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Un ciel si bleu - TC BOYLE

 

Editions GRASSET

Parution : 7 février 2024

Traduction : Bernard TURLE

528 pages



Ce qu'en dit l'éditeur :

Cat vient de  s’installer en Floride avec son fiancé dans une magnifique maison sur la plage. Pourtant, elle s’ennuie. Un jour, sur un coup de tête, elle achète un des serpents les plus dangereux au monde, un python birman. De l’autre côté du pays, en Californie, c’est un tout autre achat qu’effectue sa mère Ottilie  : de plus en plus sensible à son empreinte écologique, elle franchit un pas supplémentaire vers l’autonomie alimentaire et le recyclage des déchets en se dotant d’un réacteur à criquets. Son fils, Cooper, biologiste spécialisé dans les insectes, n’est pas étranger à ce choix. Mais alors que celui-ci accompagne sa petite amie à la recherche de tiques, il se fait piquer.

Ces choix spontanés et petits incidents vont entraîner une chaîne d’événements dévastatrice qui, depuis le microcosme de la cellule familiale, va s’insérer dans un contexte général de crise climatique. Aucun membre de la famille n’en sortira indemne. Car en Californie comme en Floride, on ne vit plus, on tente de survivre. Quand on ne meurt pas de chaud, c’est l’ensemble des insectes de la planète qui sont retrouvés morts. Les alligators rodent dans les rues inondées, le vent attise les flammes qui menacent d’engloutir les habitations au milieu de la nuit – à moins que ce ne soit l’océan qui finisse par les avaler.

Avec cette fresque environnementale pré-apocalyptique doublée de comédie noire, T.C. Boyle fait montre de toute sa maîtrise – et sa férocité – pour raconter l’accélération des catastrophes écologiques et intimes qui en découlent.

 

Ce que j'en ai pensé :

Apéro-sauterelles ce soir ? Vous êtes prévenus : par les temps qui courent, avec le changement climatique, il va falloir s'adapter ou mourir...

Il va surtout falloir trouver un endroit à peu près vivable, loin des méga-feux, loin des océans qui débordent, et loin de tout un tas de bestioles pas sympas qui ont l'air d'avoir décidé que la nature allait reprendre ses droits. Les tiques, termites et serpents sont bien plus résistants que les papillons ou que les abeilles...

En 2018, je m'étais régalée en découvrant « Les terranautes » du même auteur, et là, encore une fois, j'ai apprécié le ton de ce roman pré-apocalyptique, l'humour sous-jacent malgré les horreurs racontées, et ce portrait caustique de l'Amérique matérialiste et auto-centrée face à l'inéluctable.

C'est à la fois tragique et cocasse, le rythme est enlevé, addictif et c'est encore un très bon cru ! TC Boyle réussit le tour de force de donner un peu d'espoir dans un tableau bien noir.

Comme s'il y avait la moindre chance que manger des grillons sauve de la catastrophe qui se dessine…

L'élégant - Barthélémy DESPLATS

 

Editions Grasset

Parution : 9 juin 2021

180 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Biarritz était devenu le lieu de rendez-vous d’Antoine et son père. L’un aimait surfer, et l’autre le regardait. Leur histoire commune, fragilisée par l’éloignement et la rancœur, se reconstruisait grâce à ces moments passés dans le Sud-Ouest.


Mais cette année-là, les tempêtes de printemps ferment les terrasses et bousculent l’Océan autant que leurs habitudes. Brusquement, ils décident de prendre la route qui les mènera en Espagne et jusqu’à Nazaré, au Portugal, surfant sur leurs souvenirs et remontant le temps. Nostalgique et électrique, ce parcours imprévu leur réserve des rencontres et des révélations. Entre pudeur et humour, Antoine et son père apprennent à se connaître et à se parler. À la fin du voyage, le destin s’accélère, et ce périple initiatique devient celui de toute une vie.


Rythmé par la beauté des paysages et la puissance des sentiments, ce texte est l’aventure d’un fils qui devient un homme, et d’un homme qui devient un père.

 

 

Ce que j'en ai pensé :

C'est toujours douloureux de faire une croix sur son enfance, de perdre son père. On se donne l'illusion de contrôler la situation, de dominer le monde et le verdict, inéluctable tombe.

L'élégant, c'est le père d'Antoine, entre sessions de golf, pulls cachemire, divorces et whisky. Une vie entre l'Afrique, la Bretagne et la côte basque, là où il retrouve son fils, de temps en temps..

Un premier roman qui , entre nostalgie et moments de grâce, tend un fil entre ce père et ce fils que la vie a éloignés l'un de l'autre, entre frustrations et désintérêt.

Une balade douce et triste de Biarritz à Nazaré au Portugal, prétexte de retrouvailles, de lien à reconstruire.

C'est tendre et beau, c'est une belle déclaration d'amour d'un fils à son père qui sait être en train de mourir.

Bilan de Mai 2020

Bien, bien...

Je suis bien embêtée : l'envie de rédiger des billets de lecture ne revient pas. Ça se complique.

Mais, notez que je fais l'effort (sic), avec presque 10 jours de retard, de venir poser un bilan mensuel.



Douze livres, romans et essais, aucun polar ce mois-ci !

Il y a eu du très bon, du pas mal mais aussi une déception.


J'ai adoré :


* Tant qu'il y aura des cèdres, Pierre JARAWAN, Editions Héloïse d'Ormesson

Un excellent roman que je recommande (et que je relirai !).


J'ai beaucoup aimé :


* Nouvel an, Juli ZEH, Editions Actes Sud

Parce que Lanzarote et un secret de famille.


* Dehors, la tempête, Clémentine MELOIS, Grasset

Un essai sur la littérature, le langage, les mots, toujours un peu décalé !


* Loin, Alexis MICHALIK, Editions Albin Michel

Même si la première partie m'a un peu agacée !


* Giono, furioso, Emmanuelle LAMBERT, Editions Stock

Un point de vue intéressant et quelques "mythes" revus sur cet auteur...


* De la forêt, Bibhouti Bhoushan BANERJI, Editions Zulma

Une ré-édition d'un roman indien qui offre un beau regard sur l'écologie.


* Un automne de Flaubert, Alexandre POSTEL, Editions Gallimard

Savoureux, instantané instructif !


* Que sont nos amis devenus ? Antoine SENANQUE, Grasset

Lecture sympa, personnage attachant.


J'ai moins aimé :


* Hugo Pratt, trait pour trait, Thierry THOMAS, Editions Grasset

Ça manquait de peps, selon moi...


* Comme des frères, Claudine DESMARTEAU, Editions Iconoclaste

La fin m'a paru manquer de saveur !


* Petit traité de philosophie naturelle, Kathleen DEAN MOORE, Editions Gallmeister

Quelques "nouvelles" m'ont plu, mais je me suis lassée...


La déception :


* Les méduses, Frédérique CLEMENÇON, Editions Flammarion

Je suis passée à côté de ce roman, sans m'en expliquer la raison.


***

Et de votre côté, ça a donné quoi ?


Disparaître - Mathieu MENEGAUX

Editions Grasset
Parution : 8 janvier 2020
216 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Une jeune femme met fin à ses jours à Paris, dans le XVIII° arrondissement.

Un homme est retrouvé noyé sur une plage, à Saint-Jean Cap Ferrat, sans que personne soit en mesure de l’identifier  : le séjour en mer l’a défiguré, et l’extrémité de chacun de ses doigts a été brûlée.

Quel lien unit ces deux affaires  ? Qui a pris tant de soin à préserver l’anonymat du noyé, et pour quelles raisons  ? Qu’est-ce qui peut pousser un homme ou une femme à vouloir disparaître  ?

Avec ce roman impossible à lâcher, Mathieu Menegaux rejoint ceux qui pensent que les histoires d’amour finissent mal, en général.

Ce que j'en ai pensé :

Pourvu que toutes les histoires d'amour ne finissent pas aussi mal !! 

J'ai plongé dans celle-ci sans trop me poser de questions : outre que j'apprécie beaucoup la plume de Mathieu Menegaux et ce roman, aux airs de polar (deux morts sans lien, mais..) avait tout pour me plaire ..

Et m'a beaucoup plu !!

Parce que même si j'ai deviné assez vite les tenants et aboutissants de ce roman-polar, j'en ai aimé la construction, et surtout, la fine psychologie des personnages dont aucun n'est caricatural, surjoué.

Comme toujours avec Mathieu Menegaux, tout est dans la suggestion, et cet opus interroge nos rapports à l'autre, à notre place dans le monde, aux réseaux sociaux, au "Big Brother".

Comment disparaître aujourd'hui ? (et comment ne pas être fiché et tracé dans nos moindres faits et gestes ?)

Le procès du cochon - Oscar COOP-PHANE

Editions Grasset
Parution : 9 janvier 2019
128 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :


Dans un village et un temps reculé, un monstre croque la joue et l’épaule  d’un bébé laissé quelques instants seul par sa mère, puis repart tranquillement vers la forêt. Il est bientôt rattrapé par une horde d’hommes décidés à le tuer, mais dans le monde des hommes, la justice, comme la mort, se rendent au tribunal. Même si le monstre en question est un cochon qui n’a ni conscience ni parole pour se défendre. Peut-on se faire entendre sans mots  ? Les gendarmes l’embarquent donc et le jettent en prison, avant son grand procès.


Ce que j'en ai pensé :

J'ai lu ce très court roman il y a déjà presque trois semaines et je me demande encore quoi en dire...

Si le sujet me tentait beaucoup, parce qu'original, si la narration est plutôt bien menée, déroulant son lot d'images (on ne sait parfois pas très bien si "le cochon" est un animal), je n'ai pas été enthousiasmée.

Il m'a manquée quelque chose, sans doute un peu de rythme : malgré ses 128 pages, ce livre m'a parfois semblé un peu long, pas si divertissant (j'attendais sûrement plus de cocasserie).


Tant pis !

Une année de romans


C'est l'heure des bilans ! 

Je n'ai pas pu résisté à reprendre le questionnaire vu chez Jérôme , chez The Autist Reading et chez Hop sous la couette pour balayer mon année en livres !

J'ai clairement moins lu qu'en 2018 (140 livres en 2018 contre 170 en 2017) et j'ai eu aussi beaucoup moins de coups de cœur (trop d'attentes déçues)..

140 livres et 346 600 pages environ !

Moitié romans (67 dont 19 premiers romans), moitié polars (65, l'ambiance n'est donc pas si noire !), et quelques récits et documents.

Seulement 47 romans écrits en langue française parmi mes lectures qui pourtant m'ont emmenée au bout du monde (26 livres se déroulent sur le continent américain, 10 en Afrique - au sens large-, 11 ailleurs en Europe et 7 dans les pays nordiques).


1) Ma 1ère lecture de l'année ?
(et une très bonne surprise !)

Community - Estelle NOLLET - Editions Albin Michel

 2) Le livre le plus bref que j'ai lu ?
(96 pages avec beaucoup d'humour) 
 
 Bambi bar - Yves RAVEY - Editions de Minuit

3) Le livre le plus dépaysant ?
(et qui aurait mérité plus de visibilité)

Un océan, deux mers, trois continents - Wilfried N'SONDÉ - Editions Actes Sud

 4) La plus belle couv' de l’année ?
(et aussi un très beau conte)

Salina, les trois exils - Laurent GAUDÉ - Editions Actes Sud

 5) Un nouvel auteur découvert cette année ?  
(et une très jolie surprise !)

La vraie vie - Adeline DIEUDONNÉ - Editions de l'iconoclaste

 6) Le livre dont l’écriture m’a éblouie ?
(étonnant !)

Frère d'âme - David DIOP - Editions du Seuil

 7) Le meilleur personnage de l’année ?
(sacrée nana !!)

Alex- Pierre LEMAITRE - Editions Le livre de poche


 8) Le livre que j’attendais le plus ?
(et qui a répondu à mes attentes !)

Juste après la vague - Sandrine COLLETTE - Editions Denoël


 9) Le livre le plus déstabilisant ?
 (pour tout un tas de raisons !)

Est-ce ainsi que les hommes jugent ? - Mathieu MÉNEGAUX - Editions Grasset

 10) Le livre le plus inattendu ?
(parce que je n'aurais pas pensé relire ce classique plein de fantaisie, et que j'en suis ravie !)

Mon chien Stupide - John FANTE - Editions 10/18

 11) Le livre que j’ai enfin lu ?
(pour lire sa suite aussitôt après !) 
 
Au revoir là-haut - Pierre LEMAITRE - Editions Albin Michel

 12) Mon plus gros pavé ?
(et ce sont deux polars !)

en poche :
Lontano - Jean-Christophe GRANGÉ - Editions du Livre de Poche (non chroniqué) - 960 pages

en broché grand format :
Signe de vie  - José RODRIGUES DOS SANTOS - Editions Harper Collins - 704 pages

 13) Le livre le plus émouvant ?
 (je n'ai pas lu grand chose qui m'ait vraiment émue cette année...)

Le paradoxe d'Anderson - Pascal MANOUKIAN - Editions du Seuil

 14) Le livre le plus drôle ? 
(et qui fait réfléchir tout de même !)

Ecoute - Boris RAZON - Editions Stock

15) Le livre qui m’a appris quelque chose que j’ignorais totalement ?
(sur l'origine de la danse de St Guy)

Entrez dans la danse - Jean TEULÉ - Editions Julliard

 16) Ma dernière lecture de l’année ?
(et un auteur que je ne pensais pas lire un jour !)

L'empire des loups - Jean-Christophe GRANGÉ - Editions Le livre de poche 
(non chroniqué) 

 17) Le plus beau titre de l’année ?
(parce que, ce poème d'Aragon, chanté par Bernard Lavilliers :
" C'était un temps déraisonnable
On avait mis les morts à table
On faisait des châteaux de sable
On prenait les loups pour des chiens
Tout changeait de pôle et d'épaule
La pièce était-elle ou non drôle
Moi si j'y tenais mal mon rôle
C'était de n'y comprendre rien"
)

Prendre des loups pour des chiens - Hervé Le Corre - Editions Rivages


 18) Le meilleur recueil de nouvelles de l’année ?
(parce que c'est surtout le seul lu en 2018 - et qu'il est super bien !)

J'aurais voulu être égyptien - Alaa EL ASWANY - Editions Actes Sud

 19) Le livre le plus ennuyeux de l’année ?
 (aurait pu postuler dans la rubrique suivante !)

Le cœur converti - Stefan HERTMANS - Editions Gallimard

 20) Le plus gros raté de l’année ?
 (lu dans le cadre du Prix Elle, la daube ultime en matière de polar !)

Défaillances - B.-A. PARIS - Editions Hugo Thriller


 21) Le meilleur livre de l’année ?
(parce que Khadra, parce que ça dérange nos préconçus) 

Khalil - Yasmina KHADRA - Editions Julliard

-**-
Et vous ? Votre bilan ?
(clic sur les titres pour lire les chroniques)

Carnaval noir - Metin ARDITI

Editions Grasset
Parution : 16 août 2018
400 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Janvier 2016  : une jeune étudiante à l’université de Venise est retrouvée noyée dans la lagune. C’est le début d’une série d’assassinats dont on ne comprend pas le motif. Elle consacrait une thèse à l’une des principales confréries du xvie siècle, qui avait été la cible d’une série de crimes durant le Carnaval de Venise en 1575, baptisé par les historiens «  Carnaval noir  »…
Cinq siècles plus tard, les mêmes obscurantistes qui croyaient faire le bien en semant la terreur seraient-ils toujours actifs  ? Bénédict Hugues, professeur de latin à l’université de Genève, parviendra-t-il à déjouer une machination ourdie par l’alliance contre-nature d’un groupuscule d’extrême droite de la Curie romaine et de mercenaires de Daech, visant à éliminer un pape jugé trop bienveillant à l’égard des migrants  ?
À croire que l’Histoire se répète éternellement, que le combat entre le fanatisme et la raison n’en finit jamais, et que la folie des hommes est sans limite…

Dans ce roman riche de suspense, de passion et de savoir, Metin Arditi se révèle, une fois encore, un conteur exceptionnel.


Ce que j'en ai pensé :

Je me suis d'abord un peu emmêlé les crayons avec les personnages, mais j'ai vite compris que le roman allait me plaire parce qu'il empruntait des chemins que je fréquente :  un vieux manuscrit et un tableau disparu, quelques décès suspects pour pimenter l'affaire, un anti-héros et ses histoires de famille...

Erudit, ce roman met en parallèle deux époques et fait s'entremêler les mêmes enjeux : conquérir le pouvoir, éradiquer les sectes hérétiques, manipuler l'opinion sur le sujets des migrations (les juifs au XVème siècle, les réfugiés aujourd'hui) et démontrer l'absolue domination de l'église catholique (et si, elle essayait de "nourrir" la détermination des terroristes musulmans pour rassembler plus de croyants autour d'elle ?).

Le personnage principal est atypique (latiniste, rejeté par les siens -son père, son frère, son fils-, perdu dans sa timidité) et donne tout son charme à ce roman historique, bien mené, dont l'intrigue rebondit sans tomber dans le piège du suspens capillotracté à la Dan Brown et qui offre un romanesque bienvenu !

Une belle lecture et un auteur vers lequel je reviendrai !

Les terranautes - TC BOYLE

Editions Grasset - Collection En lettres d'encre
Parution : 28 mars 2018
Titre original : The terranauts
Traduction : Bernard Turle
592 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Que se passe-t-il quand on enferme huit scientifiques – quatre hommes et quatre femmes – pendant deux ans dans une gigantesque biosphère sous verre, plantée quelque part dans l’immensité de l’Arizona pour tester la résistance de l’être humain et sa capacité à vivre en autarcie ?  T.C. Boyle pose son regard caustique sur cette expérimentation réellement mise en place aux Etats-Unis dans les années 90 pour recréer une comédie humaine sous une loupe grossissante. On apprend à se jauger, à s’appréhender  ou s’éviter. Les complicités se font et se défont, les amitiés naissent et les haines, parfois, explosent. Il faut tenir, car rien ne doit ni entrer ni sortir,  et faire parfois le spectacle pour les sponsors du projet. Mais que faire quand la faim, le désir et le sexe s’invitent dans la bulle  ?
 
T.C. Boyle nous plonge ici dans un huis clos infernal. Son humour est plus féroce et plus efficace que jamais
.


 Le "Biosphere 2 project" en Arizona (photo Times)


Ce que j'en ai pensé :

C'est un sacré pavé, ce roman ! 

Pourtant, les 592 pages défilent en un rien de temps tant l'histoire est fascinante. TC Boyle s'est inspiré d'une réelle expérience : 4 hommes et 4 femmes, "enfermés" pour 2 ans dans une bulle et qui doivent gérer l'auto-subsistance et surtout la cohabitation !

C'est une alternance de points de vue, ceux  de Dawn, Ramsay et Linda ; c'est 3 visions d'une même aventure qui dessinent 3 caractères, 3 manières d'anticiper ce qu'est cette expérience hors-normes.

Et si d'abord, Ramsay apparait comme manipulateur, les pages délivrent une autre vérité, celle de l'abnégation ou de l'absolue implication de Dawn, celle de Linda toute en jalousie, dépit et amertume...

C'est simplement fascinant (tant par les descriptions de la vie dans cette bulle, que dans l'analyse des psychologies, et surtout des egos) ça n'est jamais trop long, et le plus incroyable, c'est qu'on aimerait que TC Boyle nous en raconte un peu plus !

J'ai aimé tous les personnages "enfermés de leur plein gré", pour leurs faiblesses, leurs espoirs infinis, leur idéologie, j'ai évidemment détesté les initiateurs du projet, les manipulateurs façon gourou.

J'ai aimé le contexte de ce roman de l'enfermement, toutes les dérives qu'il exploite (manque de nourriture, de distraction, de sexe, d'ouverture sur autrui - à huit seulement dans une bulle pendant 2 ans, on doit effectivement avoir besoin de meilleure compagnie et les tensions s'exacerbent !!).

J'ai aimé Eve, le "grain de sable" qui, dans toute son innocence, fait tout basculer et remet les pendules à l'heure, révélant les vrais enjeux de cette expérience !

Un roman pas ordinaire mais que j'ai vraiment beaucoup aimé !!

Est-ce ainsi que les hommes jugent ? - Mathieu MENEGAUX

Editions Grasset
Parution : 2 mai 2018
234 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Une journée particulière. Gustavo, père de famille, directeur financier, doit effectuer une présentation importante devant l’état-major de sa multinationale. Des mois de préparation, un tournant pour sa carrière.
 
Au lieu de l’heure de gloire espérée, la police faire irruption à son domicile, à l’aube. Perquisition, accusation d’homicide volontaire, indices concordants, Gustavo va être placé en garde à vue et traité sans ménagement. Heures sombres, qui vont déstabiliser un cadre supérieur sans histoires et le conduire à redouter le pire pour son avenir.
 
Son épouse Sophie va mobiliser son réseau et son énergie pour démontrer l’innocence de son mari et préserver leurs deux garçons des conséquences dévastatrices de cette mise en cause.
 
Mais comment rétablir la balance de la justice dans un univers gouverné par l’émotion et la recherche immédiate d’un coupable  ?
 
Avec un style direct et tendu, Mathieu Menegaux nous livre un roman haletant, une plongée en apnée dans le monde de l’injustice.


Ce que j'en ai pensé :

 Tout concorde pour faire de Gustavo le coupable, les indices matériels sont là, l'intime conviction du commandant de police Michel Defils aussi. On tient enfin ce type blond, vêtu d'une veste en jean et conduisant une Renault Mégane, qui après avoir raté l'enlèvement de Claire Dalmas, tue son père en le renversant sur un parking de supermarché.
La machine policière est en route, et à mesure que les heures de garde-à-vue s'enchaînent et que Gustavo, abasourdi par la violence de la situation, s'apprête à avouer un crime qu'il n'a pas commis, un détail permet d'assurer son innocence et son alibi...

Sauf que...ce sont les réseaux sociaux qui prennent le relais, alimentés par les accusations de Claire Dalmas. Des réseaux qui accusent, hurlent, appellent  à la vengeance, au jugement, condamnent !

Quand le quidam lambda se substitue à la justice, quand les hommes réinventent le pouvoir du lynchage populaire, se font justice eux-même sans connaître le moindre détail de l'instruction...
Une plongée abyssale dans l'absolue horreur des vengeurs cachés derrière leurs écrans, une descente aux enfers qui n'épargne personne, un engrenage fatal, la parodie de jeux de cirque où la populace va décider de la vie du condamné, sans se préoccuper d'empathie ni de présomption d'innocence !

Lu en une toute petite matinée, et sous le charme, une fois encore de l'écriture directe et incisive, maniant la tension narrative de cet auteur que je vais suivre d'encore plus près !

Les rêveurs - Isabelle CARRÉ

 
Editions Grasset
Parution : 10 janvier 2018
304 pages
Prix RTL LIRE 2018

Ce qu'en dit l'éditeur :

«On devrait trouver des moyens pour empêcher qu’un parfum s’épuise, demander un engagement au vendeur – certifiez-moi qu’il sera sur les rayons pour cinquante ou soixante ans, sinon retirez-le tout de suite. Faites-le pour moi et pour tous ceux qui, grâce à un flacon acheté dans un grand magasin, retrouvent l’odeur de leur mère, d’une maison, d’une époque bénie de leur vie, d’un premier amour ou, plus précieuse encore, quasi inaccessible, l’odeur de leur enfance… »   I. C. 
 
Quand l’enfance a pour décor les années 70, tout semble possible. Mais pour cette famille de rêveurs un peu déglinguée, formidablement touchante, le chemin de la liberté est périlleux. Isabelle Carré dit les couleurs acidulées de l’époque, la découverte du monde compliqué des adultes, leurs douloureuses métamorphoses, la force et la fragilité d’une jeune fille que le théâtre va révéler à elle-même. Une rare grâce d’écriture.

Ce que j'en ai pensé :

J'aime beaucoup Isabelle Carré en tant qu'actrice (Elle m'a tellement épatée dans Maman est folle, téléfilm inspiré de A l'abri de rien, le roman d'Olivier Adam !) , je le trouve juste et émouvante, un brin fragile. Mais je ne suis pas fan des livres "écrits" par des "people"...
Autant dire que j'étais à la fois curieuse et circonspecte avant la lecture de ce premier roman très autobiographique !

Pourtant, j'ai trouvé une jolie plume, pudique et souvent poétique, qui se délivre et qui se livre, qui murmure, résonne pourtant. Il y a du talent pour le verbe chez Isabelle Carré, c'est tout en retenue et pourtant parfois brut, des confessions qui étonnent, qui la font être autre chose qu'une icône de cinéma. 

Même si la construction peut sembler brouillonne, sautant allègrement d'une époque à l'autre (de sa défenestration à la découverte de l'homosexualité refoulée de son père, de son internement en psychiatrie à la passion soudaine de sa mère pour la poterie), on s'attache à ces mots pleins de tendresse, sans nostalgie, des mots qui montrent avec bonheur qu'on peut "survivre" dans une famille dysfonctionnelle et aller vers ses rêves.

Belle découverte dans le cadre du Prix des Lectrices ELLE 2018 !

" Notre univers avait la texture d'un rêve, oui, une enfance rêvée, plutôt qu'une enfance de rêve" (page 62)
 

Le jour d'avant - Sorj CHALANDON

Editions Grasset
Parution : 16 août 2017
336 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

«  Venge-nous de la mine  », avait écrit mon père. Ses derniers mots. Et je le lui ai promis, poings levés au ciel après sa disparition brutale. J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, parti en paysan. Venger ma mère, esseulée à jamais. J’allais punir les Houillères, et tous ces salauds qui n’avaient jamais payé pour leurs crimes.

cérémonie en l'honneur des morts de la fosse 3-3 bis dite Saint-Amé le 27/12/1974

Ce que j'en ai pensé :


Sorj Chalandon, chaque fois que je lis, je m'interroge ! Comment cet écrivain fait-il pour me retourner le coeur ? Cette fois, j'y allais un peu à reculons, pas trop envie de me frotter à cette histoire de mineurs sans pouvoir me l'expliquer. Et puis...

Je me suis laissée entraîner par cette histoire où un gamin, par amour pour son frère, décide de le venger en tuant le contremaître qui n'a pas assuré la sécurité des hommes qu'il envoyait au fond du puits de mine. 

42 morts +1.

Sauf que...

Sorj Chalandon offre un rebondissement étonnant à ce récit, plonge le lecteur dans le doute et la perplexité, rebat les cartes de son poker-menteur ! Et en profite pour interroger sur la responsabilité, sur le remords, la justice, la vérité et nos petits arrangements de conscience, offrant un personnage extraordinairement complexe.

Une parfaite réussite, une lecture en apnée (et j'avoue, quelques larmes...)

"Tu sais quoi ? disait mon père. Tu n'iras pas au charbon,tu iras au chagrin."