17 février 2020

La tête sous l'eau -Olivier ADAM

Editions Pocket
Parution : 2 janvier 2020
224 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Quand Léa a disparu, ils ont tous arrêté de respirer. La tête sous l'eau. D'un coup.

Elle s'ennuyait à Saint-Lunaire, Léa, c'est sûr. Quitter Paris pour ce bled breton, sur le coup de sang d'un père dépressif, ça n'a fait plaisir à personne. Mais de là à fuguer ? A-t-elle vraiment fugué d'ailleurs ? Son frère, Antoine, n'y croit pas. Ses parents non plus. Ils ont tout envisagé, même le pire.

Et puis comme la marée, Léa est revenue. En ramenant de loin des horreurs et des silences. On a sorti la tête de l'eau. Et la tempête est arrivée. Déferlante sur déferlante. La vie comme un esquif.


Ce que j'en ai pensé : 

Quand ce roman "jeunesse" est sorti en 2018, je l'ai rangé dans ma liste des "à lire", sans plus y faire attention (et pourtant, j'avais déjà lu les romans écrits par l'auteur sous cette catégorie).

L'occasion de sa parution en poche l'a rappelé à ma mémoire, et j'ai souri pour deux raisons : on retrouve Paul, le double littéraire d'Olivier ADAM et presque le même scénario de départ que "Une partie debadminton" paru en 2019.
L'auteur à succès quitte Paris avec sa famille pour se ressourcer en Bretagne en bossant pour le journal local. Là s'arrête pour moi la comparaison.

Ici, Olivier ADAM s'intéresse au point de vue des enfants de l'écrivain, parachutés à contre-cœur en province, loin de leurs amis et de leurs amours...
Il explore le thème du déracinement, de l'amour, certes, mais homosexuel, des relations parents-enfants, et il le fait "à sa sauce" c'est-à-dire qu'on retrouve avec plus ou moins de plaisir (selon que l'on soit fan ou pas), les ingrédients qui participent d'une recette réussie.
Un peu de gros temps, de spleen et de remise en question, l'amour avec ses creux et ses bosses et une intrigue qui tient la barre  (hissez haut !), qui maintient captif le lecteur.

Après tout, je n'en demandais pas plus, j'ai aimé (je suis fan de l'auteur donc absolument objective), et ce qui m'a le plus amusée c'est le parallèle constant que je pouvais établir entre ce roman ado et "Une partie de badminton".


13 février 2020

Préférer l'hiver - Aurélie JEANNIN

Editions Harper Collins  Collection Traversée
Parution : 8 janvier 2020
240 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

« Maman et moi vivions ici depuis un peu plus de trois ans quand nous avons reçu le coup de fil. Au milieu des pins, des chênes et des bouleaux, au bout de ce chemin sans issue que deux autres propriétés jalonnent. C’est elle qui m’avait proposé de nous installer ici. Et je n’étais pas contre. J’avais grandi dans cette forêt. Le lieu m’était familier, et je savais que nous nous y sentirions en sécurité. Qu’il serait le bon endroit pour vivre à notre mesure. »
 
À distance du monde, une fille et sa mère, recluses dans une cabane en forêt, tentent de se relever des drames qui les ont frappées. Aux yeux de ceux qui peuplent la ville voisine, elles sont les perdues du coin. Pourtant, ces deux silencieuses se tiennent debout, explorent leur douleur et luttent, au coeur d’une Nature à la fois nourricière et cruelle et d’un hiver qui est bien plus qu’une saison : un écrin rugueux où vivre reste, au mépris du superflu, la seule chose qui compte.


Ce que j'en ai pensé :

Quelle belle plume ! 
Tour à tour, brute ou douce, sauvage et poétique. 
Des mots qui tombent juste.
Pour raconter l'isolement, la peur, le deuil, la maternité, la solitude et l'amour.

Une plume sûre, posée sur des émotions, des sentiments. Une plume qui dissèque la moindre parcelle d'air, le plus petit frisson de peau, l'éclat du ciel ou le chuintement de la neige.

Deux femmes dans une cabane au milieu de nulle part, un échange qui se passe de paroles mais qui vibre au milieu du silence, qui raconte la survie, la résilience après les drames.

Un air de "Dans la forêt" de Jean Hegland, un huis-clos majestueux où la Nature impose sa loi, dicte le quotidien, entre désespoir et abandon, entre deuil et renaissance.

Et c'est un premier roman....

21 janvier 2020

Celle qui pleure sous l'eau - Niko TACKIAN

Editions Calmann-Levy
Parution : 2 janvier 2020
250 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Aujourd’hui, Clara n’est plus qu’un dossier sur le bureau de Tomar Khan. On vient de la retrouver morte, flottant dans le magnifique bassin Art Déco d’une piscine parisienne. Le suicide paraît évident.

Tomar est prêt à fermer le dossier, d’autant qu’il est très préoccupé par une enquête qui le concerne et se resserre autour de lui. Mais Rhonda,son adjointe, peut comprendre pourquoi une jeune femme aussi lumineuse et passionnée en est venue à mettre fin à ses jours. Elle sent une présence derrière ce geste.

Pas après pas, Rhonda va remonter jusqu’à la source de la souffrance de Clara. Il lui faudra beaucoup de ténacité – et l’appui de Tomar – pour venir à bout de cette enquête bouleversante.

 Ce que j'en ai pensé :

J'avais beaucoup aimé l'ambiance de "Avalanche hôtel", et je n'ai donc pas hésité à replonger dans la nouvelle enquête de Tomar Khan, héros récurrent, flic borderline, parricide, en proie à une épilepsie neuronale (je ne connaissais pas, mais pour simplifier, le stress génère une amnésie) et de son équipe.

C'est peut-être moins bien ficelé que l'épisode précédent (deux ou trois agacements par rapport à certains "clichés" comme la Proc "aux yeux de biche"... ) mais ça se lit avec plaisir, le polar ménageant un (trop léger) suspens..

Ce qui m'embarrasse le plus, finalement, c'est que ce polar suive une sorte de mode, et surfe sur le phénomène social de la lutte contre les violences faites aux femmes. Le sujet est tellement "dans l'air du temps" que je me suis sentie prise au piège, pas convaincue qu'il n'ait été écrit pour d'autres raisons...

Alors, même si j'aime ce personnage complexe, même si l'intrigue est suffisamment fournie, j'ai ressenti un manque d'enthousiasme et j'espère que sur un prochain tome, l'auteur aura simplement envie de nous offrir une enquête pas trop "formatée"...

Un bon moment de lecture malgré tout !

18 janvier 2020

Disparaître - Mathieu MENEGAUX

Editions Grasset
Parution : 8 janvier 2020
216 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Une jeune femme met fin à ses jours à Paris, dans le XVIII° arrondissement.

Un homme est retrouvé noyé sur une plage, à Saint-Jean Cap Ferrat, sans que personne soit en mesure de l’identifier  : le séjour en mer l’a défiguré, et l’extrémité de chacun de ses doigts a été brûlée.

Quel lien unit ces deux affaires  ? Qui a pris tant de soin à préserver l’anonymat du noyé, et pour quelles raisons  ? Qu’est-ce qui peut pousser un homme ou une femme à vouloir disparaître  ?

Avec ce roman impossible à lâcher, Mathieu Menegaux rejoint ceux qui pensent que les histoires d’amour finissent mal, en général.

Ce que j'en ai pensé :

Pourvu que toutes les histoires d'amour ne finissent pas aussi mal !! 

J'ai plongé dans celle-ci sans trop me poser de questions : outre que j'apprécie beaucoup la plume de Mathieu Menegaux et ce roman, aux airs de polar (deux morts sans lien, mais..) avait tout pour me plaire ..

Et m'a beaucoup plu !!

Parce que même si j'ai deviné assez vite les tenants et aboutissants de ce roman-polar, j'en ai aimé la construction, et surtout, la fine psychologie des personnages dont aucun n'est caricatural, surjoué.

Comme toujours avec Mathieu Menegaux, tout est dans la suggestion, et cet opus interroge nos rapports à l'autre, à notre place dans le monde, aux réseaux sociaux, au "Big Brother".

Comment disparaître aujourd'hui ? (et comment ne pas être fiché et tracé dans nos moindres faits et gestes ?)

10 janvier 2020

Miroir de nos peines - Pierre LEMAITRE

Editions Albin Michel
Parution : 2 janvier 2020
544 pages


Ce qu'en dit l'éditeur : 
  
Avril 1940. Louise, trente ans, court, nue, sur le boulevard du Montparnasse. Pour comprendre la scène tragique qu’elle vient de vivre, elle devra plonger dans la folie d’une période sans équivalent dans l’histoire où la France toute entière, saisie par la panique, sombre dans le chaos, faisant émerger les héros et les salauds, les menteurs et les lâches... Et quelques hommes de bonne volonté.

Il fallait toute la verve et la générosité d’un chroniqueur hors pair des passions françaises pour saisir la grandeur et la décadence d’un peuple broyé par les circonstances.

Ce que j'en ai pensé :

Je l'attendais avec impatience ce tome 3 de la trilogie de Pierre Lemaître, j'avais tant aimé Au-revoir là-haut et Couleurs de l'incendie.  Et il ne m'a pas fallu plus que quelques heures pour le dévorer !!

Des années 1930, on passe à une nouvelle décennie où un fou furieux va faire régner la terreur. La France, certaine de ses forces militaires, ne voit pas le danger et s'auto-sugère une victoire rapide sur les "casques à pointes", l'information diffusée, trafiquée, dynamise le soldat, confiné derrière la ligne Maginot, dans une "drôle de guerre". 

Jusqu'aux premiers affrontements, jusqu'à l'exode qui jette des milliers de français au-delà d'Orléans, chargés de brouettes et charrettes, embarqués dans des voitures qui n'auront bientôt plus d'essence; 
L'ennemi avance, la France recule.

Dans ce paysage se dessinent des personnages singuliers, savoureux, des portraits d'une époque pas si lointaine, entre fulgurances patriotiques et trafics ordinaires, auxquels s'ajoutent les misères quotidiennes.

Ce qui réjouit le lecteur dans ce dernier tome de la trilogie, ce sont, comme auparavant, les personnages : de Louise l'institutrice à Désiré Mignon aux multiples personnalités ! 
Pierre Lemaître réussit à conjuguer la petite et la grande Histoire, à nouer légèreté et drame, cocasserie et réflexions sur l'humanité.

Un opus qui clôt brillamment la trilogie ! 
(et on se prend à espérer qu'il pourrait y avoir une suite...)

7 janvier 2020

La mère morte - Blandine de CAUNES

Editions Stock - Collection la Bleue
Parution : 2 janvier 2020
220 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :


Une mère, âgée mais indépendante, se trompe de jour, de lieu de rendez-vous avec ses filles, achète des objets superflus et coûteux, oublie dans le coffre de sa voiture les fruits de mer bretons, et se lève la nuit, croyant partir pour une destination inconnue.

Cela pourrait être drôle, si ce n’était une maladie mentale due à l’âge, et surtout si cette femme si confuse n’était pas la romancière Benoîte Groult, la mère de l’auteure de ce livre d’une force rare. Benoîte Groult, luttant, jouant avec sa propre fin, mais refusant avec rage de céder à la fatalité et à la vieillesse, elle qui a été une militante de l’association « Pour le droit de mourir dans la dignité  ». Voici la femme intime, plus que la femme publique, ici telle qu’on ne la connaît pas, et qui écrivait : « Dans la vie, deux mondes se côtoient : celui des gens qui vont vivre et celui des gens qui vont mourir. Ils se croisent sans se voir. »
Benoîte s’éteint en juin 2016 à Hyères, à 96 ans. Écrivaine comblée, mère et grand-mère heureuse, femme de combats remportés. Mais ce que ce livre raconte, ce n’est pas juste le deuil hélas ! prévisible d’une mère admirée et aimée, mais un double deuil : voici le terrible sens du titre, La mère morte. « Maman, mon dernier rempart contre la mort. Bientôt, ce sera moi le rempart pour ma fille ».

Le 1
er avril 2016, la fille de Blandine de Caunes, Violette, 36 ans, meurt dans un banal accident de voiture, laissant orpheline sa fille Zélie. L’ordre du monde est renversé : Benoîte s’accroche à la vie, Blandine sombre, Violette n’est plus.

De Benoîte Groult, sa fille a hérité l’humour et la force vitale. Ce livre n’est pas triste, au contraire. C’est une réconciliation entre trois générations de femme qui partagent le « même amour forcené pour la vie, toujours plus forte que tout », le credo de Benoîte qu'elle a transmis à sa fille.

Ce que j'en ai pensé :

Ça aurait pu être triste, voire pathétique. Moins de trois mois s'écoulent pour l'auteur, entre la perte de Violette sa fille et de Benoîte Groult sa mère. Les deux personnes les plus chères à son monde. Deux raisons de ne plus entendre ni dire le mot "maman". 

Deux peines insondables, bouleversantes dont l'auteur tire un récit lumineux, doux et tendre, qui laisse la mort frôler son univers et la maintient pourtant à distance.

On s'interroge d'abord sur le lent déclin de Benoîte Groult, écrivain engagé, féministe, vive et si forte. Alzheimer et la décrépitude de la vieillesse, les chutes et les draps tachés, les oublis et les ellipses, les angoisses. 
Et au travers du deuil de cette mère si brillante, l'auteur prend de plein fouet la mort de sa fille, encore si jeune.

Pourtant, c'est un récit traversé d'amour, au travers de la douleur et des larmes (parfois des cris), un amour fusionnel qui ne s'épargne ni les conflits ni les déchirures, un amour comme un message d'espoir pour traverser les épreuves.

J'ai repensé au livre d'Emmanuelle Bernheim, et j'ai aimé la pudeur et la "joie" qui se dégageait de ce récit aussi. Un bel hommage que livre Blandine de Caunes.

4 janvier 2020

Et toujours les Forêts - Sandrine COLLETTE

Editions JC Lattès
Parution : 2 janvier 2020
368 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Corentin, personne n’en voulait. Ni son père envolé, ni les commères dont les rumeurs abreuvent le village, ni surtout sa mère, qui rêve de s’en débarrasser. Traîné de foyer en foyer, son enfance est une errance. Jusqu’au jour où sa mère l’abandonne à Augustine, l’une des vieilles du hameau. Au creux de la vallée des Forêts, ce territoire hostile où habite l’aïeule, une vie recommence.

À la grande ville où le propulsent ses études, Corentin plonge sans retenue dans les lumières et la fête permanente. Autour de lui, le monde brûle. La chaleur n’en finit pas d’assécher la terre. Les ruisseaux de son enfance ont tari depuis longtemps ; les arbres perdent leurs feuilles au mois de juin. Quelque chose se prépare. La nuit où tout implose, Corentin survit miraculeusement, caché au fond des catacombes. Revenu à la surface dans un univers dévasté, il est seul. Humains ou bêtes : il ne reste rien. Guidé par l’espoir insensé de retrouver la vieille Augustine, Corentin prend le long chemin des Forêts. Une quête éperdue, arrachée à ses entrailles, avec pour obsession la renaissance d’un monde désert, et la certitude que rien ne s’arrête jamais complètement.

Sélection pour le Grand Prix RTL-Lire 2020.


Ce que j'en ai pensé :

On a déjà déjà rêvé meilleur départ dans la vie.


Corentin est né de l'adultère de Marie. Il n'aurait d'ailleurs pas dû naître tant sa mère a jeté son ventre rond contre les murs, tant sa mère considère ce bout d'homme comme la pire chose qui lui soit arrivé, tant elle s'acharne à l'abandonner, deci-delà, chez des "amies", des nourrices, chez sa grand-mère, Augustine.


Et pourtant, Corentin, avec ses yeux écarquillés sur le monde, grandit, s'accroche, s'enracine et trace son chemin.


Jusqu'à l'Apocalypse ; ce qu'on devine d'un accident peut-être nucléaire. Il ne reste rien, ni hommes, ni animaux, ni végétation.
Ou un peu, de quoi se donner un peu d'espoir, une respiration.


Au bout du néant, il y a la maison d'Augustine, peut-être aussi la mémoire de l'enfance, qui donnent un peu de force à Corentin pour retourner dans les forêts.


Il y a des lendemains, des peurs, des chansons, un brin d'herbe sorti de la cendre qui a tout recouvert, la mort jamais loin.

Et cette terrible scansion narrative, des phrases qui déboulent, s'arrêtent abruptement, assaillent, remuent, emportent même quand on essaie de faire durer les mots. La même nuée que celle de l'Apocalypse, balayant tout, faisant mugir son souffle dévastateur.

C'est Sandrine Collette encore meilleure que Sandrine Collette. Ce sont les larmes d'émotion en caressant la dernière page. 
Du très bon. De l'excellent ! Le bien meilleur lu depuis longtemps.


"Ainsi vont les enfants, ils s'en vont."

2 janvier 2020

Au livre, l'an neuf...

Posons les choses telles qu'elles sont.

Ce blog a eu 7 ans le 19 décembre, sans tambour ni trompettes, puisque je n'ai pas publié de billet depuis le 19 décembre 2019.

15 jours...

Depuis, j'ai lu, un peu. Avec plus ou moins d'envie, avec plus ou moins de bonheur.

L'année 2019 a été moins riche en lectures, à tout point de vue.
Moins de coups de cœur, moins d'enthousiasme à partager.
Des coups de "mou" aussi, quand mon compte IG a été piraté...et la joie de vous savoir fidèles.

J'ai aimé plein de livres cette année (parmi les 115 lus, et où ne figurent pas les plus vus sur les réseaux) :



En vrac, les romans que j'ai aimés en 2019 :




















Quand on voit Norek, Bouysse, Collette, Appanah, Claire Berest et Olivier Adam, valeurs sûres pour moi, on se demande presque pourquoi je m'obstine à chroniquer...
On n'est pas trop loin de déclarer le deuil de ce blog. 
Je vous souhaite toutefois une très bonne année 2020 qui commence ici par la lecture du tout nouvel opus de...Sandrine Collette ! Ben oui, on ne se refait pas !





6 décembre 2019

L'artiste - Antonin VARENNE

Editions La Manufacture de Livres
Parution : 5 septembre 2019
320 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

2001. Les nuits parisiennes voient naître un nouveau monstre. Un serial killer s’en prend aux artistes, transformant chacune de ses scènes de crime en oeuvre mêlant esthétisme et barbarie. L’inspecteur Heckmann, flic vedette du moment, se retrouve en charge de cette très médiatique affaire et se lance dans la traque. Mais bientôt il lui semble que tous ces crimes ne sont qu’un moyen pour le tueur de jouer avec lui...
Avec ce roman policier, Antonin Varenne révèle une fois de plus son incroyable talent à nous entraîner dans une course infernale où ses personnages doivent lutter contre leurs propres démons autant que contre le fracas du monde.

Ce que j'en ai pensé :

Antonin Varenne, pour moi, c'est une valeur sûre, la certitude de retrouver une bonne plume, des personnages comme on en rêve, ni bon ni pire (ou les deux !) et une intrigue qui tient la route !

C'est l'assurance d'un polar qui ne dévoile rien trop tôt, qui ménage son suspens sans en faire trop, qui donne au genre ses lettres de noblesse.

Il y a certes les classiques du genre, le flic sorti du système, un brin solitaire-désabusé, et les personnages qui gravitent autour : le chef plein de morgue et de politique (de plans-comm'), les satellites "bleusailles" qu'on voit sans rôle prédominant, et les autres, les victimes dans le sang, les collatérales qui morflent à 200%.

Antonin Varenne maitrise les codes, il les enveloppe d'un phrasé presque envoutant, il s'amuse de nos certitudes (celles des fans de polar) pour rebondir, orienter le lecteur dans de fausses pistes.

Il en faut du talent pour captiver, dessiner une histoire, faire croire, sans perdre le rythme ! 
Il en faut du talent pour instiller dans une enquête des thèmes pas communs (et pas commodes) comme l'avortement, le changement de  sexe, la maternité (et la paternité !)..

Il est chouette ce polar ! Il est chouette, Antonin !


21 novembre 2019

Les bonnes âmes de Sarah Court - Craig DAVIDSON

Editions Albin Michel - Collection Terres d'Amérique
Parution : 30 octobre 2019
Titre original : Sarah Court
Traduction : Eric Fontaine
336 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Sarah Court est un morne lotissement au nord de Niagara Falls, Ontario. Cinq familles, cinq maisons dont les habitants semblent se fondre dans la grisaille du décor… jusqu’à ce que la plume de Craig Davidson en révèle toute l’étrangeté. Apparaissent alors un batelier chargé de repêcher les noyés au pied des célèbres chutes ; un cascadeur au corps brisé à force de chercher le danger ; un neurochirurgien alcoolique en disgrâce ; un boxeur raté et son fils obèse qui se rêve vampire ou momie ; une adepte du vol à l’étalage aux fantasmes de maternité, ou encore le fils orphelin d’une fumeuse de crack, devenu fabricant de feux d’artifice et criminel à ses heures…
Connaît-on vraiment ses voisins ? Et sa propre famille ? Dans ce livre à la frontière des genres, l’auteur d’
Un goût de rouille et d’os nous invite à une troublante exploration des âmes.

Ce que j'en ai pensé : 

A chaque chapitre, sa teinte noire (eau, poudre, boîte, carte, tache), à chaque chapitre ses personnages, un peu déglingués, recalés de la société, un peu glauques et blindés de névroses.

J'avais beaucoup aimé la nouvelle "Un goût de rouille et d'os" parue dans le recueil "20+1 nouvelles" en 2016, mais là bizarrement, s'il y a des choses que j'ai aimées, j'ai mis un peu de distance entre ces personnages et moi, et j'ai eu un peu de mal à finir ma lecture...

Sarah court, c'est un lotissement, comme en trouve partout, maisons à l'identique, zone péri-urbaine, où tout le monde connait (épie ?) tout le monde, et le niveau social s'assortit à l'état du crépi !! 

Il m'a manqué quelque chose pour m'enthousiasmer, mais je n'étais peut-être pas dans le meilleur état d'esprit pour aborder ce roman, pour rencontrer des personnages presque "tristes" dans un environnement qui ne l'est pas moins...
Je n'ai pas ressenti d'empathie mais  certains personnages ont retenu mon attention (dont Patience Nanavatti), il faudra sans doute que je leur consacre un peu plus de temps en relisant ce roman dans quelques mois ?

Merci à Babelio et aux Editions Albin Michel pour cette lecture !



 

3 novembre 2019

Les roses de la nuit - Arnaldur INDRIDASON

Editions Métailié
Parution : 3 octobre 2019
Titre original : Dauđarósir
Traduction : Eric Boury
290 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

La vengeance des victimes.

Elle est condamnée, il l’aime, elle l’entraîne dans sa vengeance mortelle.

A la sortie d’un bal, un couple pressé se réfugie dans le vieux cimetière, mais au cours de leurs ébats la jeune femme voit un cadavre sur une tombe et aperçoit une silhouette qui s’éloigne. Elle appelle la police tandis que son compagnon, lui, file en vitesse. Le commissaire Erlendur et son adjoint Sigurdur Oli arrivent sur les lieux pour découvrir la très jeune morte abandonnée sur la tombe fleurie d’un grand homme politique originaire des fjords de l’Ouest.

La victime a 16 ans, personne ne la connaît, elle se droguait. Erlendur questionne sa fille Eva Lind, qui connaît bien les milieux de la drogue pour en dépendre. Elle lui fournit des informations précieuses et gênantes à entendre pour un père. Il s’intéresse aussi à la tombe du héros national et va dans les fjords de l’Ouest où il découvre une amitié enfantine et une situation sociale alarmante. La vente des droits de pêche a créé un grand chômage et une émigration intérieure massive vers Reykjavík, dont les alentours se couvrent d’immeubles modernes pour loger les nouveaux arrivants. Sigurdur Oli, lui, s’intéresse plutôt à la jeune femme qui les a appelés.

Le parrain de la drogue, vieux rocker américanisé et proxénète, est enlevé au moment où la police révèle ses relations avec un promoteur immobilier amateur de très jeunes femmes. Pendant ce temps, contre toute déontologie, Sigurdur Oli tombe amoureux de son témoin.

Ce que j'en ai pensé :

Un très bon cru !! J'ai retrouvé avec le plus grand plaisir ce bon vieil Arnaldur et son équipe pour une enquête qui nous emmène, une fois encore, à Reykjavik et dans les fjords, entre nuit boréale et enquête criminelle.

Au-delà de l'enquête, qui navigue dans les milieux interlopes de la drogue, au-delà du rythme si propre aux polars islandais (lent, introspectif, dans trop de rebondissements à la manière des "page-turners"..), l'ambiance prime. C'est une image de l'Islande et de ses marges (ses marginaux), le constat d'une société qui peine à mêler tradition et modernité, qui vit au rythme de l'Europe mais n'en accepte pas tous les codes, qui jongle entre mémoire et course en avant...

Cet opus est aussi un roman de la solitude, de la culpabilité (Erlendur face à ses démons), le roman d'un constat social où personne n'est ni bon ni mauvais, où les personnages évoluent comme ils le peuvent, en transgression, en rébellion, et souvent en apnée.

J'ai pris beaucoup de plaisir avec ce polar (chronologiquement, avant "La cité des jarres") qui permet de mieux comprendre encore les ambivalences de son héros, Erlendur.


31 octobre 2019

Ah, les braves gens ! - Franz BARTELT

Editions du Seuil - Collection Cadre Noir
Parution : 3 octobre 2019
288 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

À Puffigny – un village ou, plutôt, « un gros bourg tellement perdu au fin fond de la France profonde que les cartographes n’ont même jamais vraiment pu le situer avec exactitude » –, les habitants sont renommés pour être tous plus menteurs les uns que les autres. Difficile d’espérer y mener une enquête. C’est pourtant ce que va tenter Julius Dump, un peu rentier, beaucoup écrivain médiocre, parti sur les traces de son père disparu et d’un mystérieux butin. Car toutes les pistes mènent à Puffigny. Mais où exactement ? Et comment trouver des réponses dans un village où chacun semble vivre au jour le jour, le nez en l’air et le verbe éclatant ? Julius n’a peut-être pas tout à fait mis les pieds dans un village de fous, mais ça y ressemble beaucoup. Matière à roman ? Et comment !

Ce que j'en ai pensé :

Ah comme je me réjouissais de retrouver la plume foldingue de Franz Bartelt ! Son humour grinçant, ses influences San-Antonio-esques voire Tontons Flingueurs-esques !! 

Je trépignais depuis "Hôtel du Grand Cerf", j'avais très envie de retrouver un polar qui dézingue les codes du polar, qui joue avec une intrigue qui tient la route (malgré tout !) et des personnages hauts en couleurs !

Et là, rien qu'avec les patronymes absolument improbables qui s'alignent (Polnabébé, Julius Dump, Myrtille Briochard, Bouillanne Lassalle, Zouave Gambier...) le lecteur sait qu'il part ailleurs..au fond de la campagne, au milieu de nulle part, où il ne se passe jamais RIEN !

Pourtant, il y a un drôle de type qui rôde, une jeune femme qui disparait, un tableau très recherché, une folle qui trimballe un landeau, un papi à motocyclette et une cadillac jaune.

C'est drôlatique, ça tient le rythme, c'est aussi très cinématographique et ça se déguste comme une bonne bière (dans ce polar, elle coule à flots !).
Un très bon moment passé entre ces pages et un auteur à suivre !!


Merci à Babelio Masse Critique et aux Editions du Seuil pour leur confiance !

24 octobre 2019

Les veilleurs de Sangomar - Fatou DIOMÉ

Editions Albin Michel
Parution : 21 août 2019
336 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Nul ne s'aventure sans appréhension à Sangomar, ce bout de terre inhabitée où, dans la tradition animiste sérère, se rassemblent les djinns et les âmes des défunts. Sur l'île voisine, la jeune Coumba entame un long veuvage, recluse chez sa belle-mère. Elle vient de perdre son mari dans le naufrage du Joola, en 2002, au large du Sénégal.
Dès la nuit tombée, après le cortège des prières rituelles et des visites obligées, Coumba peut enfin faire face à son chagrin, consigner les souvenirs heureux, invoquer les morts. Alors, sa chambre s'ouvre grand aux veilleurs de Sangomar, esprits des ancêtres et des naufragés qui lui racontent leur destin et la mèneront à la rencontre de son « immortel aimé ».
Un grand roman de liberté et d'amour fou, porté par le souffle ensorcelant de Fatou Diome.



Ce que j'en ai pensé :

Ça commence sur un rythme lent, comme si la musique de ce livre attendait le tempo des tams-tams de cette péninsule sénégalaise pour libérer la poésie de la narration...

Sauf que pour moi, ça a presque trop tardé, que je me suis presque agacée de ces injonctions-répétitions qui amènent la litanie du deuil, trouvant que ça alourdissait le texte, la magie du sentiment amoureux, que ça me mettait à distance des personnages.

Je dis bien "presque", parce que selon les chapitres, le rythme change, évoque les femmes soumises au patriarcat, au poids des traditions, parle d'amour et de souvenirs, et que là, je me réjouissais de ce roman.

Je me suis perdue dans le son des tambours, je n'ai pas vibré autant que le pensais. J'ai parfois eu l'impression de ne entendre les voix de Sangomar, d'être submergée par trop de "tropisme".
Même si le sujet me plaisait, j'ai eu l'impression de tourner en vain autour de l'arbre à palabres.