20 septembre 2015

Un été au Kansai - Romain SLOCOMBE

éd Arthaud - 2 septembre 2015 - 363 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :
 « En ces splendides jours d’été, comment imaginer qu’au-delà de l’horizon si bleu et calme, les flots sont souillés d’huile et de sang, les avions piquent et explosent, les corps noircis de mazout dérivent jusqu’aux plages paradisiaques pour y finir rongés par les crabes ?..»
Friedrich Kessler a vingt-quatre ans lorsqu’il débarque au Japon en 1941, nommé à l’ambassade du Reich. Sa carrière de diplomate lui a évité d’être enrôlé dans l’armée. Amateur de jazz et des récits des Mille et Une Nuits, Kessler a voulu partir le plus loin possible… Les femmes s’intéressent à ce rêveur ; que ce soit la robuste Helma, épouse délaissée de l’ambassadeur, ou la jolie Hiltraud que ses collègues surnomment l’« infirmière SS ». Mais les combats se rapprochent : Berlin, où vit la soeur de Friedrich, est déjà sous les bombes, Tokyo va brûler à son tour lors des grands raids américains du printemps 1945.
Portrait tragique d’une civilisation menée au désastre par le fanatisme de ses dirigeants, voyage initiatique d’un Occidental épris d’art et de philosophie, Un été au Kansai donne la parole aux vaincus de la Seconde Guerre mondiale, et nous interroge sur la possibilité du bonheur et du progrès dans un monde au bord de l’apocalypse.
Romain Slocombe, né en 1953 à Paris, est un écrivain, 
réalisateur, traducteur, illustrateur, auteur 
de bandes dessinées et photographe français.  

estampe d'Hiroshige

Ce que j'en ai pensé :
Un journaliste se documente sur le passé nazi des ambassadeurs et consuls à l'étranger et se voit confier une série de lettres écrites par un jeune allemand envoyé en poste au Japon à sa soeur restée à Berlin pendant la Seconde Guerre Mondiale. 
Ce roman épistolaire, à sens unique puisque seules les lettres de Friedrich à Liese sont conservées, offre au lecteur un regard différent sur l'Allemagne en guerre et sur ses alliés : le jeune nazi, bien que "planqué" loin du conflit européen, est un fervent admirateur de la politique d'Hitler, convaincu d'appartenir à une race supérieure et à une grande nation.
Pourtant, ses lettres reflètent un scepticisme grandissant quant à la victoire du IIIème Reich, elles montrent comment le soldat prend de la distance face à la guerre et à ses horreurs (et c'est presque cocasse de lire qu'il est choqué par les exactions des soviétiques à Berlin ou par les bombardements américains sur une population tokyoïte innocente, alors que le génocide du peuple juif et ce qu'il évoque des déportations massives lui semble juste !). Elles décrivent un Japon nationaliste gangréné par le racisme anti-blanc et la propagande, en repli sur ses valeurs guerrières ancestrales : pas de capitulation malgré les pertes humaines ou l'infériorité militaire.
Alors que la guerre s'éternise, les lettres changent de ton, traduisant la dualité du personnage : s'il s'inquiète de plus en plus du sort de sa sœur à Berlin, il est de plus en plus fasciné par la culture japonaise, envisage un voyage sur les traces du peintre Hiroshige dont il s'est mis à collectionner les estampes et s'ouvre à la philosophie du zen.
L'intrigue gagne en intensité dramatique jusqu'aux derniers courriers : la lettre d'une infirmière japonaise accompagnant une carte postale écrite à Hiroshima le 6 août 1945 et restée inachevée...
Le point de vue adopté, la narration impeccable, le réalisme des descriptions (les corps brûlés dans Tokyo bombardé, Hiroshima après l'explosion) font de ce roman une très belle découverte !

 Merci à Babelio et aux Editions Arthaud pour leur confiance !





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