Cavalier, passe ton chemin - Larry McMURTRY

 

Editions Gallmeister

Parution : 4 novembre 2021

272 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Lonnie grandit dans le ranch de son grand-père, un éleveur texan à l’ancienne, et dans l’ombre de cow-boys qui perpétuent une certaine tradition. Nous sommes dans les années 1950, et le souvenir de l’Ouest héroïque n’est pas si loin. Sauf qu’on s’ennuie ferme dans cette prairie désormais “civilisée”, qui n’offre guère de distractions à un garçon de dix-sept ans. Alors Lonnie rêve. Mais voilà que Hud, fils d’un premier lit de sa grand-mère et redouté des autres hommes, s’en prend à Halmea, une employée noire. Dans ce monde macho, encore ségrégationniste, la violence des rapports humains s’impose brutalement à Lonnie, alors qu’une terrible menace pour le ranch se précise peu à peu.

Premier roman de Larry McMurtry, Cavalier, passe ton chemin a été adapté au cinéma en 1963 par Martin Ritt avec Paul Newman, sous le titre Le plus sauvage d’entre tous.

 

Ce que j'en ai pensé :

Certes, c'est un premier roman..mais je me suis ennuyée. Profondément !

Ce n'est qu'aux 2/3 du livre que j'ai commencé à trouver de l'intérêt à ce roman qui parle essentiellement de :

- maladie bovine et d'abattage de cheptel

- de solitude (Loonie est orphelin, n'a pas de copine, ..)

- d'amour (et d'ailleurs, plutôt de fantasme de baise et de domination masculine, si possible sur la gent noire féminine)

Ça commence donc à présenter de l’intérêt quand Halmea se fait violenter par Hud, parce que tout à coup, ça semble sortir le héros (l'anti-héros) Loonie de sa torpeur (et lui-même fantasme sévère sur les seins d'Halmea)...

Soit.

Loonie, "l'anti-héros", ne bouge pas un orteil, il est là, au bord, sans trop savoir comment se positionner. Et quand la situation part en cacahuète, il y assiste, impuissant, (et surtout avec ses multiples questionnements, résolu à ne RIEN faire), il choisit la fuite.

Anti-héros dans toute sa splendeur (et ce point de vue est intéressant !).

Bon, premier roman = indulgence , OK

Mais pour n'importe quel roman = ennui, pas OK

J'aurais pu fermer ce bouquin si le dernier 1/3 ne m'avait pas retenue.

1/3 de roman c'est un peu juste pour s'éclater. Ça manque de rythme (et l'auteur ne m'a pas enchantée, alors que j'ai plusieurs autres de ses romans en stock..).

Sans passer par la case départ - Camilla LACKBERG

 

Editions Actes Sud - Collection Actes noirs

Parution : 6 octobre 2021

112 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Skurusundet, détroit huppé dans l’archipel de Stockholm, réveillon de la Saint-Sylvestre. 

Quatre jeunes sont réunis pour fêter la nouvelle année. 

Pour braver l’ennui, ils décident de jouer au Monopoly. 

Mais ils ne sont plus des enfants : il faut pimenter les règles et les enjeux.

 La partie d’action ou vérité dans laquelle ils se lancent les entraîne vers des révélations de plus en plus fracassantes et des mises en situation de plus en plus dangereuses, jusqu’au point de non-retour…

 

Ce que j'en ai pensé :

Format court pour cet opus et histoire un peu convenue..

Quatre grands ados dans une belle maison, de l'alcool à volonté, quelques substances illicites et un "action ou vérité" qui laisse apparaître les failles et les sales secrets de chacun.

Quatre ados assez "stéréotypés" : une jeune fille très en vue, sa meilleure amie qu'on devine fragile, le copain beau-gosse et l'autre un peu "spécial". Des jeux de séduction, une pointe de jalousie, et le miroir se fendille sur ces modèles de la bonne société suédoise.

Si on devine assez vite que la soirée du 31 décembre va tourner au drame, cette novela offre assez de tension narrative pour ne pas ennuyer. Violences familiales, alcoolisme, inceste, anorexie, drogues, racisme..Un condensé du pire de la société derrière les façades proprettes de la respectabilité.

Intéressant, mais finalement pas très original, un dénouement plutôt attendu et facile, un peu trop de thèmes abordés sur un format aussi court mais, bien que l'auteur exploite des thèmes "à la mode", ça reste plaisant.

Blizzard - Marie VINGTRAS

 

Editions de l'Olivier

Parution : 26 aout 2021

196 pages

 

Ce qu'en dit l'éditeur :

Le blizzard fait rage en Alaska.

Au cœur de la tempête, un jeune garçon disparaît. Il n'aura fallu que quelques secondes, le temps de refaire ses lacets, pour que Bess lâche la main de l'enfant et le perde de vue. Elle se lance à sa recherche, suivie de près par les rares habitants de ce bout du monde. Une course effrénée contre la mort s'engage alors, où la destinée de chacun, face aux éléments, se dévoile.

Avec ce huis clos en pleine nature, Marie Vingtras, d'une écriture incisive, s'attache à l'intimité de ses personnages et, tout en finesse, révèle les tourments de leur âme.


 Ce que j'en ai pensé :

Un huis-clos dans les grandes étendues glacées de l'Amérique du Nord, un premier roman qui maîtrise tous les codes (polar, suspens, nature-writing,..), cinq protagonistes en lutte contre eux-même.

Quel roman ! Premier ? Il serait presque permis d'en douter tant Marie Vingtras livre un récit abouti, maîtrisé de la première virgule à la dernière ligne.

Un roman choral à la tension implacable et qui va crescendo, qui ne se contente pas de jouer avec les nerfs du lecteur mais explore la psyché de ses cinq personnages (certains en quête de rédemption..) qui, tous, ont commis une faute et se retrouvent dans cette quête de l'enfant disparu, livrant leurs émotions, leurs colères, dévoilant une part de leur histoire dans des monologues vertigineux.

Une narration bien menée, un style impeccable, une ambiance parfaitement restituée, bref...une très belle réussite !

 

Mohican - Eric FOTTORINO

 

Editions Gallimard – Collection La blanche

Parution : 19 aout 2021

188 pages

  

Ce qu'en dit l'éditeur :

Brun va mourir.

Il laissera bientôt ses terres à son fils Mo.

Mais avant de disparaître, pour éviter la faillite et gommer son image de pollueur, il décide de couvrir ses champs de gigantesques éoliennes.

Mo, lui, aime la lenteur des jours, la quiétude des herbages, les horizons préservés. Quand le chantier démarre, un déluge de ferraille et de béton s’abat sur sa ferme. Mo ne supporte pas cette invasion qui défigure les paysages et bouleverse les équilibres entre les hommes, les bêtes et la nature.

Dans un Jura rude et majestueux se noue le destin d’une longue lignée de paysans.

Aux illusions de la modernité, Mo oppose sa quête d’enracinement. Et l’espoir d’un avenir à visage humain.

 

 Ce que j'en ai pensé :

Quatre parties, « Déluge », « Désert », « Destruction » et « Délivrance », quatre étapes pour cette famille entre espoir et désespoir..

Sans concessions, Eric Fottorino pose un constat : l'agriculture a changé, pour le pire et pour ...le pire ! Il dresse, au travers de la vie d'une famille de paysans jurassiens, un état des lieux bouleversant. La longue maladie du patriarche, Brun, sert d'accessoire à la recension d'une longue série de choix qui mène une famille à sa perte, un fils à la barre du tribunal.

Quand choisir de ne plus être un « agricultUeur » , renoncer au tout chimique (engrais, pesticides) pour se tourner vers les énergies d'avenir (quelques tonnes de béton pour implanter des éoliennes qui décapiteront les oiseaux et feront mourir les troupeaux) n'est peut-être pas la meilleure solution..

De combats non compris en combats perdus.

Que transmettre alors de ces terres cultivées ? De la sueur des hommes et de la fraîcheur de la rosée ? Que dire des renoncements, des rancunes, de la sensation d'appartenir à une terre ?

Dans une narration assez classique, mais ô combien juste et souvent poétique, l'auteur nous embarque dans un paysage (plus que dans une histoire), ose l’ambiguïté de la réflexion sur les choix « offerts » (et les guillemets le sont à dessein) aux agriculteurs, aux « nourrisseurs » des hommes…

Ce roman m'a beaucoup touchée parce qu'au-delà de l'histoire évoquée, on peut toucher du doigt la fragilité de notre monde qui cherche à s'adapter.

L'arbre ou la maison - Azouz BEGAG

 

Editions Julliard

Parution : 19 août 2021

304 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Après des années d'absence et la mort de leur mère, deux frères lyonnais, Azouz l'écrivain et Samy l'arboriculteur, binationaux franco-algériens, décident de rentrer quelques jours à Sétif, le temps de nettoyer les tombes de leurs parents et de vérifier l'état de la maison familiale. Tandis que Samy bougonne à l'idée de remettre les pieds dans cette ville où il n'a plus de repères, Azouz est impatient d'assister à la révolution démocratique qui secoue le pays. Par-dessus tout, il espère retrouver Ryme, la femme qu'il aime depuis toujours, son cordon ombilical avec la terre de ses ancêtres. Mais à Sétif, Samy et Azouz ne reconnaissent plus rien, et aux yeux des locaux, ils sont devenus des étrangers, des bi. Quant à Ryme, l'amour de la liberté lui a donné des ailes, comme à son peuple. L'aura-t-elle attendu ? Il n'y a que le bel arbre planté par leur père devant la maison, un demi-siècle plus tôt, qui n'a pas changé de place. Mais il a tellement grandi que ses racines en menacent les fondations. Les deux frères se retrouvent ainsi face à un dilemme : garder l'arbre ou la maison. 

 

Ce que j'en ai pensé :

Que garde-t-on de ses racines ? Un legs matériel ou un héritage émotionnel ? 

Comment se construit-on quand on est enfant d'immigrés né dans un pays d'adoption ?

C'est ce à quoi semble s'attacher ce roman d'Azouz Begag, questionnant sur l'identité, les racines, l'attachement à un pays quand on est, comme lui, binational, un peu de "là-bas", un peu d'"ici"...

On serait tenté de ne voir que la parabole de l'arbre qui menace les fondations (les racines versus ce qu'on a construit) mais ce serait réducteur. Parce que l'Algérie que redécouvrent les deux frères n'est pas seulement le lieu originel de la famille, ni son possible attachement, elle est aussi un pays qui vacille, comme la maison (la raison ?) du narrateur, sur ses fondations, quand les "printemps arabes" redessinent le pouvoir.

C'est une double interrogation : se reconnaissent-ils dans ce pays qui a vu naître leurs parents et devait devenir leur Éden, ou en sont-ils éloignés, inexorablement, par une possible acculturation et par les les bouleversements politiques qu'ils ne comprennent pas toujours ?

Comment d'un voyage initiatique, d'un retour aux sources, peuvent-ils reconstruire leur propre identité ?

C'est avec beaucoup d'humour (avec parfois un détachement mi-feint) que l'auteur aborde ces problématiques, les ponctuant de situations parfois cocasses, parfois dramatiques, souvent ambivalentes.

C'est surtout sans préjugés qu'Azouz Begag replace la question de l'identité et des origines, dans ce roman plus malin, plus fin qu'il ne parait aux premiers abords.

Merci à Babelio Masse Critique et aux Editions Julliard pour cette lecture très enrichissante.

Les dents de lait - Helene BUKOWSKI

Editions Gallmeister

Parution : 19 août 2021

272 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Skalde et sa mère Edith vivent dans leur maison isolée à l'orée de la forêt. L'adolescente n'a jamais vu le bleu du ciel : leur région est en proie au brouillard et à la sécheresse depuis si longtemps. Les derniers habitants du coin, après avoir fait sauter l'unique pont qui les reliait au reste du monde, espèrent ainsi que leur autarcie volontaire les protégera du chaos. Un jour, Skalde découvre dans une clairière une enfant à la chevelure rouge feu. D'où vient-elle ? Comment a-t-elle pu arriver jusqu'ici ? Consciente de sa transgression, l'adolescente recueille la petite fille, sous le regard méfiant de sa mère Edith. Car les deux femmes ne se sont jamais vraiment intégrées à cette communauté pétrie de peurs et de superstitions. Tandis que les villageois s'organisent, le trio devra bientôt faire face à une véritable chasse aux sorcières.

 Ce que j'en ai pensé :

Un brouillard persistant, une sécheresse accablante, des animaux mourants, plus d'oiseaux, des arbres fruitiers improductifs. Le monde a vacillé et les hommes aussi.

C'est dans ce contexte apocalyptique que survivent Skalde, adolescente, et sa mère Edith, sur un coin de terre coupé du monde, jusqu'à l'apparition de l'enfant rousse, Meiris qui va bouleverser ce qui restait d'équilibre.

Étonnant premier roman qui semble volontairement laisser des zones d'ombre dans le récit : on ne saura pas d'où viennent l'animosité et la rancœur qui animent les relations mère-fille, ni d'où arrive l'enfant rousse, ni comment le monde a basculé..

Il ne faudra donc pas chercher de réponses, oublier le rationnel pour se laisser porter par ce récit en forme de journal intime, écrit par Skalde et qui interroge le lecteur sur nos peurs : celle de la l'inconnu, celle de la perte de repères et de certitudes. 

Helene BUKOWSKI peint avec justesse une communauté apeurée, au bord de la rupture et de la violence, guidée par ses superstitions (l'enfant rousse est-elle un elfe ?), par l'enjeu de sa survie face à une nature aussi cruelle qu'elle a pu être prolifique et bienveillante.

J'ai beaucoup aimé le ton et le rythme de cette dystopie dans laquelle les personnages semblent pourtant parfois "vides d'émotions" (le peu d'empathie dégagé accentue le côté sombre du roman, comme si les sentiments mouraient eux-aussi). J'ai apprécié le mystère persistant sur les origines et la fin ouverte qui laissent le lecteur libre d'imaginer les prémices et la suite de cette histoire.

Grande couronne - Salomé KINNER

 

Editions Christian Bourgois

Parution : 19 août 2021

188 pages



Ce qu'en dit l'éditeur :

Nous sommes en France, à la fin des années 1990. Dans une ville de banlieue pavillonnaire, une adolescente regarde passer les trains qui filent vers Paris. Elle a des projets plein la tête : partir, devenir hôtesse de l’air et surtout, plus urgent, s’acheter des vêtements de marque.

Mais comment faire quand on n’a pas assez d’argent de poche et que la vie dont on rêvait se révèle être un champ de cactus ?

Car en attendant, sa famille vacille et ses repères sont chamboulés. En moins d’un an, sans renoncer à ses désirs, elle devra tout apprendre : comment classer ses émotions, tenir tête à ses copines, assumer des responsabilités trop grandes pour elle et vivre ses premières expériences sexuelles.
Si l’adolescence est une ligne de crête menant à l’âge adulte, l’attachante héroïne de Grande Couronne s’y tient en équilibriste, oscillant entre le trivial et le terrible. Mais elle a une arme : une vision au laser grâce à laquelle elle dresse un tableau de son époque et de ses émotions aussi drolatique qu’impitoyable.

 

Ce que j'en ai pensé :

Une situation dérangeante (une jeune fille qui se prostitue), des mots parfois crus (appelons un chat, un chat !) et des a priori sur un roman vers lequel je ne serais pas spontanément allée si je n'avais pas lu quelques bonnes critiques.

Je me réjouis d'avoir laissé ma curiosité l'emporter ! D'avoir plongé dans ce livre, en apnée, à ne plus vouloir le quitter, à accompagner "Tennessy" (son pseudo au cœur du réseau Magritte) dans son incroyable récit. 

Ça pourrait être glauque (la situation l'est, bien évidemment..) mais la langue employée, le ton, finissent par donner une sorte de légèreté au propos, désamorcent le sentiment malsain qui pourrait étreindre le lecteur. La narratrice a l'inconséquence de son âge, dépasse le point de vue bien/mal de ses actes. 

Elle est une adolescente en recherche d'identité, en quête de repères malgré (ou à cause ?) du divorce de ses parents ; elle se veut libre de ses choix, croit définir des limites.

Elle est surtout d'une justesse épatante, d'une maturité incroyable et le style de Salomé Kiner sert ce récit initiatique dérangeant en réussissant à ne pas laisser le sordide dominer.


Le serpent majuscule - Pierre LEMAITRE

 

Editions Albin Michel

Parution : 12 mai 2021

336 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

« Avec Mathilde, jamais une balle plus haute que l’autre, du travail propre et sans bavures. Ce soir est une exception. Une fantaisie. Elle aurait pu agir de plus loin, faire moins de dégâts, et ne tirer qu’une seule balle, bien sûr. »

Dans ce réjouissant jeu de massacre où l’on tue tous les affreux, Pierre Lemaître joue en virtuose de sa plume caustique. Avec cette œuvre de jeunesse inédite, il fait cadeau à ses lecteurs d’un roman noir et subversif qui marque ses adieux au genre. Dialogues cinglants, portraits saisissants, scénario impitoyable : du pur Pierre Lemaître.

 

Ce que j'en ai pensé :

Un premier polar, ressorti des placards, pour dire adieu au genre puisque l'auteur avec sa trilogie "Les enfants du désastre" a un peu changé de cap littéraire.

Un premier polar qui, s'il possède quelques légers défauts dûs à sa "jeunesse" dans l'exercice, présente aussi tout un tas de qualités, et notamment celle, pas des moindres, de m'avoir fait rire !

Son héroïne, mamie tueuse à gages, est un personnage curieux, pas piqué des vers. Elle déraille léger, commence à s'emmêler les crayons, paranoïse un peu, Alzheimer au coin du ciboulot. Le travail est propre, quand elle ne se trompe pas de victime, quand elle ne décapite pas son chien..Un sacré bout de femme dont on n'est pas sûr d'apprécier être le voisin !

J'ai immédiatement pensé à Franz BARTELT et à ses polars un peu foutraques, parfois très décalés. Dans ce "premier" polar, Pierre Lemaître manie généreusement le cocasse et l'absurde, flirte joyeusement avec le second degré et..c'est jubilatoire !

Ce n'est certes pas un "chef-d’œuvre" qu'on aurait pu attendre, ça pourrait être une sorte d'opportunité "commerciale" (parution avant l'été..) mais il ne faut pas bouder son plaisir ! C'est drôle, déjanté, parfois bien noir, ça a clairement "fait le job" pour moi parce que je me suis amusée à suivre cette drôle de mamie flingueuse ! 

(et entre nous, ça ferait un film sympa - tiens, Balasko dans le rôle-titre !)



True story - Kate REED PETTY

 

Editions Gallmeister

Parution : 19 août 2021

448 pages

Traduction : Jacques Mailhos



Ce qu'en dit l'éditeur :

Talentueuse mais solitaire, Alice Lovett prête sa plume pour écrire les histoires des autres. Pourtant elle reste hantée par la seule histoire qui lui échappe : sa propre vie. Une simple rumeur, lancée en ce lointain été 1999 par deux ados éméchés, a embrasé en un rien de temps toute la communauté.

Que s’est-il réellement passé sur la banquette arrière de cette voiture alors qu’ils ramenaient Alice, endormie, chez elle ? Accusations, rejets, déni, faux-semblants… la réalité de chaque protagoniste vacille et reste marquée à tout jamais. Et quand le présent offre une chance de réparer le passé, comment la saisir ? Faut-il se venger ou pardonner ? Ou mieux vaut-il tout oublier ? Mais peut-on oublier ce qu’on n’a jamais vraiment su ?

 
Construit comme un piège machiavélique qui bouscule les certitudes, True Story explore la fluctuante tension entre fiction et réalité et la manière dont notre société diffuse et affronte la rumeur.



Ce que j'en ai pensé :

Un roman-puzzle, un patchwork de styles narratifs finalement assez déroutant (alternance des points de vue de deux protagonistes – la jeune fille « violée » et un ami du « violeur » ; script de court-métrage ; brouillons de devoirs scolaires, retranscription de conversations téléphoniques, etc), ce premier roman étonne.

Il n'étonne pas seulement par sa construction narrative mais par son postulat. Kate Reed Petty interroge : de quoi naissent les rumeurs ? Jusqu'à quel point guident-elles la vie de ceux qui en font l'objet ? Comment peut-on se reconstruire, poursuivre sa vie ?

Roman fascinant quand il s'apparente au thriller psychologique, roman pénible à lire quand le style emprunte des chemins de traverse (j'ai été agacée par les scenarii, souvent ineptes, par la succession de brouillons corrigés par la prof), roman presque social qui décortique les mécanismes américains d'entrée à l'université, de glorification des équipes scolaires de sport (avec absolution de tous les abus), roman qui aborde la perte et la déchéance (bus d'alcool et de drogues), roman qui, finalement, ne fait que jouer sur les thèmes « à la mode » (dans quelle mesure le témoignage d'une fille violée peut-il être crédible?).

Tellement à « la mode » d'ailleurs que le combat d'Hailey paraît être le reflet d'un combat presque politique qui a oublié la nuance et surtout ..la vérité !

Pour tout dire, j'ai aimé lire le point de vue de Nick (ami des supposés violeurs, celui qui finit par bousiller sa vie de trop d'interrogations et de presque culpabilité) et celui d'Alice qui évoque l'emprise dont elle a été l'objet.

Le reste m'a parfois ennuyée (extrait de scenarii, etc), parfois un brin énervée , et je n'ai réussi à m'attacher qu'à deux personnages : Nick et Alice.

Le roman aurait gagné à ne pas trop s'éparpiller,,,

Le fils du professeur - Luc CHOMARAT

 

Editions La Manufacture de Livres

Parution : 19 août 2021

272 pages



Ce qu'en dit l'éditeur :

« Mes parents, j’avais l’impression de les connaître comme si je les avais faits. Cette jeune femme très Nouvelle Vague, cinquante de tour de taille, des dents blanches et bien alignées, grande douceur un peu triste, c’était ma maman. L’autre, si grand que la plupart du temps je ne savais pas trop à quoi il ressemblait là-haut, une voix qui descendait d’entre les nuages, c’était le professeur. Mon papa. » 


Dans cette petite famille se joue l’éternelle aventure de l’enfance. Il y a les combats acharnés contre les copains cow-boys, les stratagèmes habiles pour trouver sa place dans la cour de récré, les questionnements existentiels et la fascination pour les femmes si indéchiffrables. Et pendant ce temps, d’autres luttent pour la liberté, tuent des présidents, marchent sur la lune, mènent une guerre froide...

Des souvenirs vagues de la maternelle aux élans de l’adolescence, Luc Chomarat nous invite à redécouvrir un monde empli de mystères et peuplé d’amis imaginaires. De sa plume impertinente et pleine d’esprit, il propose de cheminer à hauteur d’enfant sur la route faite de rêves et de défis qui mène à l’âge adulte.



Ce que j'en ai pensé :

C'est avec enthousiasme que j'ai démarré la lecture de ce roman aux allures d'autobiographie tant Le polar de l'été m'avait plu.

Il s'en est fallu de peu que je lâche ce nouvel opus de Luc Chomarat dès les premières pages, tant ça me semblait partir un peu dans tous les sens..et pourtant, rapidement, c'est avec beaucoup d'intérêt que j'ai poursuivi ma lecture, charmée par la tendresse et la nostalgie qui s'en dégagent.

Des souvenirs de la petite enfance aux expériences adolescentes à la fin des années 1970, entre premiers émois et parties de flipper, l'auteur nous embarque dans un voyage nostalgique, doux et amer, parfois teinté de cette ironie mordante que j'avais aimé dans "Le polar de l'été" (certains dialogues sont assez savoureux !).

Luc Chomarat offre cependant bien plus que des réminiscences d'un monde révolu, il glisse dans ces réflexions enfantines un regard sur des interrogations universelles (religion, politique, place des femmes dans la société, rôle de l'école, urbanisation) et ancre son récit dans l'actualité de l'époque.

Un bon moment de lecture.

Les soeurs de Montmorts - Jérôme LOUBRY

 

Editions Calmann-Levy

Parution : 25 août 2021

270 pages



Ce qu'en dit l'éditeur :

Novembre 2021. Julien Perrault vient d’être nommé chef de la police de Montmorts, village isolé desservi par une unique route.
Alors qu’il s’imaginait atterrir au bout du monde, il découvre un endroit cossu, aux rues d’une propreté immaculée, et équipé d’un système de surveillance dernier cri.

Mais quelque chose détonne dans cette atmosphère trop calme. Est-ce la silhouette menaçante de la montagne des Morts qui surplombe le village ?
Les voix et les superstitions qui hantent les habitants ? Les décès violents qui jalonnent l’histoire des lieux ?

Dans la lignée des Refuges, un thriller stupéfiant à la construction aussi originale qu’habile, qui vous fera douter de vos certitudes à chaque page.



Ce que j'en ai pensé :

Le bandeau, prometteur, argumentait sur la capacité de l'auteur à manipuler le lecteur…

Ne jamais faire confiance à un bandeau publicitaire sur un livre, jamais.

Certes, ce qu'on appellera le « twist » final, va éclaircir tous les mystères de ce polar. Et l'idée est plutôt bonne mais elle est cependant déjà vue chez d'autres auteurs de polars , dont Sonja Dezongle.

Mais ça ne suffit pas !

J'ai d'abord été curieuse, mais j'ai été vite agacée (et quand je commence à annoter des pages, ça finit mal!).

Les événements relatés entretiennent l'atmosphère frelatée de ce patelin paumé , le sang gicle allègrement (page 247 : « le liquide pourpre paraissait lui-aussi en panique, se faufilant entre les crevasses et les bosses, coulant avec furie jusqu'au sol » - le mec s'est juste pété l'arcade mais c'est l'apocalypse, l'hémophilie incontrôlable ??) et c'est un peu trop capillo-tracté (ou artéro-pompé). La qualité d'un polar ne se résume pas à son taux d'hémoglobine !


J'ai cru capituler devant tant d'indigence dans la narration, entre répétitions (on est souvent pas loin de l'allitération !! j'ai même souhaité que l'auteur s'étouffe dans ses flocons saupoudrés toutes les 3 lignes !! d'autant que cette neige, dans laquelle se vautre l'auteur en pensant apporter une atmosphère « étrange » n'amène RIEN à l'intrigue) et lourdeurs narratives absolument indigestes !

Il y a de quoi s'étouffer avec cette phrase :

« Ici, les bruits de la vie s'arrêtaient à l'orée de la forêt pour laisser place à un silence pesant, pareils à ceux qui enlacent les remords des pénitents agenouillés dans une église. »

Ahem..lourd, lourd, lourdingue ! (ne fais pas du Bouysse qui veut!)

La porte du voyage sans retour - David DIOP

 

Editions du Seuil - Collection Cadre rouge

Parution : 19 août 2021

256 pages

 

Ce qu'en dit l'éditeur :

 « La porte du voyage sans retour » est le surnom donné à l’île de Gorée, d’où sont partis des millions d’Africains au temps de la traite des Noirs. C’est dans ce qui est en 1750 une concession française qu’un jeune homme débarque, venu au Sénégal pour étudier la flore locale. Botaniste, il caresse le rêve d’établir une encyclopédie universelle du vivant, en un siècle où l’heure est aux Lumières. Lorsqu’il a vent de l’histoire d’une jeune Africaine promise à l’esclavage et qui serait parvenue à s’évader, trouvant refuge quelque part aux confins de la terre sénégalaise, son voyage et son destin basculent dans la quête obstinée de cette femme perdue qui a laissé derrière elle mille pistes et autant de légendes.

S’inspirant de la figure de Michel Adanson, naturaliste français (1727-1806), David Diop signe un roman éblouissant, évocation puissante d’un royaume où la parole est reine, odyssée bouleversante de deux êtres qui ne cessent de se rejoindre, de s’aimer et de se perdre, transmission d’un héritage d’un père à sa fille, destinataire ultime des carnets qui relatent ce voyage caché.

 

Ce que j'en ai pensé :

Sénégal, XVIIIème siècle, Michel ADANSON alors jeune naturaliste, explore l'Afrique à la recherche de plantes ou d'animaux alors inconnus en Europe.

Paris, début du XIXème siècle, ledit ADANSON se meurt. 

A près de 60 ans au service de la botanique, il lègue à sa fille ses mémoires et son extraordinaire rencontre avec le Sénégal; ses coutumes, ses terres tour à tour riches ou désolées,  les hommes qui peuplent ce pays, et surtout LA femme pour laquelle il est prêt à tout.

Au-delà d'un roman qui pourrit donner l'illusion d'un dithyrambe contre la colonisation et l'esclavage, David DIOP, dans les pas de Michel ADANSON, restitue une époque (où le terme de "nègre" est usuel, quoi qu'on en pense aujourd'hui..) et prend la mesure d'une passion pour un pays, sans jugement de valeurs (les comparaisons de "civilisation" sont parfois cocasses), en la portant à l'aune d'une histoire d'amour et d'aventure.

A cette lecture, les sentiments et les émotions s'opposent. Il en ressort la sensation que le lecteur ne devra pas choisir un parti, mais se laisser porter par un conte dans lequel personne ne sort vainqueur, dans lequel il n'est pas besoin de juger...ou de réécrire l'histoire !!

C'est un instantané du Siècle des Lumières, un moment M où se confrontent en Europe "droits de l'homme" et exploitation presque capitaliste de la "chair humaine" (la toute-puissance de l'exploitation sucrière) et où en Afrique, on hésite entre animisme et islam, entre colons français et anglais, entre traditions et modernité.

S'oblitérant du style (et des allitérations) de son premier roman, David DIOP livre ici un roman sensible, teinté de nostalgie, le récit initiatique d'un authentique amoureux de l'Afrique, le récit d'un voyage au-delà du temps qui alterne Histoire et histoires.

Une excellente lecture !

Seule en sa demeure - Cécile COULON

 

Editions de l'Iconoclaste

Parution : 19 août 2021

333 pages



Ce qu'en dit l'éditeur :

Une histoire d’espoirs fous et de désirs, dans un XIXe siècle dominé par les interdits.

Cécile Coulon nous plonge dans les affres d’un mariage arrangé comme il en existait tant au XIXe siècle. À dix-huit ans, Aimée se plie au charme froid de Candre Marchère, un riche propriétaire terrien du Jura. Pleine d’espoir et d’illusions, elle quitte sa famille pour le domaine de la Forêt d’Or. Mais très vite, elle se heurte au silence de son mari, à la toute-puissance d’Henria, la servante. Encerclée par la forêt dense, étourdie par les cris d’oiseaux, Aimée cherche sa place. La demeure est hantée par le fantôme d’Aleth, la première épouse de Candre, morte subitement peu de temps après son mariage. Aimée dort dans son lit, porte ses robes, se donne au même homme. Que lui est-il arrivé ? Jusqu’au jour où Émeline, venue donner des cours de flûte, fait éclater ce monde clos. Au fil des leçons, sa présence trouble Aimée, éveille sa sensualité. La Forêt d’Or devient alors le théâtre de désirs et de secrets enchâssés.
Seule en sa demeure est une histoire de domination, de passions et d’amours empêchés.


Ce que j'en ai pensé :

J'étais restée un peu au dehors de "Une bête au paradis" en 2019 et dubitative en 2017 lors de ma lecture de "Trois saisons d'orage".

A nouveau, je m'interroge : ai-je aimé ou non ce roman ? 


Il a déjà commencé à beaucoup (trop) se voir sur bookstagram et ailleurs, et il y aura tout un tas de lecteurs pour le porter aux nues.  

Pour ma part, je suis restée un brin à distance comme s'il m'avait manqué un petit rien pour être plus enthousiaste.

 

L'intrigue nous transporte aux confins des forêts jurassiennes dans un milieu bourgeois aisé. Ce déplacement temporel, les descriptions des lieux (forêt inquiétante, manoir tarabiscoté) accentuent le côté gothique du roman qui joue avec ces codes littéraires (mystère autour de la personnalité de Candre Marchère, hypothèses sur le décès de sa première épouse, inquiétudes sur le pourquoi des langues coupées, etc) et instillent un malaise croissant.

Même si l'écriture est toujours aussi ciselée, si le postulat de départ m'a intéressée, je n'ai pas ressenti de « transport littéraire », me détachant bien trop des personnages qui auraient mérité d'être moins consensuels (pour Aimée par exemple) ou carrément gothico-fantasmagoriques (Candre Marchère aurait gagné à cacher quelque perversion inavouable)…

Outre des personnages qui auraient pu avoir plus d'épaisseur (Aimée qui frétille au contact de sa prof de flûte, pourquoi? On devine une attirance, elle n'est ni explicite ni expliquée), l'histoire est finalement assez conventionnelle, avec des développements narratifs assez inégaux.

Un bon roman qui selon moi manque un peu d'originalité (je n'ai pas mis longtemps à dénouer le «twist » final..) et que je vais oublier vite, tout en regrettant que la prose de Cécile Coulon n'aille pas plus au fond des choses.