18 février 2016

Celle que vous croyez - Camille LAURENS

éd Gallimard - parution janvier 2016 - 192 pages

Ce qu'en dit l'éditeur : Vous vous appelez Claire, vous avez quarante-huit ans, vous êtes professeur, divorcée. Pour surveiller Jo, votre amant volage, vous créez un faux profil Facebook : vous devenez une jeune femme brune de vingt-quatre ans, célibataire, et cette photo où vous êtes si belle n’est pas la vôtre, hélas. C’est pourtant de ce double fictif que Christophe – pseudo KissChris – va tomber amoureux.
En un vertigineux jeu de miroirs entre réel et virtuel, Camille Laurens raconte les dangereuses liaisons d’une femme qui ne veut pas renoncer au désir. 


Camille Laurens, de son vrai nom Laurence Ruel, est un écrivain français, née en 1957 à Dijon. Elle fait partie du jury du Prix Femina et a écrit plus d'une quinzaine de romans.

Ce que j'en ai pensé :

Choderlos de Laclos à l'ère numérique

Après un prologue étourdissant, sans aucune ponctuation, comme un flux irraisonné, Claire Millecam raconte à Marc, médecin psy, comment elle a décidé d'espionner Jo, son ex-petit ami via un faux profil Facebook en contactant l'un de ses amis, KissChris. Fausse photo, usurpation d'identité, goûts communs, pas de contact IRL, le piège est prêt...
Ce que cette entrée en matière ne laisse pas présager, ce sont les jeux de miroirs, les identités en reflet, les histoires de femmes malmenées qui se superposent et qui conduisent le lecteur à s'interroger sur ce qui est vrai ou faux dans ce roman qui semble se jouer de l'autofiction mais en profite pour brouiller allégrement les pistes dans une narration impeccablement maîtrisée.

Femme-fantasme ou femme fantôme ?

Au-delà de l’ambiguïté de sa « mise en scène », Camille Laurens évoque avec justesse la condition féminine, quand à 50 ans, passant de femme-fantasme à femme-fantôme (« les hommes mûrissent, les femmes vieillissent »), il s'agit pour elles de continuer à exister dans le regard de l'homme, à susciter le désir. Par le truchement du virtuel, de l'écran protecteur qui permet au personnage de rajeunir, l'auteur dévoile les failles féminines, la course au sexy, la maîtrise de l'image.
Celle que vous croyez est aussi une réflexion sur l'écriture sous toutes ses formes (lettre, cadavre exquis lors d'atelier créatif, confession écrite, rapport médical), sur le roman et sur la manipulation de la vérité par l'écrivain.
Déroutant, un rien pervers, à la frontière du vrai et du faux, ce roman est tout simplement fascinant !
Mon billet est publié dans L'Express,  ici
 

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