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Des livres pour l'été


L'été à la plage, à la montagne, à la campagne ou sans partir de chez soi ?
C'est parfois l'occasion de lire beaucoup plus que le reste de l'année et quelquefois l'inspiration manque : saisir le premier livre en tête de gondole au supermarché ou se laisser guider par d'autres conseils, moins mercantiles ?

Si vous avez loupé la rentrée littéraire de septembre 2015 ou celle de janvier 2016, il est encore temps de rattraper quelques lectures ! Sur le blog, il suffit de piocher ici (clic) ou (clic) ! 


Pour sortir (peut-être) un peu des sentiers battus et des récentes parutions, voici quelques bouquins issus de ma bibliothèque - au format poche - et dont le titre fait référence à l'été, au soleil ou à la mer :


Ceux chroniqués sur le blog : (clic sur le titre)



De là, on voit la mer - Philippe BESSON


Le soleil à mes pieds - Delphine BERTHOLON

La solitude des soirs d'été - Anaïs JEANNERET

Pour les autres, il suffit de fouiller sur le net pour trouver résumés et critiques ;o)

Une contrée paisible et froide - Clayton LINDEMUTH

éditions du SEUIL - collection Policiers
Parution : Septembre 2015
Titre original : Cold quiet country
Traduit par Brice MATTHIEUSSENT

Ce qu'en dit l'éditeur :
Hiver 1972. Bittersmith, bled perdu du Wyoming.
Burt Haudesert gît dans sa grange, la gorge transpercée par une fourche.
Pour le shérif, un seul coupable possible : Gale G’Wain, garçon de ferme orphelin venu d’ailleurs. Pour preuve, il a pris la fuite avec la fille de la victime, celle qui a de curieuses visions quand quelqu’un va mourir.
Le shérif n’a que 24 heures pour les rattraper : demain, il sera à la retraite. Aussi mène-t-il la chasse au couple avec une férocité redoublée et l’aide d’une milice, la Loge, alors que la tempête de neige menace. Mais il apparaît vite que l’esprit de justice n’est pas le seul motif qui l’anime…
Dans un décor hostile et lumineux, seuls le fracas des armes et les cris de haine des hommes troublent le silence. La traque prend une dimension poignante au fur et à mesure que l’insoupçonnable vérité se dessine.

Clayton Lindemuth, né dans le Michigan, a grandi dans l’ouest rural de la Pennsylvanie et étudié à l’Arizona State University. Désormais établi à Chesterfield, Missouri, il travaille dans les assurances et, quand il n’écrit pas, il s’entraîne pour le marathon.


Ce que j'en ai pensé :
Pour ce qui est du froid, je valide ! La tempête, venue du Canada, s'approche du Wyoming avec de la neige en tourbillons et des congères...
Par contre, pour ce qui est du "paisible", on repassera ! Rien n'est calme dans ce patelin paumé, et surtout pas les hommes ! Entre les types qui s'éclatent à violer leurs propres filles, la milice anti-communiste qui joue de la gâchette et ce shérif en fin de cycle, franchement pourri, vengeur et qui manie sa braguette plus vite que son ombre, on est loin de La petite maison dans la prairie!
C'est noir, terriblement ! Suffisamment glauque pour se plonger dans ce roman avec délectation  et se demander comment Gale l'orphelin rouquin a fait pour se retrouver au milieu de tous ces cadavres !
La narration prend des accents "rustiques", usant du langage populaire (et souvent très cru), s'affranchissant de la grammaire, elle alterne les points de vue des trois principaux personnages (le shérif, Gale et Gwen), la cruauté n'épargnant aucun d'entre eux quand il s'agit de survivre. La candeur de Gale G'Wain n'aura qu'un temps...
Un très bon polar, rondement mené, quasi frénétique par moments et où l'hémoglobine coule à flots !

Extrait :
"Tu peux pas faire appel à Dieu, parce que personne croit en Lui, sauf toi. Pitié, mon Dieu ! Tu peux même pas faire confiance à ton voisin. Tu peux même pas faire confiance à ton père. C'est un putain de pervers. Je sais tout sur ce fils de pute qu'aime les rouges - il a élevé une fille coriace, pour sûr. La seule façon dont tu pourras goûter à ta vie de merde, c'est en acceptant les règles. Et Dieu n'a rien à foutre dans tout ça, putain. Alors ton attitude fait chier. Et Dieu fait chier. Amène ton cul par ici et suce."

L'origine du monde - Philip LE ROY

éd du Cherche Midi - 1er octobre 2015 - 464 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :
Sabbah Shabi a fui la Syrie après avoir dérobé à une secte judéo-chrétienne millénaire trois preuves qui remettent en question 1 400 ans d’histoire. Traquée, la jeune franco-syrienne, enceinte de quatre mois, trouve refuge dans le Nagaland au sein de la confrérie du Serpent. Elle y fera une découverte exceptionnelle : la confrérie protège de précieux manuscrits menacés de destruction, dont un rouleau biblique de Qumrân qui rétablit la vérité sur les origines de l’humanité. Susceptible d’ébranler les fondements des trois religions monothéistes, ce texte révèle aussi l’existence d’un trésor inestimable qui peut sauver le monde. Mais Sabbah a entraîné le mal dans son sillage…
Après La Porte du Messie, Philip Le Roy, grand prix de littérature policière pour Le Dernier Testament, poursuit son cycle romanesque dédié aux livres sacrés. Il remonte cette fois aux sources de l’humanité et s’attaque à sa plus grande menace : l’homme. Fondé sur des recherches historiques et archéologiques encore confidentielles, cet ouvrage spectaculaire, mystique et charnel, développe un suspense toujours plus intense qui aboutit à un dénouement pour le moins inédit.

 Philip Le Roy, né en 1962 à Toulouse, est un auteur français de thrillers,
il est à la fois adepte des arts martiaux, bassiste rock à ses heures, 
ancien publicitaire et auteur de romans (très) noirs.

Ce que j'en ai pensé :
Autant le premier roman de Philip LE ROY, La porte du Messie,  m'avait paru intelligent, extrêmement documenté, très au-dessus de la plupart des polars ésotériques, autant je suis presque déçue de ce tome 2 où l'on retrouve Simon Lange blessé et complètement perturbé par la balle qui a atteint son cerveau.
L’intrigue reste intéressante (quête de manuscrits anciens), la narration impeccable, la tension est continue...pourtant, j'ai moins aimé. Simon devient un héros moins convaincant, laissant sa place à Sabbah, son épouse (ça conforte la théorie de la femme à "l’origine de toute chose" développée dans ce roman). 
Je n'ai pas aimé l'évocation de ce pays imaginaire, écarté du monde et de la géopolitique internationale, qui regroupe musulmans, israélites, chrétiens et hindous, dans un absolu d'entente entre les religions, à l'abri du monde consumériste...Les jolis arbres et l'amour universel par-delà les religions, ouais....
Une lecture pour laquelle je m’enthousiasmais et qui finalement m'a peu convaincue...

Le secret de l'empereur - Amélie de Bourbon-Parme

éd Gallimard - 27 août 2015 - 320 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :
En 1555, l'empereur Charles Quint annonce aux dignitaires des Pays Bas qu'il quitte le pouvoir et qu'il transmet sa couronne à son fils Philippe, pour rejoindre le monastère de Yuste, au fin fond de l'Estrémadure. Déçu par un idéal impossible à réaliser, épuisé par des voyages incessants à travers ses royaumes, il se retire du monde pour se consacrer à sa dernière passion, digne d'un prince de la Renaissance : les instruments de mesure du temps. Ce roman est le récit de son renoncement, l'histoire de son règne et de son obsession pour une horloge mystérieuse, dont le fonctionnement et la finalité, soudain, lui échappe. Aucun des maîtres horlogers qui l'entourent ne peut percer le secret de cet incroyable mécanisme. Après avoir étendu son empire sur tout l'espace du globe, parviendra-t-il à percer l'insondable mystère du temps ? Pourquoi l'homme le plus puissant d'Occident, empereur du Saint Empire romain germanique, qui s'est opposé de toutes ses forces à l'Empire Ottoman, et qui fut à l'origine des expéditions qui permirent de découvrir l'Amérique, décide-t-il de quitter le monde ? 

Amélie de Bourbon Parme (née le 13 mars 1977 à Paris) est journaliste et écrivain.
 Docteur en histoire (Université Paris Sorbonne), elle a écrit en 2001 un livre sur
 Louis XVII, son arrière-cousin. Elle a épousé Igor Bogdanoff  en 2009.

 Charles de Habsbourg dit Charles Quint, né le 24 février 1500 à Gand
 et mort le 21 septembre 1558 au monastère de Yuste
un astrarium tel que conçu en Italie au XIVème siècle
 
Ce que j'en ai pensé :
Lassé de l'exercice du pouvoir et affaibli par des crises de goutte, Charles Quint, monarque chrétien le plus puissant du XVIe siècle, veut se retirer au fond de l'Estrémadure, au monastère hiéronymite de Yuste où il veut consacrer son temps au salut de son âme. Il n'emporte avec lui que certains tableaux (dont celui de François 1er, son ennemi juré !) et sa collection de pendules parmi lesquelles se trouve une drôle d'horloge astronomique dont le mécanisme étrange pourrait bien déplaire à l'Inquisition.
Le roman, à la narration plaisante, évoque le déclin d'un roi, usé par les guerres et les voyages, diminué physiquement, obsédé par sa rédemption mais intrigué par un mystère mécanique qu'il ne comprend pas. Cet astrarium (mélange d'horloge astronomique et de planétarium) est une énigme et permet d'entretenir un (léger) suspens tout au long du livre. Pourtant, à la mort du roi, rien n'est résolu, le mystère de sa conception reste entier et Copernic est tout juste évoqué...Dommage !
Il semble que l'auteur ait (volontairement ?) interverti des personnages : le maître-horloger au service de Charles Quint pendant les dernières années de son règne (en 1555 dans le roman) est nommé Giovanni par l'auteur et vient de Crémone alors que le supposé fabricant de l'horloge mystérieuse serait un certain moine Della Torre. 

En faisant quelques recherches, il s'avère que Gianello Torriani, dit Della Torre, fut embauché dès 1530 par l'Empereur pour réparer un astrarium fabriqué par Giovanni Dondi Dell'orologio (de Crémone) au milieu du XIVème siècle.
Etrange quand on sait qu'Amélie de Bourbon-Parme est historienne, sauf à admettre que la littérature puisse prendre quelques libertés avec l'Histoire ?

Otages intimes - Jeanne BENAMEUR

éd Actes Sud - août 2015 - 208 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :
Photographe de guerre, Étienne a toujours su aller au plus près du danger pour porter témoignage. En reportage dans une ville à feu et à sang, il est pris en otage. Quand enfin il est libéré, l’ampleur de ce qu’il lui reste à réapprivoiser le jette dans un nouveau vertige, une autre forme de péril.
De retour au village de l’enfance, auprès de sa mère, il tente de reconstituer le cocon originel, un centre depuis lequel il pourrait reprendre langue avec le monde.
Au contact d’une nature sauvage, familière mais sans complaisance, il peut enfin se laisser retraverser par les images du chaos. Dans ce progressif apaisement se reforme le trio de toujours. Il y a Enzo, le fils de l’Italien, l’ami taiseux qui travaille le bois et joue du violoncelle. Et Jofranka, “la petite qui vient de loin”, devenue avocate à La Haye, qui aide les femmes victimes de guerres à trouver le courage de mettre en mots ce qu’elles ont vécu.
Ces trois-là se retrouvent autour des gestes suspendus du passé, dans l’urgence de la question cruciale : quelle est la part d’otage en chacun de nous ?
De la fureur au silence, Jeanne Benameur habite la solitude de l’otage après la libération. Otages intimes trace les chemins de la liberté vraie, celle qu’on ne trouve qu’en atteignant l’intime de soi.
 Jeanne Benameur est née en Algérie en 1952. Elle vit à La Rochelle 
et consacre l'essentiel de son temps à l'écriture. Elle a déjà publié 
chez Actes Sud : Laver les ombres (2008), Les Reliques
Ça t’apprendra à vivre, Les Insurrections singulières (2013), Profanes (2013).

Ce que j'en ai pensé :
 Roman polyphonique, Otages intimes livre à mi-voix un condensé d'émotions fortes où se mêlent amour, amitié, enfance, angoisses et bonheur. Le roman évoque la reconstruction de soi, le renoncement, la solitude et la peur, oppose constamment guerre et paix jusque dans les caractères des personnages, ceux qui vivent, ceux qui vont vers la mort pour tenter de la comprendre ou de l'éviter. 
C'est aussi un roman qui conte la force des choses simples pour se retrouver face à soi et recommencer : les arbres et l'eau y ont la part belle. Mais c'est la musique qui berce la prose de Jeanne Benameur, unissant les êtres, remplaçant les mots (ceux d'une langue étrangère qu'on ne comprend pas, ceux qu'on porte en soi et qu'on ne parvient pas à libérer).
Un beau roman, doux et fort à la fois, où la narration particulière de l'auteur calme ou emporte tour à tour.

Les loups à leur porte - Jérémy FEL

éd Payot-Rivages - août 2015 - 448 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :
Une maison qui brûle à l'horizon ; un homme, Duane, qui se met en danger pour venir en aide à un petit garçon qu'il connaît à peine ; une femme, Mary Beth, serveuse dans un dîner perdu en plein milieu de l'Indiana, forcée de faire à nouveau face à un passé qu'elle avait tenté de fuir ; et un couple, Paul et Martha, pourtant sans histoires, qui laisseront un soir de tempête, entrer chez eux un mal bien plus dévastateur. Qu'est-ce qui unit tous ces personnages ? Quel secret les lie ? 
C'est à ce grand puzzle que nous convie ici Jérémy Fel, dans une atmosphère énigmatique et troublante entre Twin Peaks et les romans de Joyce Carol Oates.

 Jérémy Fel a été scénariste de courts-métrages. 
Il a également créé une librairie à Rouen.

Ce que j'en ai pensé :
Un roman qui démarre comme un catalogue de nouvelles où s'étale une violence sordide (maltraitance, viols, meurtres se succèdent), où les personnages, tous plus sadiques ou pervers les uns que les autres, tous marqués par des cauchemars d'enfance (monstres sous le lit ou tapis dans les bois), finissent par se croiser et s'entretuer...
Je n'ai finalement pas été convaincue ! Si l'histoire de Marie-Beth, de Walter son bourreau et de leur fils m'a intéressée, j'ai considérée qu'à elle-seule elle aurait pu fournir assez d'éléments pour nourrir ce roman (que j'ai fini par trouver trop long, vaguement ennuyeux, débordant de détails inutiles et de clichés convenus) sans que les autres personnages parasitent la narration. 
C'est donc ce fouillis de situations, cette surenchère de violence (qui m'a semblé souvent gratuite, inutile, et qui finit par appesantir la narration) , qui ont fini par me lasser alors que certains thèmes auraient gagné en force s'ils avaient été les seuls à être développés (violence induite par une homosexualité mal ou pas assumée) sans compter que je me suis souvent perdue dans le texte qui mélange réel et rêves...

La fragilité des corps - Sergio OLGUIN

éd Actes Sud Noir - novembre 2015 - 384 pages
titre original : La fragilitad de los cuerpos
traduction : Amandine PY

Ce qu'en dit l'éditeur :
La journaliste Verónica Rosenthal semble tout droit sortie d’une sitcom argentine : trente ans, belle, riche, aimant les after, le bourbon et les hommes. Elle a beaucoup d’amies aux aphorismes éloquents : “Il y a pas de marge de manœuvre avec les mecs mariés. Ils sont comme des livres de la bibliothèque municipale : un de ces quatre, même si tu les adores, t’es obligée de les rendre.”
Sa curiosité est piquée par un banal fait divers : un conducteur de train s’est donné la mort, laissant une lettre aux termes ambigus. Il y confesse quatre accidents mortels sur la voie ferrée tout en avouant sa détermination à tuer. Quand pour la justice l’affaire est close, pour Verónica commence l’enquête, qui la conduit à mille lieues de son quotidien feutré : la banlieue, les favelas, et de frustes cheminots hantés par le souvenir de corps percutés sur la voie.
Avec l’aide d’un junkie en voie de rédemption et de deux gamins des rues prêts à tout pour une canette de Coca, elle affronte le monde violent et pervers des paris clandestins macabres où de jeunes garçons risquent leur vie sur les rails afin de divertir les puissants.
Chairs tendres broyées sous des tonnes d’acier, ou muscles bandés d’adultes consentants aux désirs furieux : la résolution de l’enquête est dans les liens profonds qui unissent les corps, le désir et la mort.

Sergio Olguín est né à Buenos Aires en 1967. 
Il est journaliste culturel et romancier.Il a publié 
plusieurs romans, tous inédits en France, à 
l’exception d’un ouvrage pour la jeunesse :  
Une équipe de rêve (Seuil, 2006).

Ce que j'en ai pensé : 
Déroulé de manière assez lente, sur le rythme de l'enquête journalistique qui lui sert de trame, ce polar argentin donne une vision de l'Argentine entre mafia et misère. La journaliste est un personnage fort, d'un caractère tenace et son reportage nous entraîne dans les bidonvilles d'une ville gangrénée par la corruption où administration, police et magistrats sont corrompus, à la solde de mafieux infiltrés dans la vie politique.
C'est lent, donc, mais le lecteur ne s'ennuie pas tant les personnages sont finement brossés, empathiques malgré leurs défauts et leurs faiblesses. Quelques scènes de sexe ponctuent le récit, comme indispensables à la personnalité hors-norme de Veronica Rosenthal, donnant une intensité particulière à sa relation avec le conducteur de train.
Il pourrait presque s'agir d'un roman d'ambiance, très noir, que d'un vrai policier et c'est en tout cas un bon moment de lecture ! Ça donne envie de retrouver la journaliste comme personnage récurrent d'une série.

Les échoués - Pascal MANOUKIAN


éd Don Quichotte - 20 août 2015 - 304 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :
« Le chien était revenu. De son trou, Virgil sentait son haleine humide. Une odeur de lait tourné, de poulet, d’épluchures de légumes et de restes de jambon. Un repas de poubelle comme il en disputait chaque jour à d’autres chiens depuis son arrivée en France. Ici, tout s’était inversé, il construisait des maisons et habitait dehors. Se cassait le dos pour nourrir ses enfants sans pouvoir les serrer contre lui et se privait de médicaments pour offrir des parfums à une femme dont il avait oublié jusqu’à l’odeur… »
1992. Lampedusa est encore une petite île tranquille et aucun mur de barbelés ne court le long des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. Virgil, le Moldave, Chanchal, le Bangladais, et Assan, le Somalien, sont des pionniers. Bientôt, des millions de désespérés prendront d’assaut les routes qu’ils sont en train d’ouvrir.
Arrivés en France, vivants mais endettés et sans papiers, les trois clandestins vont tout partager, les marchands de sommeil et les négriers, les drames et les petits bonheurs.

Pascal Manoukian est journaliste grand reporter, il a couvert 
la plupart des grands conflits qui ont secoué la planète entre 1975 et 1995.
Il est directeur éditorial de l'agence de presse Capa et auteur.

Ce que j'en ai pensé :
Avec l'actualité (souvent brûlante) en miroir, j'avais envie de découvrir ce roman qui évoque les destins entremêlés de quatre migrants (trois hommes et la fille de l'un d'eux) arrivés chacun d'une longue route de l'exil, chacun poussé par des motivations différentes (les chapitres consacrés à chaque personnage donnent une vision marquante des persécutions dont ils sont l'objet) et espérant trouver en Europe un avenir moins sombre.
Le livre, dont l'action se situe en 1992, offre d'intéressantes réflexions sur les conditions de voyage, sur la vie misérable et cette espèce d'esclavage qui les attend, mettant en perspective la fragilité de l'être humain, sa solitude, et parfois aussi, son extrême violence. Il met en exergue un système qui profite aux passeurs, aux employeurs, à d'anciens réfugiés, les rendant plus riches, plus vicieux. Une réalité bien sombre qui donne souvent à ce roman des allures de reportage. Un roman à lire pour savoir.
Si j'ai globalement aimé ce livre, sa narration, si j'ai été touchée par les histoires de ces migrants, par leur amitié et leur solidarité, je n'ai pas aimé certains passages qui tiennent plus du mélo : l'épisode final du chevreuil et des mulots m'a paru superflu. Dommage de finir sur cette anecdote un peu mièvre : le roman aurait gagné en intensité en restant sur quelque chose de moins "irréel". En ce sens, j'ai préféré Eldorado de Laurent Gaudé ou La mer, le matin de Margaret Mazzantini qui, quoique romancés eux-aussi, évoquent la vie des réfugiés dans un registre plus cru.
Je n'ai pas vu l'intérêt de situer le récit en 1992, au moment où le flux n'est encore qu'anecdotique alors que le cadrer en 2015 lui aurait sans doute donné plus de portée. Cela met malgré tout en perspective le peu d'espoir d'une évolution de la situation de ces réfugiés.


Les prépondérants - Hédi KADDOUR

éd Gallimard - 20 août 2015 - 464 pages
Grand Prix de l'Académie Française 2015 
Prix Jean-Freustié 2015

Ce qu'en dit l'éditeur :
Au printemps 1922, des Américains d’Hollywood viennent tourner un film à Nahbès, une petite ville du Maghreb. Ce choc de modernité avive les conflits entre notables traditionnels, colons français et jeunes nationalistes épris d’indépendance.
Raouf, Rania, Kathryn, Neil, Gabrielle, David, Ganthier et d’autres se trouvent alors pris dans les tourbillons d’un univers à plusieurs langues, plusieurs cultures, plusieurs pouvoirs. Certains d’entre eux font aussi le voyage vers Paris et Berlin, vers de vieux pays qui recommencent à se déchirer sous leurs yeux. Ils tentent tous d’inventer leur vie, s’adaptent ou se révoltent. Il leur arrive de s’aimer.
De la Californie à l’Europe en passant par l’Afrique du Nord, Les Prépondérants nous entraînent dans la grande agitation des années 1920. Les mondes entrent en collision, les êtres s’affrontent, se désirent, se pourchassent, changent. L’écriture alerte et précise d’Hédi Kaddour serre au plus près ces vies et ces destins. 

Hédi Kaddour, né le 1ᵉʳ juillet 1945 à Tunis, est un poète et 
romancier franco-tunisien. Il publie en 2005 Waltenberg qui 
reçoit le Goncourt du premier roman.

Ce que j'en ai pensé :
J'avais ce roman dans ma PAL bien avant qu'il soit dans la liste des quatre finalistes du Goncourt et qu'il obtienne le Grand Prix de l'Académie Française 2015 et le Prix Jean-Freustié 2015. Je me suis réjouie de ces récompenses, m'attendant à lire une pépite et à me laisser emporter dans une histoire passionnante qui, située dans l'entre-deux guerres coloniale, avait tout pour me séduire.
Pourtant, j'ai assez vite décroché, lassée par ces personnages qui ne me plaisaient qu'à demi (pourtant Rania la jeune veuve, ou encore le marchand véreux, laissaient entrevoir une consistance intéressante), par des passages trop longs et ennuyeux (la débauche de Fatty Arbuckle à Hollywood) et peut-être aussi par un certain manque d'exotisme.
J'ai résisté jusqu'à la page 320 et abandonné cette fresque romanesque qui m'a donc profondément ennuyée...

Etta et Otto (et Russell et James) - Emma HOOPER

éd Les Escales - 21 octobre 2015 - 432 pages
titre original : Etta and Otto and Russell and James
Traduction : Carole Hanna


Ce qu'en dit l'éditeur :
Dans sa ferme du fin fond du Saskatchewan, Etta, quatre-vingt-trois ans, n'a jamais vu l'océan. Un matin, elle enfile ses bottes, emporte un fusil et du chocolat, et entame les trois mille deux cent trente-deux kilomètres qui la séparent de la mer.
« J'essaierai de ne pas oublier de renter. » C'est le mot qu'elle laisse à Otto, son mari. Lui a déjà vu l'océan, il l'a même traversé des années plus tôt, pour prendre part à une guerre lointaine. Il comprend la décision de sa femme mais, maintenant qu'elle n'est plus là, il ne sait plus comment vivre.
Russell, l'ami d'enfance d'Otto, a passé sa vie à aimer Etta de loin. Il ne peut se résoudre à la laisser seule et part à sa suite. Et qui sait, peut-être pourra-t-il chasser le caribou en chemin.

Bercé par le rythme des vagues, Etta et Otto (et Russell et James) vogue du souvenir à l'oubli. Un roman lumineux sur la mémoire, l'amour et la poésie des mots. 

Élevée au Canada, Emma Hooper étudie la littérature et la musique 
en Angleterre où elle vit actuellement. Devenue musicienne, elle joue dans 
différents groupes tout en enseignant à l'université de Bath.


Ce que j'en ai pensé :
A la manière d'un road-trip, ce roman accompagne la fuite d'Etta vers l'Est, vers la mer, en alternant les flash-back et les retours au présent, superposant les personnages (c'est parfois très confus à la lecture : Etta devient Otto), accueillant un coyote qui parle.
C'est un roman qui parle de la vieillesse et de la mémoire, de l'amitié et de l'amour, de la difficulté de réaliser ses rêves, de l'attente. 
Il y a parfois beaucoup de poésie (certains passages témoignant des grands espaces traversés sont agréables à lire), une part de cocasserie, des personnages empathiques mais je suis restée un peu en retrait pour plusieurs raisons : je n'ai pas réussi à m'attacher à Etta (qui perd un peu la boule), ni à Otto (qui m'a paru bien falot) et surtout, j'ai été gênée par la mise en page de ce livre où, pour montrer les sauts dans le temps ou indiquer un changement de point de vue, des paragraphes de quelques lignes se retrouvent tous seuls sur une page à l'intérieur d'un chapitre qui se poursuit sur la page suivante...
Même si l'histoire est plaisante, je n'ai pas accroché véritablement (sur le même thème, j'ai préféré La lettre qui allait changer le destin d'Harold Fry arriva le mardi de Rachel Joyce) et je n'ai pas saisi la fin du roman (Etta est-elle morte ?)...

Mā - Hubert HADDAD

éd Zulma
3 septembre 2015
256 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

« La marche à pied mène au paradis. » Ainsi s’ouvre , roman japonais, à la croisée de deux destins et autour d’une même quête, la voie du détachement. 
Shōichi porte en lui le souvenir de Saori, la seule femme qu’il ait aimée, une universitaire qui a consacré sa vie à Santōka, le dernier grand haïkiste. Leur aventure aussi incandescente que brève initie le départ de Shōichi sur les pas de Santōka, de l’immense Bashō et de son maître Saigyō. Marcher, pour cette procession héroïque d’ascètes aventureux, c’est échapper au ressassement, aux amours perdues, c’est vivre pleinement l’instant ! « Le saké pour le corps, le haïku pour le cœur. »

Dans la lignée de l’inoubliable Peintre d’éventail, Hubert Haddad nous emmène sur les sentiers du Bout-du-Monde. Son écriture est comme la palpitation miraculeuse de la vie, au milieu des montagnes et des forêts, à travers le chant des saisons, comme un chemin sur le chemin.

 Hubert Haddad, né en 1947 en Tunisie, est un écrivain de langue française. 
Dramaturge et historien d'art, Hubert Haddad est aussi peintre.

Ce que j'en ai pensé :

Trois hommes japonais presque à la queue le leu par-dessus les siècles : Bashō Matsuo le poète du XVIIème siècle, Santōka Taneda l'auteur de haïkus du XIXème siècle et Shōichi, aujourd'hui, prenant lui-aussi un bâton de pèlerin.
Tous trois poètes, mendiants, marcheurs infatigables et détachés du réel, marqués par la pauvreté (vécue ou ressentie) et par l'impermanence des choses, par la fragilité des fleurs de cerisiers.

Un roman tout en délicatesse, qui enchevêtre les destins et les blessures d'enfance, dessine en poésie des vies de renoncements, noyées dans le saké, effleure l'angoisse et la solitude, sublime les saisons et la contemplation.

Ponctué d'haïkus, ce roman m'a toutefois un peu moins séduite que Le peintre d'éventail (sans doute à cause de la confusion parfois créée entre les personnages), mais j'en ai aimé la finesse.


Santōka Taneda
(1882-1940)

Qui en veut au Marquis de Sade ? - Frédéric LENORMAND

éd J'ai Lu - 25 novembre 2015 - 285 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :
L'été 1789 est une époque bénie pour les assassins. A dix-huit ans, Laure de Sade tente de survivre aux bouleversements qui agitent Paris, mais aussi de démanteler un trafic de pierres précieuses en montgolfière, d'arrêter un tueur démoniaque déguisé en arlequin... Au même moment, son père, le marquis, la contraint à le faire évader de la Bastille. A la manière d'un Sherlock Holmes en jupons qui lutterait contre jack l'Eventreur, Laure de Sade devient, bien malgré elle, une héroïne sous la Révolution.

Entre le journal d'une blogueuse de la Révolution et l'esprit des Mystères de Paris, Frédéric Lenormand renouvelle le polar historique grâce à une galerie de personnages vivants et à une cascade de situations inattendues.


Frédéric Lenormand, né en 1964 à Paris, est un écrivain français, 
auteur notamment de romans policiers historiques et d'ouvrages de 
littérature d'enfance et de jeunesse.
  



Donatien Alphonse François de SADE, comte de Sade, marquis de Lacoste et de Saumane Renée Pélagie Cordier de Launay de Montreuil


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Madeleine Laure de Sade 




Ce que j'en ai pensé :
L'Ancien Régime sied aux romans policiers de Frédéric Lenormand ! Ce roman, paru uniquement en format poche (pas de livre broché) est le premier tome des aventures de la fille du Marquis de Sade et comme à l'accoutumée, la narration est enlevée et cocasse, cumulant situations rocambolesques, fantaisie de langage et allusions fines. Le style rejoint assez celui des histoires consacrées à Voltaire, mais la jeune narratrice, dans son journal intime, joue dans un autre registre : c'est une jeune fille qui s'affranchit mais qui reste encore bien naïve (notamment sur la réputation de son papa !).
La narration se déroule à la veille de la prise de la Bastille et la révolte des parisiens (que dis-je ? la Révolution !) sert de décor social.
Un roman fort sympathique qui m'a enchantée !

Les jeunes mortes - Selva ALMADA

éd Métailié - 8 octobre 2015 - 144 pages
Titre original : Chicas muertas
Traduit par : Laura Alcoba
Ce qu'en dit l'éditeur : Années 80, dans la province argentine : trois crimes, trois affaires jamais élucidées qui prennent la poussière dans les archives de l’histoire judiciaire. Des “faits divers”, comme on dit cruellement, qui n’ont jamais fait la une des journaux nationaux.
Les victimes sont des jeunes filles pauvres, encore à l’école, petites bonnes ou prostituées : Andrea, 19 ans, retrouvée poignardée dans son lit par une nuit d’orage ; María Luisa, 15 ans, dont le corps est découvert sur un terrain vague ; Sarita, 20 ans, disparue du jour au lendemain.
Troublée par ces histoires, Selva Almada se lance trente ans plus tard dans une étrange enquête, chaotique, infructueuse ; elle visite les petites villes de province plongées dans la torpeur de l’après-midi, rencontre les parents et amis des victimes, consulte une voyante… Loin de la chronique judiciaire, avec un immense talent littéraire, elle reconstitue trois histoires exemplaires, moins pour trouver les coupables que pour dénoncer l’indifférence d’une société patriarcale où le corps des femmes est une propriété publique dont on peut disposer comme on l’entend. En toute impunité.
À l’heure où les Argentins se mobilisent très massivement contre le féminicide (1808 victimes depuis 2008), ce livre est un coup de poing, nécessaire, engagé, personnel aussi. Mais c’est surtout un récit puissant, intense, servi par une prose limpide.

 Selva Almada est née en 1973 à Villa Elisa (Entre Ríos)
 et a suivi des études de littérature à Paraná, avant de s’installer
 à Buenos Aires, où elle anime des ateliers d’écriture. 

Ce que j'en ai pensé :
Dans ce récit, Selva ALMADA retrace le fil d'une enquête menée en Argentine où les filles disparaissent, sont violées ou tuées alors que les coupables restent impunis, protégés parfois par des magnats locaux ou par les failles de l'instruction.
L'ensemble est assez décousu, l'auteur passant d'un fait divers à l'autre (trois disparues sont l'objet de ses interrogations) sans plus de manières, elle questionne les témoins survivants (qui ont parfois été suspectés : fiancés, famille, voisins), tente de recoller les pièces d'un puzzle, consulte une voyante. Née en Argentine elle-aussi, l'auteur semble particulièrement marquée par les disparitions depuis son enfance et dénonce un fait de société dont les journaux s'emparent comme du scénario d'une telenovela : les femmes ne sont rien, leur condition les prédispose aux abus de toute nature.
Le récit n'est toutefois pas un plaidoyer féministe, il ne se conclut pas non plus avec la résolution des meurtres mais amène à réfléchir sur l'omerta argentine.
Si j'ai été touchée par ce récit, j'ai cependant regretté son côté brouillon.