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Prix des Lecteurs L'Express - BFM TV


Invitation au Musée du Luxembourg le 8 juin pour la remise du Prix des Lecteurs 2016.
Il fait chaud à Paris, le lieu est enchanteur et, contents de nous retrouver un mois après le déjeuner des délibérations, nous avons hâte de rencontrer le lauréat et les autres auteurs invités pour cette soirée qui s'annonçait excellente !

Marc Victor, déjà remarqué pour le téléfilm Kaboul Kitchen qu'il a co-créé pour Canal +, a été élu par les jurés (pour voir ma critique de son livre, c'est ICI), sensibles au ton mi-mélancolique mi-ironique de son roman sur une amitié qui se perd dans Kaboul.

Marc Victor avec Laurent Binet, président de ce jury 2016

Une ambiance très festive et des échanges avec le lauréat, désarmant de simplicité et d'humanité (coup de cœur pour cette attitude ô combien sympathique avec nous, les jurés !) avec Olivier Norek absolument charmant et charmeur (je plussoie la parenthèse précédente !), des rires et délires entres jurés (merci à vous !), bref, un moment magique, une parenthèse extraordinaire !



Merci aussi à Alix de Roaldès de l'Express (et à Marianne Payot, et, et, et...pour votre accueil, votre attention) et à l'équipe culture de BFM TV, et surtout aux co-jurés avec qui j'ai pu partager ces instants de plaisir autour de la littérature ;o)

Crédit photos Colette et L'Express

Prix littéraire L'Express / BFM TV - Les délibérations


Il y a quelques jours, nous avions rendez-vous dans les locaux du journal L'Express pour choisir qui sera l'heureux lauréat de cette édition du Prix Littéraire 2016 !


Dix jurés et Laurent Binet, président du jury, un buffet froid et des discussions passionnées ! Chacun y va de ses arguments pour défendre son chouchou, il ne doit en rester qu'un !


Pour mémoire, en lice cette année : (clic sur les titres pour retrouver mes billets)

Le bout du monde, Marc Victor, éditions JC Lattès
Surtensions, Olivier Norek, éditions Michel Lafon
Le grand marin, Catherine Poulain, éditions de l'Olivier
Wanderer, Sarah Leon, éditions Héloïse d'Ormesson
Il reste la poussière, Sandrine Collette, éditions Denoël
La grande arche, Laurence Cossé, éditions Gallimard NRF
A la table des hommes, Sylvie Germain, éditions Albin Michel
Mousseline la sérieuse, Sylvie Yvert, éditions Héloïse d'Ormesson
En attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut, éditions Finitude
Celle que vous croyez, Camille Laurens, éditions Gallimard NRF
Histoire de la violence, Edouard Louis, éditions du Seuil
Envoyée spéciale, Jean Echenoz, éditions de Minuit
Pas si facile de convaincre nos co-jurés lors des sessions de vote : pourquoi ce roman plutôt qu'un autre ? et le président, Laurent Binet est au moins aussi concentré que les jurés !

Rendez-vous en juin pour connaître le roman qui sera couronné ! aucun indice ne s'est glissé dans ce billet, ne cherchez pas !  

Le bout du monde - Marc VICTOR

Editions JC Lattès
parution: 13 janvier 2016
400 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :
Étais-je encore en Afghanistan parce que je n’avais pas la moindre idée de ce que j’allais devenir ? Comment mettre de la distance entre moi et moi-même, alors que je vivais déjà aux confins du monde.

Pascal a ouvert un restaurant, Le Bout du Monde, à Kaboul. Hommes, femmes, voyageurs aux grandes causes et aux bagages trop lourds s’y retrouvent pour comploter, rire, boire, aimer, oublier…Mais après l’excitation des premières années, ne faut-il pas s’en aller encore ? Pascal passe de plus en plus de temps dans son minuscule bureau, à écouter les rumeurs du monde et à se souvenir de ses vies passées.
La disparition de son ami d’enfance, Corto, compagnon de toutes ses aventures, pourrait l’obliger à sortir de sa léthargie pour tenter de le retrouver.
Un roman empreint d’un mélange unique d’humour et de mélancolie, du souffle des grands voyages et des rêveries immobiles.

Marc Victor est le co-créateur de la série Kaboul Kitchen inspirée par sa vie en Afghanistan dans les années 2000. Il a été le premier lauréat comme jeune journaliste de la bourse Lagardère en 1990 pour une enquête sur les traces de Pol Pot en Thaïlande et au Cambodge.

Ce que j'en ai pensé :

Quand les chemins se séparent
A Kaboul, après que les talibans aient été chassés, Pascal, ancien reporter d'origine toulousaine, s'est improvisé patron d'un restaurant de luxe (« Le bout du monde » avec piscine, alcool et jolies filles) où se retrouvent tous les expatriés européens. Apprenant la disparition soudaine de Corto, son ami d'enfance, il se lance, depuis son canapé, entre deux boulettes d'opium et quelques coucheries, dans une enquête pour le retrouver et se remémore leurs souvenirs d'ados devenus journalistes puis baroudeurs. C'est d'ailleurs plus une introspection que va mener le narrateur, reprenant le fil d'une amitié commencée au collège et consolidée dans des voyages autour de la planète.

Une invitation au voyage
Avec une narration souvent languissante qui s'accorde parfaitement à l'état d'esprit un peu nonchalant de Pascal, ce récit qui déroule rêves et souvenirs, ferait presque oublier par son humour et son infinie tendresse, ce pays en guerre, noyé dans la poussière. Il offre une caricature des fonctionnaires et humanitaires en poste à Kaboul : un monde au bord de la décadence, un sentiment de fin du monde et d'abandon qui s'accorde parfaitement avec la conclusion d'une amitié.
Un roman envoûtant avec des personnages attachants, une parfaite réussite !

Mon article sur L'Express est ici !





Surtensions - Olivier NOREK

Editions Michel Lafon
Parution : 31 mars 2016
505 pages
Prix Le Point du Polar Européen 2016

Ce qu'en dit l'éditeur :
Cette sœur acceptera-t-elle le marché risqué qu’on lui propose pour faire évader son frère de la prison la plus dangereuse de France ? De quoi ce père sera-t-il capable pour sauver sa famille des quatre prédateurs qui ont fait irruption dans sa maison et qui comptent y rester ? Comment cinq criminels - un pédophile, un assassin, un ancien légionnaire serbe, un kidnappeur et un braqueur - se retrouvent-ils dans une même histoire et pourquoi Coste fonce-t-il dans ce nid de vipères, mettant en danger ceux qui comptent le plus pour lui ?
Des âmes perdues, des meurtres par amour, des flics en anges déchus : la rédemption passe parfois par la vengeance…
Pour cette nouvelle enquête du capitaine Coste, Olivier Norek pousse ses personnages jusqu’à leur point de rupture. Et lorsqu’on menace un membre de son équipe, Coste embrasse ses démons.

Olivier Norek est lieutenant de police à la section Enquête et Recherche de la Sous-Direction de la Police Judiciaire (SDPJ) en Seine Saint-Denis (93). Il a travaillé à l’écriture de la sixième saison d’Engrenages.

Ce que j'en ai pensé :

Des intrigues savamment mêlées
Alors qu'à la prison de Marveil, les tensions s'exacerbent, l'équipe du capitaine Victor Coste travaille dans l'urgence sur l'enlèvement d'un adolescent juif à la sortie d'une boîte de nuit parisienne. Un cambriolage dans la salle des scellés du Tribunal achève de plonger la brigade du SDPJ93 dans la confusion.
Comment un meurtrier qui clame son innocence, un pédophile supposé passif, un ex-mercenaire yougoslave mutique et inquiétant, le kidnappeur et un petit braqueur pas bien futé vont-ils se retrouver au sein d'une même histoire entre mafia corse, avocat véreux et flics au bord de la crise de nerfs ? Jusqu'où peuvent s'exacerber les tensions ?

Une narration tendue
Olivier Norek conclut sa trilogie (les deux polars précédents étant Code 93 et Territoires) par un opus trépidant et énergique où non seulement l'intrigue policière maintient une tension croissante mais développe une analyse fine et profondément humaine des personnages : du flic qui doute au braqueur proche de la folie, l'auteur s'immisce dans les failles, bouscule les règles, ose l'humour malgré la violence, place la banlieue en retrait (elle n'est plus le personnage principal et l'histoire aurait pu être déplacée dans n'importe quel commissariat de France), évite intelligemment tout manichéisme.
Une enquête haletante et des personnages habilement brossés, voila les ingrédients d'un excellent roman policier !

Mon article sur L'Express est ici !

Le grand marin - Catherine POULAIN

Editions de l'Olivier 
Parution : 4 février 2016
384 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :
Une femme rêvait de partir.
De prendre le large.
Après un long voyage, elle arrive à Kodiak (Alaska). Tout de suite, elle sait : à bord d’un de ces bateaux qui s’en vont pêcher la morue noire, le crabe et le flétan, il y a une place pour elle. Dormir à même le sol, supporter l’humidité permanente et le sel qui ronge la peau, la fatigue, la peur, les blessures…
C’est la découverte d’une existence âpre et rude, un apprentissage effrayant qui se doit de passer par le sang. Et puis, il y a les hommes. À terre, elle partage leur vie, en camarade.
Traîne dans les bars.
En attendant de rembarquer.
C’est alors qu’elle rencontre le Grand Marin.

Catherine Poulain commence à voyager très jeune. Elle a été, au gré de ses voyages, employée dans une conserverie de poissons en Islande et sur les chantiers navals aux U.S.A., travailleuse agricole au Canada, barmaid à Hong-Kong, et a pêché pendant dix ans en Alaska. Elle vit aujourd’hui entre les Alpes de Haute-Provence et le Médoc, où elle est respectivement bergère et ouvrière viticole. Le Grand Marin est son premier roman.

 Ce que j'en ai pensé :

Lili, surnommée "le moineau" décide de quitter Manosque et de prendre le large ! direction l'Alaska où elle finit par embarquer sur un bateau  pour pêcher la morue au large des côtes.
Dans un milieu masculin, composé quasi exclusivement d'alcooliques repentis, elle doit trouver sa place et prouver au skipper qu'il n'a pas eu tort de m'embarquer sur le "Rebel".
Entre poissons à éviscérer, escales alcoolisées au port, conditions de vie spartiates, la narratrice repousse ses limites dans un vertigineux tête à tête avec la mer. Jude, "le grand marin", veille sur elle.

Serrer les dents, encaisser les coups bas, se mettre en danger et par-dessus tout aspirer à la liberté, malgré la fatigue intense qui la terrasse comme un anesthésiant, vivre intensément : on sent chez Lili une furieuse envie de vivre et souvent, d'en découdre ! 
La narration s'accommode de cette fièvre : avec des phrases courtes, l'auteur frappe au cœur, ne s'embarrasse pas de circonvolutions et d'états d'âme. Les hommes sont farouches, rudes et le récit de Catherine Poulain, sans doute largement autobiographique, en restitue la brutalité tout en laissant pointer les émotions et une certaine sensualité.

 Un très bon premier roman, un roman d'aventure dépaysant !

 Mon article sur L'express est ici !

Wanderer - Sarah LEON

Editions Héloïse d'Ormesson
Parution 3 mars 2016
171 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :
Hermin s'est isolé au Pommier Chenin pour composer un Hommage à Schubert. Sa studieuse quiétude prend fin un soir avec le retour inopiné de Lenny, son protégé, disparu sans la moindre explication dix ans plus tôt. Pianiste de génie, le jeune homme, amaigri et tourmenté, lui annonce qu'il a définitivement renoncé à la musique. Dès lors, deux récits se répondent, celui de ces retrouvailles, maladroites, où planent les secrets d'un départ auréolé de mystères, et en écho, celui de leur rencontre, de leur amitié et de leur osmose musicale, jusqu'à l'inévitable rupture. On devine le trouble de Lenny, incapable de trouver sa place et encore encombré du souvenir d'Iris, dont son professeur était alors épris. Hermin est quant à lui partagé entre la colère, suscitée par l'attitude de son ami, et un sentiment d'attachement au-delà de toute raison.

Porté par une mélodie schubertienne et de subtiles références poétiques et musicales, Wanderer (Le Promeneur) est un roman d'amour d'une délicatesse rare. On découvre deux hommes, dont les talents complémentaires, la composition et l'interprétation, se sont heurtés à une passion tue et occultée. La narration en flashback rythme cet adagio, limpide et crépusculaire. On se croirait à l'opéra à Pleyel un soir d'hiver.

Née en 1995, Sarah Léon est élève à l’École normale supérieure de Paris où elle étudie les lettres et la musicologie. Elle est lauréate du Prix Clara en 2012 avec sa nouvelle « Mon Alban ». 

Ce que j'en ai pensé :

Solitude et musique
Hermin a choisi de se retirer du monde. Compositeur, il a enseigné la musique à Lenny, devenu un pianiste talentueux qui, un beau jour disparaît de la vie de son mentor.
Son retour dans cette campagne bourbonnaise, dix ans plus tard, place les deux hommes au cœur d'un huis-clos où le silence et les non-dits alternent avec la colère et le ressentiment. 
 
Une sonate en clair-obscur
La musique de Schubert berce ce roman très érudit qui imbrique le récit des retrouvailles, des flash-back et des passages d'un hommage que prépare Hermin sur le compositeur allemand. On s'y perd parfois…
L'ambiance, en clair-obscur, dans cette maison à demi-délabrée, alors que la tempête et la neige isolent les protagonistes, accentue encore les tensions et les passions, exacerbe les sentiments. Il est vite question de souffrance et de noirceur, le roman prenant rapidement un tour mélodramatique.
L'auteur nous emmène dans un univers très musical (les références sont nombreuses, chaque titre de chapitre renvoyant à une composition de Schubert)) mais aussi très germanophile : au-delà d'une narration très travaillée et délicate, au-delà de la dimension poétique, c'est finalement ce qui m'a gênée.




Ma critique sur l'Express est ici !

Il reste la poussière - Sandrine COLLETTE

Editions Denoël
Parution Janvier 2016
304 pages
Prix Landerneau Polar 2016

Ce qu'en dit l'éditeur :
Patagonie. Dans la steppe balayée de vents glacés, un tout petit garçon est poursuivi par trois cavaliers. Rattrapé, lancé de l’un à l’autre dans une course folle, il est jeté dans un buisson d’épineux.
Cet enfant, c’est Rafael, et les bourreaux sont ses frères aînés. Leur mère ne dit rien, murée dans un silence hostile depuis cette terrible nuit où leur ivrogne de père l'a frappée une fois de trop. Elle mène ses fils et son élevage d’une main inflexible, écrasant ses garçons de son indifférence. Alors, incroyablement seul, Rafael se réfugie auprès de son cheval et de son chien.
Dans ce monde qui meurt, où les petits élevages sont remplacés par d’immenses domaines, l’espoir semble hors de portée. Et pourtant, un jour, quelque chose va changer. Rafael parviendra-t-il à desserrer l’étau de terreur et de violence qui l’enchaîne à cette famille ?


Sandrine Collette est docteur en science politique. Elle partage sa vie entre l’université de Nanterre et son élevage de chevaux dans le Morvan.

Ce que j'en ai pensé : 

Dans un décor de désolation, au coeur de la pampa patagonienne, Rafael, dernier d'une fratrie menée d'une main de fer par une femme que la vie n'a pas épargnée, est le souffre-douleur de ses frères.  Ici, un enfant ne vaut pas plus qu'une pièce de bétail (et ne sent d'ailleurs pas meilleur !) et la tendresse maternelle semble définitivement absente de la vie de ses quatre garçons dont le père a disparu un jour dans des conditions mystérieuses. Le mutisme de l'un des frères pourrait y trouver son origine. 
Isolés du reste du monde, les quatre frères ne connaissent rien du monde autour et s'en accommodent, abrutis de travail.
Soudain, quand la mère perd l'un des jumeaux au poker, leur vie bascule ...
Sombre, noir à souhait, ce polar confirme le talent de l'auteur pour les ambiances qui révèlent la nature profonde des hommes, dévoilent leur brutalité et tout le paradoxe de ce roman tient dans sa faculté à nous offrir un huis-clos étouffant dans un décor immense où la nature, à perte de vue, domine l'espace et les hommes !
Le rythme est rapide, la narration précise et efficace, restituant une ambiance familiale sordide, menant droit au désastre. Finalement, la nature, sauvage et aride, semble encore plus tendre que les personnages, tous tendus dans une même violence, fascinants dans leur cruauté. Aucun d'entre eux n'inspire une réelle empathie pourtant, on comprend leurs peurs et leurs failles, la nécessité d'être fort face à l'adversité.  

Un excellent polar !
 


Mon billet sur l'Express est ici !



La grande arche - Laurence COSSÉ

Editions Galimard - collection La Blanche
Parution7 janvier 2016

Ce qu'en dit l'éditeur :
Il existe à travers le monde une légende presque universelle, selon laquelle on ne peut pas construire un monument si un être humain n'est pas sacrifié. Sinon, le bâtiment s’écroule, et s’écroule toutes les fois qu’on essaye de le remonter. Pour conjurer cette malédiction, il faut emmurer quelqu’un de vivant dans les fondations. On recense plus de sept cents versions de cette histoire. Celle de la Grande Arche de la Défense est la plus récente.
Ce récit brosse l’épopée de la construction d’un des monuments les plus connus de Paris, dont on ignore qu’il fut l’enjeu de luttes politiques au couteau sous le règne de François Mitterrand. C’est surtout le portrait et l’histoire de son créateur, Johan Otto von Spreckelsen, un architecte danois très secret, professeur aux Beaux-Arts de Copenhague.
Lauréat d’un prestigieux concours international en 1983, fêté pour son projet à son arrivée à Paris, cet homme du Nord découvre avec stupéfaction la désinvolture et les revirements à la française. L’affaire finit tragiquement pour lui, alors que se construit ce portique de marbre qui paraît la sérénité même.
Dans ce roman puissant, Laurence Cossé conjugue l’art de la narration romanesque et la précision d’une longue enquête pour évoquer un destin d’architecte parmi les plus beaux et les plus paradoxaux, les plus absolus et les plus violents du XXe siècle. 

Laurence Cossé, née en 1950 à Boulogne-Billancourt, est une écrivaine française, auteure de romans, de nouvelles et de pièces de théâtre.

Ce que j'en ai pensé :
Récit plus que roman, La grande arche évoque le destin de Johan Otto von Spreckelsen, architecte ayant gagné le concours de projets pour construire, dans la perspective de l'Arc de Triomphe à Paris, un monument original et innovant. Un projet initié par François Mitterand qui veut marquer la capitale de son empreinte.
C'est donc autour de luttes politiques et de contraintes techniques que s'organisent ce livre, rapportant les enjeux, les difficultés d'élaboration (on pouvait encore gagner un concours d'architecture sans avoir étudié les contraintes techniques et déterminé la réelle faisabilité !), et la vie tragique de l'architecte.


Plus qu'un roman, cet opus de Laurence Cossé est une enquête qui fait flirter milieux politiciens, tracas technocratiques et problèmes techniques. Pour qui n'est pas intéressé par ces sujets, la lecture s'avère vite ardue, voire pénible, d'autant que le style est assez journalistique, factuel, très éloigné du romanesque même si le personnage de Johan Otto von Spreckelsen inspire de l'empathie (les passages évoquant les différences entre les cultures danoise et française sont éloquents, et le personnage, finalement un peu poète, est sympathique).
J'ai finalement peu apprécié cette lecture, sans doute parce que perdue au milieu des descriptions techniques j'ai fini par m'ennuyer un peu...


Mon article sur l'Express est ici  

A la table des hommes - Sylvie GERMAIN

éd Albin Michel - Parution janvier 2016 - 272 pages

Ce qu'en dit l'éditeur ;
Son obscure naissance au cœur d'une forêt en pleine guerre civile a fait de lui un enfant sauvage qui ne connaît rien des conduites humaines. S'il découvre peu à peu leur complexité, à commencer par celle du langage, il garde toujours en lui un lien intime et pénétrant avec la nature et l'espèce animale, dont une corneille qui l'accompagne depuis l'origine.
À la table des hommes tient autant du fabuleux que du réalisme le plus contemporain. Comme Magnus, c'est un roman hanté par la violence prédatrice des hommes, et illuminé par la présence bienveillante d'un être qui échappe à toute assignation, et de ce fait à toute soumission.
Après des études de philosophie, Sylvie GERMAIN commence à cette époque à écrire des contes et des nouvelles et en 1984, publie Le Livre des nuits, un roman fleuve de 700 pages, qui reçoit six prix littéraires.Magnus, paru en 2005, reçoit un accueil enthousiaste du public et le prix Goncourt des lycéens. Depuis janvier 2007, elle soutient Bibliothèques Sans Frontières, une jeune ONG qui vise à faciliter l'accès au savoir dans les pays en développement. 
Ce que j'en ai pensé :
En novembre 2013, j'étais passée complètement à côté de Petites scènes capitales, trouvant le roman à la fois trop intimiste et peu touchant, trop académique du point de vue de la langue.
Cette fois, je me suis laissée séduire (pour mon plus grand plaisir) par cette histoire peu ordinaire ! Pas loin du coup de cœur !!

Dans un pays en guerre, en un lieu et une époque indéterminés, Babel le porcelet, soudainement transformé en jeune garçon, est recueilli par une communauté d'où les hommes sont absents. Il apprend le langage, la sociabilité, l'amitié. Sylvie Germain, dans un grand roman à la prose quasi lyrique, évoque notre animalité grâce à un roman-fable à la limite du fantastique.
L'apocalypse est pour demain
L'histoire de Babel-Abel est avant tout un récit d'initiation au parfum philosophique : dans un monde cruel, apocalyptique, quel est le devenir de l'homme ? Quel héritage peut-on recevoir d'hommes et de femmes déchus, traumatisés par la guerre et comment survivre au milieu de la barbarie ? Douloureux apprentissage que celui de cet enfant sauvage, lié à la nature, profondément innocent puisque sans vécu, sans éducation, fortement marqué par son animalité et qui tente de gagner son humanité par une volonté de survie hors du commun.

Un souffle d'espoir
Le roman, servi par une narration majestueuse, au style riche, évoque certes la cruauté sans limite des hommes, leur violence, mais entrouvre d'autres perspectives sur la condition humaine, laissant entrevoir un peu d'espoir au milieu des ombres, révélant par moments toute la générosité et la beauté du monde. Entre conte fabuleux et réalisme, Sylvie Germain nous donne à réfléchir sur nos existences, sur les grandes questions du monde contemporain (conflits, terrorisme, fanatisme religieux, liberté d'expression...) et sur notre rapport à la nature. A la table des hommes est une histoire universelle à la fois sombre et porteuse d'espoir.


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Mousseline la sérieuse - Sylvie YVERT

éd Héloïse d'Ormesson - parution janvier 2016 - 336 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :
Venise, 1850. La duchesse d’Angoulême, fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette, entreprend, au couchant de sa vie, de raconter la singulière histoire qui est la sienne.
Née en 1778, la jeune princesse mène une enfance heureuse au château de Versailles. Mais le 14 juillet 1789, son univers bascule dans les ténèbres de la nuit révolutionnaire. Commence alors pour Marie-Thérèse Charlotte de France un parcours tragique. Son père, sa mère, sa tante sont décapités ; son dernier frère, Louis XVII, meurt peu après. Unique survivante du Temple, son avenir sera ponctué de deuils, d’exils et de trop éphémères bonheurs.
D’une plume délicate et poignante, Sylvie Yvert se glisse dans les pas de Madame Royale et donne voix à cette femme au destin hors du commun qui traversa les événements avec fierté et détermination. Une plongée dans cette histoire de France que nous croyons connaître.

Née à Paris, Sylvie Yvert a été chargée de mission au Quai d’Orsay puis au ministère de l’Intérieur avant de se consacrer à la photographie. En 2008, elle publie Ceci n’est pas de la littérature, recueil de critiques littéraires, aux éditions du Rocher. 

Ce que j'en ai pensé:

Survivre à l'horreur :
Marie-Thérèse Charlotte de France, fille aînée de Louis XVI et de la détestée Marie-Antoinette, est emprisonnée dans la prison du Temple et survivra à ses parents, décapités sur jugement du tribunal révolutionnaire, et à son petit-frère, le dauphin Louis XVII, mort de maladie à dix ans.
Le roman calque sa trame sur le récit de Madame Royale, survivante de la Révolution et de la Terreur et propose sa version des évènements qui ont bouleversé l'histoire de France et introduit la République.
Au-delà des scènes d'horreur et de cruauté, Sylvie Yvert révèle ce qu'aurait pu être la personnalité et l'avenir de l'héritière du trône de France si la loi salique n'avait trouvé à s'appliquer.  

Exil et résilience :
Un destin hors du commun, marqué par l'exil, servi par une narration sobre et élégante, dont les accents ont ceux de la sincérité. Mousseline la sérieuse dévoile la personnalité d'une femme blessée à l'incroyable faculté de résilience et de pardon (les vertus chrétiennes enseignées dès le plus jeune âge, le non-désir de vengeance n'empêchent pourtant pas une certaine forme de rancune), la combativité forcent le respect. Si l'histoire n'a retenu qu'une froideur apparente l'auteur nous dévoile ici une sensibilité et une pudeur de sentiments, exacerbés par le goût de la solitude, qui donnent à l'héroïne un visage plus doux que celui qu'on imaginait.

Au final, Mousseline la sérieuse est un roman délicat, bien qu'il relate une vie tragique, et ressemble souvent à une biographie tant il est érudit et bien documenté, même s'il accuse quelques longueurs. 

Mon article sur le site de l'Express est ici !

En attendant Bojangles - Olivier BOURDEAUT

éd Finitude - Parution janvier 2016 - 160 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :
Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur «Mr. Bojangles» de Nina Simone. Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis.
Celle qui donne le ton, qui mène le bal, c’est la mère, feu follet imprévisible et extravagant. C’est elle qui a adopté le quatrième membre de la famille, Mademoiselle Superfétatoire, un grand oiseau exotique qui déambule dans l’appartement. C’est elle qui n’a de cesse de les entraîner dans un tourbillon de poésie et de chimères.
Un jour, pourtant, elle va trop loin. Et père et fils feront tout pour éviter l’inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte.
L’amour fou n’a jamais si bien porté son nom.

Né en 1980, Olivier Bourdeaut a d'abord travaillé pour l'Education Nationale, a enchaîné les petits boulots avant de publier son premier roman En attendant Bojangles

Ce que j'en ai pensé :

Une superposition de situations insolites :
C'est un roman plein de fantaisie, qui commence par une série de saynètes toutes plus cocasses les unes que les autres où cette famille vraiment barrée, complètement dézinguée, étonne à plus d'un titre ! L'histoire, racontée du point de vue d'un enfant dont les deux parents accumulent les bizarreries et un mode de vie hors du commun, a tout pour séduire !
Des fêtes perpétuelles au "château" en Espagne, de Mademoiselle Superfétatoire (une grue de Numidie qu'il est possible de promener en laisse) à l'agent des impôts chassé à coups de parapluie, il n'y a qu'un pas, celui de l'hôpital psy ! Et c'est là qu'atterrit la fantasque mère du narrateur (elle est tour à tour baptisée Georgette, Elsa ou Hortense, selon l'humeur du jour) avant d'être kidnappée par son fils et son mari, fous d'amour et éperdus d'admiration !

L'amour à la folie :
Ça swingue et c'est rythmé, la narration est tendre et appliquée, et le roman fait partie des livres qui font du bien, insufflant un courant d'air guilleret. Il y est beaucoup question d'amour, même si la folie est prégnante ; on se surprend à sourire, à se laisser bercer par cette petite musique romanesque.

Pourtant, je me suis lassée assez vite de cette superposition d'anecdotes toutes plus dézinguées les unes que les autres, cette surenchère de drôlerie. J'ai souvent ralenti le rythme, j'ai eu du mal à m'attacher à ces personnages, et même si la tendresse l'emporte, j'ai regretté que les fêlures et le tragique ne soient pas mieux exploités, me laissant une impression d'inachevé. 
Pour un premier roman, c'est toutefois une belle réussite !

Mon article sur L'express est là !

Pour écouter la chanson de Nina Simone, c'est par là