10 septembre 2020

Comme un empire dans un empire - Alice ZENITER

 

 Editions Flammarion

Parution : 19 août 2020

400 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Il s’appelle Antoine. Elle se fait appeler L. Il est assistant parlementaire, elle est hackeuse. Ils ont tous les deux choisi de consacrer leur vie à un engagement politique, officiellement ou clandestinement.

Le roman commence à l’hiver 2019. Antoine ne sait que faire de la défiance et même de la haine qu’il constate à l’égard des politiciens de métier et qui commence à déteindre sur lui. Dans ce climat tendu, il s’échappe en rêvant d’écrire un roman sur la guerre d’Espagne. L vient d’assister à l’arrestation de son compagnon, accusé d’avoir piraté une société de surveillance, et elle se sait observée, peut-être même menacée. Antoine et L vont se rencontrer autour d’une question : comment continuer le combat quand l’ennemi semble trop grand pour être défait ?

Dans ce grand roman de l’engagement, Alice Zeniter met en scène une génération face à un monde violent et essoufflé, une génération qui cherche, avec de modestes moyens mais une contagieuse obstination, à en redessiner les contours. L’auteure s’empare audacieusement de nos existences ultracontemporaines qu’elle transfigure en autant de romans sur ce que signifie, aujourd’hui, faire de la politique.

 

Ce que j'en ai pensé :

Ne cherchez pas dans ce roman d'Alice ZENITER le souffle romanesque de « L'art de perdre », on change tout !

Et, c'est finalement une bonne option ! Plongée dans notre monde contemporain, ultra connecté, ce nouveau roman accompagne Antoine et L., purs produits de notre époque, balancés entre idéologie et lâcher-prise.

Antoine qui s'affranchit de son milieu d'origine à force d'études et d'engagement politique et L. (ou Leïla) qui voit dans l'internet le miroir de sa vie. Chacun en butte à ses désillusions, ses névroses (voire psychoses), deux personnages qui se découvrent, se réinventent, tentent (désespérément) de redonner sens à leurs vies, à l'amour, à un monde malade..

Presque un roman politique, militant (dans quelle étagère?), mais des personnages attachants, et une intrigue intelligente.

Ravie de cette lecture dont le sujet ne m'aurait pas emballée a priori mais que je n'ai pas lâchée du début à la fin !

Là d'où je viens a disparu - Guillaume POIX

 

Editions Gallimard - Collection Verticales

Parution : 3 septembre 2020

288 pages

 

Ce qu'en dit l'éditeur :

 « Ça fait deux ans que je ne l'ai pas revu. Sept cent vingt-trois jours pour être précise. Il y a un mois, j'ai reçu une lettre de lui en provenance des États-Unis. Il m'indiquait qu'il avait fui notre pays et qu'il travaillait dans une entreprise de bâtiment. Il allait bien, il écrirait de temps en temps, il me souhaitait du calme maintenant qu'on ne se reverrait plus.

J'ai brûlé la lettre et j'ai regardé mon fils aîné partir en fumée. ».

Inspiré de faits réels, ce roman choral explore des rêves d'exil, accomplis ou à jamais manqués. D'un continent à l'autre, des familles dispersées affrontent la même incertitude : que transmet-on à ses enfants qu'aucune frontière ne peut effacer ? 

 

Ce que j'en ai pensé :

 Marta la Salvadorienne dont les deux fils, Luis et Fabio, ont choisi d'émigrer aux Etats-Unis, Litzy elle-aussi salvadorienne et Zahra la somalienne toutes deux femmes de ménage dans le manoir du futur président américain, Angie la somalienne devenue Giant le temps de son voyage clandestin vers la France où vivent Pascal, sa femme Hélène et leur fils Jérémy. Galerie de douleurs et de destins qui se croisent, des destins qui basculent au fil de l'exil, galerie de vies bousculées et de choix difficiles.

Un roman intelligent qui donne la parole aux exilés, aux migrants, ceux qu'on n'entend pas, qu'on aperçoit sur de terribles photos (Luis et sa fille noyés en traversant le Rio Grande, est l'un des personnages de ce roman), une narration originale mêlant chansons, articles, tableaux et décompte, par ailleurs poétique malgré la gravité du sujet, des personnages travaillés.

Un roman touchant et qui interroge (à la manière d'Hélène qui se demande ce qu'elle pourrait faire de plus que recenser les décès des exilés pour son association, elle qui sait son fils Jérémy militant anti-migrants), un roman qui réussit à éviter l'écueil du pathos.

7 septembre 2020

Le Palais des Orties - Marie NIMIER

 

 

Editions Gallimard - collection La blanche

Parution : 20/08/2020

272 pages

 

Ce qu'en dit l'éditeur :

 Quelque part en France, une campagne modeste, un peu défigurée. Au fond d’une vallée, à quelques kilomètres d’un village, des hangars recouverts de tôles mangées par la rouille, une ferme où tout serait à reconstruire. Autour, des champs d’orties.

Nora et Simon vivent là avec leurs deux enfants. Ce n’est au départ ni un choix ni un rêve. Ils gagnent leur vie avec une plante que tout le monde arrache. L’ambiance est gaie, plutôt. On se serre les coudes. On est loin du bon vieux temps, loin des exploitations à grande échelle, loin de l’agriculture bio et raisonnée. C’est la débrouille.

Et puis, un jour, arrive une jeune fille avec son sac à dos. Frederica. Fred fait du woofing. Contre le gîte et le couvert, elle offre ses bras.
Le Palais des Orties est un roman d’amour et de métamorphoses, le récit d’une passion brûlante.  

 

Ce que j'en ai pensé :

C'est Frederica qui arrive un jour trop tôt dans l'exploitation de Nora et Simon, qui va bouleverser la vie de ce couple reconverti dans l'agriculture, qui va d'abord semer la joie, puis le trouble, avant de provoquer un cataclysme au sein de la famille...

Le palais des orties, c'est l'histoire de cet amour inédit, interdit, de ces émotions féminines, des non-dits, des sentiments qui oscillent entre tendresse et violence.

Je n'avais pas lu Marie Nimier depuis "La girafe", mais ce roman m'a charmée. J'en ai aimé la langue, le style, les personnages (ceux en arrière-plan ne sont pas négligés !). J'ai aimé aussi la délicatesse de l'auteur, son intelligence à nous donner à lire cette histoire sans préjugés, sans abrupts, sa manière d'instiller la tension, de nouer l'intrigue dans une atmosphère qui aurait pu être plus lourde..

J'ai donc, vous l'avez deviné, beaucoup aimé ! Et je remercie Babelio et les Editions Gallimard pour leur confiance.

 

9 juin 2020

Bilan de Mai 2020

Bien, bien...

Je suis bien embêtée : l'envie de rédiger des billets de lecture ne revient pas. Ça se complique.

Mais, notez que je fais l'effort (sic), avec presque 10 jours de retard, de venir poser un bilan mensuel.



Douze livres, romans et essais, aucun polar ce mois-ci !

Il y a eu du très bon, du pas mal mais aussi une déception.


J'ai adoré :


* Tant qu'il y aura des cèdres, Pierre JARAWAN, Editions Héloïse d'Ormesson

Un excellent roman que je recommande (et que je relirai !).


J'ai beaucoup aimé :


* Nouvel an, Juli ZEH, Editions Actes Sud

Parce que Lanzarote et un secret de famille.


* Dehors, la tempête, Clémentine MELOIS, Grasset

Un essai sur la littérature, le langage, les mots, toujours un peu décalé !


* Loin, Alexis MICHALIK, Editions Albin Michel

Même si la première partie m'a un peu agacée !


* Giono, furioso, Emmanuelle LAMBERT, Editions Stock

Un point de vue intéressant et quelques "mythes" revus sur cet auteur...


* De la forêt, Bibhouti Bhoushan BANERJI, Editions Zulma

Une ré-édition d'un roman indien qui offre un beau regard sur l'écologie.


* Un automne de Flaubert, Alexandre POSTEL, Editions Gallimard

Savoureux, instantané instructif !


* Que sont nos amis devenus ? Antoine SENANQUE, Grasset

Lecture sympa, personnage attachant.


J'ai moins aimé :


* Hugo Pratt, trait pour trait, Thierry THOMAS, Editions Grasset

Ça manquait de peps, selon moi...


* Comme des frères, Claudine DESMARTEAU, Editions Iconoclaste

La fin m'a paru manquer de saveur !


* Petit traité de philosophie naturelle, Kathleen DEAN MOORE, Editions Gallmeister

Quelques "nouvelles" m'ont plu, mais je me suis lassée...


La déception :


* Les méduses, Frédérique CLEMENÇON, Editions Flammarion

Je suis passée à côté de ce roman, sans m'en expliquer la raison.


***

Et de votre côté, ça a donné quoi ?


14 mai 2020

Des news..Bilan de mes lectures de confinement

Mon dernier article datait du 31 mars ! Autant dire que ça fait déjà un bout !!


Une drôle de bestiole a sacrément perturbé nos vies, et je me suis réjouie d'aimer lire (et d'avoir du stock !) quand le confinement a été annoncé.

Au tout début de cet épisode, j'essayais encore de tenir le rythme de mes parutions, et puis, je ne saurais expliquer pourquoi, si j'ai continué à lire (frénétiquement !), je n'ai plus rien publié ! 
Pour tout dire, je ne compte pas le faire...

J'ai dû lire presque 40 livres en quasi 2 mois (certains billets sont publiés juste avant celui-ci), un rythme un peu plus soutenu que d'habitude évidemment...

Petit bilan sans commentaires de mes lectures "confinées" :

Du côté des BD :

Relecture du début de la série India Dreams  


Du côté des romans :



Du côté des essais / documents :

Et enfin, les polars :

et puis, j'ai lu presque tous les Thilliez !


Je me pose toujours la question de continuer ou non ce blog.. On verra ce que mes envies me dictent !

31 mars 2020

Orphelines - Franck BOUYSSE

Editions Moissons Noires
Parution : 10 mars 2020
282 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Une ambiance sombre et pesante s'est installée dans la ville.

Un criminel tapi dans l'ombre observe et s'amuse avec deux flics qui le poursuivent. Crime après crime, Bélony et Dalençon voient ce meurtrier leur glisser entre les doigts.

La noirceur de son âme ne fait aucun doute depuis qu'un corps de femme massacré a été découvert... 

Ce que j'en ai pensé :

Ceux qui ont été ébloui(e)s par "Né d'aucune femme", les  "fans" qui lisent Franck Bouysse depuis  "Grossir le ciel" (comme moi !), ne vous attendez pas à retrouver le même style de narration, le même genre de roman noir.

J'ai (presque) tout lu de Franck Bouysse, auteur que j'ai ajouté à mon "Panthéon" de lectrice pour tout un tas de raisons dont un sens de la narration rarement égalé, dont un usage de la langue française (quand sa prose frôle la poésie) qui en démontrerait à certains "auteurs" de tête de gondole, etc...

Là. 
Comment dire ? 

C'est Franck Bouysse qui n'est pas à son summum, qui livre un polar classique (mais pas si prévisible que ça !), qui semble remplir un contrat avec sa maison d'édition. C'est un peu mieux qu'"Oxymort", mais ceux et celles qui attendent beaucoup après "Né d'aucune femme" vont être déçu(e)s...

L'intrigue tient la route et tient en haleine. Personnages crédibles et tutti quanti, mais on est loin du meilleur que peut produire cet écrivain...

23 mars 2020

L'île du diable - Nicolas BEUGLET


Edition XO
Parution : 19  septembre 2019
 320 pages


Ce  qu'en dit l'éditeur :

Le corps recouvert d’une étrange poudre blanche…
Des extrémités gangrenées…
Un visage figé dans un rictus de douleur…

En observant le cadavre de son père, Sarah Geringën est saisie d’épouvante. Et quand le médecin légiste lui tend la clé retrouvée au fond de son estomac, l’effroi la paralyse.

Et si son père n’était pas l’homme qu’il prétendait être ?

Des forêts obscures de Norvège aux plaines glaciales de Sibérie, l’ex-inspectrice des forces spéciales s’apprête à affronter un secret de famille terrifiant.
Que découvrira-t-elle dans ce vieux manoir perdu dans les bois ? Osera-t-elle se rendre jusqu’à l’île du Diable ?

Après Le cri et Complot, Nicolas Beuglet nous livre un thriller glaçant,  exhumant des profondeurs de l’histoire un événement aussi effrayant que méconnu. Il nous confronte à une question vertigineuse : quelle part de nos ancêtres vit en nous, pour le meilleur et pour le pire ?


 Ce que j'en ai pensé :

Non, non et non ! J'ai craqué, en cette période de confinement, pour un polar en tête de gondole ! Même sur une île déserte, on ne m'y reprendra plus !
Je me réjouis de ne pas avoir lu "Le cri' et "Complot", je me suis épargnée des aigreurs d’estomac et quelques énervements..

Parce qu'en terme de polar, on a édité vachement mieux, sans autant de logorrhées indigestes qui ne font pas avancer l'enquête..
Pour dire, à la page 107 (chapitre 18, quand même !), j'en avais déjà marre...

ça commence à prendre forme aux deux tiers du livre, je crois avoir déjà zappé pas mal d'indices, je n'y crois plus. J'attends seulement la fin, la résolution de l'intrigue, mais je sais déjà que rien ne va me secouer.

Ça a l'air un peu trash, ça aurait pu..mais ça ressemble à une imitation de polar scandinave et c'est un peu "pâle"...

Non, non et non ! 20 euros pour un polar qui ne vaut pas 3 cacahuètes, passez votre tour ! (sauf si vous n'avez que ça en stock en ces temps de confinement...)

20 mars 2020

Terre promise - Marc VILLARD


Editions La Manufacture de livres
Parution : 7 novembre 2019
144 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Ils ont dix-sept ans et pas grand-chose de plus. Jeremy n’a jamais eu de papiers, il est né en France, sur le matelas d’un squat de migrants et a vécu en marge de tout. Esther a eu une famille dans l’Est, mais a fui loin de sa violence et de sa morosité. Ils sont ensemble parfois, parce qu’ils se ressemblent.

On leur apprend qu’en passant la frontière avec des capsules de drogue dans le ventre, ils pourront gagner de quoi vivre un peu mieux. De l’argent facile. Rien ne peut leur arriver. Rien de bien grave. Rien de pire. Alors, est-ce qu’il faut tenter sa chance vers la terre promise ?

Ce que j'en ai pensé :

C'est court et noir, comme un café bien serré. 
Les phrases fusent au rythme des chansons de Fela Kuti.

C'est l'histoire d'un jeune paumé, de galère et d'amour, d'espoir et de solidarité, de Barbès à Brixton, de la malchance et de la débrouille..

Un roman noir mais poétique, sobre et puissant tout à la fois. 

(Je fais "court" en ce moment, merci d'être tolérants...J'ai vu plusieurs publications qui indiquent ne pas vouloir chroniquer alors que les librairies sont fermées. Je crois au contraire que maintenir le lien virtuel est essentiel, on ne peut presque plus acheter de livres - (pensez qu'il y a souvent un rayon librairie dans vos hypers quand vous faites vos courses et que c'est mieux que commander sur Amazon - il me semble..) mais les billets de nos blogs permettent au moins de faire des listes de livres pour quand nos librairies rouvriront leurs portes !


"Tout ceci n'a rien à voir avec l'émigration éperdue des africains, la tectonique des plaques, l'appauvrissement de la couche d'ozone, les guerres de religion, les soubresauts du CAC 40, les porcs qu'on balance et le drone métal. Nous sommes revenus ici à la préhistoire des hommes où, pour survivre, il faut tuer?"

18 mars 2020

Bandes dessinées

Quelques belles découvertes depuis début janvier !
Je prends goût à la BD et aux romans graphiques qui m'ont permis de passer une grosse panne de lecture !

La force des femmes - Joël ALESSANDRA

Rencontres africaines autour des femmes, de leurs conditions de vie, de leurs espoirs.
A la manière d'un carnet de voyage, un graphisme soigné et superbement mis en couleur.

Editions Des ronds dans l'O


Les Indes fourbes - Alain AYROLES et Juanjo GUARNIDO

Formidable BD, fresque picaresque pleine de rebondissements et d'humour. J'ai beaucoup aimé le graphisme, les planches sont superbes !


Editions Delcourt


La maison aux souvenirs - Nicolas DELESTRET



Une histoire et des dessins attrayants, un peu de mystère. Plutôt pas mal !



Editions Grand Angle



L'amant - Kan TAKAHAMA


Une très belle adaptation du roman éponyme de Marguerite Duras, toute en finesse graphique.

Editions Rue de Sèvres



Puisqu'il faut des hommes (Joseph) - Philippe PELAEZ et Victor PINEL


Premier volume d'une histoire qui raconte la guerre d'Algérie, premier personnage (Joseph) et évocation du stress post-traumatique. A suivre !

Editions Grand Angle

16 mars 2020

Le pays des autres - Leïla SLIMANI

Editions Gallimard - Collection La blanche
Parution : 5 mars 2020
368 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

En 1944, Mathilde, une jeune Alsacienne, s’éprend d’Amine Belhaj, un Marocain combattant dans l’armée française. Après la Libération, le couple s’installe au Maroc à Meknès, ville de garnison et de colons. Tandis qu’Amine tente de mettre en valeur un domaine constitué de terres rocailleuses et ingrates, Mathilde se sent vite étouffée par le climat rigoriste du Maroc. Seule et isolée à la ferme avec ses deux enfants, elle souffre de la méfiance qu’elle inspire en tant qu’étrangère et du manque d’argent. Le travail acharné du couple portera-t-il ses fruits? Les dix années que couvre le roman sont aussi celles d’une montée inéluctable des tensions et des violences qui aboutiront en 1956 à l’indépendance de l’ancien protectorat. 
 
Tous les personnages de ce roman vivent dans «le pays des autres» : les colons comme les indigènes, les soldats comme les paysans ou les exilés. Les femmes, surtout, vivent dans le pays des hommes et doivent sans cesse lutter pour leur émancipation. Après deux romans au style clinique et acéré, Leïla Slimani, dans cette grande fresque, fait revivre une époque et ses acteurs avec humanité, justesse, et un sens très subtil de la narration. 

Ce que j'en ai pensé :

Changement de style pour Leïla Slimani, pour mon plus grand plaisir !

Voila une trilogie qui débute aux abords de Meknès, au Maroc, une grande fresque familiale aux personnages multiples qui accroche le lecteur dès les premières pages.

Les personnages justement ! 
J'ai aimé qu'ils soient si finement campés, chacun fait face à ses propres démons, à ses contradictions, aucun n'est noir ni blanc. Tous sont dessinés en finesse, révèlent des caractères intéressants, donnent la mesure de l'intrigue et sont les témoins des grands bouleversements qui vont secouer le pays à la veille de son indépendance.

C'est un roman qui parle de la place des femmes dans la société marocaine, leur volonté d'émancipation et leur soumission entremêlées, qui explore le thème de "l'autre" comme étranger, y compris dans son propre pays, et qui restitue un instantané saisissant du Maroc dans les années 1950 entre tradition et modernité.

Vivement la suite !

14 mars 2020

Quitter Paris - Stéphanie ARC


Editions Payot-Rivages
Parution : 8 janvier 2020
96 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Vous rêvez d’avoir un chien (un setter roux, vif et soyeux), vous voulez même vivre avec. Mais vous habitez un studio.

Vous adorez courir dans les prés, nager en eau vive, c’est un besoin vital… Au lieu de quoi vous composez avec des piscines bondées, de tout petits parcs et des tas de particules fines.

Vous aimeriez cultiver vos carottes et buller dans les lilas sans participer pour autant au projet de végétalisation urbaine.

Vous vous sentez cerné par les périphériques intérieur et extérieur et, soudain, vous étouffez.

Je partage votre sentiment. Il faut quitter Paris.

Seulement, on ne plaque pas des années d’amours avec la capitale pour un bobtail hirsute…

Ensemble, nous allons trouver un plan. 

Ce que j'en ai pensé :

Quand j'ai trouvé ce roman en librairie, j'avais besoin d'une "récréation", et je ne pouvais pas mieux tomber !

Quitter Paris...ou pas ? 

La narratrice pèse le pour et le contre, tergiverse, énumère les arguments. 
Et déclenche presque à chaque page un sourire tant l'humour, parfois caustique, émaille le roman ! 
La forme du roman, elle-même, est attrayante : listes, articles, définitions. Le rythme est chamboulé, original et créatif.

C'est drôle, c'est frais, ça fait du bien !

12 mars 2020

Un jardin au désert - Carine FERNANDEZ

Editions Les escales
Parution : 11 avril 2019
336 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Carine Fernandez nous offre une fresque familiale sur quatre générations, gravitant autour de Talal, le patriarche. 
Pour échapper à sa famille parfois trop envahissante, Talal aime à se réfugier dans sa palmeraie du désert.
Jusqu'au jour où il apprend à connaître Rezak, son jardinier venu d'Égypte... 


Ce que j'en ai pensé :

Départ pour l'Arabie Saoudite, pays de tous les extrêmes ! Pétrodollars et islamisme radical au programme !

Dans cette histoire où la romancière nous immerge au cœur d'une famille flotte un parfum de liberté : celle de ce magnat de l'immobilier tenté par l'érémitisme, celle qui a manqué -ou non- à ses épouses successives (il n'en tient plus le compte), celle de Rezak le jardinier d'abord fasciné par les révolutions arabes et l'espoir d'une vraie démocratie en Egypte, et enfin, celle de Dahlia, sa petite-fille anglo-saoudienne qui du haut de son adolescence aspire à une autre vie.


Le désert, la chaleur suffocante, les vents de sable. Le poids des traditions, la stricte non-mixité, les secrets et les petits arrangements avec la charia, la corruption, le fric pour seul but.
Et l'espoir, les petites rebellions, l'amour.


Il y a tout ça dans ce roman et une narration fluide, parfois teintée d'humour, souvent poétique. Une apparente légèreté qui n'empêche pas d'évoquer les sujets graves : place des femmes dans une société régie par un patriarcat autocrate et ultra-religieux, ambiguïté entre traditions et modernité..


Une réussite !

9 mars 2020

Un jour d'été que rien ne distinguait - Stéphanie CHAILLOU




Editions Noir sur Blanc – Collection Noctabilia
Parution : 5 mars 2020
144 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Guidée par un attachement farouche à sa liberté, rebelle à toute forme de domination, Louise est à la recherche de ce qu’elle va devenir. Elle se cogne, elle bute, elle expérimente, mais elle ne lâche pas. Elle poursuit sa quête jusqu’à ce jour d’été que rien ne distinguait… où un événement survient dans sa vie, une rencontre qu’elle attendait depuis longtemps.

Ce j'en ai pensé :

Une enfance au bord de la pauvreté, bercée de silences, où la vie des adultes ne fait pas rêver, où la place des femmes n’est guère enviable. C’est le lot de Louise dont les parents sont criblés de dettes et qui se jure de ne jamais leur ressembler.

Plus encore, elle en vient à ne pas souhaiter être une fille, pour ne pas être cantonnée dans un rôle qui ne la satisfait pas. Une vie qu’elle voudrait « sans genre » et qui pourtant ne lui apporte que solitude et tristesse.

Si l’écriture de Stéphanie Chaillou est ciselée, je n’ai ressenti aucune empathie pour Louise, personnage qui, selon moi, se désincarne progressivement au fil de l’histoire en accomplissant son serment de ne vouloir pas ressembler aux siens ni répondre au destin qui pourrait l’attendre. 
 
Je n’ai sans doute pas apprécié à sa juste valeur la métaphore de la jeune fille au bord de la Garonne, je n’ai pas eu la certitude qu’elle incarnait un espoir ou un « soutien » à la solitude de Louise.

J’ai beaucoup aimé le style de ce roman mais j’ai l’impression confuse d’être passée à côté de son sens profond.

Merci à Babelio Masse Critique et aux Editions Noir sur Blanc pour leur confiance.