17 juillet 2018

La danse du chagrin - Bernie BONVOISIN

Editions Don Quichotte
Parution : 31 mai 2018
240 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

" Je suis venu au Liban, voir ce qu'il en était de ces hordes de crevards qui prenaient d'assaut nos frontières, pour nous voler nos emplois et cramer nos allocs. J'ai décollé mon cul de mon divan, éteint ma télé après 59 mois passés à regarder le peuple syrien se faire écraser dans un silence vertigineux. J'ai vu la lumière au milieu de cette misère... "

Un jour d'été 2015, Bernie Bonvoisin décide de se rendre au Liban et d'aller à la rencontre des jeunes Syriennes et Syriens réfugiés au pays du Cèdre. Dans les camps et les squats de fortunes où les exilés forcés survivent dans un dénuement extrême, le long de la frontière, il veut recueillir les mots d'une enfance volée par la guerre et le terrorisme, dont l'innocence anéantit tous les discours politiques. Là, il rencontre une génération sacrifiée à la maturité spectaculaire, le futur de la Syrie.

   
Ce que j'en ai pensé :

Il en a de la colère, le chanteur de Trust ! Les images de ces gamins syriens exilés, ça le mine, ça l'empêche de dormir. Alors, il va aller voir au Liban, bouger de son canapé, rendre compte de la folie du monde et de la guerre. 

Il écrit bien, Bernie, il trouve les mots justes pour raconter l'horreur, l'insalubrité, le manque de pain mais aussi l'espoir, l'enfance. Il y a du verlan, de l'argot, il faut parfois s'arrêter sur un mot, resituer le contexte. Mais ça coule, c'est de l'indignation sincère, de celle qui prend aux tripes, qui montre qu'on est encore un être humain, qu'on ne comprend pas tout ce qui agite les politiques, qu'on n'aime pas les magouilles des ONG dont les cadres sont surpayés, à ne rien foutre, et bien loin des zones de misère...

Pourtant.

Avec le recul, c'est bien de s'offusquer, c'est honorable de défendre des gamins victimes collatérales des guerres idiotes qui secouent le Proche-Orient et redistribuent sans cesse les cartes d'un monde qui fout le camp.

Finalement, est-ce qu'il ne s'agit pas de se donner bonne conscience ? De rester dans son canapé, à râler que rien ne tourne rond et que c'est la faute à Machin ? De s'en prendre à BHL mais de faire comme lui, profiter des médias ?
On en parle de l'accueil des migrants en France ? des "bien-pensants" et des "yakafokon" qui n'ouvrent leurs portes que quand les les caméras sont pointées sur eux ? 
Parce que Bernie, il est rentré chez lui, et depuis, les syriens sont toujours dans la merde et attendent que les gens leur portent secours, vraiment.
Pas question de lui jeter la pierre, on fait ce qu'on peut, et puis ce bouquin permet au moins d'ouvrir les yeux... 

15 juillet 2018

Husbands - Rebecca LIGHIERI

Editions P.O.L
Parution : avril 2013
448 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

« Mari », c’est un travail à plein temps.

Farouk le sait, lui qui ne vit que pour Chloé. Même réalité pour Laurent, l’enfant des cités qui s’acharne à faire vivre une famille à laquelle il se sent étranger. Sans oublier Reynald, un quinquagénaire qui consacre sa vie à la réussite de sa trop jeune et trop voluptueuse épouse, Lauriane.
Pourtant, au royaume de Candaule et des candaulistes (pour qui « l'adultère n'est ni une hantise ni une souffrance, au contraire ils l'appellent de leurs vœux, ils l'imposent à leurs femmes, ils l'organisent, ils en sont les maîtres d'œuvre, voire les témoins fascinés ») il n’est pas certain que la femme soit souveraine, et les trois husbands se rencontrent là où le cauchemar...

Ce que j'en ai pensé :

Si je n'avais pas eu la curiosité de taper le nom de l'auteur dans mon moteur de recherche, dans l'espoir de trouver une prochaine parution après l'excellent Les garçons de l'été, je n'aurais sûrement pas trouvé ce polar ! Rassure-vous, pas besoin de courir les bouquinistes, je crois qu'il sort en format poche à la fin août 2018 ! 

Farouk, Reynald, Laurent, trois maris déçus par leur vie conjugale et qui se retrouvent sur un site web de candaulisme.
Kesaco ? Le roi Candaule a offert sa femme à des amants afin de dynamiser leur libido, d'où le candaulisme, pratique sexuelle d'offrande...

Zarbi ? 

Oui, mais pas plus que la dérive que prend Laurent, qui joue le jeu jusqu'au bout, qui se prétend tout à coup justicier des couples en danger, qui décide de tuer, de venger, alors que Farouk (qui a quand même découvert un bébé mort dans son congélo, argll, argllll, triple-argllll !!) et Reynald ont lâché l'affaire et admis que leurs femmes sont sans doute ce qu'il leur est arrivé de meilleur !

Un excellent bouquin, parfois âpre, mais surtout bien pensé ! un roman qui joue sur nos relations avec autrui (à quoi conduisent les relations sur internet ? à quoi et qui nous exposons-nous ?).

Seul défaut ? la reliure de ces 448 pages est tombée en miettes, les pages se détachant à la chaîne..

2 juillet 2018

Mère toxique - Alexandra BURT

Editions Denoël - Collection Sueurs froides
Parution : 3 mai 2018
Titre original : The good daughter
Traduction : Perrine Chambon
464 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :


De son enfance, Dahlia se souvient surtout de nuits dans des hôtels miteux et d’un quotidien chaotique à sillonner les routes du pays, au côté d’une mère complètement déjantée.

Devenue adulte, Dahlia cherche désespérément à prendre le contre-pied de cette vie, mais son enfance clandestine et le mystère qui entoure sa naissance l’empêchent d’aller de l’avant.
La jeune femme décide de se rendre auprès de sa mère à Aurora, petite ville poisseuse au beau milieu du Texas. Elle plonge alors dans le passé d’une femme au bord de la folie.
Après une découverte macabre dans une ferme voisine, Dahlia comprend que certains secrets devraient rester enterrés à tout jamais… 

Ce que j'en ai pensé :

Trois femmes se partagent la narration dans ce thriller plutôt réussi (même si, encore, je n'ai pas tardé à lever le mystère !).
Memphis et sa fille Dahlia, toujours en fuite, d'un point à l'autre des USA, et Aella la sorcière. S'entrecroisent d'autres destins féminins, ceux de Quinn qui vit à Creel Hollow Farm avec son mari Nolan, et de Taïn la gitane psychiquement très en retard, et enfin Jane Doe la fille retrouvée enterrée vivante dans le bois.

Les hommes font pâle figure et n'ont pas le beau rôle : ce sont les violeurs qui ont saccagé lle corps de Quinn, ou Nolan le mari inconsistant qui épingles des insectes dans des boîtes et séduit Taïn, ou encore Bordeaux le propriétaire du motel...

Pas de suspense insoutenable, on voit rapidement se dessiner les intrigues mêlées qui vont faire avancer la narration, mais l'atmosphère est suffisamment travaillée pour que le malaise se distille : que cache Memphis sous sa folie ordinaire ? Dahlia est-elle vraiment schizophrène ou ses flashs sont-ils des réminiscences ? 


C'est un polar habile, quoique l'intrigue soit presque convenue, mais je l'ai lu avec plaisir, sans doute pour l'ambiance, la quête d'identité sous-jacente, son côté malsain distillé page après page.

27 juin 2018

Les jours de Vita Gallitelli - Helene STAPINSKI

Editions Globe
Parution : 30 mai 2018
Titre original : Murder in Matera
Traduction : Pierre Szczeciner
336 pages


 Ce qu'en dit l'éditeur :

Helene le sait depuis l’enfance, il y a une criminelle dans la famille. Sa mère lui a raconté inlassablement la légende, en touillant la sauce tomate, en coiffant ses cheveux noirs, en la préparant pour la messe. Vita, son arrière-arrière-grand-mère italienne, a tué un homme à la suite d’une partie de cartes. Seule avec ses deux fils, elle a fui le Sud pour s’installer à Jersey City, en 1892.
Jusqu’à présent, Vita était une figure intimidante mais floue, comme la femme invisible des films de Scorsese ou Coppola. Mais, aujourd’hui, Helene a 39 ans. L’âge auquel Vita est arrivée en Amérique. L’âge auquel mouraient les femmes de sa région, à l’époque. Prise de panique à l’idée que ses propres enfants soient affligés du gène du crime qui, du grand-père voleur de homards au cousin
consigliere de la Mafia, coule dans leur sang, Helene décide de conjurer le sort.
Elle entreprend des recherches fiévreuses, de cimetières en archives, dans cette Basilicate jadis arpentée par les grands hommes, Pythagore, Spartacus ou Horace, mais ravagée, au XIXe
 siècle, par la misère, la famine, la malaria et le droit de cuissage du padrone.
Au bout de dix ans, au bout de ses voyages, au bout de son enquête, la vraie Vita l’attend.

Ce que j'en ai pensé :

Si l'on croit Carlo Levi l'écrivain ou  Francesco Rosi le cinéaste qui s'en est inspiré, le Christ s'est arrêté à Eboli. Sans doute parce que la Lucanie (l'ancien nom du Basilicate) était trop pauvre, trop dépourvue d'intérêt pour prolonger sa mission. 
Dans les trulli, les paysans subissent famine, malaria et droit de cuissage. Les femmes ne sont rien. 

Et pourtant, c'est sur les traces de Vita, l'arrière-arrière-grand-mère, qu'Helene l'américaine découvre un univers étranger au sien et tente de résoudre le mystère d'une légende familiale dont elle espère qu'elle n'a pas imprégnée les gênes de ses propres enfants : Vita serait une meurtrière.
C'est l'Italie profonde, l'Italie des laissés-pour-compte du Risorgimiento que raconte l'auteur : le silence qui lie les familles, la pression sociale, la honte et la misère, les morts qui faut laisser tranquilles et Dieu qui défend sa place face à la mafia.


Il m'a sans doute manqué plus de "distance", plus de souffle romanesque, l'auteur se détachant parfois assez peu de ce qui est son enquête généalogique, sa propre "autobiographie".
 Si j'ai aimé le personnage de Vita, fière et souvent presque arrogante, alors que celui d'Helene ne m'a pas intéressée... 
Je ne suis pas friande de cet aspect de l'américain(e) en quête de racines et d'identité, surtout quand il est traité à la la manière journalistique, mais, malgré tout,  l'ambiance m'a plu, cette immersion (parfois trop "touristique" mais non dépourvue de sensibilité) dans l'Italie du "fond de la botte" apporte un brin d'authenticité et de sincérité bienvenues.

25 juin 2018

Je voudrais que la nuit me prenne - Isabelle DESESQUELLES


Editions Belfond
Parution : 16 août 2018
pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Loin du bruit du monde, Clémence, bientôt huit ans, grandit auprès de parents rivalisant de fantaisie. Mais elle n'a pas la voix d'une petite fille et ses mots sont ceux d'un mystère cruel. Que s'est-il passé pour que l'innocence se borde ainsi de noir ? 
Plongée vertigineuse et poétique dans le monde de l'enfance, Je voudrais que la nuit me prenne raconte le danger du bonheur. Entre trouble et éclairs de joie, Isabelle Desesquelles explore le lien fragile et inaltérable qui nous unit à nos plus proches. Et la redoutable force du souvenir.

Ce que j'en ai pensé :

Je n'ai pas hésité une seconde quand Babelio m'a proposé de lire ce nouvel opus d'Isabelle Desesquelles tant j'avais aimé Les femmes et les enfants d'abord, empreint d'une humanité et d'une sensibilité non feintes.

Ce sont les mêmes émotions que j'ai retrouvées dans Je voudrais que la nuit me prenne. Des dits et surtout des non-dits, de la douceur, une réminiscence de l'enfance, et aussi une ambiance trouble dont on attend qu'elle nous révèle un secret...

Certes, le roman nous réserve une drôle de surprise : sur fond d'une histoire d'amours (celui d'Alexandre et Rosalie Sauvage, les parents de Clémence, amoureuse de Just qui fera un bébé avec la cousine Lise), c'est aussi une histoire de mort, celle qui frappe par surprise, qui arrête les horloges du temps, de l'enfance et surtout du bonheur.

Je voudrais que la nuit me prenne est un roman singulier où le parti pris de la narration étonne mais offre des perspectives inédites, et j'ai été une fois de plus séduite par la très jolie plume de l'auteur, toute en poésie.

Merci aux Editions Belfond et à Babelio pour cette édition Masse critique !

21 juin 2018

Un océan Deux mers Trois continents - Wilfried N'SONDÉ

Editions Actes Sud
Parution : Janvier 2018
272 pages
Prix Kourouma 2018 
Prix France Bleu/Page des libraires 2018 
Prix des Lecteurs L'Express/BFMTV 2018


Ce qu'en dit l'éditeur :

Il s’appelle Nsaku Ne Vunda, il est né vers 1583 sur les rives du fleuve Kongo. Orphelin élevé dans le respect des ancêtres et des traditions, éduqué par les missionnaires, baptisé Dom Antonio Manuel le jour de son ordination, le voici, au tout début du XVIIe siècle, chargé par le roi des Bakongos de devenir son ambassadeur auprès du pape. En faisant ses adieux à son Kongo natal, le jeune prêtre ignore que le long voyage censé le mener à Rome va passer par le Nouveau Monde, et que le bateau sur lequel il s’apprête à embarquer est chargé d’esclaves…

Roman d’aventures et récit de formation
, Un océan, deux mers, trois continents plonge ce personnage méconnu de l’Histoire, véritable Candide africain armé d’une inépuisable compassion, dans une série de péripéties qui vont mettre à mal sa foi en Dieu et en l’homme. Tout d’ardeur poétique et de sincérité généreuse, Wilfried N’Sondé signe un ébouriffant plaidoyer pour la tolérance qui exalte les nécessaires vertus de l’égalité, de la fraternité et de l’espérance.

Buste de Dom Antonio-Manuel (Nsaku Ne Vunda)
 dans la Basilique Sainte-Marie Majeure (Santa Maria Maggiore) à Rome

Ce que j'en ai pensé :

Du Congo natif aux vagues déchainées de l'Océan Atlantique, puis du Brésil vers l'Europe ; des légendes et croyances africaines à la religion catholique, Wilfried N'Songé raconte le périple peu ordinaire d'un jeune orphelin africain, touché par la foi, vers un monde où la cruauté et l'appât du gain pervertissent l'homme.  

Une plongée étourdissante dans le commerce des esclaves, dans les bas-fonds de l'âme humaine, contre-balancée par une compassion sans limite et un regard effaré et impuissant face à l'horreur.

Une histoire d'amitié aussi, par-delà les écueils et les conventions, avec Martin, jeune mousse embarqué à Nantes et qui devient le confident, l'ami, la béquille.

Voila un roman qui ne laisse pas de glace, d'abord pour sa narration travaillée, impeccable, son beau verbe (comme les francophones savent lui rendre hommage), son rythme à la fois délié et puissant, tout en images, et ensuite pour les questions qu'il amène : le rôle de l'Afrique et des clans dans la traite des noirs, la séparation des castes (les puissants, les assujettis - les marins n'étant qu'à peine mieux lotis que les esclaves)...

Une lecture indispensable qui prend une résonance particulière dans notre monde où les migrations de population prennent souvent l'aspect d'un fléau...

18 juin 2018

Hunter - Roy BRAVERMAN

Editions Hugo Thrillers
Parution : 16 mai 2018
320 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Plus personne ne s’arrête à Pilgrim’s Rest. Une vallée perdue dans les Appalaches. Un patelin isolé depuis des jours par le blizzard. Un motel racheté par le shérif et son frère simplet. Un bowling fermé depuis longtemps. Et l’obsédant souvenir d’une tragédie sans nom : cinq hommes sauvagement exécutés et leurs femmes à jamais disparues. Et voilà que Hunter, le demi-sang indien condamné pour ces crimes, s’évade du couloir de la mort et revient dans la vallée. Pour achever son oeuvre ?

Après douze ans de haine et de chagrin, un homme se réjouit pourtant de revenir à Pilgrim’s Rest. Freeman a compris le petit jeu de Hunter et va lui mettre la main dessus. Et lui faire enfin avouer, par tous les moyens, où il a caché le corps de Louise, sa fille, une des cinq disparues. Pilgrim’s Rest sera peut-être le terminus de sa vengeance, mais ce que Freeman ignore encore, au volant de sa Camaro rouge qui remonte Murder Drive, c’est qu’il n’est pas le seul à vouloir se venger. Et que la vérité va se révéler plus cruelle et plus perverse encore. Car dans la tempête qui se déchaîne et présage du retour de la terreur, un serial killer peut en cacher un autre. Ou deux.

Ce que j'en ai pensé :

Pilgrim's Rest, le repos du pèlerin...un motel perdu dans les Appalaches où de jeunes couples viennent passer leur lune de miel...pour souvent ne plus en repartir ! Non pas que le lieu soit si idyllique qu'ils aient envie d'y rester mais parce que le jeune mari est souvent retrouvé assassiné et que son épousée disparait.

Un bled fantôme, tout juste une vingtaine d'habitants, rednecks pur jus, qui se claquemurent chez eux surtout quand les tempêtes de neige s'abattent sur le bowling désaffecté. 

C'est un excellent polar que signe Roy BRAVERMAN (qui n'est autre qu'un des nombreux alias qu'utilise Patrick Manoukian plus connu sous le pseudo de Ian Manook !), c'est un peu trash mais c'est délicieux !
D'autant qu'on pourrait s'agacer au bout d'une centaine de pages de voir le nom du méchant dévoilé ! sauf que...au concours du plus vilain, il y a foule au portillon ! et que quand on croit la situation bien prise en main par le FBI et consorts, ben ça continue de défourailler au carreau d'arbalète ou à la 22LR !

Bref, je me suis régalée ! J'ai été surprise, charmée par ce polar très américain, par le final qui évidemment n'est pas très rose !

16 juin 2018

Smonk - Tom FRANKLIN

14 juin 2018

Le sang et le pardon - Nadeem ASLAM


Editions du Seuil - Collection Cadre vert
Parution : 4 janvier 2018
Titre original :
Traduction : Claude & Jean Demanuelli
368 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Aux abords de la ville de Zamana, lorsqu’une fusillade éclate entre des tueurs pakistanais et un espion américain, la vie de Nargis bascule. Pris dans les tirs croisés, Massud, son mari, architecte comme elle, épris de beauté et de justice, meurt avant qu’elle ait pu lui avouer son terrible secret.
Menacée par un officier des services du renseignement qui la somme d’accorder son pardon au meurtrier américain, Nargis craint que la vérité sur son passé n’éclate au grand jour. Car depuis quelque temps, du haut des minarets de la ville, un inconnu dévoile l’intimité de certains habitants. Dans un pays où les accusations de blasphème sont monnaie courante, ces dénonciations anonymes sèment la terreur parmi la population.
Nargis prend alors la fuite en compagnie de deux jeunes gens, Helen, la chrétienne, et Imran, le mystérieux Cachemirien, à la recherche d’un îlot de paix et d’amour, loin de la violence et de la folie des hommes.

Par la magie de cette prose lumineuse qui caractérise le style de Nadeem Aslam, le passé et le présent du Pakistan, marqués par la corruption, l’intolérance, mais aussi la résilience et l’espoir, se reflètent dans un même miroir.

Jeunes chrétiennes pakistanaises _ Photo Mohammad Sajjad

Ce que j'en ai pensé :

Que de douleur(s) dans ce magnifique roman ! Mais que de poésie aussi ! 

Je n'ai pu que rêver de la bibliothèque de Nargis et Massud, de leurs maquettes en papier et de leur amour sincère et tranquille. 

Pourtant, l'auteur fait défiler sous nos yeux toute la détresse des pakistanais, ceux qui, chrétiens, sont pourchassés, celles qui, femmes, n'ont droit à rien, et ceux qui, musulmans, vivent sous le joug d'une charia déclarée et subissent, comme les autres, le poids des conventions.

Au-delà d'un portrait saisissant d'un pays méconnu, coincé entre l'Inde et les pays arabes, ce sont d'abord des histoires d'amour que Nadeem Aslam déroule (celle si "idyllique" de Nargis et Massud, malgré le secret que Nargis n'aura pu révéler, celle de Lily le chrétien conducteur de rickshaw pour la fille de l'imam, celle d'Helen et de Imran dans la quiétude l'ïle), ce sont aussi des histoires d'héritage culturel, des histoires de femmes (Nargis qui, chrétienne, se fait passer pour une musulmane, ou Helen qui veut étudier, Aycha enfermée dans son veuvage ou la mère d'Imran tuée parce qu'entrée en résistance).

J'ai été séduite par l'antagonisme constant entre les images poétiques et la cruelle réalité racontée dans ce roman, entre les maisons de papier si aériennes et fantasmagoriques et le sang partout, la cruauté).

Il me restera des images fortes, notamment celles de Nargis, Helen et Imran recousant patiemment les pages d'un livre abîmées par la police, morceau après morceau, au fil d'or.

12 juin 2018

Les coulisses du critique - TAG

C'est parti de chez Le chien critique, et ça se propage tout doucement.

Avis, Critique, Recension et/ou Ressenti ?

 J'essaie toujours d'être la plus sincère possible à la lecture d'un livre, que je l'ai aimé, beaucoup moins ou pas du tout. N'étant pas critique littéraire, c'est toujours mon ressenti pur qui prime, même si parfois je manque de délicatesse quand je n'ai pas aimé, ou d'objectivité quand j'ai adoré ! 

Je trouve un peu "too much" les blogueurs littéraires qui analysent trop leurs lectures ou qui se targuent un peu facilement d'être chroniqueurs ou critiques parce que,  modestement, je sais que ce n'est pas mon métier et que je souhaite seulement partager un ressenti.

Le choix du livre 

 Je lis presque 5 à 6 romans par semaine, je dévore. Et parfois, je n'ai pas envie et je tourne avec peine quelques dizaines de pages. 

Je les choisis d'abord en fonction de mes goûts, ça va de soi ! Je déteste me sentir obligée de lire un livre "parce qu'il le faut". Je navigue beaucoup sur quelques blogs très inspirants, dont je sais qu'ils correspondent à mes goûts (Hop sous la couette, La nuit je mens), je me promène sur Instagram dans les univers qui me plaisent, je lis les 4èmes en librairie, je perds du temps dans les recommandations d'Amazon, je fais des listes dans les catalogues de mes maisons d'édition préférées...Et évidemment, j'ai des auteurs chouchous dont je ne manquerai la dernière parution pour rien au monde !

Cas particulier

Je suis sollicitée via Babelio pour Masse Critique et je ne réponds que si le bouquin m'intéresse ! Assez peu de déceptions puisque c'est finalement assez ciblé et que ça correspond grosso-modo à mes lectures.

J'apprécie aussi de recevoir des SP, que je les demande ou non. C'est d'ailleurs assez rare que j'en formule l'idée, mais j'ai adoré (et j'espère que ça va continuer !) collaborer avec Rivages Noirs (que de pépites !), Stock ou encore Fayard. 

Je mets un point d'honneur à lire les livres envoyés, même si je ne me précipite pas toujours sur les sélections et je reconnais qu'il m'est arrivé de préparer un billet sans le publier...

Mettre ou ne pas mettre la quatrième de couverture ? That is the question

 On trouve tout sur Internet, ok, mais j'aime bien entamer mes billets par un rappel de ce que dit l'éditeur du livre, même si la 4ème dévoile trop, même si elle est parfois "mensongère". 

Ça m'évite de faire un résumé du bouquin (trop lourd souvent dans une critique) et de passer directement à mon avis, parce que j'espère que les gens qui fréquentent mon blog viennent surtout pour ça..

Prise de note

 Jamais ! Je lis le livre, je tourne la dernière page, et je m'installe à mon ordi pour rédiger illico mon billet ! Mais si le "délai" de parution est long, je relis et modifie parfois ma prose. 

Par contre, sans prise de notes, certains bouquins sont hérissés de post-it !

Rédaction

 A l'os ! tout de suite après la lecture ! cf ci-dessus

Serré ou plutôt long ?

 Plutôt serré je crois, quand c'est trop long sur d'autres blogs, je lis en diagonale. Donc chez moi, je préfère aller au fait, ne pas trop développer. Mais je ne suis pas lapidaire pour autant !

Divulgâcher, moi ! Jamais

 Jamais, jamais ! C'est le pire ! mais ça a pu arriver quelquefois quand le bouquin m'agace et que la fin est vraiment capillotractée !

Ils en pensent quoi les autres blogueurs ?

 Je lis pour moi, selon mes goûts, jamais en fonction d'une tendance ! Donc, si je renvoie vers d'autres blogs, ce sont ceux qui sont dans ma blogroll (et je ne le fais pas toujours), qu'ils aient le même ressenti que moi ou un avis très différent. Mais ça ne doit concerner qu'un billet sur 20 !

Citation

 Pas souvent et pour des raisons très différentes : aussi bien pour souligner quelque chose qui m'a agacée qu'un extrait qui m'a touchée !

Taguer ses billets

 Sur chaque billet : le nom de l'auteur, la maison d'édition, le lieu où se situe l'intrigue (uniquement si c'est à l'étranger), le genre. J'espère que ça permet de pouvoir lire tous les billets que j'ai rédigé sur les policiers qui se déroulent au Brésil édités par Untel.

Noter ses lectures

 Uniquement sur Babelio et sur Pinterest et dans le cadre de mes activités de jurée littéraire. Sur mon blog, la seule note qui distingue certaines lectures des autres est ma mention "coup de cœur".

Les affiliations

 Je déteste l'idée d'insérer de la pub sur mon blog, et je pourrais quitter une plate-forme pour cette raison ! 

Par contre, il est essentiel pour moi de remercier les maisons d'éditions, ou Babelio, qui me font parvenir des livres, c'est une question de correction (même si ça n'influe jamais sur mon ressenti). Je suis rétive aux pubs-reconnaissance et billet faussé, ça ne risque pas d'arriver sur mon blog !

La reconnaissance

 J'aime beaucoup l'idée de faire partie d'un cercle de lecteurs/lectrices aux goûts similaires, ça me suffit en termes de notoriété. Un cercle de fidèles blogueurs littéraires (et une blogroll volontairement restreinte) auquel s'ajoutent quelques personnes à qui j'ai donné cette adresse.

Je suppose que ça me suffit, en tout cas assez pour ne pas fermer ce blog même si l'envie m'en vient parfois...surtout quand d'autres "critiques littéraires" auto-proclamés se revendiquent comme des prescripteurs et écrasent les autres au passage.

Ainsi, je ne sais pas si j'ai une légitimité à dire si j'aime ou non certains livres (même avec presque 800 billets publiés depuis fin 2012), je ne crois pas faire vraiment partie des blogueurs littéraires influents et je cherche pas à me faire de la pub.

Lire est d'abord un plaisir que j'aime partager ;o)

Si ça vous dit de participer...

9 juin 2018

Une ombre au tableau - Myriam CHIROUSSE

Editions Buchet-Chastel
Parution : 5 avril 2018
192 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

« Une obscurité nacrée baignait le parc, lui conférant un aspect inquiétant et mystérieux, plus authentique aussi, comme si la nuit avait le pouvoir de révéler le vrai visage des choses. La pelouse avait le bleu foncé des mers australes et tout le reste était noir, les grands pins, les bosquets, les haies. Noir aussi le prunier en fleurs du printemps, dont tous les fruits avaient été mangés par les oiseaux et les vers. Seule la margelle de la piscine traçait dans l’ombre un ovale lactescent, au milieu duquel l’eau étalait son vif-argent. »

La Côte d’Azur. Ses villas de luxe et ses piscines.

Quand Greg Delgado, employé de banque, visite la maison de ses rêves, il décide de ne pas dire à sa femme, Mélissa, qu’un enfant s’est noyé dans la piscine. Le couple emménage. Mélissa est-elle dupe ? N’a-t-elle pas aussi certaines choses à cacher ?

Dans la chaleur caniculaire, chacun cherche son intérêt et son plaisir...

Ce que j'en ai pensé :

La tension monte, page après page. Elle repose sur une ambiance particulière, dans la canicule de cet été cannois qui n'offrira en fin d'été qu'incendies et désolation, et sur les non-dits et les pseudos secrets qui minent les relations, les font basculer du côté du dépit et les rapprochent inexorablement de la rupture.

La narration restitue à merveille cette pesanteur de l'été, quand pas un brin d'air ne passe, quand l'orage couve et que les drames surviennent.
Parce que tout est drame dans ce roman qui parfois flirte avec le polar, instillant son climat crispé, étouffant. Un enfant mort dans une piscine, des idées d'adultère, de transgression, un brin de climat "mafieux" et des amours surgies du passé. 

Tout est signe pour Mélissa, hyper sensible, tout peut devenir le catalyseur d'un malaise ou d'une angoisse : une statuette brisée, un baiser volé ou l'ombre d'une vieille femme puissante.

J'ai beaucoup aimé ce roman, pour son ambiance d'abord, de plus en plus délétère, pour la montée en tension, pour les portraits dessinés (j'y ai reconnu les traits de certaines personnes que j'ai pu côtoyer) et si je n'avais pas été si pressée de le lire, j'aurais sans doute plus apprécier de le lire au bord de la piscine cet été.

Je vais essayer de trouver Sangliers, le roman que Myriam Chirousse a publié en 2016. J'ai aimé l'écriture et le ton de l'auteur, et j'espère que ça me séduira autant !

7 juin 2018

Une famille très française - Maëlle GUILLAUD

Editions Héloïse d'Ormesson
Parution : 12 avril 2018
208 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Charlotte a toujours été fière de ses parents, mais lorsqu’elle rencontre ceux de Jane, leur élégance et leur réussite l’éblouissent. La silhouette élancée et la blondeur vaporeuse de sa meilleure amie tranchent à côté de ses rondeurs généreuses et de ses boucles brunes. Peu à peu, Charlotte se met à avoir honte de l’exubérance de sa mère, de l’humour de son père, de ses origines… Et si le raffinement des Duchesnais n’était qu’un trompe-l’œil, et cette famille moins parfaite qu’elle n’y paraît ?
Avec justesse et subtilité, Maëlle Guillaud soulève l’épineuse question de l’identité à travers les yeux d’une adolescente face à ses contradictions.
Une famille très française est un roman d’apprentissage qui loue la richesse d’être soi, tout simplement, avec son histoire et ses singularités.

Ce que j'en ai pensé :

Elle a une jolie plume, Maëlle Guillaud ! Et elle restitue finement les atermoiements de l'adolescence, quand on se cherche un modèle, et si possible en dehors de sa propre famille ! 

C'est ainsi qu'est Charlotte, dont la grand-mère maternelle est juive séfarade et marocaine, et le père toubib catholique, qui lorgne sur cette famille bourgeoise, très franco-française, "bien comme il faut".

Une famille parfaite en apparence mais qui cache des secrets.

Un roman agréable qui explore les questions d'identité et d'héritage (à quelle famille appartient-on ? Peut-on vraiment s'éloigner de ses racines, les renier ?), de la construction de soi et de sa propre projection dans la société (à quel groupe souhaite-t-on ressembler, s'assimiler ?).

Un roman d'apprentissage en quelque sorte, qui raconte la relation de Charlotte avec les siens et avec le monde qui l'entoure, qui joue aussi des ambiguïtés, des ambivalences.

Mais...un roman qui m'a semblé un peu brouillon, malgré tout ! J'ai pourtant beaucoup aimé la relation de Charlotte avec sa grand-mère, j'ai aimé le style et la façon qu'a eu l'auteur d'explorer les sentiments de cette jeune fille.
Il m'a manqué un je-ne-sais-quoi pour être vraiment conquise ! Dommage.

5 juin 2018

Passage des ombres - Arnaldur INDRISASON


Editions Métailié
Parution : 3 mai 2018
Titre original : Skuggasund
Traduction : Eric Boury
304 pages 


Ce que dit l'éditeur :

Un vieil homme solitaire est retrouvé mort dans son lit. Il semble avoir été étouffé sous son oreiller. Dans ses tiroirs, des coupures de presse sur la découverte du corps d’une jeune couturière dans le passage des Ombres en 1944, pendant l’occupation américaine.
Pourquoi cet ancien crime refait-il surface après tout ce temps ? La police a-t-elle arrêté un innocent ?
Soixante ans plus tard, l’ex-inspecteur Konrad décide de mener une double enquête. Jumeau littéraire d’Erlendur, il a grandi en ville, dans ce quartier des Ombres si mal famé, avec un père escroc, vraie brute et faux spirite. Il découvre que l’Islande de la « situation » n’est pas tendre avec les jeunes filles, trompées, abusées, abandonnées, à qui on souffle parfois, une fois l’affaire consommée, « tu diras que c’était les elfes ».

Un polar prenant qui mêle avec brio deux époques et deux enquêtes dans un vertigineux jeu de miroirs. Où l’on découvre que les elfes n’ont peut-être pas tous les torts et que les fééries islandaises ont bon dos…

Ce que j'en ai pensé :

Dernier tome de la "Trilogie des ombres", cet opus en est sans doute le meilleur, parce que, selon moi, il ressemble le plus à ce qu'écrivait Arnaldur Indridason dans les enquêtes d'Erlendur. On retrouve avec le plus grand plaisir l'ambiance particulière de l'Islande pendant la Seconde Guerre Mondiale (et la "situation", les islandaises séduites par les américains) et cette manière particulière de mener l'enquête, sans soubresauts.

Il y a là le charme du temps qui passe et qui n'efface pas toutes les blessures, un cold-case qui ressurgit et fait remonter à la surface d'étranges souvenirs, des regrets. L'ex-inspecteur Konrad, confronté à son passé, à sa "honte" (son père est un escroc qui s'est joué de la crédulité des autres via la médiumnité), s'implique plus que de raison dans un fait divers qui a eu lieu en 1944 à Reykjavik.

L'intrigue est pourtant "moderne", elle évoque le patriarcat, le poids de la honte, la concupiscence des hommes et souvent leur effroyable lâcheté, elle dessine en creux la condition féminine (Rosamunda qui rêvait de s'affranchir en devenant couturière, les filles séduites par les soldats et souvent honteuses de l'avoir été..) et le rôle des croyances populaires dans la vie quotidienne des islandais.