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Et toujours les Forêts - Sandrine COLLETTE

Editions JC Lattès
Parution : 2 janvier 2020
368 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Corentin, personne n’en voulait. Ni son père envolé, ni les commères dont les rumeurs abreuvent le village, ni surtout sa mère, qui rêve de s’en débarrasser. Traîné de foyer en foyer, son enfance est une errance. Jusqu’au jour où sa mère l’abandonne à Augustine, l’une des vieilles du hameau. Au creux de la vallée des Forêts, ce territoire hostile où habite l’aïeule, une vie recommence.

À la grande ville où le propulsent ses études, Corentin plonge sans retenue dans les lumières et la fête permanente. Autour de lui, le monde brûle. La chaleur n’en finit pas d’assécher la terre. Les ruisseaux de son enfance ont tari depuis longtemps ; les arbres perdent leurs feuilles au mois de juin. Quelque chose se prépare. La nuit où tout implose, Corentin survit miraculeusement, caché au fond des catacombes. Revenu à la surface dans un univers dévasté, il est seul. Humains ou bêtes : il ne reste rien. Guidé par l’espoir insensé de retrouver la vieille Augustine, Corentin prend le long chemin des Forêts. Une quête éperdue, arrachée à ses entrailles, avec pour obsession la renaissance d’un monde désert, et la certitude que rien ne s’arrête jamais complètement.

Sélection pour le Grand Prix RTL-Lire 2020.


Ce que j'en ai pensé :

On a déjà déjà rêvé meilleur départ dans la vie.


Corentin est né de l'adultère de Marie. Il n'aurait d'ailleurs pas dû naître tant sa mère a jeté son ventre rond contre les murs, tant sa mère considère ce bout d'homme comme la pire chose qui lui soit arrivé, tant elle s'acharne à l'abandonner, deci-delà, chez des "amies", des nourrices, chez sa grand-mère, Augustine.


Et pourtant, Corentin, avec ses yeux écarquillés sur le monde, grandit, s'accroche, s'enracine et trace son chemin.


Jusqu'à l'Apocalypse ; ce qu'on devine d'un accident peut-être nucléaire. Il ne reste rien, ni hommes, ni animaux, ni végétation.
Ou un peu, de quoi se donner un peu d'espoir, une respiration.


Au bout du néant, il y a la maison d'Augustine, peut-être aussi la mémoire de l'enfance, qui donnent un peu de force à Corentin pour retourner dans les forêts.


Il y a des lendemains, des peurs, des chansons, un brin d'herbe sorti de la cendre qui a tout recouvert, la mort jamais loin.

Et cette terrible scansion narrative, des phrases qui déboulent, s'arrêtent abruptement, assaillent, remuent, emportent même quand on essaie de faire durer les mots. La même nuée que celle de l'Apocalypse, balayant tout, faisant mugir son souffle dévastateur.

C'est Sandrine Collette encore meilleure que Sandrine Collette. Ce sont les larmes d'émotion en caressant la dernière page. 
Du très bon. De l'excellent ! Le bien meilleur lu depuis longtemps.


"Ainsi vont les enfants, ils s'en vont."

Le triomphe des ténèbres - Eric GIACOMETTI et Jacques RAVENNE

Editions JC Lattès
Parution : 4 avril 2018
480 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Dans une Europe au bord de l'abîme, une organisation nazie, l'Ahnenerbe, pille des lieux sacrés à travers le monde. Ils cherchent à amasser des trésors aux pouvoirs obscurs destinés à établir le règne millénaire du Troisième Reich. Son maître, Himmler, envoie des SS fouiller un sanctuaire tibétain dans une vallée oubliée de l'Himalaya. Il se rend lui-même en Espagne, dans un monastère, pour chercher un tableau énigmatique. De quelle puissance ancienne les nazis croient-ils détenir la clé  ?
À Londres, Churchill découvre que la guerre contre l'Allemagne sera aussi la guerre spirituelle de la lumière contre l'occulte.
Ce livre est le premier tome d'une saga où l'histoire occulte fait se rencontrer les acteurs majeurs de la Seconde Guerre mondiale et des personnages aux destins d exception  : Tristan, le trafiquant d'art au passé trouble, Erika, une archéologue allemande, Laure, l'héritière des Cathares... 


Ce que j'en ai pensé :

Le duo infernal revient avec une nouvelle série ! J'étais impatiente, tant je guette chacun de leur nouvel opus ! Une référence en matière de polar ésotérique...

Cette fois, la narration, toujours menée avec brio, s'échappe entre Londres et l'Espagne franquiste, entre l'Allemagne nazie et Montségur, Ariège, place forte de la religion cathare.
Il s'agit de retrouver des svastikas magiques qui donneraient le pouvoir absolu au nabot à moustaches, Hitler.

Si l'entremêlement de personnages apporte un brin de confusion au début du polar, les acteurs principaux se profilent assez vite et servent cette intrigue fondée sur l'occultisme, mettant en exergue un personnage au profil trouble et aux actions prêtant à caution.

Point de Marcas cette fois ? 
C'était presque une déception pour moi tant j'avais pu m'attacher à ce commissaire...
Pourtant..

La fille du roi des marais - Karen DIONNE

Editions JC Lattès
Parution : 7 mars 2018
Titre original : The March King's Daughter
Traduction : Dominique Defert
400 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Enfin, Helena a la vie qu'elle mérite ! Un mari aimant, deux ravissantes petites filles, un travail qui occupe ses journées. Mais quand un détenu s'évade d'une prison de sa région, elle mesure son erreur : comment a-t-elle pu croire qu'elle pourrait tirer un trait sur son douloureux passé ? Car Helena a un secret : elle est l'enfant du viol. Sa mère, kidnappée adolescente, a été retenue prisonnière dans une cabane cachée au fond des marais du Michigan, sans électricité, sans chauffage, sans eau courante.
Née deux ans plus tard, Helena aimait cette enfance de sauvageonne. Et même si son père était parfois brutal, elle l'aimait aussi... jusqu'à ce qu'elle découvre toute sa cruauté. Vingt ans après, elle a enfoui ses souvenirs si profondément que même son mari ignore la vérité. Mais aujourd'hui son père a tué deux gardiens de prison et s'est volatilisé dans les marais, une zone qu'il connaît mieux que personne.
Malgré la chasse à l'homme lancée par les autorités, Helena sait que la police n'a aucune chance de l'arrêter. Parce qu'elle a été son élève, la seule personne capable de retrouver cet expert en survie, que la presse a surnommé Le Roi des Marais, c'est sa fille. 


Ce que j'en ai pensé :

Lecture en accès libre sur NetGalley, j'ai d'abord commencé à me méfier, et puis, très vite...j'ai été hypnotisée par l'histoire d'Helena et je me réjouis d'avoir succombé à la tentation (merci NetGalley !!).

La trame de l'intrigue pourrait paraître facile, une jeune femme, marquée par une enfance éloignée de tout, née du kidnapping d'une jeune fille par un type franchement asocial,  autoritaire et violent, refait sa vie. Elle garde des séquelles de sa vie de recluse au milieu des marais mais s'en tire plutôt bien, jusqu'à ce qu'elle comprenne que l'évasion de son père menace sa nouvelle vie.

On flirte ici sans cesse entre un syndrome de Stockholm ("mon bourreau, ce héros") et sa mise à distance ("ce bourreau, quel salaud") et l'équilibre, fragile, donne toute sa saveur à une narration qui, outre une exploitation sensible des personnages (personne n'est 100% ni bon ni mauvais), fait la part belle à l'environnement : il y a en effet de très belles pages où la nature dicte sa loi, où la neige et le froid dominent et accentuent la dramaturgie de ce roman.

Le rythme est enlevé, le personnage d'Helena suscite l'empathie, l'évocation de la culture ojibwé est fascinante, et j'ai passé un très bon moment !

Les loyautés - Delphine de VIGAN

Editions Jean-Claude Lattès
Parution : 3 janvier 2018
208 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

"Chacun de nous abrite-t-il quelque chose d'innommable susceptible de se révéler un jour, comme une encre sale, antipathique, se révélerait sous la chaleur de la flamme ? Chacun de nous dissimule-t-il en lui-même ce démon silencieux capable de mener, pendant des années, une existence de dupe ?"

Ce que j'en ai pensé :

Je l'attendais avec impatience ce nouveau roman de Delphine de Vigan, parce que j'aime sa plume et parce que j'avais envie de voir si elle pouvait se détacher de l'autofiction.

Elle nous plonge cette fois dans les non-dits et les silences des familles, dans ces situations que les gens taisent ou cachent et que parfois, l'on devine dans les yeux d'un enfant : divorces douloureux, alcoolisme, déchéance sociale, adultère, enfants battus.

Tous ces foutus silences instaurés par la loyauté, par les promesses qu'on se fait ou qu'on destine à nos fantômes : ne pas trahir, ne pas dire pour éviter de blesser et se blesser soi-même.
Chacun des personnages dessinés par l'auteur va se trouver confronté à son propre conflit intime : faut-il quitter ce mari indigne, faut-il dénoncer un prof harceleur, faut-il révéler que son meilleur ami se perd dans l'alcool..?
Chacun se trouve confronté à sa conscience, à ses petits arrangements avec la vérité.

Delphine de Vigan brosse des portraits tous en nuances de vies déchirées dans ce 
roman choral, court mais efficace, dont il se dégage une noirceur troublante, mais où, je n'ai pas retrouvé la force de la narration de l'auteur, il m'a semblé que c'était un peu facile, un peu "cliché", peut-être un tout petit peu "bâclé"....

Le presbytère - Ariane MONNIER

Editions JC Lattès
Parution : 23 août 2017
272 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Au début des années 1970, Balthazar Béranger s’installe avec sa jeune épouse, Sonia, dans une maison à la sortie d’un village. C’est un ancien presbytère, légèrement en retrait par rapport à la route, dont les belles fenêtres sont en partie cachées par un grand tilleul.

Balthazar est un jeune médecin qui entend faire de ses enfants des êtres véritables. Maintenus à l’écart d’un monde jugé néfaste pour leur développement et leur imagination, ces derniers sont initiés à la musique et à la morale pendant que leur mère ne résiste ni à la violence ni à la séduction de son mari.

Pantins impuissants soumis aux coups de leur père et à des exigences de plus en plus humiliantes, ils apprennent à se taire.

Le premier roman d’Ariane Monnier décrit une maison dont les pièces sont progressivement transformées en scène de spectacles cruels, où les portes entrouvertes laissent entendre, en sourdine, de terribles chuchotements.  

Ariane Monnier est docteure en anthropologie. Elle est l'auteur d'une thèse intitulée La reconstitution des faits dans le procès d'assises : anthropologie d'une performance soutenue en 2014. Elle a publié un essai, Les procès Colonna, Chaïb, Bissonnet. Anthropologie de trois affaires judiciaires (Éditions du Bord de l’Eau, 2017). Le presbytère (2017) est son premier roman. 

Ce que j'en ai pensé :

Ça n'a pas fonctionné. Du tout.

Le sujet, déjà, dérangeant puisqu'il évoque les maltraitances à l'enfant, qu'elles soient psychologiques et affectives ou sexuelles. Quatre gamins élevés dans une sorte d'idéal d'éducation, musique et arts, vie au grand air, mais des parents bien trop occupés pour s'occuper d'eux :  un père toubib absorbé par la musique et une mère (à demi dingue ?) qui se déguise à longueur de journées. 

Aucun de ces deux adultes ne devine ce qui se passe sous leur toit, bien plus préoccupés par leur nombril que par leurs enfants à qui, d'autres adultes proposent des jeux dont on devine qu'ils sont sexuels et contre nature, et qui finalement ne croient pas en la parole des enfants et ne les protègent pas...

Et c'est plus que le sujet, la narration qui m'a dérangée : saccadée (un certain manque de fluidité) , éludant les mots qui disent, comme retenus par une pudeur finalement gênante (chuuuut ! c'est un secret...) et qui amène le lecteur à douter (est-ce que ce qu'on imagine est bien ce qui se déroule ? ou s'agit-il d'autre chose et dans ce cas-là on n'a rien compris au bouquin ?).

Parce que si le sujet est dérangeant, immonde, patati patata, j'aurais sans doute préféré en prendre plein la poire, à la limite de la nausée, et ne pas naviguer comme ça, entre deux incertitudes...et refermer ce livre avec ce sentiment d'injustice, de mal-fini, de flou encore plus malsain.
(encore que j'imagine que ça puisse être volontaire de la part de l'auteur..)

Summer - Monica SABOLO

Editions JC Lattès
Parution : 16 août 2017
320 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Lors d’un pique-nique au bord du lac Léman, Summer, dix-neuf ans, disparaît. Elle laisse une dernière image  : celle d’une jeune fille blonde courant dans les fougères, short en jean, longues jambes nues. Disparue dans le vent, dans les arbres, dans l’eau. Ou ailleurs  ?
Vingt-cinq ans ont passé. Son frère cadet Benjamin est submergé par le souvenir. Summer surgit dans ses rêves, spectrale et gracieuse, et réveille les secrets d’une famille figée dans le silence et les apparences.
Comment vit-on avec les fantômes ? Monica Sabolo a écrit un roman puissant, poétique, bouleversant.


Ce que j'en ai pensé :

Je n'avais vraiment pas aimé Crans Montana, j'avais peiné à le lire, à y trouver un quelconque intérêt...L'auteur avait mal pris ma critique, m'incendiant via Instagram (quelle rafraichissante expérience !! ahem...alors que j'argumentais ladite critique...).
Donc, j'appréhendais...

Et les 150 premières pages m'ont laissé présager une nouvelle déconvenue : une gentille et idéale famille avec villa à Genève, amis notables et sort enviable, du fric, un peu de drogue et d'alcool (tout ce qui m’avait profondément agacée dans Crans Montana), une élite autocentrée et dégénérée avec des secrets, des "intrus" sociaux (le bel équilibre perturbé...), et évidemment, des jeunes filles parfaites, qui en plus d'être riches, sont aussi incroyablement belles (longues jambes et chevelure de miel ou de jais) et intelligentes, promises à un beau mariage et à un avenir radieux...

Au secours ! Un lot de clichés qui a bien failli me décourager ! L'impression que l'auteur ne parvient pas à écrire sur autre chose que sur cette classe de privilégiés suisses, qu'elle ressasse le même thème d'un roman à l'autre...D'autant qu'elle le fait avec un indéniable sens artistique qui finalement m'a semblé augmenter la vacuité du propos. Un peu comme si la recherche de la phrase parfaite cassait le rythme...l'eau trouble, les algues, l'eau trouble, les algues...ad lib...

Pourtant, les angoisses du narrateur (le frère de Summer, disparue lors d'un pique-nique), ses délires psychotiques (sa sœur est-elle prisonnière des eaux noires et des algues du Lac de Genève ?), ses découvertes progressives sur le monde qui l'entoure (ses parents sont-ils ce qu'ils prétendent être, sont-ils conformes à l'image sociale qu'ils renvoient ?) ont suscité mon intérêt. 

Voila un personnage fascinant, bien plus que ces mignonnettes créatures alanguies sur le bord du lac ! Un gars à la psyché perturbée, qui refoule ses souvenirs et ses sentiments, qui s'acharne à vivre dans l'absence de cette sœur tant aimée et dans l'ombre de parents d'abord admirés puis scrutés d'un œil critique. Un personnage vraiment intéressant si ses angoisses avaient été moins présentes, moins "nauséeuses" (combien de fois ai-je eu envie de lui crier "mais réveille-toi, connaud, y a pas de mystère !)

25 ans après la disparition de sa sœur Summer, Benjamin cherche des raisons, tente d'oublier, et finit par comprendre ce qui est arrivé. Ce sont sans aucun doute ses errances et les conséquences du drame qui animent ce roman (même si ça tourne en boucle, en mode aveugle, et que finalement, moi, lectrice, j'ai juste l'impression de l'auteur me prend pour une quiche qui ne comprend rien !!), le reste parait presque anodin et sans saveur et aucun des autres personnages ne suscite l'empathie.

L'ensemble manque un peu de chaleur, est souvent un peu longuet (trop de recherche esthétique dans la narration ?) mais la deuxième partie du roman parvient à sauver l'affaire !

Si je n'ai pas été surprise par le dénouement, j'ai apprécié ce faux-polar, cette quête de vérité et c'est déjà pas mal au vu de ma précédente expérience ! avec la certitude qu'il ne marquera pas ma mémoire !

Conspiration - Eric GIACOMETTI et Jacques RAVENNE

Ed JC Lattès
Parution : 24 mai 2017
530 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

De la France aux États-Unis, Marcas, mis sur la touche par sa hiérarchie, va devoir retrouver un secret qui hante l'histoire de France et dont la possession peut détruire les démocraties occidentales. Deux siècles plus tôt, en pleine Révolution française, l'inspecteur Ferragus présent dans les Illuminati est entraîné dans une implacable course contre la montre pour démasquer le groupe occulte qui veut s'emparer du même secret. Au coeur de ce secret, le pouvoir absolu.

Ce que j'en ai pensé :

Le retour du "duo infernal" ! Une qualité ici ! J'aime depuis très longtemps les aventures de Marcas, ses énigmes ésotériques, et ces deux auteurs, français de surcroît, excellent dans le genre ! Pas de rebondissements faciles, pas de résolutions criminelles capillotractées, on est sur du sérieux, du documenté, de plausible (le gars Ravenne est un vrai franc-maçon, sous pseudo, ça aide !).

Dès les premières pages, on retrouve un rythme, une ambiance et ce bon vieux Marcas qui s'émeut d'une femme battue par son connard de trafiquant de tableaux de mari ! Quand tous les habitants d'un immeuble se jettent depuis leurs fenêtres, complétement hilares, sur une terrasse de resto à Paris, il reprend officieusement du service...En parallèle, Ferragus, qu'on avait déjà rencontré dans l'opus précédent, en 1793, est contraint par Danton de résoudre une énigme liée au "secret des rois".

Pas moyen d'en dire plus sans trop en dire ! Un bon opus de nouveau qui confirme que je suis fan de ces deux auteurs !

A noter page 123, le renvoi en bas de page qui mentionne un roman (Le moine rouge de la rue Saint Benoît) paru aux Editions du Masque, et qui n'existe pas au catalogue de l'éditeur...Clin d’œil des auteurs ? 

Coeur-naufrage - Delphine BERTHOLON

Editions Jean-Claude Lattès
Parution : 1er mars 2017
304 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Lyla, à l’aube de ses 34 ans, est célibataire, casanière, solitaire. Seuls son travail de traductrice et Zoé, sa meilleure amie fantasque, lui permettent d’échapper à la routine d’un quotidien bien huilé. Jusqu’au jour où un étrange message la renvoie brusquement dix-sept ans en arrière…
Été 1998. Lyla a seize ans, une mère abusive et des envies d’ailleurs. En vacances sur la côte atlantique, elle rencontre Joris, un surfeur dont elle tombe amoureuse. Quand elle comprend qu’elle est enceinte, il est trop tard.
Cœur-Naufrage, roman choral, raconte en alternance l’adolescence de Lyla et les conséquences de cet été-là : pour l’adulte qu’elle est devenue, qui porte le secret de son accouchement sous X, et pour Joris, qui découvre à contretemps ce qui s’est joué dix-sept ans auparavant.
Les accidents de la vie, les non-dits, les malentendus façonnent nos existences – mais est-il jamais trop tard pour rattraper certains rendez-vous manqués ?


Ce que j'en ai pensé :

Deux ados qui détestent leurs parents : Lyla ("avec un y") méprise sa mère, photographe célèbre, et Joris hait ce père alcoolique et violent. Pour chacun d'eux, l'autre parent est absent : le papa de Lyla est une chiffe molle, la mère de Joris est morte. 
Deux ados et des blessures, une rencontre de deux détresses et deux vies qui prennent des chemins différents..

Il y a la dune et les vagues, des frayeurs de jeune fille, un enfant non désiré, des vies construites sur des mensonges, sur des lettres "perdues", des adultes en déséquilibre.
Des corps salés par la mer, des surfeurs en combi caoutchoutée, un mobile en os qui tinte dans le vent, des bières bues sur la plage, l'asphalte parisien et le manège de la place des Abbesses, les carrelages sales du métro et une chambre d'hôpital. 

Il y a surtout les mots de Delphine Bertholon si forts et si fragiles à la fois, qui explorent, montrent les doutes et les angoisses, mais aussi les fulgurances de bonheur et des instantanés terrifiants.

Au-delà des trajectoires de ces deux ados un peu paumés, c'est une réflexion sur les choix d'une vie, sur le silence (ah ! la référence à Enjoy the silence de Depeche Mode !), sur les secrets. Une narration à l'écoute des personnages, de leurs tourments intimes, un ton juste, souvent très émouvant, et des phrases marquées par la grâce. De Lyla en équilibre dans sa "fausse vie", dans ce qui à fait d'elle un fantôme, à Joris si troublé, tellement en quête d'une vie parfaite : les personnages sont complexes, tellement vrais, construits d'espoirs (et de sauvagerie toute adolescente) et de renoncements.
 

L'empire du graal - Javques RAVENNE & Eric GIACOMETTI

Editions JC Lattès
Parution : 18 mai 2016
592 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Oubliez tout ce que vous savez sur le Graal.

Palais pontifical de Castel Gandolfo. Sur ordre du pape, les cinq cardinaux les plus influents du Vatican prennent connaissance d'un rapport explosif rédigé par Titanium, le leader mondial des algorithmes. Le compte à rebours de l'extinction de l'Église catholique a commencé.
Paris, Hôtel des ventes de Drouot. En remontant une filière de financement du terrorisme, Antoine Marcas, le commissaire franc-maçon, assiste à la mise aux enchères d'un sarcophage du Moyen Âge. Un sarcophage unique au monde, car il contient selon le commissaire-priseur, les restes d'un... vampire.
C'est le début de la plus étrange aventure d'Antoine Marcas.
Une enquête périlleuse qui va le mener, en France et en Angleterre, sur la piste de la relique la plus précieuse de la chrétienté.
Le Graal. Une enquête aux frontières de la raison qui ressuscite Perceval, le roi Arthur et la geste légendaire des chevaliers de la Table ronde.

Eric Giacometti et son ami d'enfance Jacques Ravenne, il crée le commissaire franc-maçon, Antoine Marcas, dont les enquêtes historico-ésotériques (Fleuve Noir et en poche chez Pocket) sont publiées depuis huit ans dans seize pays. La série best-seller s'est vendue en France à 1,7 millions d'exemplaires.

Ce que j'en ai pensé :

Je suis fan des aventures d'Antoine Marcas depuis le premier roman, Le rituel de l'ombre, qui m'avait fait découvrir les polars ésotériques.  
Cette fois, à l'occasion d'une vente un peu spéciale à Drouot (rappelons que Marcas est, en qualité de flic, affecté à la brigade de répression du trafic d’œuvres d'art) où un cercueil "déviant", contenant les restes d'un vampire, est mis en vente et acquis par un écrivain anglo-saxon célèbre (qui n'est pas sans s'apparenter à Dan Brown), Marcas se retrouve mêlé à un enquête peu ordinaire  : la quête du Graal !
Quel plaisir de retrouver un Antoine Marcas en pleine forme et son fils Pierre avec qui il est plus ou moins en conflit ! Ça bouge, c'est rythme et cette fois la narration n'alterne pas présent/passé comme d'habitude et réserve une sacrée surprise !
L'humour est très présent avec les références à Dan Brown ou à la série Kaamelott.
Un polar ésotérique très réussi ! et une conclusion étonnante...que chacun trouve son Graal ;o)

Extrait :
"Ah, les francs-maçons ! Et dire que ça fait des siècles que vous faites croire au monde entier que vous détenez de prodigieux secrets."

Troisième but marqué par mon équipe pour la Coupe d'Europe des Livres 2016 !

Le bout du monde - Marc VICTOR

Editions JC Lattès
parution: 13 janvier 2016
400 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :
Étais-je encore en Afghanistan parce que je n’avais pas la moindre idée de ce que j’allais devenir ? Comment mettre de la distance entre moi et moi-même, alors que je vivais déjà aux confins du monde.

Pascal a ouvert un restaurant, Le Bout du Monde, à Kaboul. Hommes, femmes, voyageurs aux grandes causes et aux bagages trop lourds s’y retrouvent pour comploter, rire, boire, aimer, oublier…Mais après l’excitation des premières années, ne faut-il pas s’en aller encore ? Pascal passe de plus en plus de temps dans son minuscule bureau, à écouter les rumeurs du monde et à se souvenir de ses vies passées.
La disparition de son ami d’enfance, Corto, compagnon de toutes ses aventures, pourrait l’obliger à sortir de sa léthargie pour tenter de le retrouver.
Un roman empreint d’un mélange unique d’humour et de mélancolie, du souffle des grands voyages et des rêveries immobiles.

Marc Victor est le co-créateur de la série Kaboul Kitchen inspirée par sa vie en Afghanistan dans les années 2000. Il a été le premier lauréat comme jeune journaliste de la bourse Lagardère en 1990 pour une enquête sur les traces de Pol Pot en Thaïlande et au Cambodge.

Ce que j'en ai pensé :

Quand les chemins se séparent
A Kaboul, après que les talibans aient été chassés, Pascal, ancien reporter d'origine toulousaine, s'est improvisé patron d'un restaurant de luxe (« Le bout du monde » avec piscine, alcool et jolies filles) où se retrouvent tous les expatriés européens. Apprenant la disparition soudaine de Corto, son ami d'enfance, il se lance, depuis son canapé, entre deux boulettes d'opium et quelques coucheries, dans une enquête pour le retrouver et se remémore leurs souvenirs d'ados devenus journalistes puis baroudeurs. C'est d'ailleurs plus une introspection que va mener le narrateur, reprenant le fil d'une amitié commencée au collège et consolidée dans des voyages autour de la planète.

Une invitation au voyage
Avec une narration souvent languissante qui s'accorde parfaitement à l'état d'esprit un peu nonchalant de Pascal, ce récit qui déroule rêves et souvenirs, ferait presque oublier par son humour et son infinie tendresse, ce pays en guerre, noyé dans la poussière. Il offre une caricature des fonctionnaires et humanitaires en poste à Kaboul : un monde au bord de la décadence, un sentiment de fin du monde et d'abandon qui s'accorde parfaitement avec la conclusion d'une amitié.
Un roman envoûtant avec des personnages attachants, une parfaite réussite !

Mon article sur L'Express est ici !





Le même ciel - Ludivine RIBEIRO

éd JC Lattès - 3 février 2016 - 200 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :
Il y a la chaleur. La pinède. La mer. Des jardins moites et des papillons noirs. Et englués dans cette chaleur, six personnages vivant le même été.
Un homme nommé Lupo et son drôle de chien. Line, une adolescente que tout submerge. Tom, un petit garçon plein de questions. Enfin Nils et Tessa, un couple qui s’étourdit dans un tourbillon de fêtes.
Le frôlement de ces vies parallèles, sous le même ciel.
Une nuit, au cours d’une de ces fêtes, une blonde disparaît. Et cette disparition agit comme un détonateur, faisant remonter des choses enfouies… Qui est cette mystérieuse Vanina Silver ? Que fuit Lupo ? Quel est le secret de Tessa ?
Au cœur du livre il y a le temps, l’éphémère, la nostalgie, l’idée que tout s’évapore et que seule l’écriture peut empêcher ce désastre, capturer les fugitifs enchantements d’une vie, pour nous en restituer l’éblouissement à volonté.


Ludivine Ribeiro vit à Genève. Après avoir été journaliste, 
elle a été rédactrice en chef de plusieurs magazines.

Ce que j'en ai pensé :
Comment l'été peut-il être aussi léger et aussi pesant ? Que nous reste-t-il de l'été de nos 15 ans quand s'ouvrent tous les possibles et commencent toutes les désillusions ?

L'auteur explore, dans un premier roman à l'écriture très travaillée, les désespoirs et les désenchantements autour d'une poignée de personnages liés par le même lieu et la disparition de Vanina Silver.
C'est l'occasion d'explorer les failles de chacun, de Lupo qui aime les très jeunes filles et peint des nénuphars, de Tessa qui se perd dans les bras d'autres hommes pendant que le sien, Nils s'interroge et tente d'écrire un roman C'est aussi l'enfance et l'innocence qui s'étiolent, et un chien pas commun, Avocado Shrimp, témoin muet mais essentiel de cette évaporation sous le ciel d'été...

Un premier roman à découvrir, avec une narration riche d'images et de sensualité, une plume prometteuse ! 


Merci aux éditions JC Lattès qui m'ont permis cette lecture numérique
 

Crans Montana - Monica SABOLO

éd JC Lattès - 26 août 2015 - 240 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :
Dans les années 60, à Crans-Montana, une station de ski suisse, des garçons observent, de loin, trois jeunes filles qui les fascinent : les trois C. Chris, Charlie et Claudia. Elles forment une entité parfaite, une sorte de constellation. Claudia, cheveux blonds, hanches menues, sourire enjôleur. Chris, boucles brunes, peau mate, ongles longs comme des griffes. Charlie, cheveux noirs, petits seins, longues jambes. Pour ces garçons elles sont un rêve impossible. Pendant les vacances d’été ou d’hiver, sur les pistes, à la piscine ou dans les night-clubs ils les regardent, sans jamais les aborder. Les années passent. Leur souvenir les poursuivra, comme un amour fantôme.
Les voix des garçons, puis des filles déroulent les destinées d’une jeunesse, dorée en apparence, mais qui porte les secrets, les fautes et l’indifférence des générations précédentes. Durant près de trente ans, tous tenteront de toucher du doigt quelque chose de plus grand, l’amour, la vérité, ou simplement le sentiment d’exister. Mais des espoirs romantiques de l’adolescence à l’opulence glacée des années fric, la vie glisse entre leurs doigts.
Née à Milan, elle a grandi et fait ses études à Genève, 
passé ses vacances à Crans-Montana, avant de tout 
quitter pour travailler avec le WWF en Guyane, 
puis au Canada. Elle devient par la suite journaliste puis écrivain.

Ce que j'en ai pensé :
Reçu au courrier de ce midi, je n'ai pas tardé à lire ce roman ! J'avais envie de découvrir ce qui se passait dans ce recoin de Suisse, entre les années 1960 et aujourd'hui, dans une station de ski huppée où se fréquentent les jeunes de la bonne société. Et puis l'idée des secrets me rendait curieuse.
Je ne sais finalement pas si j'ai vraiment aimé ce roman ou pas. Autant j'ai adhéré à l'idée de ce groupe de filles, les 3 C., et celui des garçons amoureux mais qui ne prennent jamais le risque de les approcher (ce sont les narrateurs principaux), autant il m'a manqué un petit quelque chose : j'aurais aimé que les personnalités soient plus fouillées et que des secrets scandaleux expliquent cet étiolement d'une génération, hésitant entre conformisme et déliquescence, entre romantisme et course effrénée au fric. Les scandales sont à peine évoqués, effleurés, et cette superficialité m'a un peu gênée (elle correspond pourtant à l'atmosphère de discrétion feutrée de la Suisse et de la haute bourgeoisie).
Les personnages m'ont plu, les garçons en tout cas, pour leur émouvante fragilité et leurs incertitudes. Les filles, sublimes, sublimées, m'ont paru plus lointaines, moins dignes d'empathie.
Merci à Léa qui m'a envoyé ce roman :o) Son avis est là !

D'après une histoire vraie - Delphine de VIGAN

éd JC Lattès
26 août 2015
484 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

« Ce livre est le récit de ma rencontre avec L.
L. est le cauchemar de tout écrivain.Ou plutôt le genre de personne qu’un écrivain ne devrait jamais rencontrer.»

Dans ce roman, Delphine de Vigan raconte l’histoire d’une amitié. Séduction, dépression et trahison sont les trois temps de ce récit qui entraîne le lecteur dans les coulisses de la création, là où le doute, les apparences et les faux-semblants tendent un piège redoutable. Qui est le maître du jeu ?

« Tu sais parfois, je me demande s’il n’y a pas quelqu’un qui prend possession de toi. »

Née en 1966, Delphine de Vigan est romancière. Elle est notamment l’auteur 
de No et moi, des Heures souterraines (2009) et de Rien ne s’oppose à la nuit 
(2011), Prix Fnac, Grand prix des lectrices de Elle et Prix Renaudot des lycéens. Ses
livres sont traduits dans le monde entier.
Ce que j'en ai pensé :
Où s'arrête le Vrai, où commence la fiction pour un écrivain ? 

La narratrice (le double de l'auteur, même prénom, même succès après un roman-récit très personnel) se retrouve en panne d'écriture, fatiguée d'une promo intense, de débats avec les lecteurs et rencontre (fortuitement ?) une femme avec laquelle elle se découvre de multiples affinités.

Une femme surtout dont les manœuvres, les manigances (qui nous apparaissent tellement évidentes !) vont bouleverser la narratrice, la faire basculer, douter, la poussant à écrire le "Vrai", le roman intime caché, alors qu'elle a envie de fiction,de personnages "trafiqués", trompeurs, romanesques.  

Au-delà de l'autofiction (réelle ou pas ? finalement ce roman n'en finit pas poser cette question), on devine les errements de l'écrivain, sa recherche, son processus créateur (et dans celui-ci, le processus destructeur !), et l'ensemble, au rythme addictif, à l'angoisse prégnante, nous interroge sur ce qu'est un écrivain contemporain, sur les attentes du lecteur, sur la part de fiction dans le roman ou la part de réel dans la fiction.

J'ai adoré ce roman et je n'ai pas pu m'empêcher d'établir le parallèle avec celui d'Emilie Frèche, où le côté autofiction voyeuriste m'avait un peu gênée (la sensation ici n'est pas la même sans doute parce que l'analyse du contexte rend les choses différentes, l'auteur pouvant distancier la narration de son ressenti, on n'a moins l'impression d'avoir un regard impudique sur un journal intime), il s'agit d'emprise, de domination...

Finalement, ce roman, autobiographique ou pas, nous donne à comprendre ce qui fait un écrivain, dans la solitude, dans la quête d'une histoire, dans ce qu'il est possible d'en raconter, vrai ou romancé, et Delphine de VIGAN excelle elle-aussi dans l'art de la manipulation, nous enchaînant, page après page, à cette histoire, à ce thriller psychologique ! 

A noter aussi, une incursion dans la bibliothèque de la narratrice où l'on retrouve avec plaisir ses lectures (Modiano, Adam, Desarthe, Gallay, des auteurs américains...).

Extraits :
"A cet instant précis, j'ai pensé cela : de certains mots, de certains regards, on ne guérit pas. Malgré le temps passé, malgré la douceur d'autres mots et d'autres regards." 


" Et c'est peut-être pour ça que le livre vous a touchée. Nous sommes tous des voyeurs, je vous l'accorde, mais au fond, ce qui nous intéresse, nous fascine, ce n'est peut-être pas tant la réalité que la manière dont elle est transformée par ceux qui essayent de nous la montrer ou nous la raconter. C'est le filtre posé sur l'objectif. En tout cas, que le roman soit certifié par le réel ne le rend pas meilleur. (...) Je suis presque certaine que vous, nous, lecteurs, tous autant que nous sommes, pouvons être totalement dupes d'un livre qui se donnerait à lire comme la vérité et ne serait qu'invention, travestissement, imagination."