29 août 2017

L'art de perdre - Alice ZENITER

 
Editions Flammarion
Parution : 16 août 2017
512 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

L’Algérie dont est originaire sa famille n’a longtemps été pour Naïma qu’une toile de fond sans grand intérêt. Pourtant, dans une société française traversée par les questions identitaires, tout semble vouloir la renvoyer à ses origines. Mais quel lien pourrait-elle avoir avec une histoire familiale qui jamais ne lui a été racontée ?

Son grand-père Ali, un montagnard kabyle, est mort avant qu’elle ait pu lui demander pourquoi l’Histoire avait fait de lui un « harki ». Yema, sa grand-mère, pourrait peut-être répondre mais pas dans une langue que Naïma comprenne. Quant à Hamid, son père, arrivé en France à l’été 1962 dans les camps de transit hâtivement mis en place, il ne parle plus de l’Algérie de son enfance. Comment faire ressurgir un pays du silence ?

Dans une fresque romanesque puissante et audacieuse, Alice Zeniter raconte le destin, entre la France et l’Algérie, des générations successives d’une famille prisonnière d’un passé tenace. Mais ce livre est aussi un grand roman sur la liberté d’être soi, au-delà des héritages et des injonctions intimes ou sociales.

Photo : Philip Jones
Ce que j'en ai pensé :

Je n'avais pas aimé Juste avant l'oubli, déçue par le manque de substance, mais j'ai décidé de donner une autre chance à Alice Zeniter, d'autant plus que le sujet de ce roman me plaisait beaucoup et que j'étais curieuse de découvrir quelle histoire elle pouvait conter.

Coup de cœur ! J'ai adoré ce livre qui prend très souvent des accents si sincères que l'aspect autobiographique ne pouvait être fortuit (quelques recherches m'ont confirmé que l'auteur est petite-fille de harkis, comme Naïma dans le roman).

C'est donc un bon pavé, une épopée familiale dense qui emporte le lecteur entre Algérie et France, du bled aux barres de HLM et qui pose la question de l'identité de ces enfants expatriés de force et qui se murent dans un silence protecteur. De ces aïeux pour qui le français restera une langue étrangère à leurs petits-enfants qui ne comprennent et ne parlent pas l'arabe...deux mondes qui se dissolvent dans une volonté d'intégration parfois mal maîtrisée et un impossible retour au pays. 

Il est toujours difficile de parler de l'Algérie, les polémiques enflent, les reproches fusent.Il a fallu attendre 2017 pour que soit évoqué un "crime contre l'humanité"...Mais ici, l'auteur a la délicatesse de s'affranchir d'un jugement, elle donne avec beaucoup de générosité et toutefois de la pudeur, à lire la vie de ces "migrants malgré eux" qui résonne assez étrangement dans notre actualité. Elle montre les choix douloureux, les ruptures, le silence et elle offre un regard détaché de politique ou de militantisme revanchard qui donne à cette grande fresque toute sa profondeur. Qu'aurions-nous fait à la place d'Ali le patriarche ?

C'est d'une très belle plume qu'Alice Zeniter fait défiler souvenirs heureux et amers, et fait se rencontrer histoire familiale et problèmes contemporains, sans jugements ni acrimonie... 

Une parfaite réussite ! (et j'espère, un prix littéraire !)

Prix Landerneau des Lecteurs
Prix littéraire du journal Le Monde
Prix des Libraires de Nancy- Le Point

en lice pour le prix Femina, pour le grand prix du roman de l’Académie française, mais aussi pour le Renaudot et le Goncourt !

2 commentaires:

  1. Je sens qu'il va me plaire celui là, l'occasion de découvrir enfin l'auteure !

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  2. Tu as bien fait de lui donner une nouvelle chance avec ce roman, surtout si c'est une parfaite.

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