19 novembre 2018

Si tous les dieux nous abandonnent - Patrick DELPERDANGE


Editions Folio 
Parution : 15 novembre 2018
304 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Aux abords d’un village isolé dans la campagne, Léopold, un veuf qui ne tient plus à la vie que par habitude, recueille sur une route Céline, une femme perdue qui marche dans le froid. Mais Céline est en fuite et repart à la première occasion. À peine s’engage-t-elle sur la route que deux chiens enragés l’attaquent. Dans la lutte, elle blesse mortellement l’un d’eux. Son propriétaire, Josselin, un simplet pétri de fantasmes religieux, devient obsédé par Céline. Alors que le passé de Léopold brouille sa raison et que celui de Céline menace de la rattraper, Josselin manigance pour écarter le vieillard et s’emparer de la jeune femme…

Ce que j'en ai pensé :

On dirait que la vie ne serait pas rose..et ce ne sont pas les protagonistes de ce polar qui vont me contredire ! ça pue la misère, la solitude, la détresse et les mauvais choix !

Pour Léopold, le vieux, qui regrette sa Jeanne alors qu'il l'a gaillardement trompée ; pour Maurice qui ne supporte pas de voir son clebs mourir et qui jure de se venger ; pour Josselin, vaguement arriéré qui frétille de voir débarquer dans sa cambrousse la jolie Céline ; et icelle, en fuite après avoir poignardé le mec qui l'a violée (et "accessoirement" engrossée dans un dernier râle jouisseur...).

Ça suinte le désespoir et les regrets, ça mijote les règlements de compte, mais ça laisse parfois entrevoir une aube lumineuse, des rencontres un peu plus sincères. Il y a du ragondin en feu, des coups de bêche dans la nuque, de la tôle froissée et de la momie dans un coin de forêt. Et il y a Dieu qui semble commander tout ce bazar, et aussi servir d'excuses aux délires de certains !

Lu d'une traite, aimé pour son rythme, et pour son style (là ou le péquenaud ne postule pas à l'Académie), pour sa noirceur bien sûr !

Très bon polar !!

15 novembre 2018

La fille muette - Mickael HJORTH & Hans ROSENFELDT


Editions Actes Sud - Collection Actes Noirs
Parution : 10 octobre 2018
Titre original : Den stumme flickan
Traducteur : Rémi Cassaigne
480 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Dans une petite ville au cœur des forêts du Värmland, la famille Carlsten est sauvagement assassinée dans sa propre maison. L’enquête est confiée à la Brigade Criminelle et prend une tournure inattendue lorsque le principal suspect est retrouvé mort, abattu avec le fusil de chasse qui avait servi pour exterminer les Carlsten. 
Le mystère continue de s’épaissir alors que la police découvre qu’il existe un témoin du premier assassinat : Nicole, dix ans, a disparu après avoir laissé ses empreintes de pieds dans le sang de son petit cousin. La police doit la retrouver avant que le tueur ne soit informé par les médias de son erreur.

Ce que j'en ai pensé :

Quand j'ai choisi ce polar, je ne savais pas qu'il s'agissait du 4ème tome d'une série (Dark secrets), et malgré mon ignorance de ces personnages récurrents, je n'ai pas été gênée dans ma lecture (certains faits antérieurs sont évoqués et ça m'a suffit pour appréhender l'ensemble des relations dans cette équipe de flics de la Criminelle).

J'ai eu un peu de mal à démarrer, à accrocher à l'intrigue, trouvant le rythme un rien haché et lent, et puis, tout s'est mis en place parfaitement : le timing de l'enquête, ses rebondissements, les affaires connexes.

J'ai deviné le nom du criminel assez tôt (à la moitié du roman) mais ça ne m'a pas empêchée de prendre plaisir à la suite de ma lecture (et à confirmer que j'avais raison !).

J'ai beaucoup aimé le personnage du psycho-criminologue Sebastian Bergman, même s'il est plus torturé, plus secret, alors qu'il apparait franchement antipathique à ses coéquipiers. J'ai aimé découvrir ses failles et ses hésitations (et à mon avis, le plus perché de l'équipe, ce n'est pas lui !).

Un polar qui se lit avec plaisir même si le démarrage se fait au diesel. 

14 novembre 2018

Le diable sur les épaules - Christian CARAYON

Editions Pocket 
Parution : 13 juin 2013
544 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Au cours de l'année 1924, un village isolé des montagnes tarnaises et menacé d'extinction est le théâtre de plusieurs assassinats atroces. Déjà les langues se délient et certaines superstitions ressortent... 
Malgré tout, la jeune institutrice Camille refuse de céder à ces croyances d'un autre âge et appelle à la rescousse son ami d'enfance. Cet ancien criminologue, connu pour ses enquêtes autour du paranormal et qui ne voit dans ces morts suspectes que des crimes perpétrés par la main de l'homme, va mener l'enquête à sa façon... mais l'assassin l'a positionné sur son échiquier diabolique. Tout n'est désormais que tactique et manipulation. 

Ce que j'en ai pensé :

Ah ah ah ! j'ai cru m'être trompée à moins d'une centaine de pages de la fin, alors que j'imaginais avoir débusqué l'assassin avant la 300ème page ! J'ai cru que mon "flair" m'avait trahie, et...non !!! 
Pile dans le mille, Emile ! 

Ceci dit, voila du très bon (premier !!!) polar ! 
Une intrigue qui flirte avec l'Histoire, celle de ce coin du Tarn qui voit revenir (ou pas) ses soldats de la Grande Guerre et qui cache des secrets de village, celle qui entoure ses histoires de famille d'une quantité de superstitions rurales(on est dans la Montagne Noire, au Nord de Carcassonne), qui met en exergue les liens traditionnels et la modernité toute proche, les amours enfantines et les pulsions adultes.

Une belle réussite pour ce polar dévoré si vite, où j'ai retrouvé une narration fluide et une intrigue maligne ! Et même si j'ai démasqué le méchant assez vite, j'ai aimé ce polar, aimé croire m'être trompée, et j'ai surtout aimé qu'il confirme que je suivrai maintenant toutes les parutions de Christian Carayon !!

12 novembre 2018

Long week-end - Joyce MAYNARD

Editions 10/18
Parution : 20 janvier 2011
Traduction : Françoise Adelstein
256 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Une chaleur caniculaire règne sur la côte est. Henry, treize ans, et sa mère Adèle doivent faire les dernières courses pour la rentrée des classes. 
Une rencontre fortuite au supermarché va venir tout bouleverser : Franck, un taulard en cavale, leur demande de l'héberger. Le temps d'un long week-end, le trio va vivre en huis clos une expérience qui bouleversera leur vie à jamais...

Ce que j'en ai pensé :

Une bonne surprise pour moi que ce roman que je stockais depuis trop longtemps dans ma PAL !

J'ai aimé ce faux huis-clos entre trois personnes que tout oppose, même si, j'ai moyennement cru à l'intrigue ! 
Quand Henry est laissé relativement libre de ses mouvements et qu'il n'en profite pas pour s'enfuir, quand sa mère Adèle développe un syndrome de Stockholm vachement prématuré (ouh la la ! le vilain bandit qui vient d'entrer dans ma maison ! il est trop sexy trop sympa même quand il me ficelle sur ma chaise de cuisine ! et puis, d’habitude, je suis super inquiète dès qu'on perturbe ma petite vie et qu'il me faut rencontrer des inconnus, mais là, no problémo = crédibilité zéro...)..

Mais le rythme est plaisant, les élucubrations d'Henri aussi, et finalement, ce n'était déjà pas si mal ! Un bon moment de lecture, donc !

7 novembre 2018

Torrents - Christian CARAYON


Editions Fleuve Noir
Parution : 6 septembre 2018
336 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

1984. Des morceaux de corps humains sont découverts dans une rivière qui dévale vers la ville de Fontmile. On finit par identifier deux victimes, deux femmes portées disparues depuis longtemps. La peur et l'incompréhension s'emparent des habitants, jusqu'à l'arrestation de Pierre Neyrat, un chirurgien à la retraite. Ce dernier connaissait une des victimes, l'amie intime de son fils. Il a les compétences pour démembrer ainsi les cadavres et un passé trouble. Mais surtout, il a été dénoncé par sa propre fille.
Bouleversé par ces événements qui réveillent la douleur de la perte de la femme de sa vie et font imploser sa famille, son fils François décide alors de remonter le cours de l'histoire. Car derrière les silences, ce sont les violences de l'Occupation que Pierre Neyrat a tenté d'oublier.
Mettant ses pas dans ceux de son père, François va reconstituer ce passé dont il ignorait tout, où se sont noués les fils fragiles de son existence.

Deux époques, deux enquêtes, pour un polar mené de main de maître.


Ce que j'en ai pensé :

Trois voix pour raconter ce qui a pu se passer avant que l'on ne retrouve les membres désossés dans la furie de la rivière en crue.
Deux victimes, deux jeunes femmes.

Et l'un des drames touche directement la famille Neyrat : l'une des victimes était la petite amie de François, le fils du toubib, seul sensé savoir comment dépecer un corps...
Sauf que François, même troublé par certains éléments qui pourraient lui faire douter de l’innocence de son père, ne renonce pas à creuser le mystère et ne se résout pas aux accusations de sa demi-sœur.

Bonne pioche que ce polar qui entretient suffisamment le suspens pour que je me sois demandé qui était le coupable presque jusqu'à la fin (ceci dit ma 1ère impression était la bonne !).

Bonne pioche parce que l'intrigue se tient, que le style est très agréable, que l'ensemble est fluide (je n'ai pas refermé le livre avant d'en avoir le cœur net !), que les personnages sont crédibles, suffisamment travaillés sans pour autant nous faire tomber dans des portraits trop psychologiques (ici, ce sont des gens ordinaires, avec une histoire -presque- ordinaire, pas de névrose sordide, pas de psyché complétement dérangée).

Bonne pioche !! Vraiment !

4 novembre 2018

Ses yeux bleus - Lisa HAGENSEN

Editions Actes Sud - Collection Actes noirs
Parution : juin 2018
Titre original : Hennes ögon blà
Traduction : Rémi Cassaigne
368 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Raili Rydell, bibliothécaire célibataire de quarante ans mal dans sa peau, passe l’été dans son chalet au bord d’un petit lac de la forêt de Lövaren. Elle y rencontre Olofsson, un ours solitaire qui vit sur la rive opposée. Il lui raconte d’étranges histoires au sujet des habitants du coin, notamment celle du couple voisin dont l’un des enfants a disparu du jour au lendemain sans que personne ne semble s’en préoccuper, comme s’il n’avait jamais existé. Il évoque également un chien qu’il est persuadé d’avoir eu et qui se serait volatilisé sans laisser la moindre trace – ayant même disparu de ses albums photos. Raili est à la fois fascinée et sceptique : son nouvel ami est-il mythomane ? Ou n’a-t-il simplement pas toute sa tête ? Mais lorsque Olofsson est retrouvé noyé dans le lac, elle comprend que quelque chose ne tourne vraiment pas rond dans ce petit “havre de paix”.

Ovni parfaitement addictif, Ses yeux bleus met en scène un personnage haut en couleur, sorte de délicieux croisement entre Bridget Jones et Hercule Poirot, qui se trouve aspiré dans un cauchemar délirant, digne d’un roman de Stephen King.

Ce que j'en ai pensé :

Polar addictif, effectivement ! avec en prime, en pour une fois, une héroïne féminine, peut-être pas si Bridget Jones que le prétend la maison d'édition, mais suffisamment empathique pour entraîner le lecteur dans son enquête !

On navigue entre monde contemporain et retours vers une période plus lointaine, parfois même entre vie réelle et "surnaturel" (mais tout reste plausible, c'est une vue de l'esprit), et la narration tend son fil avec habileté, suffisamment de rebondissements pour ne pas s'ennuyer et avoir envie de tourner vite les pages de ce polar !

Je me suis régalée, et enthousiasmée aussi de savoir que c'était le premier tome d'une trilogie et que j'aurais le plaisir de lire encore d'autres enquêtes de Raili !

Un bon moment de lecture !

3 novembre 2018

Le coeur blanc - Catherine POULAIN

Editions de l'Olivier
Parution : 4 octobre 2018
256 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

« Le chant glacé et mélodieux de la rivière, sa peur, le poids terrible d’une attente folle entre les remparts des montagnes qui la cernent, mais quelle attente cette épée qu’elle pressent toujours, suspendue dans la nuit des arbres qui l’écrase – sur son cœur blanc, sa tête rousse de gibier des bois. Oh que tout éclate enfin pour que tout s’arrête. »

Pour Rosalinde, c’est l’été de tous les dangers. Dans ce village où l’a menée son errance, quelque part en Provence, elle est une saisonnière parmi d’autres.

Travailler dans les champs jusqu’à l’épuisement ; résister au désir des hommes, et parfois y céder ; répondre à leur violence ; s’abrutir d’alcool ; tout cela n’est rien à côté de ce qui l’attend.

L’amitié – l’amour ? – d’une autre femme lui donne un moment le sentiment qu’un apaisement est possible.

Mais ce n’est qu’une illusion.

Ce que j'en ai pensé :

J'avais gardé une bonne impression du premier roman de Catherine Poulain (malgré quelques longueurs).
J'avais très envie de lire celui-ci, de me plonger dans cet arrière-pays provençal, au fil des saisons, au fil des "chantiers" de récolte (cerises, pommes, lavande, olives - dans le désordre !).

J'ai retrouvé la jolie plume de l'auteur qui sait passer d'une sorte de lyrisme à la brutalité en peu de mots, alternant poésie et cruauté pour décrire le monde décalé des ouvriers saisonniers de l'agriculture, leur marginalité, leur soif de liberté qu'ils croient trouver dans des cuites d'enfer au bar du village.

Jusqu'au drame, celui d'un pays dévoré de soleil et qu'une étincelle embrasse et noircit, celui des hommes qui, parfois, ne sont que des bêtes.

C'est rude, c'est tout en aspérités, mais c'est aussi sensuel et plein de tendresse, c'est un beau roman qui confirme le talent de l'auteur.

1 novembre 2018

Hôtel du Grand Cerf - Franz BARTELT

Editions Points
Parution : 6 septembre 2018
360 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Un assassinat et une disparition agitent un village ardennais : ce sera l'ultime affaire de l'inspecteur Kulbertus. Depuis l'Hôtel du Grand Cerf, Kulbertus enquête, Kulbertus montre à tous qu'il comprend les magouilles. Kulbertus mange, aussi, alors que les cadavres s'accumulent. 
Et un journaliste, sur la piste d'une actrice décédée quarante ans plus tôt, se retrouve sans le vouloir sur celle des drames récents. Le mystère s'épaissit alors que la retraite, elle, semble toujours s'éloigner.


Ce que j'en ai pensé :

Un flic méga-obèse (frites dès le petit déjeuner et bière -sans mousse- à volonté) à 14 jours de la retraite mais qui doit enquêter sur le meurtre d'un ancien douanier et un patelin paumé dans les Ardennes belges (ô joie que cette atmosphère qui hésite entre brouillard et crachin!!) où tout le monde se déteste avec la plus grande franchise.

Pas mal de dommages collatéraux : l'idiot du village, le "chef suprême" d'un Centre de Motivation (sic) un peu bizarre, une jeune fille, son fiancé...et bien avant, peut-être, une actrice de série B.

Une foultitude de secrets, de non-dits, de jalousie (parfois bestiale : la scène de l'éclatage de boîte crânienne est très...sympa ?).

Et une narration qui réfère joyeusement à San-Antonio (Kulbertus qui pète et qui rote !), qui distille subtilement quelques indices (malgré l'aspect "je te vois venir avec tes gros sabots" !!).

Pas mal du tout ! sans doute pas le polar du siècle, mais une ambiance pas piquée des vers qui m'a réjouie !


22 octobre 2018

Ecorces vives - Alexandre LENOT

Editions Actes Sud
Parution : octobre 2018
208 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

C’est une région de montagnes et de forêts, dans un massif qu’on dit Central mais que les routes nationales semblent éviter. Un homme venu de loin incendie la ferme dans laquelle il espérait un jour voir jouer ses enfants, puis il disparaît dans les bois. La rumeur trouble bientôt l’hiver : un rôdeur hante les lieux et mettrait en péril l’ordre ancien du pays. Les gens du coin passent de la circonspection à la franche hostilité, à l’exception d’une jeune femme nouvellement arrivée, qui le recueille. Mais personne n’est le bienvenu s’il n’est pas né ici.

Écorces vives est construit sur une tension souterraine, un entrelacs de préjugés définitifs et de rancœurs séculaires. De ce roman noir – qui est aussi fable sociale, western rural, hommage aux âmes mélancoliques et révoltées – sourd une menace : il faut se méfier de la terre qui dort…

Ce que j'en ai pensé :

Il m'a fallu un peu de temps, une belle pause d'une semaine sans une page tournée, sans une ligne lue, pour retrouver enfin un bouquin qui m'emporte !
Et là, dès les premières pages, dès les premières collines qui bordent le Massif Central, lieu de l'intrigue, et dès les premiers portraits de ces personnages, des hommes blessés, rudes, des femmes entre ombre et guerre, j'ai su que ça allait me plaire.

D'autant que l'auteur sculpte, au travers de ce polar rural, des scènes saisissantes de réalité, de brutalité, dessinent en artiste des sensibilités, esquisse un paysage presque sauvage, à l'écart de tout, où la nature permet parfois aux hommes d'outrepasser leur folie, d'exacerber  leurs haines viscérales ou (et ce sont les plus belles lignes de ce polar) de communier avec les éléments et les animaux.
J'ai aimé la façon dont Alexandre Lenot fait la part belle aux blessures de ces êtres humains, la manière dont il restitue la fragilité de chacun (les "victimes" tout comme les supposés "guerriers"), mais c'est surtout habilement écrit, et plein de poésie !


(un polar qui aurait bien pu être publié à la Manufacture de Livres tant ça correspond à leur ligne éditoriale - mais je me réjouis aussi de trouver ce style de polar chez Actes Sud !)


20 octobre 2018

J'aurais voulu être égyptien - Alaa EL ASWANY

Editions Actes Sud
Parution : février 2009
Titre original : Niran Sadiqa
Traduction : Gilles Gauthier
208 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Si je n’étais pas né égyptien, j’aurais voulu être égyptien”, la célèbre citation de Mustapha Kamel donne le ton de ce recueil : voici l’Egypte placée sous le feu d’un écrivain amoureux de son pays et qui, par le détour de la fiction, fait apparaître les turpitudes et les contradictions d’une société à la dérive. 

Interdit de publication par l’Office du livre, pour cause d’insulte à l’Egypte, le premier de ces récits, “Celui qui s’est approché et qui a vu”, donne précisément à voir un monde où règnent les faux-semblants et l’hypocrisie. Par une cinglante et implacable ironie, pour décrire des êtres prisonniers de l’obscurantisme et de l’arbitraire, l’auteur fait exister sous nos yeux des personnages singuliers qui évoquent l’univers d’un Dostoïevski à l’ombre des pyramides. 

Tendres et cruels, ces récits foisonnent de fi gures magnifi ques qui nous font pénétrer un monde où l’imaginaire laisse une empreinte vive dans ce que nous croyons être le réel. 

Ce que j'en ai pensé :

C'est quoi, "être égyptien", aujourd'hui ? faire osciller son âme entre islamisme radical et rêves d'Occident ? être paresseux, couard, etc...bien loin du mythe des pharaons non ?

Être égyptien, c'est subir les diktats d'une vie soumise à la religion, inch allah, c'est vouloir s'en émanciper, respirer, vivre tout simplement ?

Ces 10  nouvelles ( la première, plus longue, a de quoi nourrir un roman) explorent la société égyptienne contemporaine, tiraillée, écartelée, et surtout viciée par la corruption, la délation...

Instantanés du Caire, aux mille visages, aux mille personnages, sertis dans les antagonismes, dans le renoncement. Instantanés d'un peuple qui ne se bat plus, rompu à l'immobilisme, au poids des puissants.

Instantanés pleins de tendresse, mais aussi d'un constat parfois sévère, qui valent à l'auteur d'être interdit dans son propre pays. 
Parce qu'il dit, parce qu'il décrit (les incohérences, les peurs) et que ça n'est pas permis...et c'est pour cela,, peut-être et surtout, qu'il faut que nous, lecteurs occidentaux, soyons là pour écouter la vie égyptienne, pour libérer la parole, pour donner aux mots leur pleine liberté. 

Parce que le regard de l'auteur n'est jamais une critique, et parce que la préface de ce roman est un trésor à elle-seule ! 

18 octobre 2018

Salina, les trois exils - Laurent GAUDÉ

Editions Actes Sud
Parution : 3 octobre 2018
160 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :


Qui dira l’histoire de Salina, la mère aux trois fils, la femme aux trois exils, l’enfant abandonnée aux larmes de sel ? Elle fut recueillie par Mamambala et élevée comme sa fille dans un clan qui jamais ne la vit autrement qu’étrangère et qui voulut la soumettre. Au soir de son existence, c’est son dernier fils qui raconte ce qu’elle a été, afin que la mort lui offre le repos que la vie lui a défendu, afin que le récit devienne légende.

Renouant avec la veine mythique et archaïque de La Mort du roi Tsongor, Laurent Gaudé écrit la geste douloureuse d’une héroïne lumineuse, puissante et sauvage, qui prit l’amour pour un dû et la vengeance pour une raison de vivre.


Ce que j'en ai pensé :


"Moi, Makala, fils élevé dans le désert par une mère qui parlait aux pierres, je vais raconter Salina, la femme aux trois exils. Je vais dire ma mère qui gît là, au fond de la barque, et le monde qui apparaîtra sera fait de poussière et de cris."

Laurent Gaudé n'est sur la liste d'aucun des prix littéraires de cette rentrée littéraire de l'automne 2018, et...c'est tant mieux ! 
Parce que son roman  est au-dessus de ce qui se trame dans les coulisses du parisianisme bobo-littéraire et que c'est plutôt bon signe !

Salina, c'est l'histoire d'une femme qui, en Occident pourrait être à la tête de #metoo, c'est une femme, née nulle part en Afrique et recueillie par humanité, et qui combat les traditions patriarcales, les choix qu'elle ne peut pas faire, qui espère une vie meilleure et y renonce (presque) en même temps. 

Elle ne va pas émouvoir tout le monde, mais elle est là, dans toute sa splendeur puis dans la décrépitude de l'âge et des combats perdus d'avance ; elle ne donne aucune leçon autre que celle que nous, auditeurs (lecteurs) de son histoire,  sommes prêts à entendre, à écouter.
Elle est Salina, la somme de tous les exils à venir, ceux qui quittent leurs tribus, leurs terres, leur histoire, pour protéger leurs enfants, leur vie, et la prose (d'abord au théâtre) de Laurent Gaudé nous renvoie à nos destins, à une humanité qui fout le camp. Salina, c'est cette femme qui pourrait dériver sur un bateau au milieu d'autres réfugiés, en Méditerranée, et que les populistes refusent de recevoir, de considérer comme un être humain.

Il n'aura aucun prix littéraire ce roman, parce qu'il soulève trop de questions. 

Pourtant, il faudrait lire l'histoire de Makala, qui voulait simplement rendre hommage et dignité à sa mère Salina, à son peuple d'Afrique, à ces femmes trop loin de nous.

16 octobre 2018

Les fils de la poussière - Arnaldur INDRIDASON


Editions Métailié
Parution : 4 octobre 2018
Titre original : Synir dufsins
Traduction : Eric Boury
304 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Paru en 1997, Les Fils de la poussière, premier roman d’Arnaldur Indridason, ouvre magistralement la voie au polar islandais.

Daniel, quadragénaire interné dans un hôpital psychiatrique de Reykjavík, se jette par la fenêtre sous les yeux de son frère Palmi. Au même moment, un vieil enseignant, qui a eu Daniel comme élève dans les années 60, meurt dans l’incendie de sa maison.

L’enquête est menée parallèlement par le frère de Daniel, libraire d’occasion, un tendre rongé par la culpabilité, et par une équipe de policiers parmi lesquels apparaît un certain Erlendur, aux côtés du premier de la classe Sigurdur Oli et d’Elinborg. Peu à peu, ils découvrent une triste histoire d’essais pharmaceutiques et génétiques menés sur une classe de cancres des bas quartiers, des gamins avec qui on peut tout se permettre.

Sens de la justice, personnages attachants, suspense glacé : dès ce premier thriller, on trouve tous les éléments qui vont faire le succès international qu’on connaît – et le génial Erlendur, bien sûr, tourmenté, maussade, sombre comme un ciel islandais !


Ce que j'en ai pensé :

Quelle bonne surprise cet été à l'annonce de la traduction du tout premier polar écrit par Indridason et sa parution à l'automne ! Chaque fois que je ferme l'un de ses romans, je sais que je vais trépigner avant le prochain !
Et croyez-moi, je n'ai pas été déçue, je l'ai même trouvé bien meilleur que la Trilogie des ombres !

On se retrouve aux origines du duo Erlendur/Sigurdur Oli dans une double-enquête dont les protagonistes de chacune ont des liens.
Nouvelle plongée dans ce pays peu ordinaire qu'est l'Islande, avec une société bouleversée par l'Occupation (la "situation") et qui tente de se projeter dans la modernité et oublie quelques laissés-pour-compte sur le bord du chemin dont les malades psychiatriques dont personne ne sait que faire ou ces populations misérables tombées dans la violence, la drogue ou l'alcoolisme qui vont pour certains être le laboratoire in vivo de groupes pharmaceutiques sans scrupules.

J'ai donc aimé ce duo de flics qui se découvrent, s'apprivoisent tant bien que mal mais j'ai aimé aussi tous les personnages "secondaires" qui traînent avec eux leurs histoires et leur détresse, leur culpabilité parfois.

C'est un polar qui traîne une sorte de désespoir, de malaise, mais qui donne les clés des caractères des personnages récurrents d'Indridason, tout en subtilité (et évidemment en non-dits !).

Il reste encore un opus non traduit par Métailié, mais il me tarde que ça soit fait !

13 octobre 2018

Le mauvais chemin - Mikel SANTIAGO

Editions Actes Sud - Collection Actes noirs
Parution : 6  juin 2018
Titre original : El mal camino
Traduction : Aline Valesco
336 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Sur une petite route de Saint-Rémy-de-Provence surgit, de nuit, un homme hagard, le crâne transpercé d'étranges trous. Il déclenche une série d'événements étranges qui vont transformer en véritable cauchemar la vie de l'écrivain Bert Amandale et celle de son vieil ami Chucks Basil, star du rock vieillissante. Un Dr Mengele des temps modernes, une clinique mystérieuse où on se livre à d'étranges expérimentations, une petite communauté huppée qui sait cacher ses terribles secrets : un mauvais trip en Provence, avec les Rolling Stones en bande son pour ce thriller parfaitement glaçant.

Ce que j'en ai pensé :

En "panne" d'envies de lecture (oui, je sais, c'est pas le choix qui manque...), un polar et ça repart !
Et celui-ci a tenu ses promesses : pas d'hémoglobine dispersée trop généreusement, des personnages sympas, une intrigue qui tient la route sur fond d'histoires de secte, plutôt psychologique bien que criminelle, et une ambiance bien posée. 

Quoique de facture assez classique, sans rebondissements exagérés, sans rythme trépidant, je me suis laissée gagner par le plaisir de lire une plume bien tournée et à suivre les aventures de cet écrivain british un peu paumé par l'immense succès qui le laisse tout à coup devant la page blanche et de son pote, compositeur-interprète qui vire à la parano.

Sur fond musical très rock, parfois un peu blues, ça m'a laissé une très bonne impression et j'espère que ça sera un héros récurrent et que j'aurais le plaisir de suivre encore Bert Amandale !

En attendant, je vais très certainement me jeter sur La dernière nuit à Tremore Beach, paru en 2016 !