Le serpent majuscule - Pierre LEMAITRE

 

Editions Albin Michel

Parution : 12 mai 2021

336 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

« Avec Mathilde, jamais une balle plus haute que l’autre, du travail propre et sans bavures. Ce soir est une exception. Une fantaisie. Elle aurait pu agir de plus loin, faire moins de dégâts, et ne tirer qu’une seule balle, bien sûr. »

Dans ce réjouissant jeu de massacre où l’on tue tous les affreux, Pierre Lemaître joue en virtuose de sa plume caustique. Avec cette œuvre de jeunesse inédite, il fait cadeau à ses lecteurs d’un roman noir et subversif qui marque ses adieux au genre. Dialogues cinglants, portraits saisissants, scénario impitoyable : du pur Pierre Lemaître.

 

Ce que j'en ai pensé :

Un premier polar, ressorti des placards, pour dire adieu au genre puisque l'auteur avec sa trilogie "Les enfants du désastre" a un peu changé de cap littéraire.

Un premier polar qui, s'il possède quelques légers défauts dûs à sa "jeunesse" dans l'exercice, présente aussi tout un tas de qualités, et notamment celle, pas des moindres, de m'avoir fait rire !

Son héroïne, mamie tueuse à gages, est un personnage curieux, pas piqué des vers. Elle déraille léger, commence à s'emmêler les crayons, paranoïse un peu, Alzheimer au coin du ciboulot. Le travail est propre, quand elle ne se trompe pas de victime, quand elle ne décapite pas son chien..Un sacré bout de femme dont on n'est pas sûr d'apprécier être le voisin !

J'ai immédiatement pensé à Franz BARTELT et à ses polars un peu foutraques, parfois très décalés. Dans ce "premier" polar, Pierre Lemaître manie généreusement le cocasse et l'absurde, flirte joyeusement avec le second degré et..c'est jubilatoire !

Ce n'est certes pas un "chef-d’œuvre" qu'on aurait pu attendre, ça pourrait être une sorte d'opportunité "commerciale" (parution avant l'été..) mais il ne faut pas bouder son plaisir ! C'est drôle, déjanté, parfois bien noir, ça a clairement "fait le job" pour moi parce que je me suis amusée à suivre cette drôle de mamie flingueuse ! 

(et entre nous, ça ferait un film sympa - tiens, Balasko dans le rôle-titre !)



True story - Kate REED PETTY

 

Editions Gallmeister

Parution : 19 août 2021

448 pages

Traduction : Jacques Mailhos



Ce qu'en dit l'éditeur :

Talentueuse mais solitaire, Alice Lovett prête sa plume pour écrire les histoires des autres. Pourtant elle reste hantée par la seule histoire qui lui échappe : sa propre vie. Une simple rumeur, lancée en ce lointain été 1999 par deux ados éméchés, a embrasé en un rien de temps toute la communauté.

Que s’est-il réellement passé sur la banquette arrière de cette voiture alors qu’ils ramenaient Alice, endormie, chez elle ? Accusations, rejets, déni, faux-semblants… la réalité de chaque protagoniste vacille et reste marquée à tout jamais. Et quand le présent offre une chance de réparer le passé, comment la saisir ? Faut-il se venger ou pardonner ? Ou mieux vaut-il tout oublier ? Mais peut-on oublier ce qu’on n’a jamais vraiment su ?

 
Construit comme un piège machiavélique qui bouscule les certitudes, True Story explore la fluctuante tension entre fiction et réalité et la manière dont notre société diffuse et affronte la rumeur.



Ce que j'en ai pensé :

Un roman-puzzle, un patchwork de styles narratifs finalement assez déroutant (alternance des points de vue de deux protagonistes – la jeune fille « violée » et un ami du « violeur » ; script de court-métrage ; brouillons de devoirs scolaires, retranscription de conversations téléphoniques, etc), ce premier roman étonne.

Il n'étonne pas seulement par sa construction narrative mais par son postulat. Kate Reed Petty interroge : de quoi naissent les rumeurs ? Jusqu'à quel point guident-elles la vie de ceux qui en font l'objet ? Comment peut-on se reconstruire, poursuivre sa vie ?

Roman fascinant quand il s'apparente au thriller psychologique, roman pénible à lire quand le style emprunte des chemins de traverse (j'ai été agacée par les scenarii, souvent ineptes, par la succession de brouillons corrigés par la prof), roman presque social qui décortique les mécanismes américains d'entrée à l'université, de glorification des équipes scolaires de sport (avec absolution de tous les abus), roman qui aborde la perte et la déchéance (bus d'alcool et de drogues), roman qui, finalement, ne fait que jouer sur les thèmes « à la mode » (dans quelle mesure le témoignage d'une fille violée peut-il être crédible?).

Tellement à « la mode » d'ailleurs que le combat d'Hailey paraît être le reflet d'un combat presque politique qui a oublié la nuance et surtout ..la vérité !

Pour tout dire, j'ai aimé lire le point de vue de Nick (ami des supposés violeurs, celui qui finit par bousiller sa vie de trop d'interrogations et de presque culpabilité) et celui d'Alice qui évoque l'emprise dont elle a été l'objet.

Le reste m'a parfois ennuyée (extrait de scenarii, etc), parfois un brin énervée , et je n'ai réussi à m'attacher qu'à deux personnages : Nick et Alice.

Le roman aurait gagné à ne pas trop s'éparpiller,,,

Le fils du professeur - Luc CHOMARAT

 

Editions La Manufacture de Livres

Parution : 19 août 2021

272 pages



Ce qu'en dit l'éditeur :

« Mes parents, j’avais l’impression de les connaître comme si je les avais faits. Cette jeune femme très Nouvelle Vague, cinquante de tour de taille, des dents blanches et bien alignées, grande douceur un peu triste, c’était ma maman. L’autre, si grand que la plupart du temps je ne savais pas trop à quoi il ressemblait là-haut, une voix qui descendait d’entre les nuages, c’était le professeur. Mon papa. » 


Dans cette petite famille se joue l’éternelle aventure de l’enfance. Il y a les combats acharnés contre les copains cow-boys, les stratagèmes habiles pour trouver sa place dans la cour de récré, les questionnements existentiels et la fascination pour les femmes si indéchiffrables. Et pendant ce temps, d’autres luttent pour la liberté, tuent des présidents, marchent sur la lune, mènent une guerre froide...

Des souvenirs vagues de la maternelle aux élans de l’adolescence, Luc Chomarat nous invite à redécouvrir un monde empli de mystères et peuplé d’amis imaginaires. De sa plume impertinente et pleine d’esprit, il propose de cheminer à hauteur d’enfant sur la route faite de rêves et de défis qui mène à l’âge adulte.



Ce que j'en ai pensé :

C'est avec enthousiasme que j'ai démarré la lecture de ce roman aux allures d'autobiographie tant Le polar de l'été m'avait plu.

Il s'en est fallu de peu que je lâche ce nouvel opus de Luc Chomarat dès les premières pages, tant ça me semblait partir un peu dans tous les sens..et pourtant, rapidement, c'est avec beaucoup d'intérêt que j'ai poursuivi ma lecture, charmée par la tendresse et la nostalgie qui s'en dégagent.

Des souvenirs de la petite enfance aux expériences adolescentes à la fin des années 1970, entre premiers émois et parties de flipper, l'auteur nous embarque dans un voyage nostalgique, doux et amer, parfois teinté de cette ironie mordante que j'avais aimé dans "Le polar de l'été" (certains dialogues sont assez savoureux !).

Luc Chomarat offre cependant bien plus que des réminiscences d'un monde révolu, il glisse dans ces réflexions enfantines un regard sur des interrogations universelles (religion, politique, place des femmes dans la société, rôle de l'école, urbanisation) et ancre son récit dans l'actualité de l'époque.

Un bon moment de lecture.

Les soeurs de Montmorts - Jérôme LOUBRY

 

Editions Calmann-Levy

Parution : 25 août 2021

270 pages



Ce qu'en dit l'éditeur :

Novembre 2021. Julien Perrault vient d’être nommé chef de la police de Montmorts, village isolé desservi par une unique route.
Alors qu’il s’imaginait atterrir au bout du monde, il découvre un endroit cossu, aux rues d’une propreté immaculée, et équipé d’un système de surveillance dernier cri.

Mais quelque chose détonne dans cette atmosphère trop calme. Est-ce la silhouette menaçante de la montagne des Morts qui surplombe le village ?
Les voix et les superstitions qui hantent les habitants ? Les décès violents qui jalonnent l’histoire des lieux ?

Dans la lignée des Refuges, un thriller stupéfiant à la construction aussi originale qu’habile, qui vous fera douter de vos certitudes à chaque page.



Ce que j'en ai pensé :

Le bandeau, prometteur, argumentait sur la capacité de l'auteur à manipuler le lecteur…

Ne jamais faire confiance à un bandeau publicitaire sur un livre, jamais.

Certes, ce qu'on appellera le « twist » final, va éclaircir tous les mystères de ce polar. Et l'idée est plutôt bonne mais elle est cependant déjà vue chez d'autres auteurs de polars , dont Sonja Dezongle.

Mais ça ne suffit pas !

J'ai d'abord été curieuse, mais j'ai été vite agacée (et quand je commence à annoter des pages, ça finit mal!).

Les événements relatés entretiennent l'atmosphère frelatée de ce patelin paumé , le sang gicle allègrement (page 247 : « le liquide pourpre paraissait lui-aussi en panique, se faufilant entre les crevasses et les bosses, coulant avec furie jusqu'au sol » - le mec s'est juste pété l'arcade mais c'est l'apocalypse, l'hémophilie incontrôlable ??) et c'est un peu trop capillo-tracté (ou artéro-pompé). La qualité d'un polar ne se résume pas à son taux d'hémoglobine !


J'ai cru capituler devant tant d'indigence dans la narration, entre répétitions (on est souvent pas loin de l'allitération !! j'ai même souhaité que l'auteur s'étouffe dans ses flocons saupoudrés toutes les 3 lignes !! d'autant que cette neige, dans laquelle se vautre l'auteur en pensant apporter une atmosphère « étrange » n'amène RIEN à l'intrigue) et lourdeurs narratives absolument indigestes !

Il y a de quoi s'étouffer avec cette phrase :

« Ici, les bruits de la vie s'arrêtaient à l'orée de la forêt pour laisser place à un silence pesant, pareils à ceux qui enlacent les remords des pénitents agenouillés dans une église. »

Ahem..lourd, lourd, lourdingue ! (ne fais pas du Bouysse qui veut!)

La porte du voyage sans retour - David DIOP

 

Editions du Seuil - Collection Cadre rouge

Parution : 19 août 2021

256 pages

 

Ce qu'en dit l'éditeur :

 « La porte du voyage sans retour » est le surnom donné à l’île de Gorée, d’où sont partis des millions d’Africains au temps de la traite des Noirs. C’est dans ce qui est en 1750 une concession française qu’un jeune homme débarque, venu au Sénégal pour étudier la flore locale. Botaniste, il caresse le rêve d’établir une encyclopédie universelle du vivant, en un siècle où l’heure est aux Lumières. Lorsqu’il a vent de l’histoire d’une jeune Africaine promise à l’esclavage et qui serait parvenue à s’évader, trouvant refuge quelque part aux confins de la terre sénégalaise, son voyage et son destin basculent dans la quête obstinée de cette femme perdue qui a laissé derrière elle mille pistes et autant de légendes.

S’inspirant de la figure de Michel Adanson, naturaliste français (1727-1806), David Diop signe un roman éblouissant, évocation puissante d’un royaume où la parole est reine, odyssée bouleversante de deux êtres qui ne cessent de se rejoindre, de s’aimer et de se perdre, transmission d’un héritage d’un père à sa fille, destinataire ultime des carnets qui relatent ce voyage caché.

 

Ce que j'en ai pensé :

Sénégal, XVIIIème siècle, Michel ADANSON alors jeune naturaliste, explore l'Afrique à la recherche de plantes ou d'animaux alors inconnus en Europe.

Paris, début du XIXème siècle, ledit ADANSON se meurt. 

A près de 60 ans au service de la botanique, il lègue à sa fille ses mémoires et son extraordinaire rencontre avec le Sénégal; ses coutumes, ses terres tour à tour riches ou désolées,  les hommes qui peuplent ce pays, et surtout LA femme pour laquelle il est prêt à tout.

Au-delà d'un roman qui pourrit donner l'illusion d'un dithyrambe contre la colonisation et l'esclavage, David DIOP, dans les pas de Michel ADANSON, restitue une époque (où le terme de "nègre" est usuel, quoi qu'on en pense aujourd'hui..) et prend la mesure d'une passion pour un pays, sans jugement de valeurs (les comparaisons de "civilisation" sont parfois cocasses), en la portant à l'aune d'une histoire d'amour et d'aventure.

A cette lecture, les sentiments et les émotions s'opposent. Il en ressort la sensation que le lecteur ne devra pas choisir un parti, mais se laisser porter par un conte dans lequel personne ne sort vainqueur, dans lequel il n'est pas besoin de juger...ou de réécrire l'histoire !!

C'est un instantané du Siècle des Lumières, un moment M où se confrontent en Europe "droits de l'homme" et exploitation presque capitaliste de la "chair humaine" (la toute-puissance de l'exploitation sucrière) et où en Afrique, on hésite entre animisme et islam, entre colons français et anglais, entre traditions et modernité.

S'oblitérant du style (et des allitérations) de son premier roman, David DIOP livre ici un roman sensible, teinté de nostalgie, le récit initiatique d'un authentique amoureux de l'Afrique, le récit d'un voyage au-delà du temps qui alterne Histoire et histoires.

Une excellente lecture !

Seule en sa demeure - Cécile COULON

 

Editions de l'Iconoclaste

Parution : 19 août 2021

333 pages



Ce qu'en dit l'éditeur :

Une histoire d’espoirs fous et de désirs, dans un XIXe siècle dominé par les interdits.

Cécile Coulon nous plonge dans les affres d’un mariage arrangé comme il en existait tant au XIXe siècle. À dix-huit ans, Aimée se plie au charme froid de Candre Marchère, un riche propriétaire terrien du Jura. Pleine d’espoir et d’illusions, elle quitte sa famille pour le domaine de la Forêt d’Or. Mais très vite, elle se heurte au silence de son mari, à la toute-puissance d’Henria, la servante. Encerclée par la forêt dense, étourdie par les cris d’oiseaux, Aimée cherche sa place. La demeure est hantée par le fantôme d’Aleth, la première épouse de Candre, morte subitement peu de temps après son mariage. Aimée dort dans son lit, porte ses robes, se donne au même homme. Que lui est-il arrivé ? Jusqu’au jour où Émeline, venue donner des cours de flûte, fait éclater ce monde clos. Au fil des leçons, sa présence trouble Aimée, éveille sa sensualité. La Forêt d’Or devient alors le théâtre de désirs et de secrets enchâssés.
Seule en sa demeure est une histoire de domination, de passions et d’amours empêchés.


Ce que j'en ai pensé :

J'étais restée un peu au dehors de "Une bête au paradis" en 2019 et dubitative en 2017 lors de ma lecture de "Trois saisons d'orage".

A nouveau, je m'interroge : ai-je aimé ou non ce roman ? 


Il a déjà commencé à beaucoup (trop) se voir sur bookstagram et ailleurs, et il y aura tout un tas de lecteurs pour le porter aux nues.  

Pour ma part, je suis restée un brin à distance comme s'il m'avait manqué un petit rien pour être plus enthousiaste.

 

L'intrigue nous transporte aux confins des forêts jurassiennes dans un milieu bourgeois aisé. Ce déplacement temporel, les descriptions des lieux (forêt inquiétante, manoir tarabiscoté) accentuent le côté gothique du roman qui joue avec ces codes littéraires (mystère autour de la personnalité de Candre Marchère, hypothèses sur le décès de sa première épouse, inquiétudes sur le pourquoi des langues coupées, etc) et instillent un malaise croissant.

Même si l'écriture est toujours aussi ciselée, si le postulat de départ m'a intéressée, je n'ai pas ressenti de « transport littéraire », me détachant bien trop des personnages qui auraient mérité d'être moins consensuels (pour Aimée par exemple) ou carrément gothico-fantasmagoriques (Candre Marchère aurait gagné à cacher quelque perversion inavouable)…

Outre des personnages qui auraient pu avoir plus d'épaisseur (Aimée qui frétille au contact de sa prof de flûte, pourquoi? On devine une attirance, elle n'est ni explicite ni expliquée), l'histoire est finalement assez conventionnelle, avec des développements narratifs assez inégaux.

Un bon roman qui selon moi manque un peu d'originalité (je n'ai pas mis longtemps à dénouer le «twist » final..) et que je vais oublier vite, tout en regrettant que la prose de Cécile Coulon n'aille pas plus au fond des choses.


Rien ne t'appartient - Nathacha APPANAH

 

Editions Gallimard - Collection La blanche

Parution : 19 août 2021

160 pages



Ce qu'en dit l'éditeur :

« Elle ne se contente plus d’habiter mes rêves, cette fille. Elle pousse en moi, contre mes flancs, elle veut sortir et je sens que, bientôt, je n’aurai plus la force de la retenir tant elle me hante, tant elle est puissante. C’est elle qui envoie le garçon, c’est elle qui me fait oublier les mots, les événements, c’est elle qui me fait danser nue. »


Il n’y a pas que le chagrin et la solitude qui viennent tourmenter Tara depuis la mort de son mari. En elle, quelque chose se lève et gronde comme une vague. C’est la résurgence d’une histoire qu’elle croyait étouffée, c’est la réapparition de celle qu’elle avait été, avant. Une fille avec un autre prénom, qui aimait rire et danser, qui croyait en l’éternelle enfance jusqu’à ce qu’elle soit rattrapée par les démons de son pays.

À travers le destin de Tara, Nathacha Appanah nous offre une immersion sensuelle et implacable dans un monde où il faut aller au bout de soi-même pour préserver son intégrité. 

 

Ce que j'en ai pensé :

Je suis fan de Nathacha Appanah depuis que j'avais découvert "Le dernier frère", j'attends donc chacun de ses romans avec une vive impatience, certaine d'être à nouveau charmée par les mots d'une conteuse hors pair.

Pourtant, cette fois-ci, j'ai bien cru que j'allais renoncer après quelques dizaines de pages de cette histoire à laquelle je ne comprenais pas grand chose. 

Jusqu'à ce que Vijaya, la petite fille oubliée, refoulée dans les limbes de la mémoire, perce les flancs de la narratrice, Tara, pour sortir au grand jour et raconter son destin de "fille gâchée" dans un orphelinat jusqu'à sa renaissance après le tsunami de 2004.

Et la magie a opéré, délivrant dans un roman sensible et sensuel toute la poésie que Nathacha Appanah est capable d'instiller dans les pires catastrophes, dans la violence qui assomme le lecteur, presque par surprise. 

C'est un roman sur la solitude, la douleur et la résilience, sur la construction de soi, sur le deuil et l'espoir, et sur la condition des femmes.

Un beau portrait de femme, entre chagrin et folie, servi par une plume délicate.

Cataractes - Sonja DELZONFLE

 

Editions FOLIO

Parution : 28 mai 2020

448 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Il y a quarante ans, le petit Jan Kosta, trois ans, a été l’un des rares survivants de la terrible catastrophe de Zavoï. Lors d’un gigantesque glissement de terrain, ce village des Balkans a été englouti sous des torrents de boue. Devenu hydrogéologue, Jan a refait sa vie à Dubaï. Il reçoit un jour un appel au secours d’un ami ingénieur resté au pays. Il se passe des choses étranges autour d’une centrale construite sur les flancs de la région de son enfance : des disparitions inexpliquées et des comportements irrationnels, parfois violents. Que le mal vienne de la centrale, des montagnes ou des hommes, seul un survivant de Zavoï aura une chance de percer ce mystère et, peut-être, d’empêcher un nouveau désastre...

 

 Ce que j'en ai pensé :

Le polar raté..

Une intrigue qui part dans tous les sens et qui, au détriment de la qualité, essaie d'exploiter un maximum de sujets (écolo-terrorisme, guerre des Balkans et syndrome post-traumatique, religion et visions, pathologies psychiatriques, paternité, catastrophisme écologique, nature-writing, etc..sur fond de bluette sentimentale improbable) ... 

Des personnages auxquels on ne s'attache pas et dont les "états d'âmes" alourdissent la narration...

Des rebondissements improbables, des accessoires fort utiles qui sortent fort à propos des sacs à dos, un coupable qui vraisemblablement aurait pu être innocenté, une fin un peu débile peu conforme à l'image donnée du "héros" depuis le début...

J'ai lutté vaillamment pour finir ce rompol qui me laisse un drôle de goût (je vous éviterai le billet sur "Le hameau des purs" dont la fin est à se demander si l'auteur y croit vraiment) et qui me lance un seul signal : éviter dorénavant de me frotter aux écrits de Sonja Delzongle.

Et pour rire (jaune, non NOIR) les fautes d'orthographe !!

 On écrit "cannabis" avec 2 N,

 

On fait le "mariolE " avec un E final,


Dans une église, il y a un AUTEL , pas un hôtel..


Un prisonnier va en TAULE, pas en tôle (plaque de métal, pour rappel) - comment des auteurs de polar peuvent-ils encore faire cette faute, bordel !


Et, il n'y a qu'un seul F à "mafia", aucune raison d'en mettre 2 à "mafieux"..


Les relecteurs/correcteurs des maisons d'édition sont bien paresseux ou alors le roman les a tellement ennuyés (comme ce fut le cas pour moi) qu'ils ont sauté des chapitres ? (oui, je corrige les fautes dans mes livres)

Bref, déception, et quand un bouquin cumule autant de défauts, je n'ai même pas l'envie de le mettre dans une boîte à livres... 

Les contreforts - Guillaume SIRE

 

Editions Calmann Levy

Parution : 18 août 2021

352 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Au seuil des Corbières, les Testasecca habitent un château fort fabuleux, fait d’une multitude anarchique de tourelles, de coursives, de chemins de ronde et de passages dérobés.

Clémence, dix-sept ans, bricoleuse de génie, rafistole le domaine au volant de son fidèle tracteur ; Pierre, quinze ans, hypersensible, braconne dans les hauts plateaux ; Léon, le père, vigneron lyrique et bagarreur, voit ses pouvoirs décroître à mesure que la vieillesse le prend ; Diane, la mère, essaie tant bien que mal de gérer la propriété.


Ruinés, ils sont menacés d'expulsion. Et la nature autour devient folle : des hordes de chevreuils désorientés ravagent les cultures. Frondeurs et orgueilleux, les Testasecca décident de défendre coûte que coûte le château.

Dans cette épopée baroque et tragique où on retrouve toute sa puissance romanesque, Guillaume Sire érige une mythologie sur la terre de son enfance.

 

Ce que j'en ai pensé :


L'intrigue, aux portes de Carcassonne, est la chronique d'un désastre annoncé, d'une épopée contre le sort qui s'acharne, contre l'administration qui empêche, contre le temps qui emporte les vieilles pierres, les souvenirs d'enfance et l'équilibre de la nature.

C'est l'histoire d'une chute inéluctable, du renoncement aux rêves.
Ce sont les Corbières battues par les vents, âpres et rudes, où les hommes sont presque aussi sauvages que les bêtes.


Si quelques détails "locaux" m'ont chagrinée (quand on connaît les lieux de l'intrigue, on ne peut s'empêcher de faire quelques parallèles..), j'ai beaucoup aimé ce roman dont les personnages sont plus qu'attachants et dont la plume, poétique, m'a charmée. 

La narration oscille entre conte et réalisme, ajoutant une touche de mystère à ce roman.



L'élégant - Barthélémy DESPLATS

 

Editions Grasset

Parution : 9 juin 2021

180 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Biarritz était devenu le lieu de rendez-vous d’Antoine et son père. L’un aimait surfer, et l’autre le regardait. Leur histoire commune, fragilisée par l’éloignement et la rancœur, se reconstruisait grâce à ces moments passés dans le Sud-Ouest.


Mais cette année-là, les tempêtes de printemps ferment les terrasses et bousculent l’Océan autant que leurs habitudes. Brusquement, ils décident de prendre la route qui les mènera en Espagne et jusqu’à Nazaré, au Portugal, surfant sur leurs souvenirs et remontant le temps. Nostalgique et électrique, ce parcours imprévu leur réserve des rencontres et des révélations. Entre pudeur et humour, Antoine et son père apprennent à se connaître et à se parler. À la fin du voyage, le destin s’accélère, et ce périple initiatique devient celui de toute une vie.


Rythmé par la beauté des paysages et la puissance des sentiments, ce texte est l’aventure d’un fils qui devient un homme, et d’un homme qui devient un père.

 

 

Ce que j'en ai pensé :

C'est toujours douloureux de faire une croix sur son enfance, de perdre son père. On se donne l'illusion de contrôler la situation, de dominer le monde et le verdict, inéluctable tombe.

L'élégant, c'est le père d'Antoine, entre sessions de golf, pulls cachemire, divorces et whisky. Une vie entre l'Afrique, la Bretagne et la côte basque, là où il retrouve son fils, de temps en temps..

Un premier roman qui , entre nostalgie et moments de grâce, tend un fil entre ce père et ce fils que la vie a éloignés l'un de l'autre, entre frustrations et désintérêt.

Une balade douce et triste de Biarritz à Nazaré au Portugal, prétexte de retrouvailles, de lien à reconstruire.

C'est tendre et beau, c'est une belle déclaration d'amour d'un fils à son père qui sait être en train de mourir.

Fin de siècle - François GENDRON

 

Editions GALLIMARD - Collection La noire

Parution : 12 mars 2020

240 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

2024, Bassin méditerranéen : depuis une dizaine d'années, les ultra-riches se sont concentrés là, le seul endroit où ne sévissent pas les mégalodons, ces requins géants revenus, de façon inexplicable, du fond des âges et des océans. À Gibraltar et à Port Saïd, on a construit deux herses immenses. Depuis, le bassin est clos, sans danger. Alors que le reste du monde tente de survivre, ici, c'est luxe, calme et volupté pour une grosse poignée de privilégiés. Mais voilà ! l'entreprise publique qui gérait les herses vient d'être vendue à un fonds de pension canadien. L'entretien laisse à désirer, la grille de Gibraltar vient de céder, le carnage se profile...

Ce que j'en ai pensé :

Féroce dystopie, Fin de siècle, passe du polar à la science-fiction sans prévenir, en surfant sur le roman social.

Tout fout le camp, le climat a changé, les ultra-riches s'en sortent en se protégeant dans leurs forteresses ultra-sécurisées, mais les requins géants n'ont pas dit leur dernier mot. Au jeu capitaliste des hommes, la nature a encore beaucoup à démontrer !

Le sang gicle allègrement (RIP Albert II de Monaco !), les failles spatio-temporelles s'ouvrent au premier perdu, le monde connu vole en éclats..

Il faut lire ce rompol au 3ème degré (au moins), ne pas s'étonner de la loufoquerie ambiante et des scènes franchement barrées, il faut le prendre comme il est, une bouffée de fantaisie, de délire littéraire (et délire plutôt stylé d'ailleurs!).

Aux animaux la guerre - Nicolas MATHIEU

 

Editions Actes Sud - collection Acets noirs

Parution : Mars 2014

368 pages

Prix Transfuge du meilleur espoir Polar   

Prix Erckmann-Chatrian -

Prix Mystère de la critique -


Ce qu'en dit l'éditeur :

Une usine qui ferme dans les Vosges, tout le monde s’en fout. Une centaine de types qui se retrouvent sur le carreau, chômage, RSA, le petit dernier qui n’ira pas en colo cet été, un ou deux reportages au 19/20 régional et puis basta.

Sauf que les usines sont pleines de types dangereux qui n’ont plus rien à perdre. Comme Martel, le syndicaliste qui planque ses tatouages, ou Bruce, le bodybuilder sous stéroïdes. Des types qui ont du temps et la mauvaise idée de kidnapper une fille sur les trottoirs de Strasbourg pour la revendre à deux caïds qui font la pluie et le beau temps entre Épinal et Nancy.

Une fille, un Colt .45, la neige, à partir de là, tout s’enchaîne.


Ce que j'en ai pensé :

Un polar qui prend son temps pour brosser le portrait d'un coin des Vosges qui se meurt, d'un bout de Lorraine où les petites frappes se prennent pour des caïds et où la plupart des gens savent depuis toujours que la fin du monde n'est pas loin.

Des déclassés, des « plus bons à rien », des mômes sans avenir qui se croisent, tissent des bouts d'amitié au gré des combines, s'inventent des rêves pour quand le printemps reviendra et qu'ils pourront se tirer loin de là.

Portrait morose d'une société qui se perd, ce polar joue sur les flash-backs et cette cassure dans le rythme de cette dégringolade sociale inéluctable est bienvenue. Il multiplie les portraits avec intelligence en humanisant la descente aux enfers de ces recalés, en instillant une sorte de tendresse bienveillante pour ces « minables » même si l'amertume se faufile entre chaque ligne…

Un bon roman noir, addictif, dans lequel on retrouve l'univers et le style de Nicolas Mathieu et qui dose avec justesse roman social et polar.

Requiem pour une République - Thomas CANTALOUBE

 

Editions FOLIO

Parution : 8 avril 2021

544 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

"Je connais bien la question algérienne. Je connais bien la police. Je ne veux pas être désobligeant avec vous, mais il y a des choses qui vous dépassent. L'intérêt supérieur du pays nécessite souvent que l'on passe certains événements, certaines personnes, par pertes et profits." 

Automne 1959. L'élimination d'un avocat algérien lié au FLN tourne au carnage. Toute sa famille est décimée. Antoine Carrega, ancien résistant corse qui a ses entrées dans le Milieu, Sirius Volkstrom, ancien collabo devenu exécuteur des basses œuvres du Préfet Papon, et Luc Blanchard, jeune flic naïf, sont à la recherche de l'assassin. Une chasse à l'homme qui va mener ces trois individus aux convictions et aux intérêts radicalement opposés à se croiser et, bien malgré eux, à joindre leurs forces dans cette traque dont les enjeux profonds les dépassent. 

 

Ce que j'en ai pensé :

1959. Passées la guerre et l'épuration, il reste quelques personnages bien placés qui ont su retourner leur veste au bon moment (Maurice Papon, François Mitterrand !) et profiter de la situation pour se redonner une virginité tout en continuant à flirter avec les milieux interlopes et les amis de naguère, ceux qui ont pactisé avec l'occupant et ont les mains salies de sang...

Dans ce contexte qui commence avec les premiers heurts liés à l'indépendance de l'Algérie, un crime est commis. Trois personnages vont se trouver liés à ce crime, chacun pour des intérêts différents.

Trois personnages bien campés, suffisamment exploités dans la complexité de leurs caractères et de leurs émotions pour leur apporter ce qu'il faut d'humanité (oui, oui, même Volkstrom le vilain mercenaire !) et conférer un brin d'empathie à leur égard.

Il y a certes beaucoup d'éléments dans ce polar politico-historique, cela tient sûrement à la profusion d’évènements survenus avec l'instauration de la Vème République et les débuts de la guerre d'Algérie, mais j'ai aimé ce méli-mélo d'affaires entremêlées qui m'a fait connaître un peu mieux cette période. Cela a suffi à me rendre ce polar addictif même si quelques maladresses narratives peuvent être reprochées (l'auteur parait parfois un peu professoral).

C'est un premier roman, et ça pardonne bien ces quelques faiblesses. Assez en tout cas pour me donner envie de lire "Frakas" pour retrouver Carrega et Blanchard en Afrique.