27 octobre 2016

Avant que naisse la forêt - Jérome CHANTREAU

Editions Les Escales
Parution ; 25 août 2016
224 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Marié à une jolie rousse, père d'une petite fille, Albert vit paisiblement au bout du RER parisien. Un jour qu'il traîne au lit avec sa femme, il laisse le téléphone sonner. Le répondeur se déclenche : sa mère est morte.
Albert décide de faire le point et s'enferme seul avec l'urne maternelle dans la propriété familiale de Mayenne, une grande maison cerclée de plusieurs hectares de bois. Une idée l'obsède : trouver une chanson pour la cérémonie funèbre – une chanson qui dira à tous, et mieux que n'importe quel discours, qui était cette femme sensible et indépendante.
Mais une nuit, il est réveillé par des bruits étranges. Dans l'aile ancienne du bâtiment, les murs chantent... Les échos font revenir le passé. Et puis, il y a cette légende familiale qui dit qu'un ermite erre dans la forêt. Commence alors la lente remontée des souvenirs, et avec elle, celle des secrets d'une mère que seul un fils pouvait entendre.

Après une enfance parisienne et des études littéraires, Jérôme Chantreau a créé un centre équestre. Il s’est formé parallèlement à la sylviculture pour exploiter la forêt attenante à la maison familiale. Aujourd’hui professeur de lettres, il vit dans le Pays Basque.

Ce que j'en ai pensé :

Voila un premier roman qui charme et déroute tout à la fois, un travail de deuil qui devient au fil des pages un hymne à la nature, à la sauvagerie de l'homme, à la solitude tour à tour rédemptrice ou aliénante.

Dans une prose riche et sensuelle, l'auteur nous entraîne dans le sillage d'Albert, narrateur unique, qui retrouve ses racines, renoue avec l'enfance et les souvenirs, ressuscite sa mère (l'urne mortuaire, d'abord sur la cheminée, finit dans un sac à dos qui l'accompagne dans ses pérégrinations sylvestres !). 

Les paraboles sont nombreuses, les divagations et les rêveries aussi, elles confèrent une aura mystérieuse, parfois angoissante, à ce singulier roman où on croise des villageois vindicatifs, un tableau inquiétant au fond d'un couloir dans cette maison de famille où des voix semblent cachées derrière les papiers peints, et enfin, un drôle d'ermite dont l'image se superpose à celle du narrateur.

C'est un roman malin qui brouille les pistes, joue de nos peurs mais émerveille par sa poésie, son rythme : une jolie réussite !

Extrait :

Cette histoire, je l'ai racontée depuis à ma fille. Elle a la même façon d'y croire. Sans preuve et sans raison.Une sorte de foi païenne qui m'effraie. Nous héritons des contes comme des maisons. Nous héritons des peurs et de la foi que nos ancêtres se sont bâties à travers les siècles. Il est possible de refuser cet héritage. Et il n'existe pas de notaire capable de vous dire :
"Voila, votre mère vous lègue une forêt hantée par un ermite, une maison qui semble vivre d'une vie propre, et, surtout, vous bénéficiez, mais cela depuis votre naissance, de la capacité à croire que tout ce qui est mentionné plus haut est vrai."

1 commentaire:

  1. Beaucoup de premiers romans de qualité en cette rentrée, comme souvent d'ailleurs.

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