur les non-dits et sur les apparences, qui oscille entre poésie et simplicité (avec des beaux passages de nature writing, et finalement, pas tant de loups que ça, et surtout pas ceux qu'on imagine !), qui parle de la construction familiale (entre famille "bien comme il faut" et "Amérique d'en bas"), évoque la culpabilité et la responsabilité (non seulement dans le décès du petit garçon mais aussi dans l'affaire du prof pédophile), l'influence de la religion et des sectes...

C'est touffu, on pourrait se perdre dans les flashback, s'interroger sur cette fin qui n'en est pas une, mais Madeline, fragile et forte, et fait un beau personnage, attachant.

Into the wild - Jon KRAKAUER

Editions 10/18
Parution : 6 novembre 2008
Traduction : Christian Molinier
288 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Toujours plus loin. Toujours plus seul. Inspiré par ses lectures de Tolstoï et de Thoreau, Christopher McCandless a tout sacrifié à son idéal de pureté et de nature. Après deux années d’errance sur les routes du Sud et de l’Ouest américain, il rencontre son destin (à vingt-quatre ans) au coeur des forêts de l’Alaska. 
Un parcours telle une étoile filante dans la nuit froide du Grand Nord. 

Né en 1954, Jon Krakauer a grandi dans l’Oregon. Journaliste et écrivain, il a publié notamment de nombreux articles dans les plus grands mensuels comme National Geographic et Rolling Stone. Dans Tragédie à l’Everest, il relate les événements tragiques qui se sont produits lors de son ascension de l’Everest en mai 1996.
Into the wild a adapté au cinéma en 2007 par Sean Penn.

 
Ce que j'en ai pensé :

Partir sur la route, en auto-stop, voila ce que souhaite Christopher McCandless, alias Alex Supertramp. Se carapater loin de sa vie étriquée, fuir son milieu familial, renoncer aux biens matériels et à sa véritable identité, traverser les USA sur la route à la manière de Kerouac et communier avec la vie sauvage comme Thoreau, Beaucoup d'idéalisme, envie de s'écarter du monde et au bout du chemin, piégé, mourir dans la solitude.

Etrange récit en vérité, dont je ne saurais dire si j'ai aimé ou pas. Cela vient peut-être du style (mais ça n'est pas un roman et ça se lit plutôt comme une enquête), ou de cette expérience ratée qui aurait pu, qui a failli, être une parenthèse éblouissante. 
 
Je ne me suis finalement assez peu attachée à Chris-Alex, parce que je pense que l'auteur, même s'il bouillonne d'empathie, ne connaît pas grand-chose des motivations et des sentiments de son héros malheureux et que ça brouille sans doute un peu la perception que le lecteur pourrait en avoir. Il m'a semblé que c'était souvent très factuel et qu'il manquait une dimension plus romantique, sans doute impossible à gérer de son point de vue . 
Le fait que l'aventure se termine aussi sinistrement n'aide certainement pas ! 

J'ai finalement beaucoup plus aimé les témoignages des amis de Supertramp, ceux qu'il a rencontrés au détour d'un chemin et qui ont gardé de lui des souvenirs à forger une légende.


J'avais envie de lire, dans la foulée, le témoignage qu'a livré sa sœur Carine, afin de mieux comprendre le personnage, je ne sais pas si c'est une bonne idée. Elle offre sans doute d'autres perspectives sur les motivations de son super-clochard de frère ! Quant au film de Sean Penn, il va falloir que je le voie !

Les étoiles s'éteignent à l'aube - Richard WAGANESE


Editions 10/18
Parution : 7 septembre 2017
Titre original : Medicine walk
Traduction Christine Raguet
312 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Lorsque Franklin Starlight, âgé de seize ans, est appelé au chevet de son père Eldon, il découvre un homme détruit par des années d’alcoolisme. Eldon sent sa fin proche et demande à son fils de l’accompagner jusqu’à la montagne pour y être enterré comme un guerrier. S’ensuit un rude voyage à travers l’arrière-pays magnifique et sauvage de la Colombie britannique, mais aussi un saisissant périple à la rencontre du passé et des origines indiennes des deux hommes. Eldon raconte à Frank les moments sombres de sa vie aussi bien que les périodes de joie et d’espoir, et lui parle des sacrifices qu’il a concédés au nom de l’amour. Il fait ainsi découvrir à son fils un monde que le garçon n’avait jamais vu, une histoire qu’il n’avait jamais entendue.

Né en 1955 et mort en 2017, Richard Wagamese, est l’un des principaux écrivains indigènes canadiens. Il est l’auteur de treize livres publiés en anglais par les principaux éditeurs du Canada anglophone. Wagamese appartient à la nation amérindienne ojibwé, originaire du nord-ouest de l’Ontario, et est devenu en 1991 le premier indigène canadien à gagner un prix de journalisme national. 

indien ojibwa

Ce que j'en ai pensé :

Coup de coeur pour ce beau roman qui mêle nature writing et quête initiatique ! Et chapeau à la traductrice qui a si parfaitement rendu les paysages, les personnages et leurs émotions !

Si le thème est triste, il est cependant l'occasion pour l'auteur de raconter comment se tissent (et se détissent) les liens familiaux, de parler du destin et d'évoquer la vie rude et pourtant simplement belle de ces gens du fond du Canada pour lesquels parler de sentiments n'est pas une mince affaire et d'évoquer la perte de l'héritage ojibwa.

"Tout ce qui était indien, on l'a oublié, parce qu'on était occupés à survivre dans ce monde."


Il y est question de pardon, de remords, et évidemment d'amour (celui qui transporte, celui dont on a manqué) mais aussi de solitude et de déchéance.

"(...)  il n'y avait là que de la pitié pour une vie jalonnée de repères qui n'ont jamais eu d'autre fonction que de marquer les frontières des souffrances et des pertes, des malheurs et des regrets, rien qui ait pu lui apporter du réconfort au cours de ses derniers jours."

J'ai aimé tous les personnages : le père raté qui renoue, aux portes de la mort, avec ce fils qu'il a abandonné et qui témoigne d'une rare force de caractère, et "le vieux" dans toute sa bonté.

J'ai aimé imaginer le feu de bois du soir, la cabane en bardeaux, l'ours prêt à attaquer et les coyotes planqués, les bruits de la forêt et les truites du ruisseau, les couchers de soleil violet et rose. Tout est rendu avec poésie et justesse, dans une belle narration, dense et vive.

(et j'ai bien envie de trouver la recette de la bannique !) 

Bénis soient les enfants et les bêtes - Glendon SWARTHOUT

Editions Gallmeister
Parution : 2 février 2017
Titre original : Bless the beasts and children
Traduction : Gisèle Bernier
176 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Ils sont six adolescents à s’être rencontrés dans ce camp de vacances en plein cœur de l’Arizona. Leurs riches parents ne savaient pas quoi faire d’eux cet été-là, et ils ont décidé d’endurcir leurs rejetons en les envoyant au grand air comme de “vrais cow-boys”. Au sein du camp, ces enfants deviennent vite inséparables. Cette nuit-là, alors que tout le monde est endormi, ils ont une mission à accomplir, un acte de bravoure qui prouvera au monde entier leur valeur. Et ils iront jusqu’au bout, quel que soit le prix à payer.

Ce que j'en ai pensé :

Le Box Canyon Boys Camp en Arizona st un camp de vacances pour gosses de riches, du genre qui vous transforme de minables morveux en vrais mecs, aguerris en équitation-camping et enfin aptes à la vie en société. Sauf pour les "Pisseux", l'équipe des loosers, ceux qui perdent tous les challenges, sucent leur pouce, font pipi au lit à 14 ans et sont à la limite de la névrose. Des gosses en manque d'affectation pour la plupart et qui vont être traumatisés par une rencontre insolite.

De quoi leur donner assez de courage et d'nconscience pour s'embarquer à bord d'une voiture volée dans un road trip mi-tragique mi-cocasse qui va surtout repousser leurs limites et les faire grandir d'un coup !

J'ai aimé cette histoire de gosses naîfs, leur périple, les caractères des protagonistes et toutes leurs failles d'enfants blessés, et pourtant, ce n'est pas un coup de coeur.

Difficile d'expliquer pourquoi..Peut-être à cause des intermèdes en italique qui cassent le rythme (et bien qu'ils soient indispensables en flashbacks pour comprendre pourquoi ils sont dans ce camp et comment ils en arrivent à se lier dans leur projet fou). Il m'a sans doute manqué un peu de peps dans la narration, une plume plus nerveuse...
Mais c'est un roman plaisant qui a le mérite de poser en creux le rapport des américains à la nature, voire les méthodes éducatives de ce pays (sympa le camp-commando et sa loi du plus fort !!!).

Butcher's crossing - John E. WILLIAMS

Editions Piranha
Parution : 6 octobre 2016
Traduction : Jessica Shapiro
304 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Dans les années 1870, persuadé que seul un rapprochement avec la nature peut donner un sens à sa vie, le jeune Will décide de quitter le confort d'Harvard pour tenter la grande aventure dans l'Ouest sauvage. Parvenu à Butcher's Crossing, une bourgade du Kansas, il se lie d'amitié avec un chasseur qui lui confie son secret: il est le seul à savoir où se trouve un des derniers troupeaux de bisons, caché dans une vallée inexplorée des montagnes du Colorado. Will accepte de participer à l'expédition, convaincu de toucher au but de sa quête. Le lent voyage, semé d'embûches, est éprouvant et périlleux mais la vallée ressemble effectivement à un paradis plein de promesses. 


John Williams, né en 1922 et mort en 1994, est un universitaire, poète et écrivain américain. Très peu prolifique, exigeant, il publie deux recueils de poèmes, ainsi que quatre romans et en laisse un inachevé.


Ce que j'en ai pensé :

Est-ce un hasard si ce bled paumé du Kansas s'appelle "Butcher's crossing" ? Parce qu'ici, c'est bien d'une véritable boucherie dont il va s'agir, celle d'un des derniers troupeaux de bisons du Colorado que Miller le chasseur (le boucher !) va s'acharner à abattre. Pas seulement pas appât du gain (les peaux laineuses de l'animal se négocient fort cher) mais surtout par passion, ou par défi personnel. 
Un carnage, des centaines de bêtes tuées puis écorchées, ce n'est certainement pas ce que Will Andrews était venu chercher dans l'Ouest sauvage ! Sa quête est toute autre et il n'aspire qu'à une communion avec soi moi profond et avec la nature. Il sera servi d'ailleurs : la tempête se déchaîne et des mètres de neige bloquent les chasseurs dans la montagne pendant six mois.
Deux longues saisons où la survie prime, où les instincts se réveillent, où la folie guette. D'autant que le retour en ville ne fait qu'accélérer les désillusions du jeune homme...

Butcher's crossing n'est donc pas seulement un roman de la nature même si la narration, certes classique mais parfaitement maîtrisée avec un style souvent poétique, rend hommage aux grandes plaines de l'Ouest, aux montagnes du Colorado, restitue parfaitement d'infimes détails (ondulations de l'herbe sous le vent, froid mordant). C'est un roman initiatique où la violence tient un rôle majeur, que ce soit celle des éléments (sécheresse, froid, feu) ou celle des hommes, c'est aussi l'histoire d'une quête, de la solitude, et le portrait d'une Amérique sauvage prête à basculer dans le monde moderne.


Autres éditions du roman de John E. Williams

"Un vent froid a soufflé à travers la prairie quand le dernier buffle est tombé ..... un vent de mort pour mon peuple." - Sitting Bull
 

Dans la forêt - Jean HEGLAND

Editions Gallmeister
Parution : 3 janvier 2017
Titre original : Into the forest
Traduction : Josette Chicheportiche
304 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Rien n’est plus comme avant : le monde tel qu’on le connaît semble avoir vacillé, plus d’électricité ni d’essence, les trains et les avions ne circulent plus. Des rumeurs courent, les gens fuient. Nell et Eva, dix-sept et dix-huit ans, vivent depuis toujours dans leur maison familiale, au cœur de la forêt. Quand la civilisation s’effondre et que leurs parents disparaissent, elles demeurent seules, bien décidées à survivre. Il leur reste, toujours vivantes, leurs passions de la danse et de la lecture, mais face à l’inconnu, il va falloir apprendre à grandir autrement, à se battre et à faire confiance à la forêt qui les entoure, emplie d’inépuisables richesses.

Considéré comme un véritable choc littéraire aux États-Unis, ce roman sensuel et puissant met en scène deux jeunes femmes qui entraînent le lecteur vers une vie nouvelle.
Jean HEGLAND est née en 1956 dans l’État de Washington. Après avoir accumulé les petits boulots, elle devient professeur en Caroline du Nord. À vingt-cinq ans, elle se plonge dans l’écriture, influencée par ses auteurs favoris, William Shakespeare, Alice Munro et Marilynne Robinson. Son premier roman Dans la forêt paraît en 1996 et rencontre un succès éblouissant. Elle vit aujourd’hui au cœur des forêts de Caroline du Nord et partage son temps entre l’apiculture et l’écriture.


Ce que j'en ai pensé :


Quand on sait, en ouvrant un roman, qu'il va nous porter loin, nous bouleverser, se révéler être un coup de cœur.... 

Une lecture absolument incroyable sur un postulat romanesque post-apocalyptique avec une narration sensible, travaillée, à la fois douce et âpre.

Par le biais du journal de Nell, qui aspire à être écrivain, on apprend comment les deux sœurs se sont retrouvées seules dans cette maison qui menace ruine et où l'on sent les dangers proches : la forêt qui était auparavant leur terrain de jeu, les voisins, les inconnus de passage.. Impossible pour autant de dater lé décor ; tout parait pourtant vraisemblable, sans doute parce que sans extrapolation futuriste. Il n'y a plus d'électricité, plus grand chose nulle part, mais il reste la maison familiale comme cocon et quelques conserves.

Un huis-clos loin d'être étouffant, une histoire de sororité forte, le tout baigné de nature writing, d'espoir...On n'est d'ailleurs jamais très loin du conte naturaliste, à la manière parfois d'un Robinson Crusoë ! Même quand la violence pourrait s'inviter, il reste de la douceur et une invitation au bonheur.

Un roman que je recommande tant sa force est inouïe, tant le verbe y est fluide : un bijou de littérature américaine ! Je ne sais pas si d'autres livres en 2017 tiendront ce genre de promesse, mais j'aurais bien volontiers lu 500 pages supplémentaires !

Un grand MERCI à Léa et aux Editions Gallmeister qui m'ont permis cette lecture en avant-première, ce coup de coeur !
 

L'heure de plomb - Bruce HOLBERT

Editions Gallmeister
Parution le 1er septembre 2016
376 pages
Titre original : The hour of lead
Traduction : François Happe

Ce qu'en dit l'éditeur :


Hiver 1918. L’État de Washington connaît, durant un instant, l’Apocalypse : l’un des pires blizzards de l’histoire du pays balaie tout sur son passage. Perdus dans la neige, pétrifiés par le gel, des jumeaux de quatorze ans, Luke et Matt Lawson, sont recueillis in extremis par une femme qui tente de les ranimer à la chaleur de son corps. Seul Matt reprend vie. Le lendemain, le voilà devenu un homme, trop tôt et malgré lui. Car le désastre l’a également privé de son père, le laissant à la tête du ranch familial. Labeur, amour et violence, autant de découvertes pour Matt, qui se retrouve face à la beauté sauvage de cette terre, tentant de maintenir l’équilibre fragile entre les êtres qui l’entourent.


Dans une langue puissante et incarnée, L’Heure de plomb conte la plus dure leçon que l’Ouest donne aux hommes, celle de la confrontation avec les forces brutes de la nature, au fondement même du mythe américain.
 

Bruce Holbert, né le 4 octobre 1959 à Ephrata dans l'État de Washington, est un écrivain américain.

Ce que j'en ai pensé :

Voila un roman peu ordinaire qui commence par un drame et plante son décor dans la désolation d'un hiver particulièrement rude. Le personnage principal, Matt, n'est encore qu'un adolescent mal dégrossi mais dont la ténacité et surtout la violence vont se révéler au fil des pages.

Autour de lui, les ombres de son jumeau et de son père morts lors d'une tempête, Wendy dont il s'est épris, Mlle Jefferson l'institutrice et de nombreux personnages qui finissent tous par être attachants, chacun à leur manière. Parce que derrière toute la rudesse de l'existence dans ce coin d'Amérique, derrière les caractères forts et souvent déroutants, il y a, sous-jacent, beaucoup d'amour, parfois jusque dans la bestialité des corps à corps amoureux...

Si la première partie m'a semblé un peu longue, mais nécessaire pour camper les personnages et l'ambiance, je n'ai pourtant pas eu la tentation d'abandonner et j'ai rapidement accroché à ce roman qui parfois flirte entre nature writing et "polar psy", où l'ambiance se tend, s’arque-boute sous la douleur puis s'envole vers la douceur. J'ai aimé chacun des protagonistes dans leurs blessures intimes, dans leurs failles, dans leurs non-dits, et si la narration est parfois âpre, elle accroche dans un grand souffle romanesque ! Même si leurs méthodes d'accouchement sont carrément dingues et les sandwiches absolument délirants !...
Une très belle réussite que ce roman pas ordinaire qui frôle la sauvagerie !


Un grand merci aux Editions Gallmeister et à Léa pour cette remarquable découverte !  

Le signal - Ron CARLSON

Editions Gallmeister
Parution : Janvier 2011
Titre original : The signal
Traduction : Sophie Aslanides
232 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :


Pour la dernière fois, Mack et sa femme Vonnie partent camper dans les montagnes du Wyoming afin de se dire adieu. Enlisé dans les dettes, l'alcool et les trafics, Mack a peu à peu contraint Vonnie à renoncer à l'amour profond qui l'avait attirée vers l'Ouest, et la jeune femme a refait sa vie. Cette randonnée est un moment de complicité retrouvée, une ultime occasion de se révéler l'un à l'autre. Pour Mack, cette expédition est aussi la dernière mission qu'il exécute pour le compte d'un intermédiaire douteux afin de sauver son ranch de la faillite. Au cœur des vastes étendues sauvages, guidé par un faible signal GPS, il doit retrouver une mystérieuse balise égarée lors d'un survol de la région. Mais cette mission se révélera bien plus périlleuse que prévu.


Ron Carlson est né en 1947 en Utah et a grandi à Salt Lake City. Après des études de lettres, il devient professeur dans le Connecticut puis à l'université d'Arizona où il commence à enseigner le creative writing avant de devenir directeur de ce département. Il enseigne aujourd'hui la littérature à l'université de Californie.


Ce que j'en ai pensé :

Six jours pour se dire adieu. Six jours pour une virée en forêt et un peu de pêche à la truite.
Six jours, six chapitres, pour un roman qui accélère progressivement le rythme, qui gagne en intensité, transformant ce coin idyllique du Wyoming en piège dangereux.

Dans des paysages magnifiques, au milieu des prairies ou des pins centenaires, on croise certes quelques truites fario sauvages, des cerfs, un bouvillon, des ados en vadrouille mais aussi deux braconniers pas sympas du tout et un avion salement amoché.

De belles pages de nature writing, une course-poursuite implacable, un couple dont la complicité n'a pas empêché la séparation, des souvenirs égrenés, l'hommage d'un fils à son père, voila ce qui nourrit ce roman !!

Avec des personnages attachants (j'ai beaucoup aimé Mack et ses remords, ses erreurs, son caractère obstiné, sa façon de conter l'histoire du "cannibale" et des oies, son amour sincère pour Vonnie) et une narration souvent poétique (les descriptions de la partie de pêche donneraient envie de plonger sa canne dans un lac de montagne), Ron Carlson construit un chouette roman qui m'a donné très envie de lire Cinq ciels ou Retour à Oakpine.
collection Totem
parution : 30 aout 2012
240 pages