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Les filles au lion - Jessie BURTON

Editions Gallimard - Collection du Monde Entier
Parution : 9 mars 2017
Titre original : The muse
Traduction : Jean Esch
496 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

En 1967, cela fait déjà quelques années qu’Odelle, originaire des Caraïbes, vit à Londres. Elle travaille dans un magasin de chaussures mais elle s’y ennuie, et rêve de devenir écrivain. Et voilà que sa candidature à un poste de dactylo dans une galerie d’art est acceptée ; un emploi qui pourrait bien changer sa vie. Dès lors, elle se met au service de Marjorie Quick, un personnage haut en couleur qui la pousse à écrire.
Elle rencontre aussi Lawrie Scott, un jeune homme charmant qui possède un magnifique tableau représentant deux jeunes femmes et un lion. De ce tableau il ne sait rien, si ce n’est qu’il appartenait à sa mère. Marjorie Quick, à qui il soumet la mystérieuse toile, a l’air d’en savoir plus qu’elle ne veut bien le dire, ce qui pique la curiosité d’Odelle.
La jeune femme décide de déchiffrer l'énigme des Filles au lion. Sa quête va révéler une histoire d’amour et d’ambition enfouie au cœur de l’Andalousie des années trente, alors que la guerre d’Espagne s’apprête à faire rage. 

(autres couvertures)

 Ce que j'en ai pensé :

Après Miniaturiste et sa Hollande sombre et glaciale, Jessie Burton pose sa plume entre Andalousie lumineuse et Londres enfiévrée pour Les filles au lion. On pourrait dire "pose son pinceau" puisque le roman parle d'un mystérieux tableau surgi du passé et tant la prose est fine et délicate, restituant avec soin l'Espagne des années 30 et Londres à la fin des années 1960.

« (...) en tendant l'oreille, vous pouviez entendre les articulations d'un scarabée qui cheminait entre les racines des maïs.
Des collines provenaient la musique sourde des cloches des chèvres, qui venaient étouffer ces bruits plus légers en descendant parmi les éboulis, à travers le voile de chaleur. Les abeilles, assoupies par les grosses têtes plates des fleurs, les voix des fermiers qui s'appelaient, les arpèges des oiseaux qui jaillissaient des arbres. Une journée d'été fait tellement de bruit, quand vous demeurez totalement silencieux. »

L'art est d'une certaine façon le point commun de ces deux romans, mais ce sont surtout les femmes, une nouvelle fois, qui sont à l'honneur. Femmes fortes bien que soumises à l'homme ou aux diktats sociaux : l'héroïne londonienne est une jeune exilée caribéenne qui se rêve écrivain (mais doit avant tout lutter contre la précarité et le racisme) et Olive, la jeune fille peintre, réfugiée en Espagne, cache son talent original derrière une imposture.

«  Qui peignait ainsi ? Une fille de dix-neuf ans dans son pyjama d'internat ? Qui connaissait de telles couleurs, qui pouvait s'emparer du paysage dans lequel elle venait d'arriver et en faire quelque chose de plus beau, de plus fort, plus éclatant que le soleil qui envahissait la pièce ? »

Le roman croise donc deux histoires, deux personnalités, deux destins peu ordinaires et Jessie Burton confirme un immense talent. Certes, le fond est parfois romanesque, mais le livre interroge aussi sur la création artistique, sur les difficultés d'être une femme artiste, sur les préjugés et sans être féministe, sur la position de la femme.

«  J'ai vu ce que le succès fait aux gens, comment il les éloigne de leurs impulsions créatrices, comment il les paralyse. Ils ne peuvent plus faire autre chose que d'horribles répliques de ce qu'ils ont déjà fait, car tout le monde a un avis sur ce qu'ils sont et ce qu'ils devraient être. »

NB : Comme me le fait remarquer Electra, j'ai oublié de préciser : j'ai beaucoup beaucoup aimé ce roman ! Parce qu'il est remarquablement bien écrit (un mélange de simplicité et de profondeur peu communs), parce que j'ai eu l'impression que 'auteur livrait un peu d'elle-même (notamment sur les effets pervers de la célébrité et de la "pression" quand il s'agit de faire une "nouvelle" œuvre quand la première a été un succès fou), parce qu'on y parle des femmes sans le militantisme (que je trouve ridicule) des chiennes-de-garde, parce qu'il y a des personnages forts (j'ai profondément aimé Marjorie Quick), parce qu'il y est aussi question de passions (amoureuses, artistiques, révolutionnaires).

A lire pour comprendre peut-être les mots cachés dans ce roman, le blog de l'auteur :
  http://www.jessieburton.co.uk/blog.html
  

Miniaturiste - Jessie BURTON

éd Gallimard - 26 mars 2015 - 512 pages
Titre original : The miniaturist
traduction : Dominique Letellier
Ce qu'en dit l'éditeur :
Nella Oortman n’a que dix-huit ans ce jour d’automne 1686 où elle quitte son petit village pour rejoindre à Amsterdam son mari, Johannes Brandt. Homme d’âge mûr, il est l’un des marchands les plus en vue de la ville. Il vit dans une opulente demeure au bord du canal, entouré de ses serviteurs et de sa sœur, Marin, une femme restée célibataire qui accueille Nella avec une extrême froideur. En guise de cadeau de mariage, Johannes offre à son épouse une maison de poupée, représentant leur propre intérieur, que la jeune fille entreprend d’animer grâce aux talents d’un miniaturiste. Les fascinantes créations de l’artisan permettent à Nella de lever peu à peu le voile sur les mystères de la maison des Brandt, faisant tomber les masques de ceux qui l’habitent et mettant au jour de dangereux secrets. 
S’inspirant d'une maison de poupée d’époque exposée au Rijksmuseum d’Amsterdam, Jessie Burton livre ici un premier roman qui restitue avec précision l’ambiance de la ville à la fin du XVIIe siècle. Au sein de ce monde hostile, où le pouvoir des guildes le dispute à l'intransigeance religieuse et à la rigueur morale, la jeune Nella apparaît comme une figure féminine résolument moderne. Œuvre richement documentée et conte fantastique, Miniaturiste est un récit haletant et puissant sur la force du destin et la capacité de chacun à déterminer sa propre existence. 


 Jessie Burton est née en 1982 en Angleterre. Après avoir 
été actrice et assistante à la City de Londres, elle a écrit Miniaturiste,
 traduit depuis sa parution dans 34 langues.


Ce que j'en ai pensé :
Avec ce roman intimiste, Jessie Burton nous plonge dans Amsterdam au 17ème siècle, époque où les riches marchands négocient par-delà les mers les épices et soieries si précieux dans leurs nombreuses colonies.
Par le truchement de cette maison de poupée offerte en cadeau par Johannes à sa toute jeune épouse, c'est un microcosme hollandais, rigoriste, traditionaliste, qu'on découvre, dans une ville où il ne fait pas bon être différent, se distinguer par ses mœurs. Une belle-sœur non mariée, un nègre affranchi dans une cité de blonds aux yeux bleus, un époux franchement porté sur les garçons, et tout un tas de secrets qu'il vaut mieux abriter derrière les murs de sa maison. Jusqu'à ce que la maison de poupée semble prendre vie, révéler les choses tues, deviner (prophétiser ?) les évènements dramatiques à venir...
J'ai succombé au charme de ce premier roman (quelle maîtrise pourtant du sens dramatique, du mystère !) dès les premières pages et je n'ai pu le refermer avant d'en connaître la fin ! J'ai aimé l'ambiance néerlandaise guindée de cette fin de 17ème siècle, les personnages atypiques et attachants, le mystère qui entoure l'identité du manufacturier de miniatures. 
Je plussoie les bonnes critiques lues ici ou là, je me suis régalée !