14 juin 2018

Le sang et le pardon - Nadeem ASLAM


Editions du Seuil - Collection Cadre vert
Parution : 4 janvier 2018
Titre original :
Traduction : Claude & Jean Demanuelli
368 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Aux abords de la ville de Zamana, lorsqu’une fusillade éclate entre des tueurs pakistanais et un espion américain, la vie de Nargis bascule. Pris dans les tirs croisés, Massud, son mari, architecte comme elle, épris de beauté et de justice, meurt avant qu’elle ait pu lui avouer son terrible secret.
Menacée par un officier des services du renseignement qui la somme d’accorder son pardon au meurtrier américain, Nargis craint que la vérité sur son passé n’éclate au grand jour. Car depuis quelque temps, du haut des minarets de la ville, un inconnu dévoile l’intimité de certains habitants. Dans un pays où les accusations de blasphème sont monnaie courante, ces dénonciations anonymes sèment la terreur parmi la population.
Nargis prend alors la fuite en compagnie de deux jeunes gens, Helen, la chrétienne, et Imran, le mystérieux Cachemirien, à la recherche d’un îlot de paix et d’amour, loin de la violence et de la folie des hommes.

Par la magie de cette prose lumineuse qui caractérise le style de Nadeem Aslam, le passé et le présent du Pakistan, marqués par la corruption, l’intolérance, mais aussi la résilience et l’espoir, se reflètent dans un même miroir.

Jeunes chrétiennes pakistanaises _ Photo Mohammad Sajjad

Ce que j'en ai pensé :

Que de douleur(s) dans ce magnifique roman ! Mais que de poésie aussi ! 

Je n'ai pu que rêver de la bibliothèque de Nargis et Massud, de leurs maquettes en papier et de leur amour sincère et tranquille. 

Pourtant, l'auteur fait défiler sous nos yeux toute la détresse des pakistanais, ceux qui, chrétiens, sont pourchassés, celles qui, femmes, n'ont droit à rien, et ceux qui, musulmans, vivent sous le joug d'une charia déclarée et subissent, comme les autres, le poids des conventions.

Au-delà d'un portrait saisissant d'un pays méconnu, coincé entre l'Inde et les pays arabes, ce sont d'abord des histoires d'amour que Nadeem Aslam déroule (celle si "idyllique" de Nargis et Massud, malgré le secret que Nargis n'aura pu révéler, celle de Lily le chrétien conducteur de rickshaw pour la fille de l'imam, celle d'Helen et de Imran dans la quiétude l'ïle), ce sont aussi des histoires d'héritage culturel, des histoires de femmes (Nargis qui, chrétienne, se fait passer pour une musulmane, ou Helen qui veut étudier, Aycha enfermée dans son veuvage ou la mère d'Imran tuée parce qu'entrée en résistance).

J'ai été séduite par l'antagonisme constant entre les images poétiques et la cruelle réalité racontée dans ce roman, entre les maisons de papier si aériennes et fantasmagoriques et le sang partout, la cruauté).

Il me restera des images fortes, notamment celles de Nargis, Helen et Imran recousant patiemment les pages d'un livre abîmées par la police, morceau après morceau, au fil d'or.

3 commentaires:

  1. Elle semble magnifique cette histoire. Je m'empresse de noter.
    J'avais beaucoup aimé "Le Jardin de l'aveugle".

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  2. Un pays dont on parle bien trop peu en littérature je trouve. Je suis d'accord avec Marie-Claude, ce roman semble superbe.

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