10 janvier 2020

Miroir de nos peines - Pierre LEMAITRE

Editions Albin Michel
Parution : 2 janvier 2020
544 pages


Ce qu'en dit l'éditeur : 
  
Avril 1940. Louise, trente ans, court, nue, sur le boulevard du Montparnasse. Pour comprendre la scène tragique qu’elle vient de vivre, elle devra plonger dans la folie d’une période sans équivalent dans l’histoire où la France toute entière, saisie par la panique, sombre dans le chaos, faisant émerger les héros et les salauds, les menteurs et les lâches... Et quelques hommes de bonne volonté.

Il fallait toute la verve et la générosité d’un chroniqueur hors pair des passions françaises pour saisir la grandeur et la décadence d’un peuple broyé par les circonstances.

Ce que j'en ai pensé :

Je l'attendais avec impatience ce tome 3 de la trilogie de Pierre Lemaître, j'avais tant aimé Au-revoir là-haut et Couleurs de l'incendie.  Et il ne m'a pas fallu plus que quelques heures pour le dévorer !!

Des années 1930, on passe à une nouvelle décennie où un fou furieux va faire régner la terreur. La France, certaine de ses forces militaires, ne voit pas le danger et s'auto-sugère une victoire rapide sur les "casques à pointes", l'information diffusée, trafiquée, dynamise le soldat, confiné derrière la ligne Maginot, dans une "drôle de guerre". 

Jusqu'aux premiers affrontements, jusqu'à l'exode qui jette des milliers de français au-delà d'Orléans, chargés de brouettes et charrettes, embarqués dans des voitures qui n'auront bientôt plus d'essence; 
L'ennemi avance, la France recule.

Dans ce paysage se dessinent des personnages singuliers, savoureux, des portraits d'une époque pas si lointaine, entre fulgurances patriotiques et trafics ordinaires, auxquels s'ajoutent les misères quotidiennes.

Ce qui réjouit le lecteur dans ce dernier tome de la trilogie, ce sont, comme auparavant, les personnages : de Louise l'institutrice à Désiré Mignon aux multiples personnalités ! 
Pierre Lemaître réussit à conjuguer la petite et la grande Histoire, à nouer légèreté et drame, cocasserie et réflexions sur l'humanité.

Un opus qui clôt brillamment la trilogie ! 
(et on se prend à espérer qu'il pourrait y avoir une suite...)

7 janvier 2020

La mère morte - Blandine de CAUNES

Editions Stock - Collection la Bleue
Parution : 2 janvier 2020
220 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :


Une mère, âgée mais indépendante, se trompe de jour, de lieu de rendez-vous avec ses filles, achète des objets superflus et coûteux, oublie dans le coffre de sa voiture les fruits de mer bretons, et se lève la nuit, croyant partir pour une destination inconnue.

Cela pourrait être drôle, si ce n’était une maladie mentale due à l’âge, et surtout si cette femme si confuse n’était pas la romancière Benoîte Groult, la mère de l’auteure de ce livre d’une force rare. Benoîte Groult, luttant, jouant avec sa propre fin, mais refusant avec rage de céder à la fatalité et à la vieillesse, elle qui a été une militante de l’association « Pour le droit de mourir dans la dignité  ». Voici la femme intime, plus que la femme publique, ici telle qu’on ne la connaît pas, et qui écrivait : « Dans la vie, deux mondes se côtoient : celui des gens qui vont vivre et celui des gens qui vont mourir. Ils se croisent sans se voir. »
Benoîte s’éteint en juin 2016 à Hyères, à 96 ans. Écrivaine comblée, mère et grand-mère heureuse, femme de combats remportés. Mais ce que ce livre raconte, ce n’est pas juste le deuil hélas ! prévisible d’une mère admirée et aimée, mais un double deuil : voici le terrible sens du titre, La mère morte. « Maman, mon dernier rempart contre la mort. Bientôt, ce sera moi le rempart pour ma fille ».

Le 1
er avril 2016, la fille de Blandine de Caunes, Violette, 36 ans, meurt dans un banal accident de voiture, laissant orpheline sa fille Zélie. L’ordre du monde est renversé : Benoîte s’accroche à la vie, Blandine sombre, Violette n’est plus.

De Benoîte Groult, sa fille a hérité l’humour et la force vitale. Ce livre n’est pas triste, au contraire. C’est une réconciliation entre trois générations de femme qui partagent le « même amour forcené pour la vie, toujours plus forte que tout », le credo de Benoîte qu'elle a transmis à sa fille.

Ce que j'en ai pensé :

Ça aurait pu être triste, voire pathétique. Moins de trois mois s'écoulent pour l'auteur, entre la perte de Violette sa fille et de Benoîte Groult sa mère. Les deux personnes les plus chères à son monde. Deux raisons de ne plus entendre ni dire le mot "maman". 

Deux peines insondables, bouleversantes dont l'auteur tire un récit lumineux, doux et tendre, qui laisse la mort frôler son univers et la maintient pourtant à distance.

On s'interroge d'abord sur le lent déclin de Benoîte Groult, écrivain engagé, féministe, vive et si forte. Alzheimer et la décrépitude de la vieillesse, les chutes et les draps tachés, les oublis et les ellipses, les angoisses. 
Et au travers du deuil de cette mère si brillante, l'auteur prend de plein fouet la mort de sa fille, encore si jeune.

Pourtant, c'est un récit traversé d'amour, au travers de la douleur et des larmes (parfois des cris), un amour fusionnel qui ne s'épargne ni les conflits ni les déchirures, un amour comme un message d'espoir pour traverser les épreuves.

J'ai repensé au livre d'Emmanuelle Bernheim, et j'ai aimé la pudeur et la "joie" qui se dégageait de ce récit aussi. Un bel hommage que livre Blandine de Caunes.

4 janvier 2020

Et toujours les Forêts - Sandrine COLLETTE

Editions JC Lattès
Parution : 2 janvier 2020
368 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Corentin, personne n’en voulait. Ni son père envolé, ni les commères dont les rumeurs abreuvent le village, ni surtout sa mère, qui rêve de s’en débarrasser. Traîné de foyer en foyer, son enfance est une errance. Jusqu’au jour où sa mère l’abandonne à Augustine, l’une des vieilles du hameau. Au creux de la vallée des Forêts, ce territoire hostile où habite l’aïeule, une vie recommence.

À la grande ville où le propulsent ses études, Corentin plonge sans retenue dans les lumières et la fête permanente. Autour de lui, le monde brûle. La chaleur n’en finit pas d’assécher la terre. Les ruisseaux de son enfance ont tari depuis longtemps ; les arbres perdent leurs feuilles au mois de juin. Quelque chose se prépare. La nuit où tout implose, Corentin survit miraculeusement, caché au fond des catacombes. Revenu à la surface dans un univers dévasté, il est seul. Humains ou bêtes : il ne reste rien. Guidé par l’espoir insensé de retrouver la vieille Augustine, Corentin prend le long chemin des Forêts. Une quête éperdue, arrachée à ses entrailles, avec pour obsession la renaissance d’un monde désert, et la certitude que rien ne s’arrête jamais complètement.

Sélection pour le Grand Prix RTL-Lire 2020.


Ce que j'en ai pensé :

On a déjà déjà rêvé meilleur départ dans la vie.


Corentin est né de l'adultère de Marie. Il n'aurait d'ailleurs pas dû naître tant sa mère a jeté son ventre rond contre les murs, tant sa mère considère ce bout d'homme comme la pire chose qui lui soit arrivé, tant elle s'acharne à l'abandonner, deci-delà, chez des "amies", des nourrices, chez sa grand-mère, Augustine.


Et pourtant, Corentin, avec ses yeux écarquillés sur le monde, grandit, s'accroche, s'enracine et trace son chemin.


Jusqu'à l'Apocalypse ; ce qu'on devine d'un accident peut-être nucléaire. Il ne reste rien, ni hommes, ni animaux, ni végétation.
Ou un peu, de quoi se donner un peu d'espoir, une respiration.


Au bout du néant, il y a la maison d'Augustine, peut-être aussi la mémoire de l'enfance, qui donnent un peu de force à Corentin pour retourner dans les forêts.


Il y a des lendemains, des peurs, des chansons, un brin d'herbe sorti de la cendre qui a tout recouvert, la mort jamais loin.

Et cette terrible scansion narrative, des phrases qui déboulent, s'arrêtent abruptement, assaillent, remuent, emportent même quand on essaie de faire durer les mots. La même nuée que celle de l'Apocalypse, balayant tout, faisant mugir son souffle dévastateur.

C'est Sandrine Collette encore meilleure que Sandrine Collette. Ce sont les larmes d'émotion en caressant la dernière page. 
Du très bon. De l'excellent ! Le bien meilleur lu depuis longtemps.


"Ainsi vont les enfants, ils s'en vont."

2 janvier 2020

Au livre, l'an neuf...

Posons les choses telles qu'elles sont.

Ce blog a eu 7 ans le 19 décembre, sans tambour ni trompettes, puisque je n'ai pas publié de billet depuis le 19 décembre 2019.

15 jours...

Depuis, j'ai lu, un peu. Avec plus ou moins d'envie, avec plus ou moins de bonheur.

L'année 2019 a été moins riche en lectures, à tout point de vue.
Moins de coups de cœur, moins d'enthousiasme à partager.
Des coups de "mou" aussi, quand mon compte IG a été piraté...et la joie de vous savoir fidèles.

J'ai aimé plein de livres cette année (parmi les 115 lus, et où ne figurent pas les plus vus sur les réseaux) :



En vrac, les romans que j'ai aimés en 2019 :




















Quand on voit Norek, Bouysse, Collette, Appanah, Claire Berest et Olivier Adam, valeurs sûres pour moi, on se demande presque pourquoi je m'obstine à chroniquer...
On n'est pas trop loin de déclarer le deuil de ce blog. 
Je vous souhaite toutefois une très bonne année 2020 qui commence ici par la lecture du tout nouvel opus de...Sandrine Collette ! Ben oui, on ne se refait pas !





6 décembre 2019

L'artiste - Antonin VARENNE

Editions La Manufacture de Livres
Parution : 5 septembre 2019
320 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

2001. Les nuits parisiennes voient naître un nouveau monstre. Un serial killer s’en prend aux artistes, transformant chacune de ses scènes de crime en oeuvre mêlant esthétisme et barbarie. L’inspecteur Heckmann, flic vedette du moment, se retrouve en charge de cette très médiatique affaire et se lance dans la traque. Mais bientôt il lui semble que tous ces crimes ne sont qu’un moyen pour le tueur de jouer avec lui...
Avec ce roman policier, Antonin Varenne révèle une fois de plus son incroyable talent à nous entraîner dans une course infernale où ses personnages doivent lutter contre leurs propres démons autant que contre le fracas du monde.

Ce que j'en ai pensé :

Antonin Varenne, pour moi, c'est une valeur sûre, la certitude de retrouver une bonne plume, des personnages comme on en rêve, ni bon ni pire (ou les deux !) et une intrigue qui tient la route !

C'est l'assurance d'un polar qui ne dévoile rien trop tôt, qui ménage son suspens sans en faire trop, qui donne au genre ses lettres de noblesse.

Il y a certes les classiques du genre, le flic sorti du système, un brin solitaire-désabusé, et les personnages qui gravitent autour : le chef plein de morgue et de politique (de plans-comm'), les satellites "bleusailles" qu'on voit sans rôle prédominant, et les autres, les victimes dans le sang, les collatérales qui morflent à 200%.

Antonin Varenne maitrise les codes, il les enveloppe d'un phrasé presque envoutant, il s'amuse de nos certitudes (celles des fans de polar) pour rebondir, orienter le lecteur dans de fausses pistes.

Il en faut du talent pour captiver, dessiner une histoire, faire croire, sans perdre le rythme ! 
Il en faut du talent pour instiller dans une enquête des thèmes pas communs (et pas commodes) comme l'avortement, le changement de  sexe, la maternité (et la paternité !)..

Il est chouette ce polar ! Il est chouette, Antonin !


21 novembre 2019

Les bonnes âmes de Sarah Court - Craig DAVIDSON

Editions Albin Michel - Collection Terres d'Amérique
Parution : 30 octobre 2019
Titre original : Sarah Court
Traduction : Eric Fontaine
336 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Sarah Court est un morne lotissement au nord de Niagara Falls, Ontario. Cinq familles, cinq maisons dont les habitants semblent se fondre dans la grisaille du décor… jusqu’à ce que la plume de Craig Davidson en révèle toute l’étrangeté. Apparaissent alors un batelier chargé de repêcher les noyés au pied des célèbres chutes ; un cascadeur au corps brisé à force de chercher le danger ; un neurochirurgien alcoolique en disgrâce ; un boxeur raté et son fils obèse qui se rêve vampire ou momie ; une adepte du vol à l’étalage aux fantasmes de maternité, ou encore le fils orphelin d’une fumeuse de crack, devenu fabricant de feux d’artifice et criminel à ses heures…
Connaît-on vraiment ses voisins ? Et sa propre famille ? Dans ce livre à la frontière des genres, l’auteur d’
Un goût de rouille et d’os nous invite à une troublante exploration des âmes.

Ce que j'en ai pensé : 

A chaque chapitre, sa teinte noire (eau, poudre, boîte, carte, tache), à chaque chapitre ses personnages, un peu déglingués, recalés de la société, un peu glauques et blindés de névroses.

J'avais beaucoup aimé la nouvelle "Un goût de rouille et d'os" parue dans le recueil "20+1 nouvelles" en 2016, mais là bizarrement, s'il y a des choses que j'ai aimées, j'ai mis un peu de distance entre ces personnages et moi, et j'ai eu un peu de mal à finir ma lecture...

Sarah court, c'est un lotissement, comme en trouve partout, maisons à l'identique, zone péri-urbaine, où tout le monde connait (épie ?) tout le monde, et le niveau social s'assortit à l'état du crépi !! 

Il m'a manqué quelque chose pour m'enthousiasmer, mais je n'étais peut-être pas dans le meilleur état d'esprit pour aborder ce roman, pour rencontrer des personnages presque "tristes" dans un environnement qui ne l'est pas moins...
Je n'ai pas ressenti d'empathie mais  certains personnages ont retenu mon attention (dont Patience Nanavatti), il faudra sans doute que je leur consacre un peu plus de temps en relisant ce roman dans quelques mois ?

Merci à Babelio et aux Editions Albin Michel pour cette lecture !



 

3 novembre 2019

Les roses de la nuit - Arnaldur INDRIDASON

Editions Métailié
Parution : 3 octobre 2019
Titre original : Dauđarósir
Traduction : Eric Boury
290 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

La vengeance des victimes.

Elle est condamnée, il l’aime, elle l’entraîne dans sa vengeance mortelle.

A la sortie d’un bal, un couple pressé se réfugie dans le vieux cimetière, mais au cours de leurs ébats la jeune femme voit un cadavre sur une tombe et aperçoit une silhouette qui s’éloigne. Elle appelle la police tandis que son compagnon, lui, file en vitesse. Le commissaire Erlendur et son adjoint Sigurdur Oli arrivent sur les lieux pour découvrir la très jeune morte abandonnée sur la tombe fleurie d’un grand homme politique originaire des fjords de l’Ouest.

La victime a 16 ans, personne ne la connaît, elle se droguait. Erlendur questionne sa fille Eva Lind, qui connaît bien les milieux de la drogue pour en dépendre. Elle lui fournit des informations précieuses et gênantes à entendre pour un père. Il s’intéresse aussi à la tombe du héros national et va dans les fjords de l’Ouest où il découvre une amitié enfantine et une situation sociale alarmante. La vente des droits de pêche a créé un grand chômage et une émigration intérieure massive vers Reykjavík, dont les alentours se couvrent d’immeubles modernes pour loger les nouveaux arrivants. Sigurdur Oli, lui, s’intéresse plutôt à la jeune femme qui les a appelés.

Le parrain de la drogue, vieux rocker américanisé et proxénète, est enlevé au moment où la police révèle ses relations avec un promoteur immobilier amateur de très jeunes femmes. Pendant ce temps, contre toute déontologie, Sigurdur Oli tombe amoureux de son témoin.

Ce que j'en ai pensé :

Un très bon cru !! J'ai retrouvé avec le plus grand plaisir ce bon vieil Arnaldur et son équipe pour une enquête qui nous emmène, une fois encore, à Reykjavik et dans les fjords, entre nuit boréale et enquête criminelle.

Au-delà de l'enquête, qui navigue dans les milieux interlopes de la drogue, au-delà du rythme si propre aux polars islandais (lent, introspectif, dans trop de rebondissements à la manière des "page-turners"..), l'ambiance prime. C'est une image de l'Islande et de ses marges (ses marginaux), le constat d'une société qui peine à mêler tradition et modernité, qui vit au rythme de l'Europe mais n'en accepte pas tous les codes, qui jongle entre mémoire et course en avant...

Cet opus est aussi un roman de la solitude, de la culpabilité (Erlendur face à ses démons), le roman d'un constat social où personne n'est ni bon ni mauvais, où les personnages évoluent comme ils le peuvent, en transgression, en rébellion, et souvent en apnée.

J'ai pris beaucoup de plaisir avec ce polar (chronologiquement, avant "La cité des jarres") qui permet de mieux comprendre encore les ambivalences de son héros, Erlendur.


31 octobre 2019

Ah, les braves gens ! - Franz BARTELT

Editions du Seuil - Collection Cadre Noir
Parution : 3 octobre 2019
288 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

À Puffigny – un village ou, plutôt, « un gros bourg tellement perdu au fin fond de la France profonde que les cartographes n’ont même jamais vraiment pu le situer avec exactitude » –, les habitants sont renommés pour être tous plus menteurs les uns que les autres. Difficile d’espérer y mener une enquête. C’est pourtant ce que va tenter Julius Dump, un peu rentier, beaucoup écrivain médiocre, parti sur les traces de son père disparu et d’un mystérieux butin. Car toutes les pistes mènent à Puffigny. Mais où exactement ? Et comment trouver des réponses dans un village où chacun semble vivre au jour le jour, le nez en l’air et le verbe éclatant ? Julius n’a peut-être pas tout à fait mis les pieds dans un village de fous, mais ça y ressemble beaucoup. Matière à roman ? Et comment !

Ce que j'en ai pensé :

Ah comme je me réjouissais de retrouver la plume foldingue de Franz Bartelt ! Son humour grinçant, ses influences San-Antonio-esques voire Tontons Flingueurs-esques !! 

Je trépignais depuis "Hôtel du Grand Cerf", j'avais très envie de retrouver un polar qui dézingue les codes du polar, qui joue avec une intrigue qui tient la route (malgré tout !) et des personnages hauts en couleurs !

Et là, rien qu'avec les patronymes absolument improbables qui s'alignent (Polnabébé, Julius Dump, Myrtille Briochard, Bouillanne Lassalle, Zouave Gambier...) le lecteur sait qu'il part ailleurs..au fond de la campagne, au milieu de nulle part, où il ne se passe jamais RIEN !

Pourtant, il y a un drôle de type qui rôde, une jeune femme qui disparait, un tableau très recherché, une folle qui trimballe un landeau, un papi à motocyclette et une cadillac jaune.

C'est drôlatique, ça tient le rythme, c'est aussi très cinématographique et ça se déguste comme une bonne bière (dans ce polar, elle coule à flots !).
Un très bon moment passé entre ces pages et un auteur à suivre !!


Merci à Babelio Masse Critique et aux Editions du Seuil pour leur confiance !

24 octobre 2019

Les veilleurs de Sangomar - Fatou DIOMÉ

Editions Albin Michel
Parution : 21 août 2019
336 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Nul ne s'aventure sans appréhension à Sangomar, ce bout de terre inhabitée où, dans la tradition animiste sérère, se rassemblent les djinns et les âmes des défunts. Sur l'île voisine, la jeune Coumba entame un long veuvage, recluse chez sa belle-mère. Elle vient de perdre son mari dans le naufrage du Joola, en 2002, au large du Sénégal.
Dès la nuit tombée, après le cortège des prières rituelles et des visites obligées, Coumba peut enfin faire face à son chagrin, consigner les souvenirs heureux, invoquer les morts. Alors, sa chambre s'ouvre grand aux veilleurs de Sangomar, esprits des ancêtres et des naufragés qui lui racontent leur destin et la mèneront à la rencontre de son « immortel aimé ».
Un grand roman de liberté et d'amour fou, porté par le souffle ensorcelant de Fatou Diome.



Ce que j'en ai pensé :

Ça commence sur un rythme lent, comme si la musique de ce livre attendait le tempo des tams-tams de cette péninsule sénégalaise pour libérer la poésie de la narration...

Sauf que pour moi, ça a presque trop tardé, que je me suis presque agacée de ces injonctions-répétitions qui amènent la litanie du deuil, trouvant que ça alourdissait le texte, la magie du sentiment amoureux, que ça me mettait à distance des personnages.

Je dis bien "presque", parce que selon les chapitres, le rythme change, évoque les femmes soumises au patriarcat, au poids des traditions, parle d'amour et de souvenirs, et que là, je me réjouissais de ce roman.

Je me suis perdue dans le son des tambours, je n'ai pas vibré autant que le pensais. J'ai parfois eu l'impression de ne entendre les voix de Sangomar, d'être submergée par trop de "tropisme".
Même si le sujet me plaisait, j'ai eu l'impression de tourner en vain autour de l'arbre à palabres. 

20 octobre 2019

Le douzième chapitre - Jérome LOUBRY

Editions Le Livre de poche
Parution : 4 septembre 2019
360 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Été 1986. David et Samuel ont douze ans. Comme chaque année, ils séjournent en Vendée, au bord de l’océan, dans le centre de vacances appartenant à Vermont Sidérurgie, l’employeur de leurs parents. Ils font la connaissance de Julie, une jeune fille de leur âge, et les trois enfants deviennent inséparables. Mais une ombre plane sur la station balnéaire et les adultes deviennent mystérieux et taciturnes. Puis, alors que la semaine se termine, Julie disparaît.
Trente ans plus tard, David est devenu écrivain, Samuel est son éditeur. Depuis le drame, ils n’ont jamais reparlé de Julie. Un jour, chacun reçoit une enveloppe. À l’intérieur, un manuscrit énigmatique relate les événements de cet été tragique, apportant un tout nouvel éclairage sur l’affaire.

Ce que j'en ai pensé :

La quatrième de couverture m'a accrochée...et puis, j'ai un peu décroché (mais pas totalement). 

Dans un polar, j'aime être surprise (voire horrifiée) mais quand je dois me faire violence pour y croire encore, je lâche l'affaire ! Et n'était-ce la narration, travaillée, intense dans son rythme, je n'aurais peut-être pas fini ce polar dont je devinais déjà les tenants & aboutissants !

Parce qu'effectivement, la narration est tendue, addictive et l'auteur maitrise sa plume (ce qui en soi, est quand même super positif !), mais je me suis agacée de certaines "incohérences" et raccourcis, et j'ai surtout eu l'impression d'avoir, entre ces pages, une lecture de plage, mieux écrite qu'un de BUSSI mais à peine plus cohérente au niveau de l'intrigue..

Next !

6 octobre 2019

Encre sympathique - Patrick MODIANO


Editions Gallimard - Collection La Blanche
parution : 3 octobre 2019
144 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

«Et parmi toutes ces pages blanches et vides, je ne pouvais détacher les yeux de la phrase qui chaque fois me surprenait quand je feuilletais l’agenda : "Si j’avais su…" On aurait dit une voix qui rompait le silence, quelqu’un qui aurait voulu vous faire une confidence, mais y avait renoncé ou n’en avait pas eu le temps.»

Ce que j'en ai pensé :

Retrouver Modiano, c'est accepter de replonger dans les brumes du temps, à la recherche de personnes perdues de vue depuis longtemps et dont on n'est même pas sûr qu'elles aient existé, si tant est que leur nom soit leur véritable identité.

C'est naviguer en somnambule dans un Paris qui n'existe plus, dans un temps révolu où les numéros de téléphone ne comportaient pas encore 10 chiffres, à une époque avant les 30 glorieuses où des passés parfois honteux s'effacent et où des avenirs pleins de promesses se dessinent. La fin d'un monde, le début d'une nouvelle ère, où chaque fois le narrateur s'égare, se raccroche à des bribes de souvenirs, des réminiscences..

L'OBS qualifie Modiano de "maître des horloges", c'est presque définir l'auteur, ses sursauts vers le passé, son écriture parfois elliptique (qu'on ne peut manquer d'associer à ses interventions filmées, bredouillantes, hésitantes, comme à la recherche du mot juste qui donnera son sens à sa pensée).

L'encre sympathique, c'est celle qui écrit les messages secrets, celle qui donne encore à voir, roman après roman, l'auteur, dans sa complexité (puisqu'il évoque ici plusieurs fois 'acte d'écriture), et peut-être dans ses complexes.

Un excellent opus ! J'ai beaucoup aimé !!


Extrait :

"Je crois qu'il est préférable de laisser courir sa plume. Oui, les souvenirs viennent au fil de la plume. Il ne faut pas les forcer, mais écrire en évitant le plus possible les ratures. Et dans le flot ininterrompu des mots et des phrases, quelques détails oubliés ou que vous avez enfouis, on ne sait pourquoi,au fond de votre mémoire remonteront peu à peu à la surface. Surtout ne pas s'interrompre, mais garder l'image d'un skieur qui glisse pour l'éternité sur une piste assez raide, comme le stylo sur une page blanche. Elles viendront après les ratures."

4 octobre 2019

Rhapsodie des oubliés - Sofia AOUINE


Editions de La Martinière
Parution : 29 août 2019
208 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

" Ma rue raconte l'histoire du monde avec une odeur de poubelles. Elle s'appelle rue Léon, un nom de bon Français avec que des métèques et des visages bruns dedans. "

Abad, treize ans, vit dans le quartier de Barbès, la Goutte d'Or, Paris XVIIIe. C'est l'âge des possibles : la sève coule, le cœur est plein de ronces, l'amour et le sexe torturent la tête. Pour arracher ses désirs au destin, Abad devra briser les règles. À la manière d'un Antoine Doinel, qui veut réaliser ses 400 coups à lui.

Rhapsodie des oubliés raconte sans concession le quotidien d'un quartier et l'odyssée de ses habitants. Derrière les clichés, le crack, les putes, la violence, le désir de vie, l'amour et l'enfance ne sont jamais loin.

Dans une langue explosive, influencée par le roman noir, la littérature naturaliste, le hip-hop et la soul music, Sofia Aouine nous livre un premier roman éblouissant.


Ce que j'en ai pensé :

Il y a chez Abad, un peu du "Momo" décrit par Romain Gary dans "La vie devant soi", mais il y a aussi l'instantané d'un quartier parisien, la Goutte d'Or où cohabitent toutes les immigrations, légales ou non, tous les désespoirs d'une société ni française ni étrangère.

Au travers de ce gamin des rues, franchement porté sur la branlette (il y a des passages savoureux, d'une réalité et d'une fraîcheur..), se dessine le portrait d'un quartier de "recalés", d'Ida la gamine juive sauvée de la Shoah, à Gervaise (-Hello ZOLA -) la pute africaine, des "Barbapapas" (intégristes islamistes auxquels l'auteur via la narration n'accorde aucune circonstance atténuante - le chapitre en mode texto sur les candidats au voyage vers la Syrie est décapant !) à Madame Odette, retraitée-virée de Radio France et qui fait découvrir musique et littérature à ce gosse "de rien"...

C'est Paris, dans ses replis pas bobos, dans sa cruelle réalité, c'est aussi un témoignage émouvant, souvent drôle, parfois sinistrement réaliste qu'offre Sofia Alouine ! une belle plume, un auteur à suivre !
Presque coup de cœur !! 

(Il nous en faut de ces auteurs qui racontent les autres, les musulmans pas rigoristes pas terroristes, qui narrent "l'ensemble" et pas la détestation, qui donnent à voir des êtres humains exactement identiques à nous dans toutes leurs faiblesses, dans tous leurs espoirs..)


"(....)faire semblant que tout va bien, éviter la honte, y revenir un jour, fermer sa gueule même si la rage gronde. Pas chez nous, pas chez toi, homme englouti ici et refusé là-bas."

28 septembre 2019

Les simples - Yannick GRANNEC

Editions Anne Carrière
Parution : 23 août 2019
445 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

1584, en Provence. L’abbaye de Notre-Dame du Loup est un havre de paix pour la petite communauté de bénédictines qui y mène une existence vouée à Dieu et à soulager les douleurs de Ses enfants. Ces religieuses doivent leur indépendance inhabituelle à la faveur d’un roi, et leur autonomie au don de leur doyenne, soeur Clémence, une herboriste dont certaines préparations de simples sont prisées jusqu’à la Cour.
Le nouvel évêque de Vence, Jean de Solines, compte s’accaparer cette manne financière. Il dépêche deux vicaires dévoués, dont le jeune et sensible Léon, pour inspecter l’abbaye. À charge pour eux d’y trouver matière à scandale ou, à défaut… d’en provoquer un. Mais l’évêque, vite dépassé par ses propres intrigues, va allumer un brasier dont il est loin d’imaginer l’ampleur.
Il aurait dû savoir que, lorsqu’on lui entrouvre la porte, le diable se sent partout chez lui. Évêque, abbesse, soigneuse, rebouteuse, seigneur ou souillon, chacun garde une petite part au Malin. Et personne, personne n’est jamais aussi simple qu’il y paraît.

Ce que j'en ai pensé :

Un couvent et des moniales. Des intrigues de pouvoir. 
Et des herbes qui soignent ou qui tuent.

C'est une plongée au cœur d'un Moyen-Age perclus de superstitions que propose Yannick Grannec, des sœurs de l'Abbaye de Saint-Loup en Provence d'où surgit une source réputée miraculeuse aux manipulation politiques de l’évêché et des seigneurs du cru.

Un roman dense, foisonnant et des personnages peu communs : de Sœur Clémence et sa folie à Gabrielle d'Estéron qui la simule parfaitement pour atteindre son but, d'une louve et de la Malejambe qui trainent dans la forêt à ce codex écrit dans une langue inconnue (le fabuleux manuscrit de Voynich, reconnaissable entre tous et que personne n'a réussi à déchiffrer à ce jour !), ce roman nous plonge dans ce XVIème siècle où Dieu régit la vie des hommes.
 
                      
(clic clic sur l'image pour voir cette étrange écriture)

J'ai beaucoup aimé, même si j'ai cru lâché l'affaire après 300 pages ! C'est peut-être un peu long, mais c'est bon ! Fouillé, documenté, au plus près des "âmes" qui peuplent ces pages, le roman de Yannick Grannec est une excellente lecture ! 

Et c'est amusant (ou pas), j'y ai vu parfois quelques revendications féministes, les luttes de femmes face au déterminisme de la société patriarcale (et en 1584, on est bien loin de nos énervements actuels), j'ai lu quelques "levées de bouclier" contre l'ordre social, c'est avant tout une histoire de femmes, celles qui ont renoncé au monde et celles qui voudraient avoir du pouvoir..

Une bonne surprise pour moi qui ne connaissais pas l'auteur !