30 octobre 2016

Les visages pâles - Solange BIED-CHARRETON

Editions Stock - Collection La bleue
Parution : 24 août 2016
392 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Quand Raoul Estienne s’éteint au soir d’une vie d’industriel, ses trois petits-enfants prennent la route. Ils enterrent un vieil homme, ils enterrent leur enfance. La demeure familiale est trop grande, trop vide, trop muette pour leur père Jean-Michel qui voudrait bien s’en débarrasser. Ce serait pour eux un ultime coup dans une plaie que la société française acidifie chaque jour davantage.
Nous sommes en janvier 2013, Hortense, la trentaine décidée, a fondé une start-up, Clean and co, qui cartonne. Sa soeur Lucile traîne ses talents de graphiste solitaire dans l’une des tours postmodernes de La Défense. Alexandre, lui, est poussé dans le mouvement de La Manif pour Tous. Lorsque les agitations dégénèrent, lorsque Lucile tombe amoureuse de Charles, lorsque enfin le désordre s’empare de l’existence d’Hortense, tout bascule. 

Solange Bied-Charreton, 34 ans, a tenu un blog littéraire pendant cinq ans et travaillé dans le web marketing, où elle faisait de la veille de mots sur Google. Elle a publié Enjoy en 2011 (figurant dans la sélection du Goncourt du premier roman) et Nous étions jeunes et fiers en 2013.

Ce que j'en ai pensé :

C'est toujours très étonnant de découvrir une plume à la fois élégante et ironique ! Solange Bied-Charreton cisèle ses phrases au scalpel et réussit pourtant à donner à son roman un rien d'acidité, de causticité qui détonne d'autant plus qu'elle évoque (avec finalement assez de détachement) un monde qu'elle connaît bien et dont elle partage pourtant les valeurs (pour rappel, elle est aussi rédactrice en chef adjointe d'un magazine franchement très à droite...).

Son regard sur l'aristocratie et la bourgeoisie parisienne catholique, sur la course à l'argent, sur les idéaux et les valeurs d'une société bobo, ne manquent pas de saveur ! 

Elle se moque doucement de ces nantis, de leur conservatisme et de la haute opinion qu'ils ont d'eux-même, en mettant en exergue le vide de leurs vies, leur absolue solitude et la fausse image qu'ils se renvoient, persuadés d'être des individus différents, sans doute supérieurs...
L'auteur dessine ainsi un portrait d'une société qui ne sait plus que faire de ces racines (tourner la page comme Jean-Michel qui écoute Sardou en boucle, ou s'accrocher aux souvenirs et à la transmission comme ses trois enfants qui évoluent pourtant dans des univers ultra modernes et connectés ?).

On retrouve dans ce roman des personnages apparus dans les deux précédents : Charles Valérien (Enjoy), Noémie et Franck (Nous étions jeunes et fiers)...Mais tous ont en commun une espèce de vacuité, symbolisent le repli sur soi et l'égoïsme, l'instabilité d'une jeunesse qui se cherchent des repères. Aucun n'inspire d'empathie, ils sont pourtant, par bien des aspects, le reflet d'une génération.

Merci à Valentine des Editions Stock de m'avoir permis de découvrir ce roman !

Extraits :

"Chez eux, parce qu'ils avaient tout refait, tout était désormais crème et taupe, tout était dégagé.Crème les murs du salon, taupe le canapé, crème et taupe la salle à manger, taupe les meubles de cuisine, crème les WC. Cette nuance de gris au top de la tendance s'accordait parfaitement au turquoise de la chambre - la chambre était turquoise avec rappel de crème et plinthes peintes en taupe. Jeanne et Léon avaient chacun leur chambre, "des chambres à leur image", entièrement crème et taupe."

"Cela dit, précisa Hubert afin de regagner la sympathie de l'assemblée, on sait très bien que ce n'est qu'une question de temps : les pauvres vont finir par s'en aller, car notre quartier devient trop cher pour eux. Exit les kebabs et les boucheries halal, des boutiques plus sympas fleurissent un peu partout, des petits restos total organic food...

2 commentaires:

  1. Tu as été séduite mais le sujet et son traitement ne m'attirent pas du tout.

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  2. Je reste aussi dubitative même si le style peut me plaire..

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